Zur Entwickelungsgeschichte, p
existé des objets verts pour les hommes depuis qu’il y a des végétaux sur la terre, et si, pour des motifs religieux, le ciel était familier à leur observation, la terre qui les nourissait, eux et leurs animaux, ne les intéressait pas moins. Cependant, les dix livres d’hymnes du Rig-Véda, tout en mentionnant fréquemment la terre, ne lui donnent pas plus l’épithète de verte qu’au ciel celle de bleu. On y parle souvent d’arbres, d’herbes et de fourrages, de rameaux mûrs, de fruits délicieux, de montagnes riches en pâturages, de semailles et de labour : nulle part il n’est question de vertes prairies. On observe la même chose, avec plus d’étonnement encore, dans le Zend- Avesta. En effet, l’intérêt qu’on porte à la terre et à sa fertilité est ici bien plus considérable que dans le Rig-Véda. Toute la vie du peuple repose sur l’agriculture; les cultivateurs forment le tiers-ordre à côté des guerriers et des prêtres. Dans une invocation à la plante sainte des sacrifices, au Haoma, il est dit : « Je loue la terre, la « grande, large, fertile, patiente, qui t’a portée; « je loue le sol où, odorante, tu as poussé. » On dit de& arbres qu’ils sont fertiles, beaux, élancés,
puissants et, à un endroit, couleur d’or, parce qu’on songe à l’or des fruits. »
Si donc, à l’époque où ces chants ont été composés, et en dépit d’une vénération singulièrement profonde pour la terre nourricière et sa végétation, on ne connaissait cependant point d’expression pour désigner la couleur verte qu’étalent partout les plantes, les herbes et les arbres; si, en vantant chez ceux-ci toutes sortes de qualités, on ne parlait pas de leur couleur, comment ne pas supposer, pour expliquer ce fait, que la sensibilité aux nuances vertes manquait encore ? Cette hypothèse nous paraît très-naturelle et fort justifiée. Nous n’hésitons donc pas à supposer, nous aussi, qu’en ces temps reculés la couleur verte, par un manque d’aptitude de l’organe de la vue, n’était pas encore transmise à la conscience par une sensation distincte et spécifique.
Le monde grec nous présente une image particulièrëment claire et toute à souhait pour l’étude du développement qu’a parcouru la sensation du vert avant d’atteindre sa complète élaboration. Les expressions usitées pour le vert, le sens que l’on attachait à ces expressions aux différentes
époques de l’hellénisme, les tournures dans lesquelles on les employait d’ordinaire sont autant d’indices qui permettent bien de suivre le développement graduel de la capacité de discerner le vert en tant que couleur distincte et séparée. On observe comment la sensibilité aux nuances claires du vert se dégage peu à peu de la notion des couleurs pâles et se différencie de manière à produire une sensation spécifique, tandis que la connaissance des nuances plus foncées et plus saturées du vert sort également peu à peu de la notion des couleurs sombres.
Si nous considérons d’abord les tons clairs du vert, et si nous suivons le processus évolutif que devait suivre le vert clair avant d’acquérir le pouvoir d’affecter la rétine comme une couleur propre et particulière, nous observons que, à l’époque homérique, le mot employé dans la gré-
cité postérieure avec le sens de vert clair, ou de vert en général, était encore bien loin de signifier une nuance de vert absolument pure et indiscutable. Cette remarque, des philologues distingués l’ont faite et confirmée à diverses reprises. Geiger surtout a bien apprécié ce fait : « Quant
aux Grecs, yXwpôç, employé par Hésiode pour désigner une branche verte, est presque partout, dans les poésies homériques, le jaune ; il alterne avec wypsç, d’où est venu notre mot ocre. Plus tard seulement, dans un hymne à Apollon, se présente dans ce même adjectif le sens de la couleur verte des montagnes, de l’impression visible de la végétation : c’est un nouvel aspect de la nature que l’on n’avait jusque là considérée que du côté de l’utilité, en tant qu’elle est, pour ainsi dire, accessible au sens du goût et des saveurs. Cependant le mot grec n’a jamais signifié tout à fait ce que nous appelons le vert : il a toujours indiqué uniquement la nuance initiale de cette couleur en y comprenant le jaune, et, dans le livre aristotélicien sur les couleurs, il est encore opposé au vert proprement dit, lequel est exprimé par une périphrase désignant la couleur de l’herbe ou celle du poireau h »
Schuster s’exprime d’une façon analogue : « Dans la langue d’Homère, ylupoç ne répond pas à la notion de couleur verte 2 . »