Zeitschrift für Gymnasialwesen, XV. Band 2, p
Un coup d’œil sur les poëmes homériques confirmera pleinement ces observations; examinons donc plus â fond le sens du mot ^Xwp6ç, tel qu’il se présente chez Homère.
La verdure d’un paysage, avec toutes ses teintes et toutes ses nuances diverses, ne semble pas avoir fait sur l’œil, à l’époque homérique, une impression bien marquée. Ce que Geiger a observé pour les chants du Rig-Véda, ainsi que dans le Zend-Avesta, — qu’il y est question de toutes les particularités et beautés d’un paysage et de sa végétation, mais qu’on n’y dit rien de cette couleur verte des végétaux qui est si caractéristique à nos yeux, — nous pourrions le constater à notre tour, bien que d’une façon peut-être moins prononcée, mais pourtant encore assez remarquable, dans les poëmes homériques. Parmi tous les adjectifs dont s’est servi Homère en ses descriptions de pays et ses peintures de paysages, le mot y}Mpbq ne se rencontre qu’une seule fois dans l’hymne à Apollon (v. 223) : « De là ayant passé l’Euripe, Apollon aux longs traits, tu gravis une divine montagne verte. »
Bvj; av’ opo; ÇocQsov, ^Xwpôv...
En général, la couleur d’un paysage n’avait pas grand attrait pour la rétine d’Homère. Ainsi, parmi les nombreux adjectifs (Gladstone en compte soixante) employés pour décrire les beautés du paysage, trois seulement ont trait aux couleurs : deux fois âpyivoeiç et une fois Xeuxéç, et même ces mots ne désignent pas, au fond, une nuance de couleur particulière : ils expriment plutôt l’intensité de la lumière. De même entre treize expressions dont le poëte se sert pour la description d’une montagne, y\i»ç>oç ne paraît qu’une seule fois dans le passage que nous venons de rappeler. Il est donc impossible de contester que le vert n’occupe dans les paysages homériques aucune place notable. On peut soutenir au contraire que, dans toutes les peintures de ce genre, la couleur n’a qu’une importance insignifiante au regard des autres particularités.
Si l’on songe que, d’après nos idées modernes, le vert est le caractère dominant de tout paysage, si bien que nous sommes presque incapables de nous représenter un paysage d’été sans la verdure obligée de son décor, l’absence frappante de cette couleur dans les paysages homériques nous incli-
nera à croire qu’à cette époque la sensation consciente du vert ne pouvait être très-dé veloppée.* Cette supposition devient une certitude si l’on remarque que le mot yXwpoç, qui n’est employé que dans un seul passage des poëmes homériques pour représenter la teinte verte d’un paysage, ne désignait pas alors la couleur verte proprement dite, mais une couleur que l’on confondait encore avec celle du jaune pâle. Ainsi Homère 1 attribue au miel l’épithète yXwpôç, et il s’en sert pour désigner d’une façon vive la teinte blême et verdâtre que produisent la terreur et l’angoisse 2 ; en plusieurs autres endroits encore il dépeint la couleur de l’angoisse par l’adjectif yXwpôç. La nuance vert tendre des jeunes pousses est aussi rendue par yXwpoç 3 .
Ces exemples suffiront pour prouver que, aux temps homériques, le mot yXtopôç n’avait pas encore la valeur et la signification absolues du mot vert, et qu’il désignait plutôt proprement une teinte pâle, jaunâtre, tout au plus jaune verdâtre.