PARIS
A L'ADMINISTRiTION DB SPECTATEUR MaiTAIRE
39, KDE DE GRENGLLR-S&lHT-GEBaMH, 39.
no2j
Sans bons état-majors, il ne peut ^ avoir de bonnes armées; sans une mstniction spéciale et complète, il ne peut Y avoir des officiels capables de former de bons états-majors.
G^NÉRAIi THIÂBAULT.
\Jùt la réorganitalion des étatimajors),
Le maréchal Gouvion Saint-Cyr, un des généraux les plus instruits et les plus capables du premier empire, avait été souvent frappé, pendant le cours de ses nombreuses campagnes, des qualités qui manquaient, à cette époque, aux états-majors de notre armée. Il attribuait avec raisoïj ce fâcheux état de choses à la façon dont les officiers chargés de ce service étaient alors recrutés. En effet, un officier général avait*il dans un corps de troupes un parent, un ami de sa famille, un protégé, il le prenait auprès de sa personne soit comme aide de camp, soit comme attaché à son état-major. Que cet officier fût instruit ou ne le fût pas, intelligent ou non, capable ou incapable^ quMl fût à la hauteur de fonctions souvent délicates et difficiles, ou qu'il ne connût rien au service du cabinet, au service des reconnaissances et qu'il ne sût pas remplir une mission, il l'employait et cherchait, quand même, à^ le mettre en relief pour lui faire obtenir de l'avancement, quelquefois au détriment de camarades qui n'avaient pas eu comme lui la chance de se trouver dans la main d'un protecteur puissant.
D'autres généraux choisissaient les hommes les plus médiocres, les plus nuls, afin d'eî^ercer sur eux un pouvoir
absolu. — < Madame, disait un jour le général L dans
un salon, à la maîtresse de la maison , en lui amenant un officier, je vous présente mon aide de camp ; si j'en avais trouvé un plus bête , je l'aurais pris. > — La maîtresse de la maison fut fort embarrassée, l'idiot aide de camp salua et se mit à rire.
Le njaréchal Gouvion Saint-Gyr, dès qu'il arriva au pouvoir en 4845, eut la pensée de faire cesser cet état de choses. Il résolût de doter notre armée d'un Corps spécial d*État^major dont tous les membres auraient l'instruction, les connaissances nécessaires pour faire un bon service, soit comme aides de camp des généraux, soit comme officiers attachés aux états-majors des armées, des corps d'armée, des divisions, aussi bien en campagne que pen-dant la paix.
I De cette façon le maréchal espérait donner non seulement aux chefs de notre armée des éléments capables de les aider, de remplir les plus importantes missions, de com* prendre et d'interpréter au besoin leurs pensées, mais comme il voulait qu'on ne pût choisir les officiers pour le service d'état-major en dehors de ce corps spécial, il faisait disparaître, ipio facto^ ces parents, ces protégés formant une classe de parasites plus aptes, habituellement, à faire la chasse aux bonnes positions militaires qu'i les occuper avec talent.
Telle est la pensée qdi guida le maréchal Gouvion Saiftt-i Cyr , lorsqu'il résolut de créer le Corps d'EttU-màjor qui vient d'être récemment et malheureusement dissous après une «xistence d'une soixantaine d'années.
DE l'ex-corps d'État major.
Nous allons essayer de retracer l'histoire de ce corps qui a donné pendant cette période un grand nombre de militaires d'élite à notre armée et qui, selon nous, à côléde fort minimes inconvénients qu'il eût été facile de faire disparaître, a procuré des avantages inappréciables.
Pendant son premier ministère, qui ne dura que deux mois environ (du 9 juillet au S4 septembre 4815), Gouvion S&int-Gyr n'eut pas le temps de faire adopter son projet sur le corps qu'il voulait créer, mais lorsqu'il reprit, le 12 septembre 1817, le portefeuille de la guerre, il remit sur le tapis son travail mûri par sa haute intelligence de la guerre et le fit adopter au roi.
Nous devons dire ici que plusieurs puissances militaires nous avaient devancés, vers la fin du xviii'' siècle, et s'étaient déjà aperçues des avantages qu'on pourrait retira' d'un corps d'état^major organisé d'une façon permanente et dont les membres, soumis à des études spéciales, seraient prêts, dès l'entrée en campagne, à devenir les auxiliaires du commandement. Alors plus de soucis, lors de l'organiMtion d'une armée destinée i une guerre prochaine, pour oonstituer taiit bien que mal des états-majors dont les officiers seraient contraints de faire l'apprentissage de leur métier en face de l'ennemi. C'est ainsi que l'Autriche et la Prusse créèrent, avant nous, le quartier-meister" général'Stab.
Un mot sur l'état-major en France avant 4818. Sous l'ancienne monarchie, voici comment se faisait chez nous le service de l'état-major. Il y avait alors un officier général
nommé maréchal-des-logis ayant sous ses ordres deux aides-maréchaux'des-logisy chargés spécialement de tout ce qui incombe aujourd'hui au major-général d'une armée et aux chefs d'état-major des fractions de cette armée. Il existait en outre dans les armées françaises un majorgénéral de V infanterie et un major-général de la cavalerie chargés plus spécialement, sous la direction du maréchaU des'logis, des détails du service relatifs à ces deux armes. Ces officiers avaient pour auxiliaires deux adjoints. Une armée possédait donc par le fait trois états-majors distincts, sans compter ceux de Tartillerie et du génie, qui ressortissaient au commandant en chef.
Cette organisation présentait l'immense inconvénient de partager en plusieurs parties les attributions indépendantes et souvent rivales de Tétat-major et de soumettre ces attributions à des froissements dangereux en un moment donné.
On s'aperçut enfin de ce vice d'organisation et, en 1790, le ministre de la guerre, lieutenant-général de la Tour du Pin-Gouvernet, fit décréter par l'Assemblée nationale, le 5 octobre, la création d'un corps dit des adjudantsgénéraux j composé de 17 colonels et de 13 lieutenantscolonels, chargé du service de Tétat-major. Le 1" juin 1791 une instruction ministérielle détermina les attributions de ces trente officiers et leur donna des adjoints pouvant attacher eux-mêmes à leur bureau un sous-officier de chaque arme.
Cette création, bien que fort incomplète, était en quelque sorte un acheminement vers une organisation plus judicieuse et plus solide des états-majors, mais elle laissait à l'arbitraire le choix des officiers chargés de ces importantes fonctions; on n'exigeait d'eux nulle garantie d'instruction,
DE l'ex-corps d'état-major. 9
aucune étude préliminaire et spéciale. Bientôt, en outre, rémigration vint enlever à ce corps ses sujets les plus distingués. Alors, pour assurer le recrutement, on laissa la faculté aux adjudants-généraux de prendre dans les troupes le nombre d'adjoints qui leur paraîtrait nécessaire. Il suffisait d'une demande d'adjudant-^énéral pour faire passer auprès de lui, à son état-major, un ofificier,souvent même un simple volontaire. On comprend les abus qui résultèrent forcément de ce mode de recrutement.
En 1792, le maréchal de camp ministre Servan ordonna la rentrée dans leurs corps de tous les adjoints, se réservant la faculté de désigner ceux qui devraient continuer leur service dans les états-majors.
En 1793, Gouvion Saint-Cyr fut admis dans le corps des adjudants-généraux, à l'armée du Rhin. Il put alors constater par lui-même combien le service des états-majors laissait à désirer.
Une loi du 3 avril 1795 régla l'avancement des officiers qui se vouaient à la carrière de l'état-major. En vertu de cette loi, la nomination des chefs d'état-major d'armée et de corps d'armée appartenait au gouvernement qui les choisissait parmi les généraux de brigade, principalement parmi les anciens adjudants-généraux. Ceux-ci, désignés par le Conseil exécutif sur une liste de trois candidats pour une place, liste établie par les généraux, devaient avoir au moins six mois de grade de chef de bataillon ou d'escadron. Les adjoints étaient des officiers choisis par les adjudantsgénéraux. Ils obtenaient le grade de lieutenant au bout d'un an, celui de capitaine après dix-huit mois consacrés au service de l'état-major.
Sous l'empire de cette loi de 4795, le nombre des officiers chargés de faire le service dans les états-majors augmenta à un tel point que ce nombre fut bientôt hors de toute proportion avec les besoins du service; aussi, en septembre 4799, une nouvelle loi réduisit le cadre des adjudants-généraux à cent dix et celui des adjoints à cinq cent vingt, savoir : 6 chefs de brigade, 30 chefs de bataillon, 382 capitaines et 402 lieutenants.
La question relative aux états-majors ne pouvait échapper au général Bonaparte. Une fois premier consul, il prit un arrêté en date du 8 octobre 4800, en vertu duquel les adjoints ne furent plus spécialement attachés aux adjudants-généraux. Cette loi accordait un nombre considérable d'aides de camp aux généraux (trois aux divisionnaires, deux aux brigadiers). Un arrêté du' 5 novembre de la même année 4800 fixa le nombre des adjoints à 300 -et prescrivit de les choisir parmi les capitaines ayant servi avec ce grade au moins un an dans les corps de troupes.
Ces différentes décisions fixaient bien les effectifs de rétat-major, mais sans rien spécifier pour les connaissances nécessaires et les conditions d'aptitude.
Un arrêté du 40 octobre 4804 organisa l' état-major de la manière suivante : 420 adjudants-commandants ayant rang de^colonels, 200 adjoints du grade de capitaina, 840 aides de camp dont 4â0 (àksh d'escadron, 360 capitainds et 360 lieutenants*
DE L'EX-GOITS D^iTÀT-MÀJOR. ii
Le nombre des officiers faisant le service dans les étatsmajors et celui des aides de camp augmenta, de plus en plus, au fur et à mesure de l'accroissement des armées. En 1806, on comptait 133 adjudants-commandants et 1000 adjoints; en 1812, il y avait 152 adjudants-commandants et 1 400 adjoints, enfin, en 1813 et en 1814 190 et 228 adjudants-généraux et plus de 1 500 adjoints.
A la fin du gouvernement impérial les officiers aimaient peu le service des états-majors et préféraient être attachés comme aides de camp auprès des généraux, surtout auprès de ceux appréciés de TEmpereur, pensant bien que la faveur de leurs chefs ne pouvait manquer de rejaillir sur eux. C'est ce qui arrivait en effet.
Ce que nous venons d'exposer rapidement du service d'état-major jusqu'à la seconde Restauration fit comprendre, comme nous l'avons dit, au maréchal Gouvion Saint-Cjr qu'il y avait à faire une réorganisotîon urgente, qu'il fallait créer un corps instruit, capable, homogène, offrant à nos armées toutes les conditions vitales.
Napoléon I*' avaî*t été frappé comme Gouvion Saint-Cyr et bien d'autres de ses généraux de l'insuffisance de nos états-majors. Il cherchait les moyens d'y suppléer. Nous citerons à ce sujet deux lettres adressées par lui, l'une à Berthier, datée de Berlin, 17 novembre 1806, l'autre écrite de Passau au ministre de la guerre Glarcke, le 19 août 1809.
Voici la première :
« Mon ççusiA, j'ai ds^ns l'^mée 68 régiments d'miaatam
12 msTomE
et 62 de cavalerie, ce qui fait 134 régiments (^).Mon intention est que vous attachiez à chacun de ces régiments un[élève de l'École militaire de Fontainebleau, ce qui en emploiera 130. Ces 130 jeunes gens employés, vous prendrez mes ordres pour le reste (sic). Ceuxqui ne seront pas attachés aux régiments de cavalerie resteront un mois au dépôt de Postdamoù ils seront très utiles au général Bourcier, parce que ce sont tous des jeunes gens intelligents. Quatre de ces jeunes gens que vous choisirez parmi les pensionnaires seront attachés à chacun des maréchaux, comme sous-lieutenants d'ordonnance, ce qui en emploiera encore 42. Vous pourrez en placer 20 à l'état-major général pour suppléer aux 20 capitaines adjoints à l'état-major qui doivent exister et qui n'existent pas. Il y a un grand nombre d'officiers d'état-major, qui vous sont arrivés de l'intérieur, qui sont absolument incapables de faire ce service, soit par leur âge et leurs infirmités, soit par leur ignorance ; il faut leur donner des commandements de place et les remplacer par des jeunes gens qui par leur âge, leur éducation et leur intelligence, sont plus en état de faire un 'rapport. Ainsi, vous voyez que si le ministre Dejean avait encore 200 élèves, on trouverait à les employer, car je serais bien aise d'en attacher un à chacun des dépôts en France, et comme j'en ai 178, cela m'en emploierait encore 200. En attachant ces jeunes gens à l'état-major et aux maréchaux, j'entends qu'ils ne pourront pas rester là plus d'une année et qu'ils seront, après, envoyés dans les corps à mesure qu'il y aura des vacances. "»
Voici la seconde lettre relative au général Girard, un des plus jeunes et des plus brillants généraux de brigade de
DE l'ex-gobps d'état-major, 48
l'époque, alors en Espagne, et que Bernadotte demandait à employer près de lui :
« Répondez au prince de Ponte-Corvo que cela nuirait au général Girard, parce que j'ai pour principe de n'accorder d'avancement aux officiers qui servent dans les états-majors, qu'autant qu'ils servent dans la ligne dans deux grades ; mon intention est que le général Girard serve plusieurs années dans la ligne avant de passer dans les états-majors. »
Girard avait été adjudant-commandant, il fut quelques jours plus tard nommé général de division (47 décembre 4809) à la suite de la bataille d'Ocana. Il avait 33 ans.
La création d'un corps d'état-major ayant été adoptée en principe, la difficulté pour celte création n'était pas dans le recrutement qui, s'il pouvait laisser à désirer, devait en peu de temps fournir de bons éléments, mais dans les conditions à fixer pour assurer aux officiers qui suivraient à l'avenir cette carrière un avancement raisonnable, en rapport avec leurs qualités et cependant non disproportionné avec l'avancement dans les corps de troupes.
Voici comment le maréchal Gouvion Saint-Cyr, alors ministre de la guerre, essaya, par une ordonnance en date du 6 mai 4848, de résoudre le difficile problème de la création de ce Corps spécial d! état-major .
Il le composa dans le principe de 30 colonels, de 30 lieutenants-colonels, de 90 chefs de bataillon, de 270
capitaines et de 195 lieatenants, total 545 oCQciers titulaires, plus : 100 aides-majors du grade de sou»*lieUtenaDt ou de lieutenant pouvant, en cas de guerre, être employés aux états-majors, et un nombre d'élèves sous-lieutenants fixé chaque année en raison des besoins présumés du service. En outre, 8 lieutenants généraux et 16 maréchaux de camp furent placés dans le corps d'état^niajor pour remplir les fonctions de chefs et de sous*chefs d'état-major aux armées et à l'intérieur.
. Quand il fallut composer le cadre, le marédial Gouvion Saint-Cyr se trouva assez embarrassé. Son but était de créer un corps instruit, dont tous les membres eussent fait preuve de capacité. Or comment, dans le principe, atteindre ce résultat? Était-il possible d'obliger des colonels, des officiers supérieurs depuis longtemps déjà en possession de leurs grades, à subir des examens ou des épreuves d'un genre quelconque, avant d'être admis dans le nouveau corps? C'eût été demander des choses impossibles et ridicules. Le maréchal crut donc bien faire en composant autant que possible le cadre des colonels, des lieutenantscolonels et des chefs de bataillon, d'ofiSciers ayant déjà servi dans les états-majors des armées impériales. Puis, comme il n'était pas possible de repousser les officiers de ces grades, désignés par le roi, par les princes, faisant partie de leurs maisons militaires et ceux pourvus de recommandations puissantes, il se décida à y admettre une partie d'entre eux.
A cette époque, il y avait dans l'armée, en fait d'officiers ayant appartenu à l'ancien état-major : 73 colonels ou iieutenants-colonels, 124 chefs de bataillon, 278 capitaines,
DE l'ek-gorps d'état-major. 15
68 lieutenants, total 543 officiers en activité et plus du double à la demi-solde. Voici comment furent choisis et admis les membres du nouveau corps. Sur les 60 coionels dont 30 titulaires et 30 de remplacement, 47 furent puisés dans l'ancien état-major, 6 dans les aides de camp, 5 dans la maison du roi, 1 dans la cavalerie, i dans le génie. Pour les 30 lieutenants-colonels, 8 furent pris dans l'ancien corps, 7 dans les aides de camp, 9 dans la maison du roi,
2 dans l'infanterie, 2 dans la cavalerie, 1 dans l'artillerie, 1 dans le génie. 88 chefs de bataillon au lieu de 90 furent appelés la première année et complétés l'année suivante à 90, savoir : 37 vinrent de l'ancien corps, 43 des aides de camp, 4 de l'infanterie, 4 de la cavalerie ; tous ces officiers supérieurs furent nommés sans examens, sans concours, sans épreuves. Les 270 capitaines furent tirés, 52 de l'ancien état-major, 127 des aides de camp, 3 de la maison du roi, 58 de l'infanterie, 21 de la cavalerie, 6 de l'artillerie,
3 du génie. Enfin les 125 lieutenants vinrent : 2 de l'ancien corps, 9 de la maison du roi, 43 de l'infanterie, 17 de la cavalerie, 16 de rartillerie et 9 du génie. Les sous-lieutenants élèves admis à l'École d'application au nombre de 68 venaient : 9 de la maison du roi^ 40 de l'infanterie, 11 de la cavalerie et 8 de l'artillerie. On assujettit les capitaines à produire des dessiûs et des mémoires, et on fit passer des exalAêns sérieux aux lieutenants et sous -lieutenants comme le voulait l'instruction ministérielle en date du 30 juillet 1818. Un concours ftit ouvert à Paris et dans les principales villefe de France pour l'admission des lieutenants et des souslieutenants qui voulaient se présenter comme candidats.
V École <r application d'état-major fut créée à Paris par
le décret d'organisation da 6 mai 1818. Plusieurs ordonnances ont modifié les conditions primitives exigées pour l'admission et la sortie de l'Ecole. Nous ferons connaître à leur date ces modifications.
Le premier commandant de l'École fut le général de brigade du corps d'état-major Desprez, qui avait fait toute sa carrière militaire dans les états-majors: officier d'une grande instruction, plus capable que tout autre de bien diriger cette importante pépinière à la tête de laquelle il resta de 1819 à 1827. Il eut d'abord sous ses ordres : le colonel de Salaignac, le commandant Valéry de Siriaque, directeur des études, le capitaine la Rouvière, le commandant Naudet, chargé de l'enseignement des manœuvres, le sous-intendant Odier pour le cours d'administration militaire, l'ingénieur-géographe chefd' escadron Maissiat, pour le cours de topographie, le chef de bataillon d'état-major Lallemand, le chef de bataillon Koch, chargés des cours d'art et d'histoire militaire, le chef de bataillon du corps d'Audebard de Férussac, chargé du cours d'astronomie, le capitaine du génie Augoyat, le capitaine d'artillerie Poumet ayant dans leurs attributions les cours sur la fortification et l'artillerie. Les lieutenants d'état-major Benoit, Hanus, Levillain furent adjoints aux professeurs militaires. Cinq professeurs civils furent attachés à l'École, MM. Girard pour la géométrie descriptive , Sarchi pour la langue italienne, Simon et Gautier pour la langue allemande, Guyot pour le dessin. Un chirurgien en chef,M.Vergez, un médecin, M. Tinchant, un chirurgien major, M. Lacroix, furent chargés du service de santé, et M. Galizot réunit entre ses mains les services de trésorier, secrétaire, archiviste et bibliothécaire.
Telle fut l'organisation première de l'École d'application
DE l'ex-corps d*état-major. 47
d*état-raajor qui, de 1848, époque de sa fondation, jusqu'au jour de sa suppression, fournit à l'armée un nombre considérable d' officiers d'élite.
La plupart des généraux qui entrèrent dans le corps à sa création ont laissé dans l'armée une brillante réputation. Nous citerons parmi les lieutenants-généraux : le baron Thiébault, dont la brigade d'infanterie, par ses manœuvres à la bataille d'Austerlitz, contribua puissamment à la victoire; le général comte Bailly-de-Monthyon, un des généraux distingués du premier empire , dont la fille épousa le géfléral comte Pajol; le général comte Guilleminot, majorgénéral de l'armée d'Espagne sous le duc d'Angoulême, en 1823; le général vicomte Préval, aussi distingué comme écrivain militaire que comme officier de troupe et d'étatmajor. Au nombre des seize premiers maréchaux de camp du corps d'état-major, citons : le général baron Saint-Cyr- Nugues; le baron Lejeune, non seulement bon officier, mais peintre de mérite; le baron Pelet, longtemps directeur du Dépôt de la Guerre, qui donna tous ses soins à la carte topographique, magnifique travail qui a illustré le corps d'état-major ; le comte du Coëtlosquet, longtemps directeur du personnel; le général Desprez, un des officiers généraux les plus instruits et les plus capables de remplir dans une grande armée les fonctions de major-général, ce qu'il fit en 1830, lors de la prise d'Alger, après avoir été président du comité d'état-major.
Plusieurs colonels devenus généraux ont également marqué dans nos armées ; le marquis de la Ghasse-Verigny, plus tard général, et commandant l'École d'étatmajor, tué par la machine Fieschi, à côté du roi Louis-
Philippe, sur le boulevard, en 1835 ; le colonel Antoine de Saint-Joseph, un des jeunes et brillants officiers supérieurs du premier empire, parent, par Joséphine, de Napoléon!®'; le colonel, puis général Trézel, dont le nom a retenti dans les bulletins de l'Algérie; de Trobriant, Petiet, etc., bientôt après généraux. Nous ne dirons rien des autres officiers du nouveau corps d'état-major, entrés sans être passés par l'École d'application, à la création ; nous les retrouverons pour la plupart dans les campagnes de la Restauration, du gouvernement de Juillet et du second Empire, de 1823 à nos jours.
La première promotion entrée à l'École d'application d'état-major en 1818, sortie en décembre 1819, dite : promotion de 1820 ,ne fut pas nombreuse, puisqu'elle ne comprit que douze officiers. Un seul, M. Aulas de Courtigis, devint par la suite général de division; deux autres devinrent colonels, MM. Saint-Hippolyte et Michel.
La seconde promotion composée de dix-sept membres, dite de 1821, sortie en décembre 1820, fournit à l'armée deux colonels, MM. Sol et Courtois d'Hurbal, et aux affaires étrangères un ministre plénipotentiaire, M. Sain de Boisle-Comte, entré dans cette carrière lorsqu'il prit sa retraite. Celte promotion compta dans ses rangs un chef d'escadron, homme de beaucoup d'esprit, écrivain d'un mérite original, M. Gouturier-Devienne *, un général de brigade passé dans la cavalerie, M. Delarue.
1. M. Couturier-Devicnne a publié deux brochures sur le corps d'étatmajor, un Précis historique des événements d'Espagne depuis 1814, une Réponse à une brochure de M. de Chateaubriand, une Réponse d'un électeur y et plusieurs autres ouvrages dont quelques-uns traduits de l'allemand.
La troisième promotion (1822) de treize ofiiciers, sortie en décembre 1821 , a fourni à l'armée : un général de division passé dans la cavalerie, qui fut un de nos hommes de guerre les plus capables et les plus en évidence, M. Cousin-Montauban; commandant en chef l'expédition de Chine si habilement conduite, un instant ministre de la guerre en septembre 1870 et qu'à cette époque l'empereur fit la faute de ne pas pourvoir d'un grand commandement devant l'ennemi ; deux généraux de brigade, MM. Dubreton et Gardon de La Place , passé dans la cavalerie; un intendant, M. Lonclas; un colonel, M. Maumet, officier fort instruit, pendant plusieurs années adjoint au professeur de géographie, à l'École d'application d'état-major.
La quatrième promotion, de 1822, forte de vingt ofiiciers, a donné à l'armée : un général de division, M. de Ghîisseloup-Laubat; un général de brigade, M. de Rouvrayj deux intendants généraux inspecteurs, MM. deCambiset Paris de la BoUardière, ce dernier officier d'un grand mérite, d'un esprit élevé, intendant général de l'armée d'Italie en 1859; un intendant militaire, M. Sicard ; trois colonels, MM. de Boisdefifre, d'Augicourt, de Trélo.
En décembre 1821 (le 10), le général marquis de Latour-Maubourg, ministre de la guerre, par l'article 16 d'une ordonnance royale, octroya, mais à titre provisoire seulement, au corps d'état-major, un comité pareil à celui de l'artillerie et du génie, et chargé de diriger vers un but constant l'instruction et les opérations du corps disséminé