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Le capitaine Péricaud de Gravillon

attaques, à nos parallèles, des lignes de contrevallation. Nous cheminions sur la place, la place cheminait sur nous. Malakoff, mauvaise tour en ruine, située sur un mamelon, est devenu un ouvrage redoutable, et il a fallu un siège régulier, des sacrifices énormes, pour s'emparer d'une ville ouverte. Or, si des officiers, attachés militaires, eussent été envoyés en Italie, en Russie, eussent fait des voyages en Italie, en Crimée, on eût su à quoi s'en tenir sur les deux villes de Rome et de Sébastopol. *

C'est à la suite de cet entretien, nous a«t-on assuré, que l'envoi d'officiers attachés militaires fut décidé *• Aujourd'hui, ces attachés militaires et ceux placés aux étatsmajors du ministère de la guerre ont comblé cette lacune*

A l'époque dont il est ici question, on était en paix avec les nations européennes, et chaque année partaient de Paris, à la belle saison, des officiers privilégiés, aides de camp de l'empereur, des princes, des ministres, chargés de la mission importante d'aller parader quelques jours aux camps étrangers et d'en rapporter force croix pour eux et force compliments pour leurs patrons. De quelle utilité pouvaient être ces missions?... Un seul ministre, l'intelligent de Saint-Arnaud, voulut un jour profiter d'une mission de ce genre, donnée par un prince de la famille impériale à un de ses officiers. Ce dernier devait se rendre en Italie, à Naples. Saint-Arnaud le fait venir. — « Vous allez, lui dit-il, faire un voyage agréable, je veux qu'il nous soit utile. Un de ces jours, nous aurons la guerre

1. Pour le choix de ces officiers, on consulta d'abord beaucoup plus la faveur, les convenances personnelles que le mérite, la connaissance de a langue du pays, et lorsque plus tard on envoya des officiers capables, on ne tint pas compte des mémoires importants qu'ils fournirent; on ne les lut même pas.

avec rÂutricbe, je prévois cela. Le théâtre des opémtions sera litalie. Parcourez bien le pays avant de revenir et rapportez-moi des rapports sur les places fortes» sur les voies de communication, sur les cours d'eau, sur les posi-^ tions militaires que vous aurez étudiées. Je ne vous limite pas de temps ; on vous fera passer Taisent qui vous sera nécessaire. >

Ce que nous venons d'exposer prouve jusqu'à l'évidence que l'officier d'état-major avait raison de dire à l'empereur que ce n'étaient pas les officiers de son corps qui faisaient défaut, mais la manière de les utiliser qui était vicieuse.

Ce n'est pas le tout que de promulguer de sages ordon^ nances, de prendre des mesures utiles et rationnelles, il faut faire exécuter ces ordonnances, et ne pas permettre que l'on s'écarte des mesures prescrites.

< Quand un législateur veut fonder une institution durable, trouve-t-on écrit dans un livre relatif au corps d'étatmajor, il a toujours à lutter contre des hommes puissants, intéressés à défendre l'état actuel des choses, et, s'il ne leur fait quelques concessions, elle est bientôt renversée par leurs intrigues. Le maréchal Saint-Cyr, ne pouvant lutter contre la cour, fit sagement de lui abandonner une partie des hauts emplois du nouveau corps d'état-major. L'ordonnance du maréchal Saint-Cyr ne fut pas seulement avantageuse à l'armée et utile à l'État, elle fut aussi une œuvre politique. Dans l'intérêt de l'armée, elle mit un terme à ces intrigues, au moyen desquelles des officiers de faveur, passant . alternativement de l'état-major dans les corps de troupes, enlevaient aux véritables officiers des deux services l'avancement au choix, qui aurait dû être la

récompense de leur spécialité. Elle fut util» à l'État, parce

qu'elle lui assura les garanties qu'il doit exiger de tous ses fonctionnaires; enfin, elle fut une œuvre politique, parce qu'elle mit un terme à ces exigences de cour qui forçaient le ministre de la guerre à remplir, sans compter, un cadre sans limites. Qu'on se reporte à Tépoque de la création du corps d'état-major, et l'on sentira qu'il ne fallait pas moins que le grand caractère de son fondateur pour dédaigner toutes les ambitions de cour qu'il allait ameuter contre lui. Cette ordonnance et la loi de recrutement assignent au maréchal Saint-Cyr une place distinguée parmi les citoyens courageux dont s'enorgueillit la France. Du reste, il comptait moins sur ce que le corps était à sa formation que sur ce qu'il serait dans l'avenir par ses études et ses services. »

En eifet, l'analyse des éléments dont il se composa prouve qu'il renfermait une foule d'officiers jeunes encore, mais déjà mûris par l'expérience des dernières campagnes, qui devaient bientôt acquérir, par l'étude à laquelle ils allaient être assujettis, les connaissances théoriques qui leur manquaient et servir de guides, en cas de guerre, aux lieutenants et sous-lieutenants qui sortaient des écoles et n'avalent encore que l'instruction scientifique de leur état.

On lit aussi dans le bel ouvrage du baron Gay de Yemon, consacré au maréchal Gouvion Saint-Gyr, le passage suivant:

€ Mettant partout la règle à la place de l'arbitraire, et ne reconnaissant pas aux généraux la libellé illimitée de choisir dans toutes les armes leurs aides de camp et leurs officiers d'état-major, Saint-Cyr créa un corps spécial ayant, comme l'artillerie et le génie, ses généraux particuliers et son école d'application où Tadmission des offi-

ciers-élèves s'effectuait sur examen. Beaucoup de militaires des plus hauts grades blâmaient ce changement et annonçaient que cette innovation serait dangereuse et contraire au bien du service, en altérant les rapports d'entière confiance entre les généraux et leurs officiers d'état-major. Dans Tannée, plus qu'ailleurs peut-être, on s'attache obstinément à certaines haMtudes prises, quoique peu raisonnables, et à des espèces de superstitions qui dominent longtemps et ne disparaissent qu'à l'arrivée d'un esprit supérieur. Le corps d'état-major était si nécessaire, qu'il s'éleva tout de suite et de lui-même à la hauteur des plus importantes institutions. En effet, si pendant les longues campagnes de la République et de l'Empire, les diverses branches de l'art de la guerre s'étaient perfectionnées, si l'artillerie et le génie, qui puisent le lait de la science à la même source, s'étaient enrichis de toutes les découvertes modernes ; si ces deux armes avaient résumé et conservé en corps de doctrine les communications traditionnelles de nos plus beaux temps de guerre, il n'en était pas de même de rétat-msyor général; on le retrouvait en 1818 tel qu'il avait été en 1 790, sans consistance, sans stabilité, et même sans la considératioa que méritait l'universalité de ses services. C'est que, dans chaque partie de la guerre, les services s'individualisent et les principes se désunissent quand ils n'ont pas un centre commun à leur point de départ; c'est qu'il faut un corps et un esprit de corps pour composa et perpétuer un ensemble de doctrine ; privées de cet appui, les bonnes théories deviennent incertaines et se perdent ; l'application des règles n'a aucun point qui les détermine, auoun lien qui les rattache entre elles ; et l'on finit par n'apercevoir ni science ni art, là où les connaissances positives sont le plus nécessaires. De cette indiffé-

renée des choses ou de cet aveuglement étail née la fâcheuse opinion qu'en général les officiers d'état-raajor n'avaient pas grand besoin d'une instruction méthodique, et qu'il leur suffisait de posséder de l'esprit naturel, une éducation libérale, un certain degré d'inlelligence et beaucoup d'activilé. Sous l'Empire , les jeunes officiers qui, par l'éclat de leur naissance ou la faveur, prét^idaient arriver de plein saut aux grades supérieurs, se précipitaient dans les emplois d'aides de camp et d'officiers d'ordonnance. De là des avancements trop rapides et cette foule de colonels aussi braves que le fer de leur épée, aussi ardents que la poudre, mais qui n'avaient ni l'habitude du mécanisme des troupes, ni la connaissance de leur métier, le* quel ne s'apprend qu'au plus près de l'ennemi, dans le service continuel des avant-postes et des avant-gardes. En 1813, ils commandaient la plupart des r^iments de cavalerie, et commençaient à percer dans l'infanterie ; et Saint-Cyr ne doutait pas que leur présence à la tête des corps, avant d'avoir fait un apprentissage assez long dans les grades inférieurs, ne fût une des causes de la prompte destruction de nos troupes légères* Il voulut prévenir le retour de semblables abus ; il a réussi ; car, depuis que le corps d'état-major existe, bien peu de ses officiers se sont détachés de leurs fonctions pour servir dans la Ugne, et les rares exemples du contraire ont été trop utiles à l'armée pour qu'on ne doive pas s'en féliciter.

L'emploi et les travaux des officiers d'état-major sont tellement multiples et si délicats, qu'on ne peut ni les circonscrire ni les définir comme ceux des autres armes spéciales. Dans les mouvements des troupes à la.guerre, leur métier n'est rien moms que l'art de la guerre même, car ils touchent à toutes choses, à la pensée du général aussi

bien qu'à son action. Ceite belle institution a eu à vaincre, dès le commencement, beaucoup de préventions, de jalousies et de résistances ; les officiers d'état-major les ont toutes surmontées par la seule puissance du progrès qu'ils marquaient, et il leur a été plus facile de démontrer tout de suite leur utilité à l'armée que d'être les bienvenus auprès de ceux mêmes qui avaient le plus besoin de leurs services et du secours de leur instruction.

Les officiers d'état-major, émules et continuateurs des ingénieurs-géographes, ont bien mérité de donner leur nom à la grande carte topographique de la France, chefd'œuvre de science et d'art. Napoléon avait songé, en 1808, à foire exécuter cet immense travail ; mais son projet fut abandonné aussitôt que conçu, parce que la conquête, traçant incessamment de la pointe de son épée de nouvelles limites à l'Empire, les déplaçait après chaque guerre. On n'avait alors ni le temps ni la stabilité nécessaires pour les études et les travaux de longue haleine^ Un des premiers soins de Sàint-Cyr avait été d'organiser d'une ma« nière complète les services relatifs à la carte de France, en introduisant dans son exécution tous les perfectionnements des sciences modernes * ; et dès le printemps de l'année 1818, « les ingénieurs-géographes partirent pour leur première campagne topographique ».

^ Il était réservé au ministère du général Farre de porter une main sacrilège et de bouleverser de fond en comble l'œuvriB utile et habile du maréchal Gouvion Saint-Cyr, consolidée par les Soult et les Bugeaud.

 quoi a-t-on ;abouti en cbangeant la loi du 6 mai 1818,

i. Ordonnances dés 8 et S2 octobre 1917.

et en adoptant celle du 90 mars 4880? A remplacer une pièce excellente par une pauvre parodie. En effet, on retrouve dans cette dernière loi presque tous les éléments de la première, modifiés, on ne sait pourquoi, par de mesures quasi-incompréhensibles. Il semble qu'on ait coupé en mille pièces toutes les parties sagement pondérées de Tœuvre de Gouvion Saint-Cyr, pour en fiiire un salmigondis où il est à peu près impossible de se reconnaître.

Analysons la nouvelle loi.

Que dit l'article P'? Qu'au lieu d*un corps d'état-major, il y aura un personnel d'officiers de toutes armes munis du brevet d'état-major et employés temporairement à ce service, plus un personnel d'archivistes et secrétaires des bureaux d'état-major.

Qui oserait affirmer que les officiers, munis de brevet, présenteront les qualités requises pour un bon service d'état-major, après un certain temps passé dans les corps de troupes? Qui empêchait d'ailleurs d'établir tout simplement un roulement judicieux pour les officiers d'étai^major, en outre de leur stage régimentaire, en tenant la main à ce que ce roulement ne pût être éludé sous aucun prétexte ?

La création d'un corps amphibie de cent-cinquante archivistes peut, sans doute, rendre dans les états-majors le service d'exonérer les officiers des paperasseries qui encombrent leurs bureaux, mais ces officiers n'en auront pas moins en temps de paix; et plus encore en campagne, Tobligation de connaître les affaires, de lire les dépêches, de rédiger les ordres s'ils ne veulent se décharger sur leurs secrétaires du soin de mener les états-majors. Or, il est à craindre que cela n'arrive parfois. Quant aux archives et à leur classement, le premier sergent ou caporal-secrétaire venu, pris dans un corps de troupe et attaché à un bureau

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d'état-magor, pouvait t^emplir facilement cette tâche. H nous semble donc que la création de ce corps d'archi vistes, corps ni chair ni poisson, est une véritable superfétation.

Article IL Les officiers du service d'état-major sont les agents du commandement. Mais tout homme faisant part ie d'une armée, à quelque titre qu'il lui appartienne, nous semble être dans le même cas.

Il n'était pas besoin d'un article de loi pour consacrer cette vérité, digne de M. de La Palisse .

L'article III vise l'école supérieure de guerre qui, certainement, peut être une excellente institution et donner à l'armée des officiers instruits et capables, surtout si l'on y dirige les études vers la pratique plus que vers la théorie des différentes branches de la science militaire, car longtemps, il faut bien le reconnaître, les études théoriques, dans nos écoles militaires ont primé les études pratiques.

L'article IV établit bien un roulement dans les états-majors et dans les corps de troupes, mais immédiatement cet article pose une exception en Êtveur des officiers qui se consacrent à des études scientifiques spéciales. Qu'on ne s'y trompe pas, c'est une porte laissée ouverte pour permettre d'éluder le roulement; lorsqu'on voudra éterniser un officier dans le sernce d'état-major, on dira qu'il s'occupe de science^

L'article Y donne la composition non plus du corpsy mais du personnel d'état-major. Il doit être, en temps de paix, de 300 officiers hors cadre, avec une réserve d'officiers brevetés, d'un nombre indéterminé, en sorte que tout officier breveté pourra faire le service d'^t-major. Sans doute cela donne une plus grande latitude pour le choix

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