LUTTE CONTRE LES PUISSANCES MARITIMES
l'Europe portèrent pour la première fois atteinte au monopole que la Castille avait voulu se réserver dans le Nouveau-Monde. Les corsaires anglais et hollandais, les boucaniers et flibustiers français devinrent si nombreux au XVIP siècle, dans les mers des Antilles, qu'ils entravèrent sérieusement la circulation des flottes royales entre la Castille et ses colonies. Les Hollandais ne se contentèrent pas de disputer aux Portugais, sujets du roi d'Espagne depuis 1580, les Indes orientales; ils se mirent partout à la poursuite des navires espagnols et tentèrent d'accaparer le commerce des Indes occidentales; en 1628, Piet Hein captura une flotte chargée d'argent devant la Havane (i). Les Hollandais s'installèrent successivement à Curaçao (1632) et à Saint-Eustache (1634). D'autre part, des marchands anglais s'établissaient à Saint-Christophe (Saint- Kitts) en 1623 et à la Barbade en 1625; à Barbuda et à Nevis en 1628 ; à Montserrat et à Antigua en 1632. Vers la même époque (1630- 1641), les Français occupaient la Guadeloupe, la Martinique et d'autres Antilles. Aucune de ces îles n'avait été annexée par les Espagnols, mais elles servirent de points d'appui aux puissances coloniales nouvelles pour participer à l'exploitation du Nouveau-Monde que l'Espagne avait voulu se réserver. Bientôt d'ailleurs les possessions espagnoles elles-mêmes furent entamées. En 1640, Levasseur, à la tête de calvinistes français, se rendit maître de l'île de la Tortue, au nord-ouest d'Espagnola; elle fut bien reconquise en 1654, mais elle fut reperdue en 1659 avec une partie du territoire d'Espagnola. L'Angleterre, dirigée par Cromwell, essaya d'enlever à l'Espagne la prédominance dans les Indes occidentales. Pendant les négociations qui eurent lieu en 1653 avec les Provinces-Unies, il fut question d'attaquer de commun accord l'Amérique espagnole (2). Cromwell saisit le prétexte d'une agression commise par des Espagnols contre quelques colons anglais des petites Antilles pour entamer les hostilités. L'expédition qu'il envoya en décembre 1654, fut mal organisée ; elle se composait en grande
(1) La Havane commandait la route des navires circulant entre la métropole et les Colonies américaines.
(2) CuNNiNGHAM, Growtli of tlie english power in modem times, pp. 149-150.
partie de soldats royalistes, auxquels furent joints quelques coloniaux des Barbades et de Saint-Kitts, et était commandée par de médiocres capitaines, Venables et Penn, père du fameux William Penn. Leur tentative pour conquérir Espagnola échoua misérablement (avril 1655). Le mois suivant, ils réussirent cependant à s'emparer de la Jamaïque, mais ce succès fut dû moins à leur habileté et à leur courage, qu'à la faiblesse et à l'apathie des défenseurs de cette île. Le gouvernement espagnol essaya en 1657 et en 1658 de reconquérir la Jamaïque; après une nouvelle tentative en 1660, il renonça définitivement à l'espoir de la recouvrer par la force des armes. La perte de cette île, consacrée par le traité de Madrid (1670), conclu entre l'Espagne et l'Angleterre, provoqua le déclin de la puissance espagnole dans la mer des Antilles. Les Danois parvinrent même à occuper Saint-Thomas en 1671. Les attaques des écumeurs de mers contre les navires espagnols devinrent de plus en plus fréquentes; des flibustiers français s'emparèrent de Vera-Cruz (mai 1683), qu'ils gardèrent pendant trois jours, et Saint-Domingue servit de refuge à des milliers de pirates qui pillèrent les côtes septentrionales de l'Amérique du Sud et les îles adjacentes.
L'influence de l'Espagne diminuait par conséquent de plus en plus dans la région des Antilles. Par contre, elle augmentait graduellement sur le continent américain, à tel point que la colonisation espagnole prit un caractère essentiellement continental, à la différence de la colonisation portugaise qui fut avant tout côtière.
La Nouvelle-Espagne s'étendit de plus en plus vers le nord : le Nouveau-Mexique fut annexé dès le début du XVIP siècle, mais le nombre des établissements resta peu considérable (i). Les missions franciscaines entreprirent l'évangélîsation des indigènes. Le pays demeura pendant longtemps assez isolé, séparé qu'il était de la Nouvelle-Espagne par le plateau de Chihuahua, dont les habitants défendirent pendant longtemps leur indépendance. La colonisation espagnole fit
(1) La capitale du Nouveau-Mexique fat d'abord S. Juan de los Caballeros, à l'embouchure delaChama, puis Santa Fe (fondée entre i6o3 et 1616).