CONFLIT AVEC LE PORTUGAL
plus de progrès du côté du Pacifique que du côté de l'Atlantique : ce furent surtout les jésuites qui multiplièrent les missions dans la région que baigne la mer Vermeille. Il s'y forma une province en 1641 avec, comme capitale, S. Juan Bautista. Les tentatives de colonisation de la Californie n'eurent que peu de succès, malgré la découverte, en 1632, de bancs de perles à proximité de ses côtes par Ortega (i).
L'union personnelle du Portugal et de l'Espagne (1580- 1640) avait favorisé le développement économique de plusieurs colonies espagnoles : celle de La Plata avait entretenu notamment des relations commerciales suivies avec le Brésil. La rupture de ces relations commerciales, amenée par la séparation du Portugal d'avec l'Espagne, fut très préjudiciable à cette colonie. Néanmoins elle se détacha de plus en plus du Pérou et acquit une importance telle que le gouvernement métropolitain la sépara du district de l'audience de Charcas (Bolivie) et érigea l'audience de Buenos- Ayres, qui eut dans son ressort les provinces de La Plata, Paraguay et Tucuman. Il essaya cependant de maintenir la région de La Plata dans la dépendance économique du Pérou, mais en vain. Cette région était, par sa situation sur l'Atlantique, destinée à commercer avec les autres pays situés dans le bassin de cet océan et particulièrement avec le Brésil. Les Portugais établirent d'ailleurs, dès 1680, une colonie en face de Buenos- Ayres : Sacramento (aujourd'hui Colonia). Cette prise de possession de la rive gauche du Rio de la Plata donna lieu à un conflit entre l'Espagne et le Portugal. Le gouverneur de Buenos- Ayres attaqua Sacramento et s'en empara. Cependant le traité qui fut conclu en 1681 entre les deux puissances coloniales, rendit provisoirement cette ville au Portugal à condition de ne pas servir au commerce; il fut stipulé qu'une commission mixte établirait dans le domaine de quelle puissance le territoire de cette ville était situé en vertu du traité de Tordesillas. Cette commission ne parvint pas à résoudre la question et Sacramento resta au Portugal.
Pendant ce temps la domination espagnole pénétrait de plus
(1) Orozco y Berra, Apiintos para la historia de la geografîa en Mexico. Mexico, 18^1, pp. 2o3 et suiv.
en plus dans l'intérieur du continent sud-américain. En 1675, une partie des Indiens des pampas, lesCalchaquis, furent soumis et on établit dans leur pays la colonie de Catamarca (i). Des missions lurent fondées en grand nombre au cours du XVIP siècle dans le Paraguay et l'Uruguay (2). A la fin du XVIP siècle, les jésuites pénétrèrent dans la partie septentrionale du Chaco et érigèrent, en 1692, la première station (Saint-Xavier) sur le versant oriental des Andes. D'autre part, les franciscains s'installèrent à Apolobamba à la suite d'une expédition militaire (1680). Les jésuites déployèrent une grande activité dans la région de l'Amazone supérieur (Maranon) depuis le versant oriental des Andes jusque sur les rives du Napo et de l'Ucayali et les franciscains commencèrent à étendre la sphère d'influence de l'Espagne dans le Venezuela à partir de 1648. La colonisation du Venezuela ne se poursuivit que très lentement : quelques aventuriers avaient fondé un établissement en 1630 (San Felipe de Austria) (3), mais il ne fit que végéter.
De nouveaux essais de colonisation furent faits à proximité de la côte par un certain Juan de Urpin, qui s'empara du territoire de la ville actuelle de Barcelona et jeta, en 1637, ^^^ fondements de Nueva-Barcelona, au pied du Cerro Santo; mais l'emplacement fut bientôt abandonné (1671), et on créa alors Barcelona à l'endroit où s'élève aujourd'hui la ville de ce nom.
La vallée de l'Orénoque fut également colonisée avec une extrême lenteur. Il y eut bien des expéditions organisées dans le but de faire la chasse à l'homme ou de conquérir l'Eldorado, mais le premier établissement, San Thomé, ne fut installé qu'à la fin du XVP siècle (en 159 1). Il fut complètement détruit en 1 6 1 9 et réédifié quelque temps après par de nouveaux colons. Il a pour ainsi dire disparu aujourd'hui; le village qui en occupe l'emplacement, porte le nom de Fortalezas de la Vieja Guyana. La plupart de ses habitants se retirèrent en 1764
(1) H. BuRMEisTER, Description physique de la République Argentine, trad. Maupas, t. I, p. 145, Paris, 1876.
(2) SuPAN, Die territoriale Entwicklung der europaischen Kolonien. Gotha, 1906, pp. 60-61.
(3) A peu de distance de la côte, entre Caracas et le golfe de \^enezuela.