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EXPANSION DANS L AMERIQUE DU SUD 33 I

sur la côte voisine ; le gouv^ernement espagnol espérait ainsi pouvoir veiller lui-même au recrutement de la main-d'œuvre africaine pour ses colonies. L'Angleterre ne put intervenir en ces circonstances, paralysée qu'elle était par la guerre avec ses colonies d'Amérique.

Des intérêts dynastiques, en même temps que le désir de reconquérir la suprématie maritime dans les Indes occidentales avaient malheureusement entraîné Charles III, en 1761, dans une alliance avec le roi de France contre l'Angleterre. Cuba fut sur le point d'être perdue, la Havane capitula, et les Philippines tombèrent aussi aux mains des Anglais. La paix fut signée dès le 10. février 1763, Pour rentrer en possession de ses colonies perdues, l'Espagne dut céder à l'Angleterre la Floride et tout le pays à l'est du Mississipi; elle ne recevait par contre de la France que la moitié ouest de la Louisiane. En outre elle dut accorder à l'Angleterre le droit de couper des bois de teinture sur la côte du Honduras (Bélize), ce qui fut l'origine d'un vaste commerce de contrebande avec le Mexique. L'Espagne continua à s'opposer énergiquement à toute tentative faite par une puissance coloniale d'installer des établissements dans les terres ou les îles qui pouvaient être considérées comme des dépendances de son domaine colonial. C'est ainsi qu'elle envoya une expédition aux îles Falkland, appelées alors îles Malouïnes, pour en chasser les Français qui y avaient créé la station de Port Louis ("1764) et les Anglais qui y avaient construit le fort Egmont (1766). Cependant devant une menace de guerre de la part de l'Angleterre, le roi Charles III dut consentir à ce que cette puissance y gardât un établissement. Toutefois l'Angleterre l'abandonna bientôt comme inutile et les îles Falkland restèrent à l'Espagne, qui s'en servit comme lieu de déportation. Du côté de la Patagonie, la colonisation espagnole fit quelques progrès à cette époque. La côte presque tout entière fut explorée et des villages furent fondés : San José ou Puerto de San Julian, et Florida Blanca. Le roi Charles III recommanda à ses successeurs de fortifier le détroit de Magellan et la Terre de Feu et de ne laisser inoccupé aucun port, aucune aiguade.

Du côté du Chili, l'influence espagnole s'étendit également. A une assez grande distance des côtes de ce pays, Charles IV fit occuper (1792) les îles Juan Fernandez, devenues célèbres par le séjour du marin Falkirk (Robinson Crusoë).

Tandis que l'Amérique du Sud (i) restait, en dehors du Brésil et de la Guyane, le domaine pour ainsi dire incontesté de l'Espagne, l'Amérique du Nord était le théâtre de compétitions entre les puissances coloniales. Les vice-rois du Mexique firent de sérieux efforts pour lutter contre les influences étrangères et étendre la colonisation espagnole sur les côtes du golfe du Mexique et sur celles de l'océan Pacifique. Ils créèrent plusieurs établissements dansleNouveau-Santander et le Texas dans le but de dominer le bassin du golfe du Mexique (2). A partir de 1774 jusque vers 1792, ils organisèrent également de nombreuses expéditions au nord de San Francisco. La factorerie qu'ils essayèrent de fonder à l'île Noutka (49°4o'lat. N.), le grand marché de pelleteries, ne put se maintenir par suite de l'hostilité des Anglais (3). D'autre part un moine franciscain, le P. Junipero Serra, obtint du gouvernement espagnol (1781) l'autorisation de fonder au nord de la Californie une vaste colonie, où ne seraient admis

(1) [.'extension de l'influence espagnole dansl'Amérique du Sud, au XVIIIesiècle, fut due presque exclusivement aux missions. Le principal champ d'action des jésuites fut le Chaco, qui était encore occupé par un grand nombre de tribus d'Indiens nomades et belliqueux. De 1692 jusque 1722, fut établie au nord de cette région une longue série de missions depuis Saint-Xavier, au nord-ouest, jusque Saint-Ignace de Zamucos, au sud-est dans les llanos des Chiquitos. Le Pérou se trouva ainsi relié au Paraguay. De nombreuses missions furent également créées entre le Parana et le Paraguay. — Du côté de la Guyane, d'autres missionnaires firent aussi des efforts pour gagner à l'Espagne et à l'Eglise catholique une partie de cette région. Des capucins établirent une station au sud de rOrénoque (1724). Mais leur entreprise ne fut pas suffisamment soutenue par le gouvernement espagnol. Après avoir pénétré, dans le bassin du Cuyuni,qui se trouvait dans la sphère d'influence des Hollandais, ils perdirent la plupart de leurs positions.

(2) Orozco V Berro. Apuntos para la liistoria de la geografla en Mexico. Mexico, 1881, pp. 247 et suivantes.

(3) H. Baumgarten, Gescliichte Spaniens ^ur Zeit der fran:[iJsisclien RevO' luiion. Berlin, 1861, pp. 280 et suivantes.

MAXIMUM d'extension DE L'EMPIRE COLONIAL 333

qu'un nombre restreint de colons et dont les indigènes seraient graduellement initiés à la civilisation européenne. Un certain nombre de missions furent créées dans le pays, mais l'influence espagnole y fut très faible.

L'attitude bienveillante que prit le gouvernement espagnol à l'égard des colons anglais de l'Amérique du Nord révoltés contre la mère patrie, devait provoquer un vif mécontentement en Angleterre. L'Espagne fut ainsi impliquée, à la fin du XVIIP siècle, dans une guerre ruineuse (1779). Elle eut l'appui de la France, mais cet appui ne lui fut pas avantageux. Ses armées remportèrent quelques succès sur le continent nord-américain et ses flottes firent plusieurs expéditions pour recouvrer la Jamaïque. Ce fut en vain. La défaite de l'escadre française près de la Dominique, en avril 1782, fut fatale aux deux puissances bourboniennes. Le traité de Paris (1783) attribua bien à l'Espagne la Floride, mais l'Angleterre garda, sous la suzeraineté nominale de l'Espagne, la côte du Rio Bélize, par où se pratiquait un vaste commerce interlope (i). C'est à ce moment que l'empire colonial de l'Espagne atteignit sa plus grande extension. Il embrassait tout le bassin du golfe du Mexique et tout le bassin continental de la mer des Antilles, plus Cuba, Porto Rico et la plus grande partie de Haïti. Sur la côte de l'Atlantique, il s'étendait depuis San Francisco (37°48' lat. N.) (2) jusqu'au delà du 40° lat. S. (3) et il touchait à l'océan Atlantique par la colonie de la Plata. Enfin les colonies d'Annobon et de Fernando-Po permettaient à l'Espagne de prendre pied en Afrique ; les Philippines constituaient avec les Mariannes des dépendances isolées en Océanie, derniers

(i) En 1785, par le traité de Londres, Charles III céda en outre aux Anglais une partie du territoire adjacent et la petite île Saint-Georges sur la côte du Honduras pour y réparer leurs vaisseaux, mais à condition de ne plus dépasser les limites assignées et de ne pas cultiver le sol.

(2) Les tentatives faites par quelques marchands espagnols de s'établir au delà de San Francisco à Noutka échouèrent, comme on l'a vu, par suite de l'attitude hostile de l'Angleterre. L'Espagne dut se désister en faveur de cette puissance par le traité de l'Escurial (1790).

(3) Les points les plus méridionaux occupés par les Espagnols étaient le fort Maulin (41037' lat. S.) et l'île Cailin (43"i2' lat. S.).

334 LES GRANDES PHASES DE l'EXPANSION

trophées des expéditions faites par les Espagnols au XVP siècle pour conquérir les îles à épices (i).

La politique espagnole à l'égard de la France devait bientôt se transformer à la suite de la révolution qui bouleversa ce pays et qui y provoqua la chute de la royauté. Le gouvernement de Madrid essa^'a de profiter de l'occasion pour s'emparer de la partie française de l'île d'Espagnola. La révolte des nègres qui y éclata à ce moment, semblait appeler une intervention étrangère. Grâce à l'appui de l'Angleterre, les Espagnols remportèrent d'abord quelques succès (1793), mais la situation se modifia, lorsque le fameux Toussaint Louverture eut amené la réconciliation temporaire de la colonie avec la mère patrie. Les Espagnols furent même en grande partie expulsés de l'île et le traité de Bâle (1795) la reconnut comme possession exclusivement française. Mais ce traité ne fut mis à exécution qu'en 1801, lorsque Toussaint s'empara de la ville de Saint- Domingue.

Méconnaissant les véritables intérêts de l'Espagne, l'incapable Charles IV, qui subissait l'ascendant de Godoï, « prince de la Paix », signa avec la France un traité d'alliance offensive et défensive contre l'Angleterre (1796). Au début de l'année 1797, les Anglais s'emparèrent de l'île de la Trinité, mais les tentatives qu'ils firent pour se rendre maîtres de Porto- Rico et des Philippines échouèrent. Le gouvernement de Saint-James envoya des agents aux Etats-Unis pour les amener à déclarer la guerre à l'Espagne et encouragea les tendances séparatistes des colons espagnols. Les attaques dirigées contre la Louisiane espagnole et Cuba ne furent pas menées avec assez de vigueur, de sorte qu'à l'époque de la conclusion du

(1) Il est curieux de constater que juste à ce moment (ijSS) surgirent en Espagne des projets de réorganisation du domaine d'outre-mer dans le but d'accorder aux colonies une certaine autonomie, tout en maintenant leur union avec la mère patrie. Le comte d'Aranda proposa au roi le plan suivant : Cuba, Porto-Rico et une position dans l'Amérique du Sud seraient restées sous la dépendance immédiate de la couronne ; le reste des Indes aurait formé trois grands royaumes : Nouvelle-Espagne, Terre-Ferme et Pérou. Ces royaumes auraient été donnés à des Infants, qui auraient reconnu le roi d'Espagne comme empereur et n'auraient épousé que des princesses espagnoles (Coxe, L'Espagne sous les Bourbons, t. III, p. 621).

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