‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 125 sur 173 · EXCLUSIVISME COLONIAL · texte numérisé non relu

EXCLUSIVISME COLONIAL

partie des indigènes (Chamorros) furent soumis ou exterminés. En une trentaine d'années, plus de la moitié d'entre eux disparurent; un grand nombre se réfugièrent dans les Carolines. Pour repeupler les îles, on y transporta alors des malais des Philippines, les Tagals. Il ne s'y fonda qu'un établissement européen : Agana, dans l'île de Guam. Après la séparation du Portugal (1640), l'Espagne avait gardé quelques parcelles du domaine colonial portugais (i). Jusqu'en 1663 les Espagnols de Manille conservèrent même une position dans les Moluques : ils tinrent une garnison dans l'île Ternate, au fort Gamma- Lamma. Mais, mal soutenus par la métropole, ils durent abandonner cette place qui aurait constitué un excellent point d'appui pour la colonisation du précieux archipel (2).

TROISIEME PERIODE Reprise de l'expansion coloniale.

(XVI ir siècle.)

Les guerres contre les nouvelles puissances maritimes au XVIP siècle et surtout la guerre de la succession d'Espagne avaient compromis la colonisation espagnole. Aussi les rois de la dynastie bourbonienne se proposèrent-ils pour but immédiat de consolider et d'étendre leur empire d'outre-mer. Ils crurent que le meilleur moyen de le maintenir était d'en fermer l'accès autant que possible aux marchands ou aux colons étrangers et de réserver le monopole du commerce colonial, en dehors du trafic des esclaves, à la métropole. En 171 6, sous le règne de Philippe V, le gouvernement espagnol voulut, entre autres, empêcher les relations commerciales de la France avec le Pérou et fit même poursuivre ses vaisseaux. Sauf une molle attaque

(1) Après la séparation du Portugal, l'Espagne garda quelques positions sur la côte africaine : Ceuta et Tanger (pendant peu de temps).

(2) Valentijn, Oud- en Nieuw-Oosiindicn. Amsterdam, 1724, t. I, 1" partie, p. i5.

de quelques navires français contre le Texas, en 171 9, et une manœuvre d'une escadre, en 1720, dans le but de débarquer des troupes sur les bords de la Plata, on n'a pas à signaler de représailles de la part de la France. Trois années plus tard, le gouvernement portugais, non content de la seule possession de Sacramento, par où se faisait un grand commerce de contrebande, fonda un nouvel établissement, Montevideo ; cependant il ne put le garder : le gouverneur de Buenos- A3'res s'en empara. Mais les tentatives des Espagnols contre Sacramento n'eurent aucun résultat. Grâce au privilège de VAsiento et à l'emploi de procédés interlopes, les marchands anglais avaient su accaparer presque tout le commerce d'exportation de l'Amérique espagnole, de sorte que les relations commerciales entre celle-ci et la mère patrie furent pour ainsi dire interrompues. Le gouvernement de Madrid voulut empêcher cette contrebande et provoqua même à ce sujet une guerre qui éclata en 1739 (i). Les flottes anglaises attaquèrent la Nouvelle-Grenade, Caracas et l'île de Cuba, mais sans succès; elles firent aussi quelques démonstrations sur les côtes de la Plata. Le conflit ne cessa qu'en 1750, lorsque, à la suite des instances réitérées de l'Espagne, on décida de part et d'autre d'abolir le privilège de VAsiento. L'Angleterre obtint une indemnité de 500.000 pesos (plus de 4 millions de francs) et l'octroi d'un traitement de faveur pour ses marchandises. La même année fut réglé le différend avec le roi du Portugal à propos de Sacramento : le traité de Madrid adjugea (1750) cette ville à l'Espagne en échange de quelques territoires de missions dans l'Uruguay. On abandonnait définitivement le système de la ligne de démarcation établi par le traité de Tordesillas. En fait, Sacrav mento ne fut cédé qu'en 1777, car les missions de l'Uruguay refusèrent de reconnaître la domination portugaise sur une partie de leurs territoires. En outre l'Espagne acquit plus tard, lors de son alliance avec le Portugal (1778), les îles de Fernando-Po et d'Annobon et le droit de faire le commerce

(1) Des différends avaient éclaté aussi à propos de la Floride, colonie espagnole, et de la Caroline du Sud, colonie anglaise. Une commission mixte fut chargée de régler le conflit, mais les marchands anglais, convoitant les richesses des colonies espagnoles, poussèrent leur gouvernement à la guerre.

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