L EGLISE
au XVIIP siècle, il y avait 600 juges, avocats et gens de justice pour un district peu étendu et peu peuplé. Les faveurs dont jouissaient les Espagnols aux colonies (i), excitèrent la jalousie des créoles et des métis. Pour satisfaire leur ambition, on prodigua à ceux-ci les titres, les distinctions honorifiques, les uniformes, de sorte que le nombre des fonctionnaires inférieurs augmenta outre mesure.
Aucune institution coloniale n'échappait au contrôle de la cour de Madrid. L'Église se trouvait sous la dépendance la plus étroite de la couronne, aussi bien que l'administration, les tribunaux, les armées. Aucune bulle ne pouvait être envoyée en Amérique sans l'entremise du conseil des Indes. Le roi, à qui appartenait le patronat des Indes, choisissait les évéques, les chanoines, les doyens, avec la simple formalité de soumettre son choix à la confirmation du pape. Tout ecclésiastique qui désirait quitter l'Espagne pour se rendre en Amérique, devait demander l'autorisation expresse du roi. On pouvait donc considérer le clergé comme un corps de fonctionnaires dévoué au roi. En récompense de ses services, il acquit une situation privilégiée. Il obtint, dès 1501, le droit de lever à son profit la dime dans toutes les colonies, et on lui accorda toutes les facilités pour acheter des terres, construire des églises et des couvents. Aussi les biens de mainmorte prirent-ils rapidement une grande extension.
En somme donc, l'influence de l'Eglise ne fut pas moins considérable dans les colonies que dans la mère patrie. Les villes comptaient un grand nombre d'établissements religieux et celles qui en avaient le plus, étaient réputées les plus riches et les plus prospères. En effet, pour apprécier l'importance d'une ville, on ne considérait pas tant le nombre des habitants que celui des couvents et des églises (2).
(i) HuMBOLDT (Essai su?- la Nouvelle-Espagne, t. II, p. 2), dit à ce propos : « Les lois espagnoles accordent les mêmes droits à tous les blancs, mais ceux qui sont appelés à exécuter les lois, cherchent à détruire une égalité qui blesse l'orgueil européen... Le gouvernement se méfie des créoles et donne les grandes places exclusivement aux natifs de l'ancienne Espagne; ... il leur donne mène souvent les emplois inférieurs. »
(2) Depons, Voyage à la Terre Ferme, t. II, p. 148.
Quant aux territoires indigènes, ils furent visités, dès le début de leur colonisation, par des missionnaires et des membres du clergé, qui se firent souvent les protecteurs des natifs. Le prêtre Las Casas, croyant que l'évangélisation des Indiens devait être le but principal de la conquête, voulut même réserver au clergé seul les mesures à prendre à l'égard des indigènes, et il fit l'essai (1520) d'un établissement où aucun Espagnol n'entrerait sans la permission des autorités ecclésiastiques. Il donna ainsi le modèle des institutions qui fleurirent plus tard au Paraguay. Mais son entreprise échoua. L'œuvre des missionnaires ne put prendre de l'extension qu'après la période des conquêtes violentes, c'est-à-dire depuis le milieu du XVIP siècle.
Le gouvernement cherchait, on l'a vu, à maintenir les colonies dans une dépendance complète. Il ne laissa une certaine dose de self-govermnent qu'aux villes. Au début de l'expansion coloniale, les fondateurs de villes nouvelles avaient le droit d'élire leurs regidores jusqu'au moment où le gouverneur de la colonie serait chargé de les choisir. Les conseils municipaux {cabildos)\<:)\mQ\\\., au XVP siècle, d'une certaine indépendance ; ils obtinrent pour leurs villes des fueros analogues à ceux des villes de la métropole (i ) ; mais ils se transformèrent rapidement en corps aristocratiques : comme en Espagne, les places de conseiller devinrent héréditaires ou vénales. Chaque cahildo se composait ordinairement de six regidores et de deux alcades élus par eux pour un an. Dans les grands centres, il y avait un plus grand nombre de membres. A Caracas, le conseil municipal comprenait, au XVIIP siècle, seize regidores, dont quatre étaient nommés par le roi parmi les colons de sang espagnol, deux alcades, un porte-étendard (alferez real), un alcade inayor, un alguacil mayor et un inspecteur des poids et mesures {fiel executor) ; à Mexico, le conseil comprenait quinze regidores, qui élisaient chaque année deux alcades. C'est au sein des conseils municipaux seulement que les créoles étaient fortement représentés ; il n'est donc pas
(1) Herrera, Historia gênerai de los hechos de los Castellanos en las Islas y Tierra Finne, i'^ décade, livre VII,chap. II. (Privilèges aux villes d'Espagnola.)