‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 168 sur 173 · INSUCCÈS DES COMPAGNIES · texte numérisé non relu

INSUCCÈS DES COMPAGNIES

faites par la métropole pour arrêter le commerce frauduleux. Le consitlado consentit à verser la somme demandée, mais à titre de don volontaire. A plusieurs reprises la couronne confisqua encore l'argent des Indes destiné aux particuliers (i).

Dans la deuxième moitié du XVIIP siècle, sous l'influence du despotisme éclairé et des idées libérales en matière économique, les privilèges de Séville furent graduellement supprimés et d'autres ports furent autorisés à commercer avec un certain nombre de ports des Indes (1778) ; les ports coloniaux furent successivement ouverts et purent commercer entre eux et avec la métropole.

Ces mesures ranimèrent quelque peu le commerce agonisant et exercèrent aussi une influence heureuse sur l'industrie nationale. Dès 1778, les ports de Barcelone, Alicante, Malaga, Cadix, la Corogne et Santander expédièrent aux Indes 321 navires portant un peu plus d'un tiers de marchandises espagnoles. Dix ans plus tard, les manufactures nationales envoyèrent plus de produits que celles de l'étranger. Les relations entre les ports espagnols et ceux des Indes ne firent qu'augmenter le mouvement de ceux-ci.

Cependant l'Espagne ne fut pas à même de pourvoir aux besoins de la navigation océanique ; elle ne comptait en 1778 que quatre à cinq cents navires, et, en 1801, elle n'en avait encore que 932, dont le tonnage ne s'élevait qu'à 150.014 tonneaux.

Les compagnies commerciales, créées au XVIIP siècle | pour relever le commerce entre les colonies et la métropole, \j n'eurent qu'un médiocre succès, tant à cause de l'inaptitude '

(1) La couronne dut encore recourir aux services des Asientistes pour subvenir aux frais des guerres : en 1672, elle emprunta au banquier génois Grillo 80.000 pesos qu'elle aurait dû lui rembourser sur les droits d'un asiento encore à conclure. Lors de la conclusion de V asiento avec le hollandais Coymans (1684), la couronne obtint immédiatement, pour des besoins urgents, une somme considérable : Coymans prit sur lui les avances faites antérieurement au trésor, consistant en remises aux Flandres. De même en 1696, la compagnie portugaise de Cacheu fît une avance de 200.000 pesos à la couronne, non à titre de cautionnement, mais à titre de prêt. La compagnie française de Guinée servit aussi de banquier aux rois catholiques. Philippe V assigna sur les paiements de la compagnie les traitements de plusieurs de ses agents et ambassadeurs à l'étranger.

des marchands espagnols qu'à cause de la concurrence étrangère. Cependant la compagnie guipuzcoane de Caracas^ fondée en 1728, réalisa pendant longtemps de beaux bénéfices, grâce au commerce du cacao dont elle acquit le monopole 1^1). Sa prospérité ne fit que croître jusqu'au moment oli éclata la guerre entre les colonies anglaises de l'Amérique du Nord et leur métropole. La compagnie perdit plusieurs navires ; elle se mit alors à faire la fraude avec les Hollandais de Curaçao ; en 1 781, elle perdit le titre de compagnie royale et, en 1783^ elle fut supprimée et fondue dans la compagnie royale des Philippines. Celle-ci fit de mauvaises affaires ; elle ne distribua que quatre fois des dividendes à ses actionnaires et disparut finalement devant la concurrence étrangère. Les autres compagnies (celles de Barcelone, d'Escaray et de Burgos) ne furent pas plus heureuses (2). Après la suppression de la compagnie anglaise de la mer du Sud, le gouvernement s'adressa à des compagnies particulières pour faire le commerce des nègres. Une de ces compagnies dura jusqu'en 1762, une autre jusqu'en 1767, la compagnie dite de Jésus jusqu'en 1768. La vente des nègres représentait un bénéfice annuel de 80 millions de réaux (soit vingt miUions de francs) (3) ; pour l'assurer au pays, le gouvernement acquit du Portugal les iles de Fernando-Po et d'Annobon (1778J ; il projeta l'établissement d'une compagnie africaine au capital de 20 millions de réaux, mais elle ne put recueillir les fonds nécessaires, ni le matériel indispensable à la réussite de cette entreprise (4). Elle dut abandonner, comme autrefois, à des étrangers la traite des noirs.

(1) De \j3\ à 1749, elle transporta en moyenne 48.291 fanègues de cacao par an; de 1769 à 1774, elle rapporta chaque année 44.78J finègues et 4.468.640 réaux provenant de la vente du cacao de Caracas sur le marché de Vera-Cruz. « Le commerce de Caracas était si sûr que les Guipuzcoans ne voulaient pas en faire d'autre; on s'y enrichissait parfois si vite que les gens de mer avaient abandonné la grande et la petite pèche pour se faire caraqueûos et vivaient à ne rien faire entre deux campagnes. » (Desdevises du Dezert, L'Espagne de Vancien régime. La richesse et la civilisation, p. 160.)

(2) Voir p. 402.

(3) Desdevises du Dezert, L'Espagne de l'ancien régime. La richesse, p. 161.

(4) La compagnie n'avait « ni avances, ni bâtiments négriers, ni capitaux, ni marchandises d'échange, ni médecins au courant des maladies des noirs ». (Desdevises DU Dezert, L'Espagne de l'ancien régime. La richesse et la civilisation, p. 162.)

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