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DECADENCE DE L ESPAGNE

Les énormes dépenses occasionnées par les guerres européennes et par l'administration défectueuse (i), absorbèrent tous les profits que l'Espagne put tirer de ses colonies ; bien plus, elles endettèrent le trésor, et le gouvernement se retrouva à plusieurs reprises dans une situation des plus critiques : sous Philippe III (i 598-1 621), la dette publique dépassa cent millions de ducats, somme fabuleuse pour l'époque.

La situation financière ne s'améliora pas au XVIP siècle, bien au contraire. Les dépenses militaires et les dépenses de luxe grevèrent de plus en plus le budget sous le règne de Philippe III, Philippe IV et Charles II. La couronne fit encore , différentes fois banqueroute : en 1607, 1627, 1647. 1656, ^ 1662, 1678, 1694.

Ce furent le commerce et l'industrie qui durent en pâtir, et par contre-coup aussi les colonies. Les transactions furent grevées de nouveaux droits et les relations commerciales avec l'étranger devinrent encore plus difficiles par suite de la création d'une taxe supplémentaire de 30 p. c. à l'importation et à l'exportation pour les marchandises qui avaient passé par les mains de marchands hollandais (1603) : les vaisseaux étrangers furent soumis à sept visites de la part des fonctionnaires espagnols. Au bout d'un certain temps, cette mesure dut être rapportée, mais les quelques années qu'elle fut en vigueur, suffirent à porter le dernier coup au trafic déjà si peu actif de l'Espagne avec l'étranger.

Le commerce colonial était, on vient de le voir, malgré le monopole officiel, presque entièrement aux mains des étrangers, surtout de ceux qui faisaient la traite des nègres. Les galions et les flottes emportaient bien quelques produits espagnols, comme des vins, de l'eau-de-vie, des raisins secs, de l'huile et en outre des draps et des soieries en petite quantité ; mais une grande partie des cargaisons était constituée au moyen de produits étrangers, car l'industrie espagnole elle-

(1) En i653, l'ambassadeur vénitien écrit que le pays le plus riche est devenu le plus pauvre, parce que nulle part l'ignorance d'un bon gouvernement n'est aussi grande (Ehrenberg, Das Zeitalter der Fiigger, p. 262).

même avait souffert énormément de la fermeture ^es

débouchés étrangers et de la cherté de la main-d'œuvre due

à l'abondance des métaux précieux. Enfin l'expulsion des

r Maures (1609) avait fait perdre à l'Espagne les meilleur^

/ agents de sa vitalité commerciale et industrielle,

L'Espagne ne fit au XVIP et au XVIIP siècle que recevoir et distribuer les richesses métalliques; elle ne put les garder, ni les faire fructifier. Comme elle produisait peu et fabriquait encore moins, elle devait, pour suffire à la consommation intérieure, acheter à l'étranger une quantité de marchandises, surtout des objets manufacturés; tout ce qu'elle pouvait offrir en échange, c'était les métaux précieux. Ceux-ci sortirent du pays non seulement pour payer les marchandises importées en Espagne, mais pour couvrir les frais énormes que fit la couronne pour l'entretien de ses armées. Comme il n'y avait presque plus de banquiers dans le pa3's, la couronne dut constamment s'adresser à l'étranger.

Pendant une courte période cependant, elle trouva encore en Espagne même un banquier commode, notamment le consulado ou corporation des marchands de Séville. De 1676 à 1682, cette association eut ïasie?ito des nègres; elleput alors, dans une certaine mesure, pourvoir aux besoins financiers de la couronne : le service des intérêts de plusieurs emprunts faits par le trésor à des particuliers fut assigné sur les sommes que le cûiisiilado s'était engagé à verser. Il avança au roi cent mille pesos, qu'il dut lui-même emprunter. Plusieurs dettes de la couronne purent ainsi être acquittées grâce à l'aide du consulado.

Pour rembourser aux Provinces-Unies les dépenses faites au compte de l'Espagne dans l'expédition de Messine confiée au célèbre amiral de Ruyter, Philippe IV assigna sur les paiements du consulado une somme de 525.000 pesos au profit de l'amirauté de Hollande (1678).

Le gouvernement préleva en outre des subsides extraordinaires sur le commerce colonial. En 1677, il força la corporation des marchands de Lima à verser au trésor cent mille pesos, sous prétexte que le Pérou devait participer aux dépenses

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