CHAPITRE PREMIER
Configuration territoriale et position maritime.
/\ Le Portugal commença à s'étendre outre mer durant le premier quart du XV^ siècle. Il possédait à cette époque, depuis plus d'un siècle et demi, son complet développement territorial en Europe.
Le noyau primitif du Portugal n'est pas la région de Lisbonne, mais celle de Porto, notamment le territoire compris entre le bas Douro et le bas Minho. Ce territoire, relativement bien peuplé et assez fertile, s'est détaché peu à peu de la Galice, pays de montagnes et de pâturages, dont il dépendait d'abord. Une partie de la Galice est d'ailleurs restée unie au Portugal.
Dès la fin du XP siècle, les comtes de Portugal possédaient le comté de Coïmbre au sud de celui de Porto. Ils jouissaient d'une indépendance complète qu'ils affirmèrent en prenant bientôt le titre de roi. Ils essayèrent rarement, et d'ailleurs sans succès, d'étendre leur pays vers l'intérieur de la péninsule, c'est-à-dire vers le plateau central ibérique généralement aride et pauvre. Ils employèrent de préférence leurs forces à conquérir les terres plus riches et plus productives de la région
dont Lisbonne constitue le centre économique. Dès que cette ville eut été conquise sur les Maures par les rois de Portugal au milieu du XIP siècle, elle devint tout naturellement, par son importance et sa situation, la capitale du royaume. Celui-ci continua à s'étendre vers le sud, le long de la côte, au détriment des Maures et, au milieu du XIIP siècle, il atteignit la côte méridionale de la péninsule. Désormais le Portugal ne devait plus se développer en Europe : il comprenait une superficie de 89.000 km^; sous le rapport du territoire il prenait rang parmi les principaux Etats de l'époque.
A première vue, ses frontières semblent tracées au hasard des événements politiques ; elles ont l'air d'être purement conventionnelles et par conséquent dépourvues de valeur défensive. En réalité elles sont de véritables frontières naturelles. Ce sont les accidents du sol et non les stipulations des traités qui ont marqué la limite des conquêtes des rois de Portugal sur les Arabes et ce sont eux aussi qui, dès la formation du royaume de Portugal, ont déterminé la ligne de séparation entre ses provinces et celles du royaume de Léon. Au nord comme à l'est, la frontière se déroule à travers des massifs montagneux d'un accès difficile, coupés en certaines parties de ravins sauvages où coulent des rivières torrentueuses.
Le Douro, le Tage, le Guadiana que le Portugal reçoit de l'Espagne, ne rassemblent pas assez d'eau sur les plateaux espagnols, trop souvent privés de pluie, pour y être navigables ; ils ne le deviennent qu'en territoire portugais. Ils ne facilitent donc pas entre les deux pa5's des relations qu'entrave déjà la nature accidentée du sol. Leurs vallées conviennent même si peu à l'établissement de routes qu'on n'a pu les utiliser, au XIX^ siècle, pour y faire passer des voies ferrées. La vallée du Guadiana seule ouvre, entre Badajoz et Elvas, une voie d'accès assez commode pour une armée ennemie qui voudrait atteindre Lisbonne. Mais elle est aisée à défendre en différents points, notamment à Elvas.
Les contrées que la frontière traverse, sont généralement arides, presque désertiques entre l'Estrémadure et l'Alemtejo et par conséquent peu peuplées. Elles forment entre les