UNITE DU TERRITOIRE
deux pays une zone isolante, de largeur variable mais partout suffisante pour constituer un obstacle à l'établissement de relations fréquentes.
La Castille et le Portugal possédant à peu près les mêmes productions naturelles, aucun intérêt commercial ne les a poussés à supprimer par des travaux d'art les barrières qui les séparent.
La disposition de ses frontières prédestinait donc le Portugal à constituer un État indépendant et l'unité naturelle de son territoire explique la cohésion de la nationalité qui s'y forma. Les Portugais manifestèrent toujours la plus grande aversion à accepter une domination castillane. Il fallut une longue suite de calamités et l'absence d'un prétendant national digne du trône, pour les déterminer à reconnaître, en 1580, Philippe II pour leur souverain légitime. C'est seulement de 1580a 1640, que le Portugal et la Castille eurent un même souverain. Avant comme après cette période, dans les nombreuses guerres qui éclatèrent entre les deux pays, le Portugal sut toujours résister avec succès aux attaques de la Castille ; non seulement il évita d'être annexée par elle, mais même il ne lui céda jamais une portion quelconque de son territoire.
Par contre, et c'est là le revers de ces avantages, les frontières si fortes qui donnent au Portugal un territoire bien délimité, favorable au développement d'une nationalité indépendante, l'isolent du reste de la péninsule et ne lui laissent que la mer pour communiquer avec d'autres pays. Heureusement cette voie lui est largement ouverte. Les côtes, d'un développement de 800 kilomètres, sans être très articulées, sont suffisamment pourvues de ports pour devenir le siège d'un mouvement maritime actif.
Lisbonne, par sa situation sur une baie que le Tage forme près de son embouchure, est le principal port du pays et l'un des plus beaux du monde. Aisément accessible à toute heure du jour et en toute saison, il est en outre facile à défendre grâce à la passe étroite qui y conduit.
Porto est d'une valeur beaucoup moindre, à cause de la barre qui en ferme l'entrée et qui, à marée basse, ne porte pas plus
de 2"\5o d'eau. Mais à marée haute l'entrée du port est permise à des navires calant 7'", 50.
Sétubal, aujourd'hui d'un accès difficile, était considéré comme un bon port au XVP et au XVIP siècle. Vianna, Villa do Conde, Aveiro, Figuéira, Caminho, Esposende, Concha de Sâo Martinho, dans le Portugal proprement dit, Lagos, Faro, Castromarin dans l'Algarve, forment d'excellentes escales pour les navires de faible tonnage et constituent une suite de stations pour les bateaux caboteurs.
Malheureusement, tous ces ports n'ont qu'un hinterland restreint. Du Minho au cap Saint- Vincent, le Portugal est découpé en une série de bassins fluviaux dont les lignes de partage très accentuées et dirigées en général du nord-est vers le sud-ouest, rendent difficiles les transports dans le sens de la longueur du pays. Chaque port ne peut donc servir de débouché qu'au bassin dans lequel il se trouve, bassin nécessairement peu étendu à raison de la faible largeur du pays (i).
Les communications à l'intérieur de chaque bassin ne laissent même pas d'être souvent pénibles. Les fleuves ont en général un cours trop rapide pour porter des bateaux. Seul le Douro est accessible à des chalands peu profonds sur une distance d'un peu plus de 200 kilomètres à partir de la mer, mais les grosses barques ne peuvent le remonter que jusqu'à 145 kilomètres de son embouchure. Il donne à la région si accidentée du Tras os Montes une issue vers Porto. Le Tage n'est guère fréquenté au delà de Santarem (à 100 kilomètres de Lisbonne) et la partie navigable des autres rivières (Lima, Vouga, Sado, Guadiana, etc.) est moindre encore.
Peu importants comme places d'importation et d'exportation, les ports portugais, du moins les meilleurs d'entre eux, pouvaient devenir, grâce à l'admirable position du Portugal au point de vue maritime, des escales pour le commerce de l'Europe avec l'Afrique, l'Asie et l'Amérique du Sud. Pour atteindre les régions transocéaniques, les vaisseaux portugais ont une moindre distance à parcourir que ceux des autres
(1) La plus grande largeur du Portugal ne dépasse pas 220 kilomètres.