CHAPITRE XXVI
Fin de Texpédition de Desaix dans la Haute-Égjpte.
(An VIII. — 1800.)
Loin de s^a£faiblir par ses succès, Desaix avait su se créer de nouvelles ressources dans le pays conquis , et ses forces semblaient augmenter avec ses victoires. La sagesse de son administration lui avait attiré la confiance des habitàns qui , trouvant sous ses lois un bonheur et une sécurité jusqu^alors inconnus, se remirent à cultiver, leurs champs comme en
pleine paix et laissèrent les beys débattre seuls leurs intérêts. D^un autre côté , le général était parvenu à traiter avec le schérif de la Mecque. Que pouvaient les Mameloucks abandonnés à eux-mêmes? Mourad, privé du secours dés
fellahs j n^osait presque plus quitter la grande Oasis, heureux d^avoir mis un désert entre lui et les Français. Mais de sa retraite ce bey correspondait sans doute avec les Anglais, car ses mouvemens étaient habilement combinés avec ceux des forces navales ennemies. Ainsi ses cavaliers avaient paru dans l.i Basse-Egypte , tandis que lés Turcs débarquaient sur la plage d^Aboukir ; et maintenant , informé que des vaisseaux britanniques menacent Koséeïr, le voilà qui sori du désert et se montre à là hàii^ teur de Girgé.
Ge prince infatigable était destine à vôfr avorter toutes ses espérances. Desaî?; fit àvânicer contre lui le chef de brigade Morand qui arrêta ^a marche au village d^El-Gunaïm , et après Pavoir battu , le poursuivit sans relâche pendant cinquante lieues de pays , le joigfriit de nouveau à Samanhoud et le mit une se-coude fois en déroute. Danâ ces deux aflPaires Mourad perdit plusieurs homiïies , plus de cent
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chevaux et le double dé chameaux chargés.
Il nVchappà lui-même que par un rare bonheur.
L^attaquè corrélative des Anglais sur Kos seïr se dénouait de la même manière. Ils vinrent avec deux frégates canonner le château qui défend cette place. L^adjudant Donzelot ne se laissa pas intimider par leur attitude menaçante ; quoiquHl n^eût qu^une faible garnison , il se disposa à recevoir chaudement les ennemis. Ceux-ci, au moyen des chaloupes de débarquement , mirent deux fois à terre environ quatre cents hommes , qui deux fois furent réjetés en désordre dans leurs embarcations. La première descente leur coûta une soixantaine d^hbmmes; dans la seconde on leur enleva un canon de six qu^ils avaient débarqué. Après ces tentatives infructueuses, les Anglais prirent le large et disparurent. Six mille boulets qu^on ramassa attestaient la vivacité du feu des frégates.
Le général Desaix voulat frapper un grand coup et forcer Mourad à accepter les conditions avantageuses qu^il lui avait souvent offertes.Il réunità Sîout neuf cents dromadaires qu^on habitua au bruit de la fusillade et du canon ; un pareil nombre de soldats furent exercés à des manœuvres convenables au genre de combats qu^ils allaient livrer. Uinstruclion achevée 9 Desaix divisa cette troupe en deux colonnes qui se mirent à la poursuite des Mameloucks, Tune sous sa direction immédiate, Fautre sous les ordres de radjudant-géncral Boyer.
Mourad était près des frontières du Fayoum, lorsqu'il vit arriver cette singulière cavalerie : ne doutant pa$ qu'elle ne fût aisée à vaincre , il se disposa à Pattaque ; mais , à son premier mouvement , les Français s'élancèrent à terre, se formèrent en carré et reçurent leurs ennemis par une fusillade à bout portant. Les Mameloucks firent trois charges consécutives
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sans plus de succès, et opérèrent enfin une retraite précipitée. La troupe de Boyer,iqui seule avait pris part à Faction, se remit aussitôt sur leurs traces : quoique vivement, pressés ^ ils parvinrent à éviter de nouvelles rencontres.
Vers la fin d^octobre , Mourad traversa le Nil, près d^Atfiehheb, presque sous les. yeux des. postes établis par le général Rampon, et s^enfonça dans la vallée de V Egarement , marchant du côté de Suez. Tout-à-coup il revint sur ses pas et se dirigea de nouveau vers la Haute-Egypte.
Les Français nWaient pas cessé de le harceler, mais rien ne put le contraindre à accepter le combat ; lès colonnes de dromadaires rentrèrent à Siout sans avoir obtenu aucun résultat décisif.
La constance de Mourad-Bey , au milieu de tant de revers et de fatigues, avait quelque chose de trop héroïque pour n^avoir pas vivement
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ému Tame généreuse de Desdîx : il admirait eette volonté forte , te oourag;e indomptable que le malheur semblait tetremper ^ et quoique le6 Mamelouoks ne fussent plus capables d^inspirer des crainte^ sérieuses , il oflfrit à leur chef une des meilleures provinces de FEgypte avee une entière indépendance j s^il voulait devenir Pallié de la république» Mourad n^estimait pas moins les Français et leurs géné^ raux ; mais ^ trop fier poui* oéder uâ pays qu^il regardait comme sa propriété, il rejeta toutes les propositions d^aecommodement. Il ne se montra plus traitable que lorsque le grand-^ visir parut avec sa nombreuse armée : rhorrenr de la domination turque lui fit re<^^r->cher Falliance de la France ; mais n^anlicipens pas sur les évédemenS4
L^affaiblissement de ce bey et sa cmtdtute fu^^itive le mettaient hors d^état d^agir avec succès : la Haùte^Ëgypte devenait un théAtrè peu digne des vastes talens militaires de De-
saix : le général eh chef sVmpressa àe lé rappeler et lui confia un commandement dans Farmée qu^il rassemblait sous les mars du Caire pour s^opposer aux efforts de la Porte ottomane. Desaix^ en quittant la contrée qu^il avait soumise , emporta les regrets de tous les habitans : Tintégrité de son caractère et la mode* ration de ses actes lui avaient gagné les cœurs, et aujourd'hui encore les peuples de la Haute- Egypte i Aàûs leurs l'écits poétiques ^ ne le désignetit jatUbiiÉ que pktlé suftiom de Siilian-^lé^ Juétè.
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