LIVRE I
A Textrême droite , le corps de Schwartzenberg (autrichien) se dirigeait par Lemberg et LubUn sur Drogiczin, afin de pénétrer dans le
midi de la Lithuanie ; et à rcxtrême gauche était celui de Macdonald ( i o* ) , encore cantonné à Tilsit et dans les environs.
Jamais invasion dans les tems modernes n'avait été entreprise avec des forces aussi considérables; elles s'élevaient à quatre cent soixante et dix*-sept mille combattans , dont quatre-vingt mille de cavalerie (a). I^s troupes , disciplinées et aguerries , avaient la plus belle tenue ; mais on a vu 9 par les détails dans lesquels je suis entré, que l'armée était appesantie par une grande quantité de voitures. Indépendamment des forces dont je viens de faire Ténumération , de nombreux régimens de recrues (è) étaient en marche pour rejoindre l'armée , afin de réparer ses pertes. Victor atteignait la Vistule avec le neu-
(a) Cette évaluation est celle de la force des troupes qui ont pénétré sur le territoire russe au commencement des hostilités. £lle ne comprend point les troupes attachées à Tétatmajor général , ni celles des grands parcs de Tartillerie , du génie et des équipages militaires.
(â) On avait donné à ces régimens le nom de régimens de marche ; les recrues dont ils étaient composés appartenaient à difierens régimens , mais d*un même coi-ps d'armée. Les officiers qui les commandaient apparteaaieut aussi à ces régimens.
vième corps, et Augereau , dont le quartier général était à Berlin , organisaitle onzième corps , destiné à maintenir la tranquillité dans le nord de l'Allemagne , et à s'opposer aux descentes si l'ennemi tentait d'en effectuer.
L'infanterie arriva en bon ordre sur la frontière de Russie, et n'avait laissé que très-peu de monde en arrière. La cavalerie et l'artillerie souffrirent davantage ; l'avoine , le foin , l'herbe des prairies avaient été bientôt épuisés sur le passage de l'armée , et l'on avait été contraint , quelques journées avant que de franchir le Niémen , de couper les grains encore verds pour suppléer aux fourrages; aussi arriva-t-on à ce jBeuve avec des chevaux fatigués, quoiqu'on eût remplacé aux dépens des habitans ceux que l'on avait perdus.
Les maréchaux commandant les corps d'armée, dans la crainte de manquer de vivres en Russie , avaient commencé dès leur entrée sur le territoire du grand-duché de Varsovie , à frapper des réquisitions de denrées, de chevaux, de bestiaux, de voitures. La vieille Prusse, où passa la plus grande partie de l'armée, souffrit encore davantage; elle fut traitée aussi durement qu'un pays ennemi. Ind( pendamment des réquisitions qu'on y leva, le manque de maga^