LIVRE I
sins força les corps d'armée, qui tous marchaient en masse , à vivre en partie de maraude , et Ton sait que le pillage en est une suite ordinaire. Déjà l'on pouvait prévoir que le désordre serait plus grand encore dans cette campagne que dans les précédentes. Le séjour prolongé de l'armée française dans la vieille Prusse , en 1 807 , lui fit moins de mal que ce seul passage.
Avant que d'atteindre le Niémen , chaque régiment s'était procuré, par violence et par voie de réquisition ^ un troupeau et des voitures charrgées de vivres , conduites par des paysans. La promesse donnée que les voitures ne franchiraient pas le fleuve avait aidé à se les procurer, et avait retenu leurs conducteurs ; mais aussitôt qu'ils surent qu'on leur manquait de parole , ils s'enfuirent pour retourner dans leurs foyers.. Ces malheureux , ne pouvant réclamer ni vivres ni logement, furent obligés pendant leur route de demander l'aumône et de bivouaquer ; leur, fuite força à désigner des soldats pour les remplacer, ce qui diminua d'autant le nombre de& combattans.
Napoléon quitta Wilkowisky dans la nuit du .22 au 23 , et vint établir son quartier général au hameau de Nogarisky, situé à droite de la route de Kowno , à une lieue et demie de cette ville
il était encore nuit lorsqu'il y arriva. Au point du jour il monta à cheval pour se rendre aux avant-postes , mit pour se déguiser une capote bleue et un bonnet polonais , puis , accompagné seulement d'un général du génie , il parcourut la rive gauche du Niémen dans les environs de Kowno , et ordonna aussitôt après la construction de trois ponts environ à une demi-lieue au dessus du village d' Alexioten , qui est situé visà-vis de cette ville. Les travaux ne devaient commencer qu'à la nuit pour en cacher le plus longtems possible la connaissance à l'ennemi. Les corps de Davout, Oudmot et Murât étaient campés à peu de distance du Niémen , de manière toutefois à n'être point aperçus de la rive droite. DavouL, qui devait passer le premier, était le plus rapproché du fleuve ; la garde occupait les environs de Nogarisky ; Ney , ceux de Pilony, d'où il devait se rendre par Poniémen au point de passage ; Grouchy était à Marienpol , on lui envoya l'ordre de rejoindre Murât ; Eugène à Kalwary ; il devait se diriger avec ses deux corps sur Pilony , y faire jeter un pont et y passer le fleuve (a).
{a) Napoléon , daas les derniers jours de mai et pendant le mois de juin , avait fait reconnaître la frontière de Russie depuis la Gallicie , jusqu'à la Baltique par deux de ses capitaines