‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 104 sur 174 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

laisser le tems aux hommes isolés de rejoindre. Il ordonnait de prendre des mesures pour que les soldats qui conduisaient des voitures fussent dans les rangs le jour de la bataille.

Je vais suspendre un moment le récit des opérations militaires pour entrer dans quelques détails sur la situation de Farmée et sur le nouveau caractère qu'avait pris la guerre depuis la prise de Smolensk.

J'ai déjà fait connaître quelles difficultés offrait une guerre d'invasion en Pologne ou en Russie j combien il était difficile d'y appliquer en entier la méthode de guerre qui avait été suivie , dans ces derniers tems , en Allemagne , en Italie et même en Espagne ; les pertes incroyables qui furent la suite de cette application , les maux infinis qui accablèrent les habitans et les combattans eux-mêmes : depuis Smolensk , les difficultés ^ les maux à endurer , les pertes , tout augmenta. -^

Nous avons vu qu'en Lithuanie les habitans.

avaient été forcés d'abandonner une partie de» châteaux et des villages par lesquels il était passé de grandes masses de troupes , et que la plupart y étaient revenus après le gros du passage. Les grandes villes avaient été protégées, autant xjue {M>s8ii>le , el qpioique celles 4e moindre impor-

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battit; cTautres fois c'était pour les priver dé ressources nombreuses réunies sur un ménie point , comme à Wiazma , où ils brûlèrent le bazar (a); S'ils avaient eu Pmtention d'incendier le pays , ils l'auraient fait avec laplus grande facilité. GjatetDorogobuj étaient intacts quand les Français s'en emparèrent ; la première de ces deux villes , dont les maisons étaient plus réunies qu'elles ne le sont ordinairement en Russie , fut entièrement consumée dans la nuit même qui suivit l'arrivée des Français.; la seconde éprouva le même sort le 27 août. Junot , qui faisait Tarrière-garde , occupait alors , dans le château , les appartemens q«« Napoléon avait occupés la veille ; il y fut cerné pendant quatre heures par l'incendie. L'auteur de cette histoire marchait depuis le départ de Smolensk vers le centre de la colonne qui suivait la grande route ; il a vu les flammes l'entourer constamment ; aussi était-il très-rare qu'un village fût conservé î^usqu'à l'arrivée de l'arrière-garde.

Deux causes principales donnaient naissance

(a) Dans presque toutes les villes de Russie, ainsi que dans celles de FOrient , les boutiques des marchands sont réunies dans un même lieu , que Ton appelle le bazar * celui de Wiazma contenait particulièrement du sucre et des liqueurs s{Hritueu«^ ses , ce qui donnait à la flamme une CQuleur bleuâtre.

ayS EXPÉDITION DE RUSSIE.

aux incendies occasionës par les accidens : la nécessite de faire le pain dans les fours , qui tous se trouvent dans les chambres des habitans , et rétablissement des bivouacs près des maisons. Le soldat chauffait les fours sans précautions et quittait son bivouac sans en éteindre le feu ; souvent la paille du bivouac s^euflammait y et le feu se communiquait aux maisons(a). Quant aux incendies résultats de la malveillance , ils furent malheureusement trop nombreux, sans que Ton puisse en assigner d^ autres causes que le plaisir de faire le mal , ou de se venger brutalement sur l'habitant des maux qu^on endurait. Le désordre n'étant point ré^ primé , le soldat s'y livrait comme s'il y eût été autorisé, et le pays devenait la proie des flammes. Les temples mêmes n'étaient point épargnés ; hommes , chevaux , bagages , s'y établissaient indistinctement. Elniin , depuis Smolensl, la marche sur Moskou avait pris le caractère d\me invasion à la manière des bari>ares.

Cet état de choses produisit de funestes effris ; la cavalerie « dont les chevaux étaient dqà très-fatigués, en perdit une très-grande quan-

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