LIVRE IL
tité qu'on n'aurait pu remplacer, qusmd mène on en aurait trouve assez dans le pays , parce qu'ils sont de trop petite taille (a). Non-seulement on parvint avec peine à se procurer de la farine , mais le tems et les fours manquèrent souvent pour faire le pain , et Ton fut obligé de se nourrir habituellement de bouillie et de viandes. Cette nourriture , jointe k la mauvaise qualité des eaux (6) et à la continuité des marches et des bivouacs , occasiona beaucoup de maladies , particulièrement des dissenteries. Le soldat qui ne pouvait plus suivre son corps était perdu pour l'armée , car s'il restait svur la route , il y mourait de faim , et s'il s'en-
{a) En faisant marcher presque toute sa cavalerie réunie à son tTant-garde , Napoléon précipitait la retraite du général ennemi, qui ne pouvait en réunir autant à son arrière-garde, à cause du tems nécessaire pour passer les défilés ; ms^is aussi il acheva en peu de tems de ruiner la sienne , par suite de la difficulté qu'on éprouvait à nourrir une si grande quantité de «hevaux , réunis sur un même point. Cette manière de mener la cavalerie était blâmée par tous les généraux de cette arme. Un jour , Murât se plaignant que , dans une charge , les chevaux n'avaient pas montré de vigueur ; c'est , lui répondit Nansouty, qu'ils n'ont pas de patriotisme ; nos soldats se battent hien sans pain , mais nos chevaux ne font rien de bien sans «voine.
(è) En Russie , les eaux éprouvent , pendant l'été , une telle diminution , qu'une partie de celles qui sont courantes devien* «ent stagnantes et s'imprègnent de débris de végétaux.
28o EXPÉDITION DE RUSSIE.
fonçait dansles terres poury trouver des moyens de subsistance , il y était pris ou tué par les paysans ou les Kosaques. Les convois parvenaient difficilement à rejoindre , parce que les moyens de subsistance pour les hommes et les chevaux ne se trouvaient plus que dans IHntérieur des terres, à une certaine distance de la route. L'armée n'avait de munitions que pour une bataille seulement , et était sur le point de manquer de tout , tandis que l'ennemi en avait abondamment et ne manquait de rien. Napoléon outra dans cette campagne cette maxime mise en pratique pendant les guerres de la révolution , qu'il faut demander aux hommes plus qu'ils ne peuvent pour en obtenir le plus possible : depuis son départ de Smolensk , il ne prit pas même les précautions ordinaires. Il était de son intérêt, et il lui sturait été facile de faire respecter les temples ; il pouvait , comme en Lithuanie , borner les incendies à ceux qui étaient la suite d'accidens ; mais il ne prit aucune mesure pour parvenir à ce but ; il semblait croire que la dévastation du pays accélérerait la paix , et il agissait comme s'il eût eu la certitude de la conclure sous peu de jours, et comme s'il eût été impossible qu'il éprouvât des revers. Nous venons de faire connaître les résultats fu-