LIVRE II. 3o
sur ce point ayant été engagées , et ayant déjà essuyé de grandes pertes , n'avaient plus cette première fougue des troupes fraîches. L'artillerie continuait à porter la mort dans les rangs opposés ; mais on ne fit plus que des efforts partiels qui produisirent des succès momentanés et sans suite. A Pextrême droite , Poniatowski , secondé par Junot, avait repoussé Tutchkof à plus d'une lieue d'Utitsa.
Tandis que la partie la plus importante du plan de Napoléon échouait ainsi , une lutte terrible , et qui pouvait amener des résultats décisifs , s'engageait sur le point où combattait Eugène. Ce général, ayant placé une brigade de la division Delzons dans le village de Borodino, l'autre brigade et la cavalerie légère de son corps un peu plus à gauche , avait fait passer , ainsi que je l'ai dit, le reste de ses troupes sur la rive droite de la Kalotcha,
Kutusof s'étant aperçu du mouvement d'Eugène , renforça la partie de sa position comprise entre la route de Moskou et la grande batterie , avec le corps d'Osterman et uii corps de cavalerie ; ainsi il s'y trouva deux corps d'infanterie , deux de cavalerie , et la gardé était assez près pour porter du secours sur ce point s'il était nécessaire. Aussitôt que le&
3o8 EXPÉDITION DE RUSSIE.
premières troupes d'Eugène eurent commencé à passer sur la rive droite de la Kalotcha^ Morand traversa le ravin qui le séparait de Tennemi , et se dirigea vers la grande batterie. Dès qu'il eut débouché sur le plateau où elle se trouve, il essuya un feu violent d'artillerie ; néanmoins il continuait à avancer , et détachant un régknent de sa première ligne , il lui ordonne de tenter l'assaut de la batterie. Ce régiment exécuta cet ordre avec tant de résolution , qu'il parvint à y pénétrer ; mais , entouré par les Russes , n'étant point secouru par Morand , qui était attaqué dans le même moment avec la plus grande vivacité j il fut accablé, et obligé de se faire Jour pour rejoindre sa division. Cependant Morand se maintenait difficilement sur le plateau contre des forces trop supérieures. Eugène sentit la nécessité de le secourir sans délai ; il envoie Gérard sur sa droite , Broussier sur sa gauche , place en réserve la garde royale derrière le centre , et Grouchy derrière la droite. Rengagement était alors général depuis le village de Borodino jusqu'à la vieille route de Smolensk. La partie de la position comprise entre Eugène et Ney était occupée par Montbrun et Latour-Maubourg ; il n'y régnait dans ce mo-s