LIVRE I
tendaient que ranÎTëe des Français pour se tourner contre les Russes. Il semble donc que la seule voie de salut qui restât à Alexandre était de se retirer en dévastant le pays jusque dans ses anciennes provinces , pour y déployer dans son entier le genre de défense dont je viens de parler ; c'est à quoi il ne pouvait se résoudre; mais Timpérieuse nécessité le força à suivre une partie de ce plan. Je dois ajouter que ce monarque , dans le doute si la guerre éclaterait, et croyant Tarmée française beaucoup moins nombreuse qu'elle ne Tétait réellement , n'avait point fait les préparatifs de défense qui auraient été nécessaires pour résister à la redoutable invasion dont il était menacé (a).
'{Napoléon avait gardé un secret si profond sur ses desseins , et avait marché avec tant de rapidité que les habitans des rives du Niémen furent surpris de son arrivée. Les Russes n'étaient pas mieux informés ; la guerre leur semblait inévitable ; mais ils pensaient que Napo-
(â) On peut remarquer qu'on n'avait attaché à Farmëe russe qu'un petit nombre de Kosaques , quoiqu'on eût pu s'en procurer facilement un nombre quadruple, et quoique cette troupe soit très^utile dans les vastes plaines de l'occident de l'Europe , surtout pour la guerre défensive.
léon la déclarerait avant que de commencer les hostilités. Tropinférieurs en nombre , ils ne pouvaient le combattre en bataille rangée sans s'exposer à une perte certaine. Dans la surprise que leur causa son entrée sur leur territoire , ils se retirèrent sur tous les points sans presque lui opposer de résistance , et avec beaucoup d'ordre et de bonheur.
Kowno n'était occupé que par quelques Kosaques ; les premières troupes qui passèrent le Niémen s'en emparèrent ; cette ville pauvre et peu peuplée était importante par sa position ; elle est située au confluent du Niémen et de la Wilia , et l'on y trouve trois routes qui conduisent à Wilna ; par la principale , on comptait vingt-trois de nos lieues (a); elle laisse la Wilia à gauche : les deux autres , plus longues , côtoient cette rivière. Napoléon dirigea Murât et Davout sur Wilna par la première route , Ney suivit celle qui borde la rive gauche de la Wilia , et Oudinot , après avoir traversé cette rivière (6) , fut dirigé sur Janowo avec deux de ses divisions
(a) La lieue dont il sera toujours question dans cet ouvrage est ceUe de vingt-cinq au degré , qui contient deux mille deux cent quatre-vingts toises.
{b) Le pont qui existait sur la Wilia avait été brûlé par les Russes ; on le rétablit dans la nuit du 2'k au 20.