‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 16 sur 174 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

tems. En s^enfonçant dans les terres , le pays était moins sauvage et. plus habité. Une partie des troupes parcourut en trois jours la distance entre Kowno et Wilna , quoique la route sabloneuse et coupée de ravins fut trè&-pénible , particulièrement pour les voitures. L'armée bivouaqua y ainsi qu'il arrive presque toujours quand on marche en masse et surtout en présence de l'ennemi.

Le 29 , le tems, qui avait été beau jusqu'alors, changea tout à coiqi ; une pluie très-abondante , et qui s'étendit sur toute la Lithoanie , tomba sans interruption pendant cinq jours ; la garde seule était logée dans Wilna , les autres corps étaient en marche ou bivouaques. Les chemins , généralement mauvais dans un pays couvert de bois et de marais , ne sont pas entretenus ; ils suffisent aux besoins des habitans , parce que l'hiver ils sont excellens pour leurs traîneaux , et l'été passables pour leurs voitures légères ; mais pendant les dégels ils deviennent trèsmauvais , et sont très-peu fréquentés. La pluie extraordinaire qui survint alors produisit l'effet d'un dégel ; l'énorme quantité de nos voi-^ tures et leur pesanteur acheva de rendre les chemins impraticables. Tous les corps en marche furent retardés , le soldat souffrit beaucoup ^

quantité de chevaux périrent : on trouvait sur la seule route de Wilna plus de dix mille de leurs cadavres, qui y répandaient l'infection. Quelques soldats succombèrent aussi ; un plus grand nombre vint encombrer les hôpitaux qu'on se hâta d'établir (a). L'ennemi eût attaqué avec avantage s'il eût eu assez de forces pour le tenter ; mais trop faible , il continuait à se retirer. Dans ces premières journées de l'invasion , Napoléon fit annoncer aux paysans qu'il leur apportait la liberté (6) ; il entendait sans doute celle qu'on prétendait avoir donnée aux habitans du grand -duché de Varsovie depuis que cette province avait été enlevée à la Prusse; mais ces malheureux , qui n'avaient jamais vu que commander en maître , et ne savaient qu'obéir en esclaves , ne distinguaient pas la liberté de la licence. Dans plusieurs endroits ils pillèrent leurs seigneurs ; dans d'autres , ils refusèrent de leur obéir , et les mirent ainsi dans l'impossibilité d'acquitter les réquisitions

(a) Les hôpitaux manquèrent de tout pendant les premiers jours à cause du grand nombre des malades et de la difficulté de trouver en Pologne; ce qui est nécessaire pour ces sortes d'établissémens.

{b) Pendant une halte que Napoléon avait faite entre Eve et Wilna, il s'était fait amener un paysan et lui avait fait dire par 9on interprète qu'il venait pour Içur rendre la libertés

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