‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 174 sur 174 · LIVRE IL 44i · texte numérisé non relu

LIVRE IL 44i

Napoléon ne donna pas de suites à la résolution qu'il venait de prendre. Dominé par son désir de se tirer d'embarras en entrant en négociations, il envoya de nouveau Lauristoii vers Kutusof, dans la journée même du i3, pour savoir quelle avait été la réponse d'Alexandre. Néanmoins, il^ne révoqua pas les ordres donnés , et continua à songer à sa retraite ; mais il ne méditait que le plan de l'opération militaire , et négligeait de prendre des mesures promptes et vigoureuses pour rendre son armée, appesantie par une énorme quantité de voitures , plus mobile , et pour faire emporter des vivres , au lieu du butin , qui s'était introduit partout.

Lauriston fut bien accueilli par Kutusof , et eut plusieurs entrevues avec ce général ; la négociation qu'il était chargé de conduire est encore enveloppée d'un voile que je n'ai pu soulever entièrement ; mais les résultats en sont connus. Kutusof parvint à tromper Napoléon, en lui faisant espérer qu'il allait entrer en négociations pour traiter de la paix aussitôt qu'il aurait reçu les instructions qu'il attendait de

torisë ce général à prendre cette position s'il le jugeait nécessaire, afin qu'il pût cantonner la cavalerie en arrière de Tin-fanterie pour lui donner quelque repos.

son souverain (a) /et pour lui inspirer plus de confiance dans ses dispositions apparentes, il

(a) Je crois devoir faire connaître le rapport que Rutusof venait d'adresser à Alexandre ; 11 prouve jusqu'à Tévidence que ce général ne songeait nullement à la paix. Ce rapport était conçu en ces termes :

> An quartier général de Lestasiewo, le la octobre i8ia.

« L'armée est depuis huit jours près du village de Tarutino, éi sur la rive droite de la Nara ; die y est tranquille , et y reçoit » des renforts. Les régimens se complètent pai* les recrues qu » arrivent de beaucoup de gouvememens , et qu'organise le » général d'infanterie prince Labanof-Rostowski. Ces recrues i> s'exercent sans relâche et brûlent de se mesurer avec l'en- » nemi. De bonne eau et d'abondans fourrages rétablissent )> notre cavalerie. L'armée ne souffre aucune disette de vivres; » tous les chemins sont couverts de convois de subsistances M venant de nos gouvememens les plus abondans. Les officiers » et les soldats convalescens rejoignent chaque jour leurs dra- 9 peaux , tandis que les malades et les blessés , placés au sein » de leur patrie, jouissent de l'avantage inestimable de rece- » voir les tendres soins de leurs familles.

» Le désordre qui règne dans l'armée ennemie l'empêche » de tenter aucune entreprise contre nous ; Téloignement oii » est Bonaparte des pays soumis à sa domination , le prive de » tous les secours qu'il pourrait en tirer ; il ne parvient à se » procurer des vivres qu'avec la plus grande difficulté , et les » prisonniers assurent unanimement que son armée n'a que » de la chair de cheval pour nourriture , et que le pain y est » encore plus rare que la bonne viande. Les chevaux de son » artillerie et de sa cavalerie souffrent encore davantage. La » plus grande partie de cette cavalerie a péri dans les com- 7> bats prdcédens , et surtout dans la mémorable joumée da

fit cesser la gaerre de chicane , que sa cavalerie faisait avec tant d'avantage contre celle de Murat. Il en résulta une suspension d'armes, par une espèce de convention tacite ; et Murât , auquel cet état de choses était avantageux y et qui

* — S eptembre * *^ gloncuse poiiT Ics armes russes 5 le reste , en- » tourë par nos partis , éprouve la plus grande disette de » fourrages. Nos principaux dëtachemens sont sur la route » de Mojaïsk , Pétersbourg , Kolomna et Serpuchow ; il se passe » rarement un jour sans qu'ils ne prennent plus de trois cents » prisonniers.

» Les Russes , distingues de tout tems par leur amour pour » leurs souverains , brûlent aujourd'hui de défendre le trône » de leur empereur et de combattre roppresseurdcleurpatric. » Les paysans s'arment et s'organisent ; ils placent des senti- » nelles sur les sommets des montagnes et des clochers pour » épier l'approche de l'ennemi ; quand il paraît, le tocsin sonne. » A ce signal , les paysans s'assemblent , fondent en désesï> pérés sur l'ennemi , lui tuent beaucoup de monde et lui font » beaucoup de prisonniers. Chaque jour on voit arriver au » quartier général de ces dignes fils de la patrie qui deman- » dent des armes. Dans plusieurs villages , ils se sont liés pour » leur défense par un serment mutuel , et infligent des puni- » tions sévères aux lâches et aux déserteurs.

» Le bras du Tout-Puissant , qui protège le juste et frappe » l'injuste , manifeste en ce moment sa colère contre nos en- » nemis. J'apprends à l'instant que les Espagnols et les An- » glais ont chassé les Français de Madrid. Ainsi les agres- » seurs sont repoussés partout , et tandis qu'à l'autre extré- » mité de l'Europe ils sont moissonnés par milliers , leurs tom- » bes se creusent dans le sol de cet empire , qu'ils auront en » vain menacé de la destruction. »

le regardait comme na acheminement à la paix, était loin de vouloir le troubler ; il put alors conserver sa position , au lieu de se retirer sur Worono wo , ainsi qu'il y avait ëté autorisé par Napoléon. Lauriston retourna le i6 à Moskou ; Murât fut charge de suivre la négociation.

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