LIVRE I. i
la dmsion Morand avait pris un chemin de traverse qui , partant de cette route , passait sur le plateau , et devait la conduire par delà du flanc droit des Russes (a). Tel était l'état des choses , lorsqueNapoléon apprit que les Russes, recevant continuellement de nouveaux renforts , avaient réduit Ney à la défensive , et qu'il devenait urgent de lui envoyer des secours. Cet événement inattendu lui ayant fait craindre que la totalité de l'armée russe ne fût en présence , il ordonne aussitôt à Gudin de marcher au secours de Ney, et craignant que Morand ne fût compromis , au lieu de le faire suivre par les divisions du premier corps , qui étaient restées sur le plateau , il lui envoie l'ordre de rétrograder. Morand était alors àla hauteur du lieu où l'on combattait (6) ; lecanonse faisait entendre sur la droite , «tune fai-
(a) Davont n'avait plus que cinq divisions , parce que la ^▼ialon daparède ( polonaise ) , qui avait ëtë mise sous ses ordres à son départ de Wilna, venoit d'être de nouveau rëu- Tiie à la îeune garde.
[b) Lorsque Morand reçut Tordre de rétrograder , il était au %u]ieii d'un bois de sapin dans lequel la hache n'avait jamais pénétre. Les arbres tombés de vieillesse , les troncs de ceux pourris sur pied , le rendaient impraticable. La route ne pouvait livrer passage qu'à une seule voiture de front ; l'artillerie fiit obligée de la suivre encore une demi-lieue jusqu'à une petite plaine, avant que de pouvoir rétrograder.
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ble distance :1e soldat, s'attendant à surprendre l'ennemi , était animé d'une vive ardeur ; encore une heure de marche , et l'on allait déboucher sur la route de Moskou , en arrière des Russes. Il fallut rétrograder , et la fortune , qui a tant de part aux événemens de la guerre, sauva ainsi Barklay d'un péril extrême, sans qu'il en ait peut-être jamais eu connaissance, car on ne parla point de ce mouvement dans les bulletins , et il n'en est pas question dans les auteurs qui , jusqu'à ce jour, ont écrit sur la guerre de Russie.
Aussitôt que Ney eut été joint par Gudin , il ordonna à ce général de se former en colonne , de franchir la Kolodnia, d'attaquer les Russes. Il fallait passer sur un pont battu par un feu terrible- d'artillerie ; ce passage s'exécuta avec une rare intrépidité. Gudin fut frappé à mort par un boulet , au moment où il animait les troupes de son exemple ; Gérard le remplaça (a). Le corps de Ney ayant suivi la division Gérard , le combat devint général , et remarquable par l'impétuosité de l'attaque et l'opiniâtreté de la défense ; ce fut dans le voisinage de la route qu'ail fut le plus acharné : on s'y joignit plusieurs fois
(a) Ce général était le plus ancien des deux généraux de brigade qui commandaient les brigades de la division Gudin.