LIVRE I
àFarme blanche , circonstance commune si Ton en croit les bulletins , mais réellement très-rare. Le combat ne cessa qu^à la nuit ; la cavalerie n'y prit point de part. Les Français demeurèrent maîtres du champ de bataille ; mais Barklay avait rempli son but.
Le lendemain , Napoléon arriva au point du jour pour passer en revue les troupes qui avaient combattu la veille , et là , au milieu des morts , des mourans, des blessés et de ces débris qui couvrent un champ de bataille , il distribua de Favancement et des décorations. Les bulletins français publièrent que l'inaction de Junot avait causé le salut de Barklay ; ce reproche rejaillit sur Napoléon, car il pouvait, en moins d'une demi-heure , faire parvenir des ordres à ce général , et n'en fit rien. S'il eût désiré qu'il attaquât l'ennemi , iln'eûtpas fait rétrograder Morand , dont la marche était ignorée des Russes , et qui, plus que Junot, était en position de leur nuire. Junot pensa avec raison que Napoléon désirait qu'il restât dans l'inaction, puisqu'il ne lui envoyait pas l'ordre d'attaquer ; il était d'ailleurs séparé de l'ennemi par un marais (pi ne pouvait livrer passage qu'à des hommes isolés , et sur lequel il fallait placer des fascines pour le rendre praticable. Son corps, réduit
i88 EXPÉDITION DE RUSSIE.
alors à moins de douze mille hommes , aurait été retardé long-tems par la division russe qui lui était opposée ; Barklay aurait eu le tems d'évacuer sa position sur le bord de la Kolodnia , et d'en prendre une nouvelle , de manière à n'avoir plus Junot sur son flanc gauche.
La revue terminée , Napoléon revint à Smolensk. Il fit vainement poursuivre les Russes par Murât , ils avaient eu le tems de tout évacuer; on ne rencontra que des Kosaques. Da- ,vout fut chargé d'appuyer Murât; Ney suivait, Junot fermait la marche. Poniatowski avait conservé sa position ; il poussait des reconnaissances à plusieurs lieues de distance sur la rive gauche du Dnieper. Grouchy était à Dukhowszina. Eugène passa le Dnieper dans la matinée, et campa sur la hauteur qui domine le fleuve , près d'un couvent situé à gauche de la route de Pétersbourg. On lui avait retiré, ce jour même, la division Pino , pour la diriger, conjointement avec la division Sébastian!, contre Wintzingerode , qui occupait Suraj , Wélij, et tous les pays environnans jusque près de de Witepsk ; mais le général russe s'étant mis en marche par Biéloi , pour se réunir à Barklay, les deux divisions françaises reçu-