‹ Histoire de l'expédition de RussieChapitre 12 sur 184 · DU LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

DU LIVRE DEUXIÈME

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« (JuE ce conquérant aidait des oues sur la Turquie,.» Nul doute que Napoléon ne fût dans Fintention de faire , plus tard , la guerre à la Turquie. Indépendamment des raisons que nous venons de donner, nous ajouterons qu'il avait fait faire des reconnaissances mîli*^ talres de ce pays , par des officiers qui Favaient traversé sous differens prétextes , et que peu après la paix de Tilsit, dans un moment d'abandon qui ne lui était goint ordinaire, il répondit à Fun des principaux personnages qui Faccompagnaient , et qui lui disait qu'il était devenu l'arbitre des destinées de FEurope, et qu'il ne lui restait plus qu'à jouir en paix de sa gloire*: « La paix ! elle est à Constantinople. » Enfin il parait certain qu'à Tilsit Napoléon et Alexandre étaient tombés d'accord d'expulser les Turcs de l'Europe , et de partager leurs provinces conjointement avec FÂutriche.

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«f La petite Russie offrit dix -huit mille Kosaques. » Cette province s'appelait FUkraine russe lorsqu'elle appartenait aux Kosaques. Elle est composée àts deux gouvememens de Pultawa et de Tchemigow. Ses habîtans descendent en grande partie des Kosaques de FU-

kraine ; mais depuis Pierre-le^Grand ils ont été obligés de s^adonner k Fagriculture. Leur offre prouva quUk conservaient encore le souvenir de leurs anciennes mœurs. Indépendamment de ces dix-huit mille Kosaques, qui fiirent prêts k marcher au bout d^un mois, ils fournirent des recrues pour Farmée de ligne et pov la milice.

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« Ces troupes ne devaient sentir guejusqu^à VéQocuation du territoire russe. » Cette promesse de rentrer dans leurs foyers après Tévacuation du territoire rendait la levée de ces troupes beaucoup plus Datcile, parce que <e qui éloigne le plus le paysan russe du service est la certitude , en devenant soldat, de ne jamais revoir ses pénates.

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« Plus des trois quarts des recrues périrent avant d'agir rejoint Varmée. » La Russie est le pays de TEurope où la mortalité parmi les recrues est la plus forte ; c'est une suite naturelle du peu de soin qu'en prennent ceux qui en sont chargés. Ib ont intérêt à la mort de ces malheureux, parce que le désordre qui règne dans l'administration leur permet de les laisser figurer sur les contràles long-tems après qu'ib sont morts, et de bénéficier ainsi de ce que le gouvernement accordé pour leur entretien et leur subsistance.

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« A poursuivre les Busses jusqu'à cette capitale. » Il est avantageux de se diriger rapidement sur la capitale de

Tennemi, et de poursuivre son armée sans relâche, lors*que Thabitant ne s'insurge point, lorsqu'on se croit cer-^ tain de la victoire^ en cas que Ton en vienne à one affaire générale , lorsqu'on a assez de monde pour garder ses derrières et assurer ses communications, mais surtout lors« que le pays à parcourir offre des ressources , et qn^on ne s^éloîgne pas trop de sa base d'opérations.

La rapidité d'une telle marche étonne Tennemi et le frappe de terreur. Ses plans devenant inexécutables, il est obligé d'improviser ses défenses. Les corps quUlasur les points latéraux à celui par lequel on pénètre, craignant d'être coupés, se retirent précipitamment. Le découragement et le désordre sont ordinairement la suite de ces mouvemens rétrogrades.

Lorsque Napoléon , en i8o5 et 1809, se dirigea sur Vienne, Tannée autrichienne d'Italie, craignant d'être coupée, effectua sa retraite, quoique d'abord elle eût obtenu des succès. En 1806 toute la Prusse fut envahie de la même manière ; mais ce système de guerre a eu de funestes résultats en Espagne , parce que l'habitant y était insurgé, et que l'armée ennemie avait toujours une retraite assurée par la mer. L'on y occupa promptement la plupart des grandes routes sans que la conquête du pays s'ensuivit L'on était obligé d'avoir des garnisons à toutes les étapes , et d'escorter les convois, les courriers et les militaires isolés. L^on avait parcouru et ravagé le pays ; mais on ne l'avait pas soumis. Les insurgés faisaient à l'armée française une petite guerre qui employait une partie de ses troupes, et empêchait d'en disposer pour les grandes opérations. Cette armée essuya ainsi des pertes si fortes qu'elles furent la principale cause de ses re-

NOTES DU LIVRE II. 2g

vers. UappUcation in SDéme système de gueire eh Russie ne pouvait être que pius funeste encore* J^at fait Tf^ôr comliieB il était difficile d^y exister quand on y marche en masse , et les pertes incroyables qu'y fit Tannée en hommes et en chevaux. L'immense étendue de cet empire s'oppose a ce que Ton puisse couper facilement les corps détachés. Si le» Russes se retirèrent d'abord sur tous les points lorsque Napoléon se dirigea avec l'arniiée principale sur Witepsk, c'est qu'il leur était partout très-supérieur en nombre^ Mais lorsque la diminution de son armée eut à peu près rétabli l'équilibre , on vit Wittgenstein attaquer Polotzk > Tormassof pénétrer en lithuanie, et si Rarklay , continuant à se retirer, le fdit contenté d'attirer à lui des renforts de cavalerie, et qaHl eût dirigé tous ceux en infanterie et artillerie sur les corps d'armée qui combattaient en arrière des flancs de Napoléon , il Taurait forcé à battre en retraite bien avant son arrivée à Moskou.

La résolution que venait de prendre Napoléon , de pé* nétrer jusqu'à Moskou, était en oppofiâtion avec l'opinion qu'il avait m«aifestée 4 Wihia^ dans une conversation avec un seigoeur polonais* Ce seigneur lui ayant dit qu'il irait facUement à Moskou dans l'année même : « U vau^ drait mieux , répondit-U , y aller en deux années. »

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«c // parlait d'un ton sec et brusque , et par phrases entrecoupées. » Cette manière de parler rendait son commandement dur, et il lui arrivant souvent, lorsqu'il éprouvait de la contrariété ou du mécoixtentement , de traiter

3o NOTES DU LIVRE IL

ses génëraux avec grossièreté ; ceux-ci en agissaient de même avec leurs subordonnés , et tout ce qui avait un commandement, quelque petit qu^ii fût, les imitait. Je ferai remarquer à ce sujet que la grossièreté des supérieurs envers leurs subordonnés, qui peut être nuisible sous plusieurs rapports, est avantageuse en ce qn^elle économise le tems. Ce ne fut point Napoléon qui introduisit ce cbangement ; il datait du commencement de notre révolution.

Le bouleversement qui avait eu lieu alors dans l'ordre social avait élevé aux premiers emplois militaires subitement, et sans qu'ils fussent obligés de passer par les gradéis intermédiaires, une foule d'hommes sans éducation. Leurs manières étaient communes , leur commandement brusque, souvent grossier; mais ils étaient braves , avaient la pratique de la guerre, et plusieurs d'entre eux s'étant livrés à l'étude dans leurs momens de loisirs , devinrent des guerriers remarquables. On avait perdu ces manières et cette politesse qui avaient si long-tems distingué les officiers français ; mais l'on avait gagné sous le rapport militaire. Quant au soldat, il était resté le même , le plus intelligent de tous les soldats de l'Europe ; d'une propreté inconnue à ceux des autres nations; d'une gaîté inaltérable ; préférant , en pays ennemi , obtenir de ses hôtes ce qui lui était nécessaire par de bons procédés que par la violence ; terrible seulement pour l'ennemi et pendant le seul tems du combat.

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« «Sa présence , gui y aurait été si utile quand on se les dispuimit y devenait alors indifférente^ » Je suis loin de préten-

NOTES DU LIVRE IL Si

ère ijpe Napoléon aurait dû s^exposer conmie on simple général. Je sais aussi qu^on est plus commodément à pied qu'à cheval pour consulter les cartes^ et se servir de lunette ; qu^enfin le général en chef d^une aussi grande armée ne doit se déplacer que quand il le juge absolument nécessaire 9 parce que les officiers qui viennent lui faire des rapports ou lui demander des ordres le trouvent plus Caicilement quand il reste long-tems dans la même place. Mab assurément Napoléon tomba dans l'excès contraire en restant onze heures dans un endroit situé à trois quarts de lieue des points où se décidait le sort de la bataille.

Voici ce que Ton avait observé sur sa manière dPétre habituelle pendant les batailles. Les premiers coups de canons lui causaient une joie qui se peignait vivement sur son visage. Arrivé sur le point où il jugeait convenable de s'arrêter, il y restait immobile, recevant des rapports, donnant des ordres, examinant avec une grande attention, tantôt à la vue simple , tantôt avec le secours d'une lunette , ce qui pouvait Tintéresser. Les succès , les revers , la mort de ses généraux, rien ne pouvait troubler son impassibilité ; il semblait absorbé par les soins du commandement. S'il jugeait sa présence nécessaire sur un autre point, il s'y transportait rapidement, et s'y arrêtait comme précédemment.

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« Epcempk mémorable de l'influence des bonnes instituriions militaires et d'une bonne méthode de guerre. » On est étonné que des troupes italiennes , hollandaises , etc. , peu estimées jusqu'alors , aient rivalisé de courage ave« les

troupes françaises, illustrées depuis si long-tems. Ce ré* ^tat fut dû principalemem à ce qu^elles ayaient adopté les institutions nûlitaires et la méthode de guerre ded Français^ Ces deux causes ont une influence plus grande et plus prompte depuis que Ton ne combat plus corps à corps, et qu^il n^est plus absolmieDl nécessaire, pour constituer de bonnes armées, que les soldats soient animés de ce courage pers<»inel , qui leur était indispensable dans les armées romaines. De nos jours les meilleures troupes sont celles qui ont les meilleurs cadres; il suffit donc d^avoir assee de sufets pour former des cadres brares, disciplinés et aguerris. Je dois ajouter cependant que Fexemple des troupes françaises, le déiir de les ^;aler, Ia confiance qu^inspirait un général hsdiiiué k vaincre, fiirent autant de causes secoladaires qui contribuèrent à la bonne conduite que tinraat ces troupes.

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« Si quelques batteries n'eussent été obligées de ralentir kur faif d'autres de le cesser entièrement par suite du manque de munitions» » L'artillerie étant , dans les batailles , placée en avant de l'infanterie , et par conséquent exposée à ses regards , a sur elle une influence morale : SI une batterie fait un mouvement en avant, l'infanterie suit (a) ; si elle fait un mouvement rétrograde , l'infanterie en est intimidée ; c'est par cette raison que dans un

(tf) Cest-à-dîre que les chefs de bataillons suivent le mouvement de l'artillerie. L*on s'aperçoit que je parle du cas particulier, mais qui se pre'sente asset souvent dans l'armée française , où un cooKiandant de batterie prend sur lui de se porter en avant.

grand nombre de combats et de batailles ^ on a vu des commandans de batterie rester en position , quoiquHIs eussent brûlé toutes leurs munitions , et qu^une partie de leurs pièces fussent démontées : en se retirant , ils auraient découragé Tinfanterie. L^influence morale de Fartillerie est d^autant plus grande que Tinfanterie est moins bonne ; aussi quand de Fartillerie est attachée à de mauvaise infanterie , je serais tenté de croire qu'elle est encore plus utile par cette influence que par le mal qu'elle fait à T ennemi.

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« Ils enviaient le sort de ceux quelle aimit frappés d'un seul trait. » Un colonel, qui rejoignait le corps d'armée auquel il appartenait , vit sur la porte de l'abbaye de Kolotskoî plusieurs blessés ; ils s'y étaient traînés pour demander du pain aux troupes qui passaient : un chef de bataillon amputé lui en demanda. Après avoir dépassé cette abbaye , il trouva , dans le voisinage de la route , on grand nombre de blessés abandonnés ; les uns étaient dans des maisons et des granges , d'autres sur des voitures , le plus grand nombre en plein champ. A environ deux lieues de Mojaïsk , cinq cents de ces malheureux étaient réunis autour d'une grange occupée par quelquesuns d'entre eux; depuis plusieurs jours, ils n'avaient pris aucun aliment ; un officier et vingt-cinq hommes les gardaient ; deux chirurgiens devaient en avoir soin ; mais l'officier n'avait point de vivres à leur donner^ les chirurgiens rien de ce qui était nécessaire pour les panser. Ils avaient en vain envoyé demander des secours à Mojaïsk ; on y était liors d'état de leur en donner.

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