ALEXANDRE
Le prince de Neufchâtel et de Wagram au duc d'Istrîe,
Moskou f le 22 septembre 1812 , à 4 heures du soir.
Monsieur le maréchal , je vous envoie un rapport du général Sébastiani , que vient de faire passer le roi , et d'où il résulte que Tennemi continuerait son mouvement sur Kolomna. Le roi de Naples a dû arriver à son avantgarde ; il aura poussé vivement Tennemi ; ainsi dans la nuit nous aurons des renseignemens positifs. LVmpereur désire que dans la nuit vous lui envoyiez aussi des renseignemens surtout ce que vous aurez appris , et particulièrement des nouvelles du prince Poniatowski , et des rapports qu'il vous aura faits sur ce qu'il saura des Russes. Tous aurez su ce qui s'est passé sur la route de MojaSsk ; mais cela n'est autre chose qu'une quarantaine de Kosaques , qui ont surpris dans un village une quinzaine de nos caissons , qu'ils ont fait sauter. L'empereur a envoyé le major Letort avec deux cent cinquante dragons sur la route de Mojàïsk, où nous avons coucbé. Le major Letort a ordre d'arrêter toute la cavalerie de marche »
54 NOTES DUtlVRE II.
ee qui lui fera bientôt quinze cents à deux mille hommes^ avec lesquels il protégera la route. Toute Tarraée est pr^le à se mettre en mouvement, et l'empereur est décidt; à rqeter l'ennemi derrière TOka. Les renseignement ultérieurs qu'on recevra dans la nuit, du roi et de vous , décideront le parti que sa majest<i prendra; si l'artnée marchera sur la roule de Tula ou sur celle de Kolomna. Si Vôn suit colle de Tula, la cavalerie que vous avez, celle de la garde, les Polonais de Poniatowski , la division d^ in fan te rie Frédéric se trouveront par votre pos î ti on fo ttn cr F a van t-gard e * En vo y ez-n ous sur tout àe& renseîgnemens le plus tôt que vous pourrez.
Signé ALEXANDRE.
Le prince de Neufchâkl ei de JVugram au duc d'îsirie*
Moskpu , le ^3 septembre iSta , «i 4 Heures du matin. Xai mis sous les yeux de rcmpcreur votre lettre d'hier h onze heures du soir. En conséquence, sa majesté attend de nouveaux renseigne mens avant de mettre l'armée en mouvement. Le prince Ponîatowskî a dft arriver hier de honnc heure à Podol , et si vous n^en avez pas de nouvellt^s, c'est à cause des Kosaques qut rôdent. Les mouvemcns que vous aveï ordonnés à votre cavalerie doivent inraillILlement donner des nouvelles des Polonais du prince Ponîatowskî. Sa majestc? attend aussi les rapports qu<i le roî lui aura faits hier au soir, mais qui ne peuvent arriver que vers cinq ou six heures du matin de Tavanl^g-iFfle* Sa majesté approuve tout ce que vous vous proposez de faire. Faites nettoyer Desna. Les cinq à SIX cents Kosaques qui ont infeste la route de Mo-
jaj&k nous ont fait bien du mal ; ils ont fait santer quinze imissons, et pris deux escadrons de marche de cavalerie, c^est-à-dîre environ deux cents chevaux : ces escadrons appartenaient à une colonne de marche que conduit le général Lanusse , qui les avait imprudemment portés sur sa droite. Us ont voulu ensuite attaquer un plus grand convoi d^artillerie , mais la fusillade les a éloignés. Gomme je vous Fai mandé hier, le major Letort s^est rendu hier à la maison du prince Gallitzin avec deux cents chevaux sur la route de Mojaïsk. D'après les renseignemens de votre dernière lettre , et d'après ceux donnés par le roi , sa majesté vient d'ordonner au général Saint-Sulpice de partir avec tous ses dragons pour appuyer le major Letort 9 si cela est nécessaire , ce qui sera probablement superflu , mais qui est sans inconvénient ; car les marches que vous faites faire par Podol et Desna doivent entièrement éloigner les Kosaques de la route de Mo-
Sigmi ALEXANDRE.
Le prince de Neufchâtel et de Wagram à S. M. le roi de Napies.
MoskoUy le 33 septembre 1813, à 4 heures du matin.
Sire, Fempereur a reçu votre lettre du 22 septembre , à huit heures du soir. Il attend avec impatience de vos nouvelles , ainsi que de celles du duc d'Istrie. Des renseignemens particuliers nous font croire que Fennemi n'est plus à Podol. Si cela est vrai , le prince Poniatowski doit y être arrivé hier au soir, et votre majesté saura à quoi s'en tenir. Le duc d'Istrie , de son côté , doit
être aujourd'hui à Podol. Des nouvelles particulières drsent également que Pennemî aurait évacué Desna, et se serait porté sur Serpuchow et Kaluga. Votre majesté ne doit avoir qvCnn seul but , celui de se remettre avec son avant-garde sur les traces de Fennemi, etc. (Ce qui suitofire peu dHntérét)
Signé AL£XAM)R£.
Le prince de Neufchâiel et de Wagram au duc d'Istrie.
Moskouy le a6 septembre 1812.
Monsieur le maréchal , sa majesté s^attendait à recevoir des nouvelles du roi de Naples avant de vous expédier votre aide de camp ; nous ne recevons que dans le moment la nouvelle que le roi est arrivé hier à cinq hem'es à Podol , où il s^est réuni au prince Poniatowski. Yoos en aurez été instruit , et cela aura décidé l'ennemi à évacuer Desna^ dont nous vous croyons maître en ce mo*ment. Mettez le corps du prince Poniatowski et le troisième corps d^armée de cavalerie aux ordres du roi ; et de votre personne, l'empereur désire que vous preniez position , en corps d'observation , avec la brigade Col— bert, la cavalerie légère du premier corps , et la division d'infanterie, commandée par le général Frédéric, pour marcher au secours du roî de Naples , si cela était nécessaire, et pour intercepter les routes que l'ennemi pourrait prendre pour se porter sur notre ligne d'opérations y et qui échapperait au roi. Un autre corps* d'observation , composé des dragons de la garde et d'un millier d'hommes d'infanterie , est au château du prince Gattitzin , oit l'empereur a couché. Le général Guyot avec les chas^
NOTES DU LIVRE IL Sj
sems de la garde , deux brigades de cavalerie légère bava* roise , la division Broussier, d'infanterie , et six pièces de canon, est k mî-<chemin de Moskon au château du prince Gallitzin , pour être à même de se porter oà les circonstances l'exigeront. La canonnade que vous avez entendue hier matin sur votre droite , a eu lieu sur une reconnaissance de dragons de la garde , qui a été mal engagée par le major Martod, qui a été pris ou tué. Nous avons perdu dans ce mauvais engagement quelques dragons de la garde , pris ou tués , le major , un capitaine , un adjudant major, et une vingtaine de dragons blessés ; nous avons aussi perdu quelques hommes d'infanterie. La reconnaissance mal engagée a été surprise par trois mille hommes de Tennemi , qui avaient du canon. Mettez-vous en conmiunication, si vous le jugez sans inconvénient, avec le corps d'observation qui est sur la route de Mojaïsk au château du prince Gallitzin ( j'avais bien recommandé cependant au général Saint-Sulpice de ne pas compromettre les dragons de la garde)* L'empereur donne l'ordre au roi de Naples de poursuivre l'ennemi , afin de l'éloigner à plusieurs marches de Moskou , et de le décider à prendre ses cantonnemens au delà de l'Oka. Tenez-vous constamment en correspondance avec le roi , et donnez-nous des nouvelles de tout ce que vous apprendrez. Jusqu'à' ce que l'ennemi soit éloigné, le corps d'observation que vous commandez est bien important.
Sîgné ALEXANDRE.
Le commandant de Gjat ayant écrit au major-général, le ai septembre, pour lui envoyer l'interrogatoire qu'il avait fait subir à l'intendant du comte Soltikof , et lui
demander de quelle manière il devait traiter cet intendant , Napoléon écrivit sur la lettre même un ordre ainsi coTiçu : *t On peut faire fusiller cet homme ^ et fairebrûler le château de Solllkof. n
Moskou, le ^7 septembre tSia.
^^/ï^ NAPOLÉON.
Je n'ai point trouvé rintcrrfïgritaîre que Ton avait fait subir à rinrentlaiit du comte Sollikof; mais il est probable qn^il avait attaqué^ avec des pajsaofï^ des Français qui étaient à la maraude sur les terres du comte-
Lt prince de NeufiMld tt dû IVagrum au dm dlstrîe.
Moskou , le 37 septcinlïrt i8ia ^ a 7 heures du matin.
L'empereur a cte fâché que vous ayez reçu à votre quartier général les deux parlementaires qui apportaient des lettres- A Ta venir vous ne devoz recevoir personne parles avant-postes; les lettres que feront parvenir les prisonniers peuvent être reçues par les vedettes, et celui qui les apporte renvoyé sur-le-champ. Tous les parlementages avec T ennemi tournent toujours à notre désavantage , et ont un but pour celui qui les provoque. L'empereur pense que le mouvement de renneini n^a eu qu'un seul but, couvrir Kaluga, et se trouver immédiatement sur la route de Ktow , par où il espère recevoir ses renforts. L'idée de marcher sur Mojaïsk ne paraît à sa majesté qu'une fanfaronade ; une armée victorieuse^ dît-elle, ne se croirait pas dans une situation morale pour tenter une pareille opération; comment croire qu'une armée
NOTES DU LIVRE It. 5g
Taîncuc, qni a abandonné sa plus belle ville, ait l'idée d'un pareil mouvement ?
Quant au mouvement de retraite de l'ennemi , après la bataille , sur Kaluga , cela aurait été évidemment inviter Tannée française à marcber sur Moskou. Mais Kutusof a fait ce qu'il devait faire en se retirant par Moskou ; il a remué de la terre sur plusieurs bonnes positions , et a cherché à nous faire croire que pour entrer à Moskou il fallait une deuxième bataille. Cette mesure était tellement bonne que si l'état remis par Lariboîssière, commandant rarlillerîe, avait porté vingt mille coups de canon de moins, l'empereur se serait arrêté , quoique le champ de bataille ait été un des plus beaux que nous ayons vus , parce qu'il est impossible d'enlever des redoutes sans artillerie et beaucoup de munitions.
L'empereur trouve ridicule ce que disent les pariementaires, qu'ils n'ont perdu que mille officiers dans une bataille où les Russes ont eu quarante officiers généraux tués ou blessés , et quarante à cinquante mille hommes hors de combat de leurs meilleures troupes. Sa majesté observe que la plupart des officiers sont de Moskou; que tous les détails que l'on a disent qu'ils ont montré le désir de défendre cette capitale ; que ne l'ayant pas fait, c'est montrer l'impuissance de leur armée.
L'avant-garde de notre armée s' étant laissé endormir en concluant une espèce de suspension d'hostilité avec les avant-postes des Kosaques , il paraît simple à sa majesté que l'eniiemi ait poussé sa cavalerie sur sa gauche pour nous faire du mal ; la route de Mojaïsk aurait pu même être îAtierceptée pendant plusieurs joiu*s. L'ennemi n'a point poussé là son ambition ; il a placé de la cava-
6o NOTES DU LIVRE IL
lerie sur toates les routes pour être bien gardé et prévenu de nos mouvemens.
Si Fennemi reste en position sur la Pakhra , Fintention de Fempereur est de marcher pour lui livrer bataille ; mais on doit supposer qu^il n'attendra pas , et qu'il n'a diantre but que de savoir si toute notre armée est devant luL L'empereur désire , i° que vous gardiez les deux parlementaires jusqu^i ce que le roi de Naples ail passé la. Pakhra ; alors vous Jes ferez partir de nuit pour les avantpostes du roi de Naples , par lesquels ils retourneront à leur armée ; 3" que vous ne receviez pJus de parJementaires, mais seulement les dépêches qu ils porteront, et qu'il en soit de même des lettres que vous aurez à faire passer. L'intention qu'a Fempereur d'épargner des fatigues à ses troupes le porte à désirer de ne pas faire marcher son armée pour déloger Fennemi : faîtes croire à tout le monde que sa majesté est arrivée avec son année derrière elle.
Il est convenable , si vous parlez avec les parlementaires, que vous leur disiez que Fempereur aurait bien vouluque leur armée marchât sur Moja'îsk, parce qu'elle se se~ rait trouvée alors entre deux années-
Prévenez bien tous Jes généraux Lahoussaye , Chaste! et Gîrardin quVIls n^ amènent plus , des avant-postes , des ofîiciers ou soldats parlementaires ; an doit seulement recevoir les lettres en disant qu'on fera passer les réponses.
Je vous ai déjà prévenu que le général Saint-Sulpice était, avec les dragons de la garde , au château du prince Gallitzin ; que le général Guyot , avec les chasseurs de U garde , six pièces d'artiUerîe , deux brigades de cavalerie
NOTES DU LIVRE IL 6i
bayaroise et la division Broussier, du quatrième corps, était en position sur la route de Mojaïsk , à moitié chemin de Moskou au château du prince Gallitzin. J^ ordonne au vice-roi d'envoyer le général Omano , avec cinq cents chevaux de plus et six pièces d'artillerie , renforcer la brigade de cavalerie bavaroise qui est dans ce moment avec le général Guyot , et d'en prendre le commandement.
S'il arrivait des circonstances imprévues, vous êtes autorisé à écrire au général Omano et au général Broussier de se porter sur la vieille route de Moskou à Kaluga, à votre hauteur, soitàFèdozino , soit à Szarapowo , avec leur cavalerie, infanterie et artillerie. Quant au général Guyot , aux chasseurs de la garde et à son artillerie , ils doivent rester en position sur la route de Moskou, à moitié chemin du château du prince Gallitzin , dans la même position qu'ils occupent.
Le prince de NeufcMtelet de IfVagram à S* M^ le roi de Napks.
Moskou y le àS septembre i8ia , à a heures de raprès-mi^i. L^empereur vient de recevoir votre lettre d'hier, 37 , à neuf heures du soir. Sa majesté a donné l'ordre à l'artuée de se tenir prête à marcher dans la nuit, vu qu'il est deux heures, et qu'il serait trop tard de se mettre en mouvement aujourd'hui; d'ailleurs , d'ici à ce soir, l'empereur recevra de vos nouvelles et de celles de M. le duc d'Istrie, et ces dépéchés le décideront à juger s'il est nécessaire de faire marcher l'armée. Le duc d'Istrie écrit également d'hier , ^ neuf heures du soir , de »pn quartier
génial , à quatre werstes en arrière de Gorki ; ainsi , votre majesté ne peut être tournée par. Desna. Votre majesté sentira que ses dépêches sont attendues avec impatience. Leduc d^Istrie dit qu^il a aussi Fennemi devant lui. Le général Lahoussaye est à Batutinka , derrière Gorki.
Le prince de Neufchâtel et de JVa^ram à S* M. le roi de Napks.
Moskou, le 4 octobre 1812, à 4 heures et demie du matin.
Sa majesté aurait désiré qu^on pût utiliser les chevaux ^ris aux voitures à la suite de Ja cavalerie pour atteler les caissons qu^on a laissés, ayant plus besoin d^artillerie que des voitures que traînent les troupes. L^empereur a accordé les grâces pour le cinquième corps; il a vu avec plaisir la bonne conduite qu^ont tenue les Polonais. Sa majesté a reçu votre lettre du 2 octobre , à neuf heures du soir ; eUe a vu avec plabir que vous ayez occupé Woronowo. Comme vous annoncez devoir écrire le 3 , dans la matinée, T empereur attend votre lettre pour vous répondre. Sa majesté sVtant décidée à envoyer près du général en chef russe un de ses aides ^e camp , désire que vous fassiez écrire, par votre chef d^état major, au général commandant Pavant -garde .ennemiç., une Içittre conçue en ces termes ; .
<( L'empereur étant dans riifteptiou 4^ envoyer un de » ses ^ides de camp généraux près dii général eu chef » Kutusof, on désire .connaître le jour, Fheure et Ten- » droit où ce général veut le recevoir. » Cette lettrç sera adressée au commandant de Pavant-garde , et F on eu
tirera un reçu. Comme de raison, Sire , Fempereiar vous laisse le mattre de choisir le moment où vous ferez cette démarche , afin de la faire en tems opportun, «t qu^elIe -n'ait en rien Fair de tenir aux circonstances* Uaide de camfique sa majesté compte envoyer arrimera probablcK ment ce soir à votre quartier général.
5^i«? ALEXANDRE.
Napoléon au major-généraL
Moskou, 1^5 octobre 1813.
Mon cousin ,.le mémoire de Fintendant général me parait erronné. «Tai peine à croire qu'il faille quarantecinq jours pour évacuer les blessés qui se trouvent à Mojàïsk , au couvent et à Gjat ; car je remarque que dans ces quacante-cinq jours , en ne faisant rien , partie guérira , partie mourra ; il n'y aurait donc que lé surplus ài^vacuer, et l'expérience prouve que trois mois «près une^bataille il ne reste que le sixième des blessas. Ainsi , en comptmt sur sa mille komîmes j il n'en resterait-au bout de trois mois que mille à trans]^rte|C. Mon intention eert'de rester maître de ma ligpe d'opératiqns , et dr faire é^ar coer mes blessés , etc. ( La suite de Ja lettre^ offre pfiu d'intérêt.) r 1. -
Surce,etGi &i»' NAPO|LÉON.
Napoléon au major^gétfétaL
.... .,^, ., ,, ,Mû^u,le6 0<;toljre >8i2.. .
Mon cousin, faites connaîtra ^àu due de Biftlttbé'<«e je ne lui ai f as encore donné d^ordres pour son mou*
veinent, parce que cela dépend du mouvement de Tennemi; que Tannée russe de Moldavie , forte de trois divisions, ou de vingt mille hommes , infanterie, cavalerie et artillerie comprises , a passé le Dnieper dans les premiers jours de septembre ; qu^elle peut se diriyr sur Moskou pour renforcer Tannée que commande le général Kutusof , ou sur la Wolhinie , pour renforcer Tarmée de Tormassof ; que Tannée du général Kutusof, battue à la bataille de la Moskwa, est aujourd'hui sur Kaluga , ce qui pourrait faire penser qu'elle attend des renforts qui lui viendraient de la Moldavie par la route de Kiow ; que, dans cette hjrpothèse, le duc de BeUune recevrait ordre de se réunir à la grande armée , soit par la route d'Ielnia et Kaluga, soit par tout autre; que si, au contraire, les vingt mille hommes de Moldavie s'étaient portés au secours de T(Hinassof, xe renfort porterait Tormassof à quarante mille hommes ; mais que notre droite , que commande le prince de Schwartzenberg ^ serait encore d'égale force, puisque ce prince, avec les Autrichiens, les Polonais et les Saxons , a environ quarante mille hommes ; que d'ailleurs j^ai demandé à Temr-' pereur d'Autriche que le corps que commande le général autrichien Reuss à Lemberg, fît un mouvement , et que le prince Schwartzenberg reçût un renfort de dix mille hommes ; que d'un autre côté , l'empereur renforce tant qu'il peut la garnison de Riga et le corps de Wittgenstein , afin de pouvoir déposter le maréchal Saint-Cyr de Polotzk, et le duc de Tarente de Riga et de Diinaburg ; que des lettres qui arrivent du prince de Schwartzenberg , en date du s^ » tendraient à prouver que Tarmée de Moldavie an lieu de venir sur Moskou , s'est xendue à Tar-
mée de Tormassof , et Ta renforcée ; qu'il est donc né-^ cessaire de savoir ce qui se passera ; que dans cet état de choses, je désire que le duc de Bellune cantonne son corps de Smolensk à Orsza ; qu'il entretienne une correspondance exacte par toutes les estafettes avec le duc de Bassano , afin que ce ministre kd écrive et lui donne toutes les nouvelles qu'il aurait des différens points ; qu'il envoie un officier sage , discret let intelligent auprès du général Schwartzenberg et du général Reynier ; que cet officier apprendra du général Schwartzenberg ce qui se passe , et du général Reynier le véritable état des choses ; qu'il se mette en correspondance réglée avec le gouverneur de Minsk, et qu'enfin il envoie des agens dans différentes directions pour savoir ce qui se passe ; que la division Girard sera placée du côté d' Orsza, où elle se trouvera à quatre ou cinq marches de Minsk , à trois de Witepsk , à quatre ou cinq de Polotsk ; que l'autre division, qui sera entre Orsza et Smolensk , pourra l'appuyer rapidement , et qu'enfin la troisième division sera auprès de Smolensk ; que par ce moyen son corps d'armée se reposera et pourra se nourrir facilement ; qu'il faut le placer au haut de la route , afin de laisser la grande communication pour les'troupes qui arrivent ; que , dans cette position , il sera également à même de se porter sur Mincir et Wilna , si le centre de nos communications et de nos dépôts éuAt mejiacé, et si le maréchal Saînt-Cyr était poussé à Polotzk , ou d'exécuter l'ordre qu'il recevrait de venir k Moskou par la route d'Ielnia et de Kaloga , si la prise de Moskou et le nouvel état des choses avait décidé l'ennemi à se renforcer d'une portion des troupes de Moldavie ; qu'ainsi le duc de Bellune formera u. 5
mais nul n^est tenu à Fimpossible ; il faut qae la mtmici^ palité russe forme une compagnie russe , qui se rendra par détachemens dans les villages , et prendra des vivres en les payant L'intendant général accordera Fargent nécessaire sur les fonds que j'ai mis à sa disposition ; on fournira ici , à la municipalité , un magasin qui sera destiné pour la ville, et approvisionné ainsi qu'il vient d'être dit. Cette compagnie pourra s'appeler compagnie de police , et , si cela réussit , on pourra en former trois ou qua~ tre autres semblables , lesquelles parcourreront les environs , et feront arriver ici , en payant , tout ce qui est nécessaire aux babitans , surtout aux hôpitaux ; voilà le seul moyen de suffire à tout ; parlez-en an sieur Lesseps, et qu'on ne perde pas un moment.
Sur ce, etc.
Signe NAPOLEON.
Napoléon au major-général.
Mûskou , le 6 octobre 181 a.
Mon cousin , donnez ordre que les dix soldats russes
qui ont été découverts dans une cave du onzième quartier
soient fusillés , comme incendiaires ; que cela soit fait
demain à quatre beures du matin , sans éclat.
Sur ce , etc.
A^NAPOIJÉON.
Nota, Au bas de la lettre on a écrit ces mots : « Cet » ordre n'a point été exécuté ; on a reconnu que c'étaient » des malades. »
NOTES DU LIVRE lit %
le prince de Neufchdtel et de IVagram au général en chej Kutusof{a).
Moskou, le i6 octobre i8i3.
Le général Laoriston arait été chargé de proposer à TOtre altesse de prendre des arrangemens^ pour donner à la guerre un caractère conforme aux réglés établies , et prendre des mesures pour ne faire supportei; au pays que les. maux indispensables qui résultent de l'état de guerre. En effet, la dévastation de son propre pays est nuisible à la Russie, autant qu'il affecte douloureusement Fempereur; votae altesse sentira facilement Tîntérét que j'ai à connaître la détermination définitive de son gouvernement.
Recevez , etc. Signé ALEXANDRE.
Le prince Kutusqf au prince de Neufchdtel et de Wagram (^).
Au quartier général, le ai octobre i8ia. Mon prince , le colonel Berthemy , que f ai admis dans mon propre quartier , m'a remis la lettre dont votre
{a) Napoléon avait dicté cette leltrei
{à) IL est prd:)al>le qu'il y a erreur dans la date de la lettre de - Bertbîer , qUe j'ai cupide sur un bouillon , pt qu*eHe n'a été expédiée que k rg. Ce ciui me le fait soupçonner, c'est que la date de la lettre de Kutusof doit être exacte , puisque j'ai copié cett» lettre sur l'original, et qu'il n'est pas probable qu'il ait fait attendre quatre jours sa réponse. L'on s'apercevra aussi que cette réponse n'est pas seulement relative au contenu^ de la lettre de Berthîer , mais encore à des communications verbales que le porteur decette lettre avait sans doute été cbargé de faire.
altesse Tavait chargé pour moi ; tout ce qui fait Tobjet de cette nouvelle démarche a déjà été soumis immédiatement à Tempereur, mon maître, et c^est, comme vous ne sauriez Fignorer , mon prince, Faide de camp général prince de Wolkonsky qui en a été le porteur^ Cependant vu la distance des lieux , et la difficulté àes routes dans la saison actuelle , il est physiquement impossible qu^il me soit déjà parvenu une réponse à cet égard. Je ne sau-* rais donc que me référer personnelkment à tout ce que j^ai eu Thonneur de dire à M. le général Lauriston sur la même matière. Je répéterai cependant ici une vérité dont vous apprécierez sans doute, ™^^ prijice , toute la force et Tétendue, c'est qu'il est difficile d'arrêter, mal-^ gré tout le désir qu'on peut en avoir , un peuple aigri par ce qu'il voit , un peuple qui depuis trois €««ts .ans n'a point connu de guerre intérieure , qui est prêt à s'immoler pour sa patrie , et qui n'est pohit susceptible de ces distinctions entre ce qui: est ou n'est pas d'usage dans les guerres ordinaires. Quant aux armées que je commandj^ , je me flatte , moi^ prince , que tout le monde reconnaîtra , dans la manière dpnt elles agissent , les principes qui caractérisent toute nation loyale, brave et généreuse ; je n'en ai jamais connu d'autres dans ma longue carrière militaire , et je me flatte que les ennemb que j'ai eu a combattre ont toujouri^ rendu justice à tnes, maximes à cet égard. Recevez , won prîiice, l'assurancede ma plus haute considération.
Le maréchal commandant en chef les armées , Signé prince KUTUSOF.
NOTES DU LIVRE II. yt
Napoléon au major-généroL
Moskou, le 18 octobre 1812.
Mon cousin , faîtes connaître au duc de Trëvîse que je pars demain matin ayec Tarmée pour poursuivre F ennemi ; que mon intention est que le duc de Trëvise se loge au Kremlii), et y caserne
I^ La division Laborde;
a®. La brigade du général Carrière , composée de quatre bataillons de cavalerie ii pied , forte de près de qna-* tre mille hommes ;
3^ Deux compagnies de sapeurs;
4^ Une compagnie d'artillerie;
5*. L^artillerie de la division Laborde ;
Enfin une brigade de cinq cents hommes k cheval: avec cette force le duc de Trévise pourra garder la ville , mais avec la prudence convenable. L'intendant laissera un ordonnateur , plusieurs commissaires des guerres et àe$ chefs de service* Le général du génie laissera un ottcier sï^érieur commandant. Le génial d'artillerie laâs-^ sera un officieir supérieur d'artlHerie et plusieurs officiers d'artillerie* Le due de Trévise fera travailler avec la plus grande activité- à ^armement du Kremlin, et mettra en batterie le» pièces ^i se trouvent ici ; il fera construire une petite batterie -^m terre sur le terre- pleûa? où il fera mettre ses^ pièces de campagne de manière à bien battre le pont de pierre ; il tien^a un fort poste au coii^< vent du prince d'JËckilralh , dasif la position est imporrtante, parce qu'il commande un pont sur la Moskwa. Tous les malades qui se trouveront ici seront réunis aux
Enfans-Trouvës ; il doit y en avoir trois ou quatre cents; il faudrait donc les faire garder en force. Le magasin d^eande-vie près du pont de pierre doit élre paiement gardé par un fort détachement. Tous les magasins qui sont trop éloignés, le duc de Trëvise les fera réunir au Kremlin. Les généraux, officiers supérieurs, officiers supérieurs d'administration qui se trouvent ici se logcnront dans le Kremlin. Le commandant de la place et Fintendant pourront continuer à loger dans le logement du gouverneur et dans le logement que le duc de Trévise occupe près du Kremlin. Le duc de Trévise verra s'il faut faire garder le couvent du maréchal Ney. Il serait utile de garder, par un poste, la prison qu'a fait retrancher le vice-roi sur la route de Pétersbourg, Pour tout le reste, il réduira le service comme il l'entendra, en conservant de préférence ce qui sera le plus près du Kremlin. I>emain , quand l'armée sera partie ^ il fera faire , par la municipalité , une proclamation pour prévenir les faabitans que les bruits d'évacuation sont faux ; que l'armée se porte sur Kaluga, Tula et Briansk, pour s'emparer de ces points importans et des manufactures d'armes qui s'y trouvent ; engager les habitans â maintenir la police et empêcher qu'on ne vienne achever la ruine de la ville II fera , dès demain , commencer les travaux au Kremlin , et veillera i ce qu'ils soient poussés avec la plus grande activité ; il fera faire de fortes patrouilles dans la ville, surtout du c6té des portes de MojaïiSik et de Kaluga , afin de pouvoir recueillir tous convois ou régîmens de marche qui seraient en route de Mojàïsk pour se rendre ici. La division Roguet restera ici la journée de demain ; elle partira demain soir , escortant le
NOTES DU LIVRE II. ^i
trésor et le quartier général de Fintendant. Le duc de Trévise fera dans la ville une police sévère ; il fera fusiller tout soldat russe qu^on trouverait dans la rue : â cet effet, il fera donner Tordre â tous ceux qui sont aux hôpitaux de n^en plus sortir. On ne mettra nulle part de petits postes , afin d^être â Tabri de la malveillance des paysans et des surprises des Kosaques. Enfin le duc de Trévise doit réunir le plus de vivres qu'il pourra ; il fera confectionner beaucoup de biscuit ; il s'assurera des vivres , au moins pour un mois , en farine , pommes de terre , choux-croute , eau-dcr-vie , vin , etc. Il doit conserver cet approvisionnement pour les circonstances urgentes, en faisant moudre à tous les moulins, pour que , s'il est possible , cela puisse alimenter son journalier. Aye2 soin de donner au duc de Trévise un chiffre , afin que la correspondance avec lui puisse être libre et sài'e.
Sur ce, etc.