‹ Histoire de l'expédition de RussieChapitre 178 sur 184 · DU LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

DU LIVRE QUATRIÈME

(i) Page aSg.

v< O-s n^ était point ce courage passif des bataillons de nos Jours. » Les bataillons sont de véritables machines à coup de fusils ; les cadres y jouei^t le principal rôle , puisqu'ils parviennent, pourvu qu'un tiers des soldats soient aguéris et braves , à contenir les deux autres tiers bon gré malgré.

Il est très-rare qu'on en vienne à Farme blanche. Si un bataillon en charge un autre qui soit en position, et que ce dernier ne commence le feu qu'à petite portée et fasse bonne contenance , il est probable que le premier perdra beaucoup de monde et fuira ; mais si , au contraire , celui qui est en position, commence le feu trop tôt, et que le bataillon qui le charge , continue à marcher avec résolution , ce sera celui qui est en position qui fuira.

(a) Page 263.

« En démolissant les maisons j hrsquUlks n^étaieni point occupa par les états majors. » Les états majors occupaient les villages où s'arrêtaient les quartiers généraux, et les combattans prenaient position autour. Lorsqu'une partie des maisons n'étaient pas occupées par les états majors , les combattans les démolissaient malgré ceux qui les oc-

4i4 NOTES 0U LIVRE IV.

tapaient, pour en brûler les bois, et c'était un grand soulagement que de trouver ainsi du bois sec à la portée des bivouacs. Les villages , maisons , granges ou hangars qui n^étaient ;poiQt aeciipés par ^& quartiers généraux , fêtaient par les premiers qui s'y établissaient ; souvent alors il s'élevait des rixes entre eux et ceux qui , étant forcés de bivouaquer , voulaient démolir les maisons pour «n brûler le bois. Lotsque les premiers parvenaient à les conserver, les seconds y mettaient quelquefois le feu par vengeance.

(3) Page 3o6,

« J'ai dit que k pont de droite a&ait été terminé à ime heure de f après midi. >» Je pense qu'on lira avec intérêt quelques nouveaux détails relatifs à l'établissement Àes ponts sur la Bérézina , à cause de l'imjpor^ance de cettt opération , dans les circonstances où se trouvait l'armée. . La construction des ponts ne fut possible que parce qu'£blé avait conservé un matériel consi^ïtant en :

I® JDeux fo«ges de -cao^p^gne.

t** DeiK ^oiliipes chargées ;de charbon.

3® Six (hissons qui contenaient des outlis d'ouvriers en bois et en fer, des çlameaux , des clouds , des haches , des pioches et du fer. Ce général avait eu aussi la précaution , i 15QQ pSKSSiS^ pdiX Stmolensk ^ d'y iatre. pctndre à duiifiie ipontouBier un çuitil et quelques elofuls etxkmeaux.qne p£esicpiie.iloD6iaiB»ieiit ^oonser^s^et ifD'ils déposant al' endroit oûil' ornât IfiSipnépeusxtîfs «Utpasisage*

L'miine ^06»ëda^ pOtM^me^^s^le ^es- pièces de bôk itéceftsâipes à i-élablisseinent des ponts ; la construction

NOTES DtJ LIVRE IV' 4i5

f fl^te partScttUèffe fles T^feges fusses (a) permit de^eies^ p^ocurrt- -eti d'émolfssliiït les mais^ous de 'Studianka.

ODttiiiiplaçà'Ies btftèâitt et iiàcWles*dcmt'oîi matiqtiak ï«ir dettxYadeaut qaî étàicilt<d*tinè très-pel?îte 'dîmertsifm^ tteWe des hàh dornt an 'dî^'ôàafît nefïiertnfettafiit pas dfc les feîfe plus grands; ils 'servirent d^'abtyrd à transporteir des feitt^sitts sur la riT« enneinfîe , tt etistifte k ia côns^ traction dés ponts ; ntkh ih ne ^pronvaîent'sedîrigeir'àvet autant de rapidité et de facilité que des nacelles ou des bateaux.

La hauteur des chevalete variait dc^uia trois jusqu'à neuf\pieds, et il y en avait vingt-trois à chacun Jes.ponts; on n^-esit^point le teni« d^équarir les boi« avec lesquels on Ifisiconstruiâit^noo plus que ic eux. qu'on ett^ployaau Ii«u de poutrelles. Quant aux madriers, ils furent remplacés^ au pont destiné pour les voitures , par des rondins de quinze à seize pouces de longueur , et à celui destiné aux piétons , par un triple lit de planches de quelques lignes d'épaisseur, provenant de la couverture des maisons di» village.

L'on 'âVatit converties 'tabliers 'des ponts de «chanvre <oû ide forn , qu'<)n fm obligé de renouveler fréquemitxtttt vVcfn conçoit avec que^zéle , quelle Intelligence et quelle activité il faHut travailler pour, dans une seule nttït et avec «des soldats harassés de fetigue,* abattre des maisons ét^en préparer les bois de Tuanlère à pOttVdir en côiMt^uire deux poirts.

(a) Les murailles âes maisons, dans les viila(;c's ru&:$es, sont lODstvuitcs avtfc des bois de sapins places horizontabtnent, tX qui oc sont point i'<|ijarîs.

4i6 MOTES DU LIVRE IV.

«Tai dit qa'il y ayait â Onza tm équipage de ponte de soixante bateaux , muni de tous se$ agrès , et ^e l'on avait brûlé le ao noyembre; si Ton eût amené quinze de ces bateaux, on aurait pu, en moins de deux heures , construire un pont, et si Ton eût seulement conservé six bateaux pour les placer au pont pour voitures , dans la partie la plus profonde de la rivière , Ton aurait diminué de moitié la longueur et la difficulté des travaux.

(4) Page 337.

« Sch(vartzenberg ^ aussitôt arrivé à Slonim , reçut une nomeUe dépêche^ du 4- décembre , qui le jeta dans i'inreritude. » Les deux lettres de Maret et celles que Schwartzenberg écrivit à Berthier, le i4- décembre, me semblent dignes d'être citées ; elles étaient ainsi conçues :

Le duc de Bassano au prince de Schc^artzenherg^

« Wîlna , le a décembre iSia.

n L^arrîvée de Tamiral Tchîtchagof sur la Bérézinaa M changé les dispositions de sa majesté; toute Tarmée, ■^ après avoir forcé le passage de cette rivière, a battu » plusieurs fois Pennemi , marche dans la direction de » Wilna. L'empereur sera probablement ici de sa per- » sonne, avant six ou huit jours. Je n'ai pas reçu d'orj» dres à transmettre à votre excellence, mais j'ai dû » sentir l'importance de vous informer promptement de i* cette nouvelle direction des opérations militaires. A » défaut d'instructions, votre excellence jugera ce qu'elle M doit faire ; elle considérera s'il ne conviendrait pas

w ^'elle se rapprochât du haut Niémen et du Qanc droit » de Farmée. Je n'ai rien reçu devons, mon prince, ^ depuis votre lettre du 27 novembre. Informez-moi , » je vous fKfie, le plus promptement possible du mou- » vement que vous vous serez décidé à faire. »

i> J'ai l'honneur d'offrir à votre excellence les noui> velles assurances de ma plus haute considération et de n mes plus inviolables sentimens.

- %/ieleducdeBASSANO. >.

Le duc de Bassano au prince de Schvartzenberg»

« Wilna, le 4 décembre ^181 a.

» Sa majesté est arrivée le 3, à Malodeczno; elle m'é-^ • crit qu'elle attache la plus grande importance à ce que » vous suiviez le mouvement de l'armée et que vous it» manœuvriez dans le sens de la position actuelle ; elle » regarde la rapidité de votre marche comme devant » .avoir une grande influence sur l'état des affaires.

» Sa majesté a battu le général Wittgenstein au » passage de la Bérézina; elle a aussi battu l'amiral » Tchitchagof et ses quatre divisions^ et lui a fait six » mille prisonniers; elle a. réduit cefte armée à sept » mille hommes d'infanterie et six mille de cavalerie; il » n'y a point de nouvelles du général Kutiisof. Une bri- X» gade de la. division Partouneaux s'est égarée pendapt » la nuit y et dans sa marche pour rejoindre le pont de la » Bérézina, elle s'est jetée dans les postes ennemis; sa n majesté la croit perdue. Les Russes feront sans douta II* 37

4i8 NOTES DU LIVRE IV.

it un granâ ëclait de cdt 'érétaenunit ^ qui a^est toutefois » quW midfaeareux accUent.

>» L'inteBtîoii de sa majesté lest -âWtiier ^en qiuatier » d^kinrer, «t jde doBBBer à saa araiée^ ^ eaafprand b^- » soin , le tems de be peraetta% -de «es fntigoes*

» Je «désire, mon prince , être informé ezactentent et » pronqptement de vos mouyjemeB3 : la dernière lettre » quej^ai reçaede vous est datée àe Pn^any^ ie i^^Àé- » membre-

» Je n'ai pas le tenus d'écrire à M. le général Reynier; » aariez-YOus la complaisance de lui donner les nou- » veJlcs que je vous transmets.

^ J'ai l'honneur, etc.

» Signé le duc de BASSANO. »

Le prince de Schwartzenherg au prince de Neitfchdtel et de Wagram^

« Slonîm/le i4decemT)re i8ïï.

» Il y a l>ien long-tems que je suis entièrement privé » des nouvelles de votre altesse; j'ignore la position » ou la direction que prend la grande armée. M. Qiarlet^ » un des ai'des de camp du général Rejnîer, qui doit » être arrivé à Wilna'le 5, un secrétaire (à) 4Ue fy ai » envoyé et qiiî doit être rendu le 7, n''en sont pas w revenus'encore nii'un taî l'autre. ÎDes reconnaissances » que le géiiëral Môhr a poussées à Liàâ, m'ont averti, » il y- a 4riatre jours, que la communication se troui^e » interceptée par les Kosaques. Je ddîs craindre qu'un

{a) Cér secrétaire était le baron de Stnrtner.

M de^ €OBiTieis expiàiis de Wikia , pour jo/e carter àet 3» ordres de la part de sa majesté, n'ait ea le anaUieur it titre pris, pnisqne les dernières nonyelles ^e j'ai t» reçues de Wiloa sont du 4 9 et qoe f avais annoncé » m.<m arriyéè à Slooim pour le 6, en demandant des •» ordres sur la direction que je devais prendre lorsque » je serais arrivé à ce point.

» Ayant reçu la lettre du ;i , du duc de Bassano, près n de JPn^any, j^ai envoyé Tor^e aux -tronp^fs que j'avais

* laissées â Sloiiim de se metlre en marohepoor Nieswij, » de pousser «des recbnnaisSJMiicqs vers Minsk et Slutzk \ » pour inquiéter l'ennemi qui , fiprès avoir été battu, » pouvait prendre cette toute. Je youlais cependant at- » tendre des ordres positi& av{int de suivre ce mouve- » lisent avec toute l'armée, croyant entrevoir par les

• lettre^ de M. le duc de Bassano, que la grande armée » continuait son mouyement sur Wilna. Biais je me.voîs «madheureusement privé , depuis le 4*9 ^^ cotrespou'- M dance avec ^Wilna. Votre akesse voudra bien observer »> quedanslalettredu^fOÙilestditqnesamajestéattache » ^la pkisgrande importance è c« que je suive Je mouve- » . mqnt dd'amiée et qne je manoeuvre dans le seqsde la » position actuelle, on m'alaissé dans l'ignorance swk » nature du mouvement, et celle de la position jnéme.

» J'ai appris par des voyageurë que l'armée russe a » fkassé Os2ûniana, qu'elle se portait sur Wilna .et que «» Ja.gcande année contîmie son mouvement sur Kowno, » Si j'avais su plnl^ que l'armée .ferait ce mi(mvemie»t , M .j^aueais envoyé ie corpsjrestéii£|lQnimsurLida, où il « :aurait>iété bien atile, au lieu de le £ûre avancer sur j» ^ie^^j.Ne trpf^v^tfdqs içideqaoi vivre, supposant

4ao NOTES DU LIVRE IV.

» d'aillc^ors que la grande armée passera le Niémen , pour

j> prendre des. quartiers d^.hiver, et ne recevant point

» d^ordres^'f ai. résolu de marcher dans la direction de

» Grodno. Je compte être le i6 dans les cantonnemens

» près de Rossa. La division Siégenthalel trois r^;iinens

» de cavalerie resteront du c6té de Slonim, en formant

» rarrière--garde. Si des ordres de sa. majesté ou d^autres

4> circoniitances ne m'obligent point à changer de dispo-

>» sitions , }e continuerai mon mouvement vers Bialys-

» tok en envoyantdes troupes pour couvrir Grodno Aor-

» tant que possible; j'espère r^evoir- jusqu'alors des

» ordres, qui m'indiqueront les cantonnemens d'hiver

» destinés aux troupes que je oommâoide* Le général

» Dutaillis me mande que Sacken est à Wlodimir avec

» vingt-six mille hommes, ce qui me paraît-bien exagéré,

» et qu'il .menace le duché : le général. n'a' que trois

» mille hoinmes; la. Yiskule est gelée ^ et U est .irai- ^'il

M a des dépôts imàienses à garder. sUn o^urrier saxon ^

» qui revient àe . Varsovie,; dit avoir rencontré sa mar-

» jesté,. allant dans, cette -capitale; touttas bes con»idâ-a-

» tions me font approuver un mouvemeikt du septième

M dorps 9 dans la direction dejBrezesc f :pour être à portée

» de couvrir le duché :et surtout. Yars6vîe , en cas. d'une

i» invasion. ^ « i . j ,

» Le porteur^* la < présente^, . Mi le- comte Latocu* , » lieutenant colonel, à l'état major .général de l'armée, » est à ménfê de donner à votne. liesse .tous ies>r0nsei- » gnemens. sur cette armée et ses Opérations.

M Yeuîllez agréer, ''monseigneur^ ks'.assnranfoes de:ma » plus; haute considération et du plus -.inviokble atta^ ir chqipent. ^ ^^^ SCHWAHT21ENBERG, i

(5) Page SSg.

« La société du Tugend-Bund (^ pacte de la oertu) 9 dont k but était de secouer le joug de ce conquérant » Le Tugend- Bund était une société secrète, qui avait pour grandmaître, le baron de Stein, et dont le but était de délivrer r Allemagne du joug de Napoléon ; cette société se subdivisa en plusieurs autres , qui , indépendamment du but principal dont je viens de parler, en avaient un plus éloigné , tel que la restauration de la monarchie prussienne, la formation de FAUemagne en un seul état fédératif, sous un ou deux chefs.

La société du Tugend-Bund se formait dW grand nombre d^associations particulières, inconnues les unes des autres , et qui remontaient par des comités provin-^ ciaux ,et des conseils généraux, jusqu'au grand-maître* Les comités ne connaisaient que les associations auxquelles ils transmettaient des ordres , et que le conseil, général duquel ils en recevaient.

(6) Page 3ii3.

<f Se trouvaient soutient réduits à mendier des secours auprès des soldais qu'ils avaient commandés. » Voici ce dont je fus témoin occulaire : des. militaires de toutes ..SHTmes entouraient un feu de bivouae ; un général , transi de firoid, les ayantpriés de lui accorder une.place, n'en reçut point de réponse, mais ayant réitéré sa demande, ^ apporte ta bûche, « lui répondit l'un d'eux. Peu aprè^, jffriva un commissaire des guerres qui tenait à la main un mouchoir dans lequel il y ayait des pommes de terre; U voulait en faire cuire quelques-unes sous U cendre,

mais chaque fob qa^il s^approchait, on le repoussait avec menace. Il fat obligé de chercher on biyooac plus hospitalier; je doute qa^il Tait rencontré.

, (7) Page 346.

« // seflàHàit néanmoins dé pouvoir s^dniUr et rùOier les débris de son armée à Sfnorgoni* » Les denx lettres sitir tâûtés ne laissent pas le moindre doute 4 cet ^^ard.

Le printe de Neufchâtel et de Wagram du duc dé Betbaiti

« Malodeczno, le 4 noreiiibré i9li , à tfofs heare» » du matin.

» Motisîëiir le duc dé Bèlïtiné , èonittftiez atijdcrrd^htd

» totre ûiouvéïtieiit dé fetràîtév él yenéâi pi^endfè là pd-

» sition dé Malodeczno , tii ayant sdiii qtfè toutes léà

» Toitures et les hommes Isolés passetit avant yods. Le

a» deiitièine corps , qui gardâ-à cette Ville j^qn^à ycrtrè

» arrivée , prendra position en àitîèrë. Le qriaréici" géiîé-

» rai sera à Bénitza , par Markowo. Si Ton avait trouvé

» ici des vivres , on aurait fait halte ; mais les premiers

» magasins considérables sont à Smorgoni; il y a là des

» bœufs , de Feau-de-vie , du biscuit : Êûtes-le connaître

» à vos trattueùrsf afiii qu^ik se rallient sur ces nlagdr-^

» siùs. Si vous avez des voitures d'éqidpâges tsilifaires,

» envoyez-les sur Smorgoni chercher dea viyrea?. Tdutë-

» fois on va tâcher de vous faire passeil* dix mîDe rations

» de biscuit et de bœiiJb , te qui voua iûëttra à même de

« tenir partout où eelâ sera nécessaire ^ sans erainte q«e

a» tds troupes se débandent.

» Si les moyens de trànijport âé pènttiêttaient ^as que

» TCM18 r«çiuiiîez dans la lournée de demain ees vivres , » i\ faudraiti continaer votre mouvement jusqu'auprès » it Smcnrgotti , c'est-â-dire , frèsi àe& moyen» , et là il » Ikadra faire kaite. Faites une porocbmatiott ponr ral~ » lier les traittenrs et les diriger sur Smorgoni ; faites » battre un ban, et faites la lire par ml «tfficser d'état » major.

« &^e ALEXANDRE. >»

Le prince de Neufchâtel et de JVagram au comte KreptOfvicz*

« Malodeci^no , le 4 novembre iSja > à «yialre heure» » du matin.

» L'empereur ordonne, monsieur le comte, que vous » preniez des mesures pour envoyer au duc de Bellune , >i des magasins de Smorgoni , dix mille rations de bis- MT cnit , et autant pour les troupes du duc d'Elcbingen , »' qni commande les deuxième et troisième corps d'ar- » mée. L'intention de sa majesté est que vous envoyiez M aussi à chacun de ces maréchaux vingt mille rations » de viande, et dix mille rations d'eau-de-vie. Faîtes en » sorte que ces vivres arrivent le plutôt possible , et , si » l'on peut, demain, parce que du lieu où ces vivres » seront reçus s'arêtera le mouvement rétrograde.

M On mande de Wilna qu'il y a à Smorgoni soixante » mille rations de biscuit; vingt i^ille seront distribuées » ainsi qu'il est dit ci-dessus ; trente mille seront don-^ » nées à la garde, qui enverra en prendre possession n aujourd'hui ; cinq mille seront données au prince » d'Eckmulh , ^t autant à Eugène ; le double de ration^

^1 de viande sur pied , et la même quantité d^eaur-de*-vie ^ » sera remise à chacun de ces corps. Il y a à Smorgoni » trois cent cin({uante mille rations de farine , et Fou » assure que le gouyemement de Lithuanie a pris des » mesures pour qu^une grande ^piantité'de pain y soit I» préparée. Si tous ces détails sont vrais , et que les ma- » gasins d'Oszmiana soient aussi bien fournis , on rai- » liera là Tarmée , pour lui donner de la viande , du pain » et de r eau-de-vie, d'une manière régulière. Il est donc » nécessaire, monsieur le comté ^ que vous fassiez con- » naître à F empereur , le plus tôt possible , les ressources » réelles qu'offrent les magasins de Smorgoni et d'Osz- )A mlana , et que vous m'en rendiez compte.

» »%ic ALEXANDRE, «

(8) Page 35i,

« Le oingt-newième bulletin., daté de Mahdeczno^ le 3 décembre. » Je crois devoir citer le vingt-neuvième bulletin , à cause die sa célébrité , et parce que la comparaison de son contenu avec le récit véridique des faits offre beaucoup d'intérêt. Il était ainsi conçu ;

>\ YINGT-Tï£UYIÈM£ BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE.

« Malodeczno ) le 3 décembre i8ia.

i> Jusqu'au 6 novembre le tems a été parfait , et le M mouvement de Farmée s'est exécuté avec le plus grand ii^ succès. Le froid a commencé le 7 ; dès ce moment, if chaque nuit nous avons perdu plusieiu*s centaines de » cbevaux , qui mouraient 4u bivouac« Arrivés à Smo-

i> lensk, nous avions perdu bien des chevaux de cavalerie » et d'artillerie.

» L'année russe de Wolhinie était opposée à notre » droite. Notre droite quitta la ligne d'opération de » Minsk , et prit pour pivot de ses opérations la ligne » de Varsovie. L'empereur apprit à Smolensk, le 9, ce » changement de ligne d'opération , et présuma ce que 3> ferait l'ennemi. Quelque dur qu'il lui parut de se met- » tre en mouvement dans une si cruelle saison , le nouvel » état des choses le nécessitait. Il espérait arriver à » Minsk, ou du moins sur la Bérézina, avant l'ennemi* » U partit le 1 3 de Smolensk ; le i J5, il coucha à Rrasnoi. » Le froid, qui avait commencé le 7, s'accrut subite- » nient, et, du i4 au i5 et au 16, le thermomètre » marqua seize et dix-huit degrés au dessous de glace ; » les chemins furent couverts de verglas ; les chevaux de » cavalerie , d'artillerie , de train , périssaient toutes » les nuits , non par centaines , mais par milliers , sur- » tout les chevaux de France et d'Allemagne. Plus de » trente mille chevaux périrent en peu de jours; notre » cavalerie se trouva toute à pied ; notre artillerie et nos « transports se trouvaient sans attelage. Il fallut aban- » donner et détruire une bonne partie de nos pièces et » de nos munitions de guerre et de bouche.

« Cette armée , si belle le 6 , était bien différente dès » le 14.9 presque sans cavalerie, sans artillerie, s^s » transports. Sans cavalerie nous ne pouvions pas nous » éclairer à un quart de lieue ; cependant sans artillerie » nous ne pouvions pas risquer une bataille et attendre » de pied ferme ; il fallait marcher pour ne pas être con- » traints à une bataille, que le défaut de munitions nou^

426 NOTES DU LIVRE lY.

» empêchait èe àéimr; il Cadbit ocenper un ccruiii es^ » pace pour Be pas être tournés, et cela sxêêb cavalerie » qui éelaifât et liât les colonnes. Cette difIBcvllé, jointe » à un froié excessif subitement yena , rendh notre sitoa-r » tion (âckense. Les hommes que la natare n*a paa » trempés assez fortement pour être «a dessvs de f o«tes » les chanfees du sort et de k fortune^ perdirent leur » 'gatté, leui^ bonne humeur ^ et ne réfèrent que malkem-a » et catastrophe^^; ce«R qu'elle a créés mpérieors ii tout »' coi!ise^èrénit le«ir gafté et leurs manières ordinaii«s ^ yi^ et virent «ne naoveQe gloire dans des difficnltés difiEé-^ " ^ntes à suf moMen

» L^ennetfâi , qui royait sur tes chemins les traces de » éette affreuse calamité qui frappait Tannée française , » chercha à en profiter. II enveloppait toutes les co-*- » lonnes par ses Kosàques ^ qui enlevaietit , comme les » Arabes dans les déserts , les trains et les voitures qui » ^'écartaient. Cette méprisable cavalerie , qui ne fait » que du bruit et n'est pas capable d'enfoncer ane corn-' » pagnie de voltigeurs, se rendit redoutable, à la faveur » des circonstances. Cependant l'ennemi cfut à se re^ » pentir de toutes les tentatives sérietfses qu'il voulut » entreprendre ; il fut culbuté par le vice-roi , au devant » duquel il s'était placé, et il y perdit beaucoup de monde.

i> Le àilt d'Elchingen , qui , avec trois mille hondmes, » faisait l'arrière^arde, avait fait sauter les remparts de » Smt)Iensk. Il fut cerné , et se trouva dans une position » critique : il s'en tira avec cette intrépidité qui ie dis- » tingue. Après avoir tenu l'ennemi éloigné de lui pen-«* » dant toute la journée du i8 ^ et l'avoir constamment 2» repoussé , à la nuit il fit un mouvement par le flanc

^ ètoftj pli^sià te BôrysthèAesy et déjoua tons lès calculs tf ie FentréM. tè 19 Parfittée J^ass» te Borysdièzres à » Ùrêtéi , éi tatrtiéé tûsst\ fartigùéé^,^ ^am perdd b«au^ ^ crftïp àë niotkd:é^ tésiai là' seSi tentatite^.

â L'afrméc dé WolMfiie i'éiait portée dé* te 16 sur 1^ fflîtisk , et cDfarehâ^ ^ttf BoHsofw. Lé géfiféiisl Doin^ Àf b'f èVi'iki défendit là tète de pon^ de Boriséw avéo trois » itiâé hoaittiéÈ. Le iàS il M fèrrcé et aMigé lÉPévtfcuer >» èetté position. Uetffièttii ^a§éêi alors Itf Béf^tm ^ ^r- » chant sur Bobr, la division Lambert fâdâflCnt Ptfvàiit- 3^ gâfj*de. Le deàxTèDn/è êôfps, t&iéti^nàé p» le dhc de I» Réggîb, qtû étaît à Czéréia, avaîf tèçtir ordre de se » pôttèf s*ff Bôrîsàw , pour âssiîi^e^ à Tâflttëc te p⣻age » dé la Béréiîtfà, Le a4 lé dtte -dé Réggîo re«contra la 3* dHîiirAi LaABéft à 4 Jîéùes dé Bdrisolv, ratta<faei, la » battit , M fit détîx mille pf lioliiliéf^ , lui prît m pièces » de canon , cinq cents Voitures de b^à^éê de l'armée 1. dé Wblhîriië', et i^ejeta Férinemi suY là Hvè droite de » làfté^éiiïïâ. LegftiérâlBferleM^a'^^clé^uatHèttiéde ^ ^^ fciiîrassrîérs , àe distingua pair uriè belïéchatfgé.L'èùnemi ^ jjè ifonvà s^ salcii qu'eà brfflàilt le pè'iït , ^ui à ^litt » dé (fois centié tùlséà.

M Gépèffidàni Fènnenii occupialt tous lés pksâagè's dé it U Bérézinà; cette riVièrè est lâi^e de quarante toises; V* clllë tHàfi-iaîi assez dé glàcès, triais Ses bèfrds Sofit cou- ^i Vèrii de matait de tiiié[ béttts iàh^é de tèSig, ce ^ûi h i rehd ub oBstàèle difficile à tràèchin

^ Le è^nëràl étanenii avait j^lacé ses qdàtrë diVîsîoills ai daltis difféhîns débbUdhés où îl j^i^éàtltri^ît ^é Fai^khée » fràiiçaisë voudrait Jiassët-. ^

» Le 26, à la pointe du jour, Fempfereiir, aprè&

M avoir trompé F ennemi par divers mouv^nens faits » dans la journée du 2$ , se porta sur le village de Sto- » dianka , et fit aussitôt , malgré une division ennemie , » et en sa présence, jeter deux ponts sur la rivière. Le » duc de Reggio passa, attaqua Tennemi, et le mena » battant deux heures ; Fennemi se retira sur la tête de » pont de Borisow^. Le général Legrand, officier du M premier mérite , a été blessé grièvement , mais non » dangereusement. Toute la journée du 26 et du 27, » Farmée passa.

» Le duc de Bellune , commandant le neuvième i> corps , avait reçu ordre de suivre le mouvement da » duc de Reggio , de faire Farrière-garde , et de conte- » nir Farmée russe de la Dv^ina, cpii le suivait. La divi- » sion Partounaux faisait Farrière-garde de ce corps. Lje » 27 , à midi, le duc de Bellune arriva, avec deux dir » visions , au pont de Studianka.

» La division Partounaux partit à la nuit de Borbow; » une brigade de cette division, qui formait Farrière- » garde , et qui était chargée de brûler les ponts , partif » à sept heures du soir; elle arriva entre dix et onze » heures ; elle chercha sa première brigade et son géilé- » rai de division , qui étaient partis deux heures avant , >» et qu^elle n'avait pas rencontrés en route. Ses recher^ » ches furent vaipes : on conçut alors des inquiétudes» » Tout ce qu'on a pu connaître depuis, c'est que cette » brigade, partie à cinq heures, s'est égarée à six, a pris ^ .à droite au lieu, de prendre h gaucjlie, et a fait deux ou N trois lieues dans cette direction ; que dans la nuit, et » transie de froid, elle s'est ralliéie aux feux de Fennemi, ?> qu'elle a pris pour ceux de Farmée française ; entou-r

» rée ainsi, elle aura été enlevée. Cette craeile méprise » doit nous avoir fait perdre* deurf mille hommes d*in- » fanterie, trcfîs cents chevaux ef trois pièces d'artille- » rie. Des bruits couraient que le général de division » n^était pas avec sa colonne , et avait marché isolément.

» Toute Tannée ayant passé le 28 au inatm , le duc de » Bellune gardait la tête du pont, sur la rive gauche; M le duc deReggio, et derrière lui toute Tannée, était j» sur la rive droite.

» Borisow ayant été évacué , les armées de la Dwina » et deWolhynie communiquèrent; elles concertèrent » une attaquie. I^e 28, à la pointe du jour, le duc de » Reggio fit prévenir T empereur quMI était attaqué ; une » demi-heure après', le duc de BeHune le fiit sur la rive » gauche. L'armée prit les armes. Le duc d'Elchingen » se porta à la suite du duc Règgio , et le duc de Tré- » yise, derrière lé ^uc d^Elchingen. Le combat devint » vif; Tennemi voufait déborder notre» droite ; le géné- » rai Doumerc , commandant la cinqtiième division de » cuirassiers , et qui faisait partie du deuxième corps » resté sur la Dwina, ordonna une charge de r avalerie » aux quatrième et cinquième r^imens de cuirassiers, au i> moment où la légion de la Vistule s^éngageait dans '» 'des bbîs , polir percer le centre de- Tennemi , qui fut » biilbufé et mis en déroute. Ces braves cuirassiers en- » foncèrent sticc^sâiveihent six caiTés d*infanterie, et a> mirent en^d^ârbàte k cavalerie enneinie'qui venait au ' n secours de son infanterie ; six mille prisonniers , deux y> drapeaux et six pièces de canon tombèreât en notre » pouvoir.

' a De son côté, le d»c de Belhine fit charger vîgou- » reusement Tennemi , le battit , lui fit cinq à six cents

43o NOTES DU LIVRE IV.

»> prisonni^fi , et ^ tintJtiors Importée en canon dn pont. j» X>e ^^ral jF^^v^nier if, une belle .charge de cavalerie.

fp D^^os lex^ng^t de la^érés^ina Tarmée 4e Wolhynië » :a I^eaucoup souffert. JÇ^e ^uc de Aeggi^ ft ité blessé; » sa Uessune n'est pas 44ng|ereps/e ; f'e^t j^e )>^ qu'il /> a T^çpe 4^^^ 1^ o&i^*

»> l,e lendemain , ^9, no^s restâmes sur Je chao^ dé » MiaîU^* Nous ayiou^ à choisir entçe deu}^ routes, » celle de Minsk et celle de Wilna. ]La route de M lyjiÂn^k |i9isse au inilieu 4'v!9^ ^^^^^ ^^ ^^ marfûs in- » .ç^i^tes., et il eAt <té|impossible ^ Tannée de s'y np^urn rir. L^ roui^e de Wilna ^ jm cou^traire, passe dans ff 4ç'j;i?ès-^9qs p^yis. iLVmée, sa^ caya^rjle, faible en ?• n^unirtions , Jt^orr^bk^^^t if^tig^ée 4e ci^gi;\^te jpurs » ^^ipiacche, liraîçantà<sasuite <ses n)^4es et lesbless^

-x> ide 4ftnt 4e 4^qi^ibats , avait besoin d'arriver ii ses maf» gaaios. I^e 3o\ le qu^ti/er géuiér^l fut à P4i^ze^içzi^

<*• .le i'<^' 44ceqd)r« ^ St^îjci, et le 3i à M^^iLç^çz^o , q|li >> TanMe a jeçu/S^^^tpre^ers ^pnvois de Wilpa*

f» Tous les officier,si^ soldats blessés, et tout ,oe, qui > 'fiSt.'Cimbftrr^, bagnes,, etc. , .Qnt.4té4irigés.^^^ Wilnji* . (c J>ire qiie IV^ée a^bc^oin 4e xé^blir.^ discipline^ » de iSe reiaire,, 4e r€m;^onter,$a cftva)er^e ,^q^ artilleri/e

,n et son matériel , c'e^^t le résultat 4^ Fea^psé q^oii /vient » à]ê\H /ait Le r^po&.est son pi;e]nîer besoin. Le.^ia-- 4* tériel et les chevaux arrivent, h^ général ^^om^citr a ^ ^jiàplu^ide ¥ingt .mille chevaux4e reipQate.diai^idif''

7» >fére.i^, dépôts*^ LVtilWie a.déjjà réparé .>çi^pe0es.^çs

'^ . (généraux , les officiers et l«s soldats (^i beaucoup SQuf- »> fert de la fatigue et de la disette. Beaucoup, ç^t perdii ^ leurs bagages par suite de la perte dele^s chevaux; » quelques-uns par le {ait des embvksc^^dies des Ko^^ues*

NOTES DU LIVRE IV. 43i

» Les Kosaques ont pris nombre d^hommes isolés, » d^îngénîevs-géogf aphes qcd levaient les positions , et >i d'of&cî;ei^ MCiiSSiés qui loarclkaient ^ans précaution, » pnéfiàraok «^ivir 4e6 vifiques ;plot6t fpQe4e ^«rcber po- » sèment let dflAs des {OoiH^ois.

» Les tttf^otls des ofi&der^^én^ram:, «bmmaodant » ksaC8fiqis,!£fHrontiCQno0ittiiel(^ officiers «tsoJdats.qiii se » :soatilefflB5.dÀstûoigiiés, et ies détails d# ^on^c^^^iéj) norabksténéo^iQeiifi.

» Shiiisjtpm».«es imonv^effM^m , l-enifiepeiir a ^toujours » anaccfaésMftmilÂeii'de^a^gaitde^ la cavalerie commandée » par 'k rmaijifohal :duc 4'Jsirie, ^t Tinfanterie., corn- >> mandée par le4ttc die J)aiH%ig«;Sa m^îei|té,a ét(éj»alÂs- ^» ifaite do bon esprit «que jda-gande'a montré; eUeaitou- » jours été prête à se porter partout^ Ji^circxmataiicçs » Fauraient exigé ; mais Iles ^cûrcQ^s^ces ont toujours » été 'telles qoe 6a' sio^le pr^s^Mce a «sufJSi , et qu^elle » m'a .pas été. dans le cas de donii^i:.

» Le prince de Neufcbâtel, le grand maréchal, le » grand écuyer et tous les aides de camp, et les of&^ » ciers militaires de la maison de r«npereur ont toujours ^> accompagné to nu^jeaté.

» Notre cavalerie >était ,tdiiemimt .chEm^nté^i^ ^e l'on » apuréunir lés officiera Afixi|i^ls'>i|l-i}«slaltjm. cheval « pour en>ftH*H]«r quatre €ttn)Ç(dglkm''d.efiiW»t,c^ » lioinmas'eliaiÀine. Les généreux ff ùim^t les foirctions *• de- capîtaipcs.,/«t desvCQl«nels \e^Uçs \de «ous^-ioffiCjjiens. * Gst «scadsontsaoré, comfika«4éi^^ v}e,général GrAn- M èhy, etsouB l«sjérdre$duj3M^derN«pkSr<ïe,|>«r^ ■M denieT/empereurdans ttmslestjii^iiyemcvM*

>• ï^fiai]Aéde)sa!iiiajestéiin!a jattàisfétértmeilleure^ ?>

(9) Page 357.

« L'état des magasins immenses , existant à Wilna W. Il y avait à Wîlna du pain , du biscuit et de la farine pour cent mille hommes pendant quarante jours, sans compter lei^ blés des magasins d'hiver , qui commençaient à arriver de la Samogitie , et pour lesquels les moyens de mouture étaient assurés , puisque les moulins , situés sur la Wilia et la Wilinka , sont construits de manière à moudre plus rapidement l'hiver que l'été.

De la viande pour cent mille hommes , pour trente six "jours , existant en parcs , rassemblés en partie sous Wilna, en partie échelonnés à peu de distance.

De la bière et de l'éau-de-vie dans une proportion plus grande encore.

Trente mille paires de souliers.

Vingt-sept mille fusils, et une très>-graade quantité d'effets d'habillement , de harnachement et d'équipe- ■ ment.

(10) t^AGE 36o.

«< Jamais armée n^ éprouva un pareil àésasire» » J'ai pensé qu'on lirai* avec intérêt quelques détails , encore plus cir'constanciés que ceux que j'ai donnés, sur les maux qui accablèrent l'année , et sur les effets terribles défe froids extrêmes. Je les ai extraits de l'ouvrage intitulé : Tabkau de la campagne de Moskou^ par M. Béné Bourgeois j chirurgien major. Il trace le tableau suivant de l'armée après 1« passage de la Bérékina. <t Au bout » de quelques jours demtarche, l'armée pfirait un aspect » plus hideux que jamais. La saison devenait de plus en

» plus en plus rigoureuse, et on était dénué de tout ce » qui pouvait en rendre les atteintes moins rudes.

» On manquait surtout de chaussures, qui, brâlées » par les neiges , au milieu desquelles on marchait cons- » tamment , furent bientôt entièrement usées. On était » obligé de s'envelopper les pieds de chif]H|i|g , de mor- » ceaut de couvertures de laines , de peaux d'animaux , » qu'on assujettissait avec des liens de paille ou des » ficelles. Mais tous ces moyens , que la nécessité sug- » gérait , étaient bien loin de remplacer les bottes et les » souliers : ils rendaient au contraire la marche très* » lente et très-pénible , et ne garantissaient que faiblf- M ment de Fimpression du froid.

» Le reste de l'accoutrement était parfaitement en rap- » port avec la chaussure; surchargés des guenilles les » plus sales et les plus grotesquement disposées, la » tête couverte des coiffures les plus bizarres , la barbe *» longue et dégoûtante, les cheveux en désordre, les j> yeux caves, les joues décharnées, des figures où se » peignaient toutes les peines physiques et morales qui » nous déchiraient , donnaient à l'armée l'aspect de fan- » tomes effrayans.

» On se trouvait dans un état si déplorable , qu'il est » arrivé souvent que des personnes liées par l'amitié la » plus intime, ont marché, pendant des journées en- » tieres , à côté les unes des autres sans se reconnaître.

» Malgré ce qu'on faisait pour mitiger les effets du >» froid, en s'entourant de tout ce qui pouvait servir dé vê- » temens, peu de monde échappèrent à la congellation , » et chacun en fut frappé dans quelques parties du corps.

Page 1