‹ Histoire de l'expédition de RussieChapitre 179 sur 184 · II · texte numérisé non relu

II

434 NOTES DU LIVRE lY.

» Henrétix ctttt: à qui elle i!i'atteîgnit qae le bout du nez^ » les orfdlles outmë partie rfes doigts. » Ce qaï rendait ses ravages encore plus funestes ^ cVst M ^eti amrant prèi^ des feux on y plongeadt knpru- N demÉtent les pisrties refroidies , qui y ayant perd» leur » sensibilité I n^'étaient plus susceptibles de fé^emir j* l-impression de la chaleur ^i les côttstunait^ Bkn » loin d^ëpronvet le soulagement que fôn techercHârit, M Faction subite du feu donnait lieu à de rive» dOuk'ufs , » et déterminait promptement la gangrène. H La désorganisation et la démoralisation étaient portées M ^ii dernier degré; toute idée de commandement et d*o* « béissance avait disparu ; Il n^ existait entre nous aucune >' différence de rang ni de fortune. Nous ne formions * plus qu'une bande d'hommes abrutis et dégradés^ chez » lesquels il ne restait aucune trace de civilisation; >» étranger l'un à Tautre, chacun ne voyait que soi, et >• s'en occupait exclusivement^

» On était devenu cruel par spéculation : quand un » malheureux , aprèsL avoir lutté long-tems contre toutes » ces calamités ^ tombait enfin accablé sous le poids de >' ses maux , on était sûr qu'il avait usé tous les ressorts »» de la vie, et qu'une fois abattu il ne se relèverait pas. «« Avant qu'il eût rendu les derniers soupirs on le trai- » tait déjà comme un cadavre , et on se jetait sur lui » comme sur une proie , pour lui arracher les misérables >* vclemens qui le couvraient : en peu d'instans il était *» dépouillé , ef on le laissait expirer lentement dans cet M état dé nudité.

» Nous détournions froidement les yeux de cet hor- *» rible spectacle.

» Si ipielquecMiDS de nous développaient ce courage M et celte énergie extraordinaires qui les mettaient an a dessus de tous les malheurs, il y en arait un bien plus » grand nombre qui manquaient des forces morales né* » cessaires pour ne pas s^en laisser accaMer,

» Frappés de Fhorreur de leur position , et effrayés » du sort qui les menaçait , ib perdaient tout espoir d'é* » chapper à tant de maux , et tombaient dfltus un pro-^ » fond accablement.

« Dès rinstant que la mort leur paraissait inévitable » ils ne cessaient d^étre dominés par cette pensée , qui « les absorbait entièrement. Persuadés que tous leurs « efforts ne devaient aboutir qu^à prolonger de quelques » instans leurs souffrances , ils devenaient incapables de » la moindre réaction : Fanéantissement de leurs facultés » morales était tel, qu'ils perdaient jusqu*à la volonté M de se sauver.

» Sourds à toutes les représentations et à toutes les » instances, ils persistaient à se croire hors d'état de » supporter la moindre fatigue, et, refusant obstinément » de continuer leur route, ils se couchaient sur la terre, M abattus et minés par le désespoir , pour y attendre la » fin de leur déplorable existence.

» D'autres, au contraire , doués d'une ame plus forte, » se roidissaient contre les difficultés, et déployaient » une fermeté à toute épreuve ; mais , après avoir lutté » plus ou moins long-tems, ils succombaient enfin, » épuisés et n'ayant plus qu'un souffle de vie.

» Vous voyiez souvent marcher à côté de vous , » comme des spectres , de ces misérables pour lesquels » la station était un travail pénible , et qui s'efforçaient

» de mettre un pied devant Tautre : tout à coup ils se M sentaient défaillir; de profonds soupirs sortaient de » leurs poitrines, leurs yeux se remplissaient de larmes, » leurs jambes fléchissaient sous eux, ib chancelaient 9 pendant quelles instans , et tombaient enfin pour ne M plus se relever.

» Ceux de leurs camarades qui les entouraient détour- » naient leurs regards , et si les corps de ces infortunés ^ » expirans,se trouvaient placés entravers devant eux, il » les enjambaient et passaient froidement par dessus, » sans paraître s'en apercevoir.

» Un très^and nombre d'entre nous étaient dans un M véritable état de démence : plongés dans la stupeur , » Tœil hagard , le regard fixe et hébété , on les recon- •> naissait facilen^ent dans la foule, au milieu de laquelle » ils marchaient comme des automates, et gardant le » plus pr'ofond silence. Quand on les interpellait , on ne >» pouvait en tirer que des réponses sans suite et hors » de propos ; ils avaient entièrement perdu Tusage de M leurs sens , et étaient insensibles à tout Les outrages , » les coups même, dont on les frappait souvent, ne » pouvaient les rappeler à eux-mêmes et les faire sortir » de cet état d'idiotisme. »

Plus loin, M. René Bourgeois décrit les effets des froids extrêmes.

« C'est en arrivant dans cette ville ( Smorgoni ) que » le froid se fit sentir avec une violence inouie , et jus- » qu'alors inconnue. Dans les journées des 6, 7 et 8 » décembre le thermomètre descendit jusqu'à vingt-six M et vingt-sept degrés au dessous de la glace.

I» Ce froid excessif, auquel il était impossible de^ré-

» sister , acheya de nous détraire. Pea de personnes » échappèrent à ses atteintes , et chaque jour il mois^ » sonnait un grand nomhre de victimes; les nuits sur- » tout étaient très-meurtrières : la route et les bivouacs » que nous quittions étaient jonchés de cadavres.

» Pour ne pas succomber il ne fallait rien moins » qu'un exercice continuel qui tint constamment le corps » dans'un état d^efiervescence, et répartît la chaleur nar » turelle dans toutes les parties. Si , abattu par la fatigue, » vous, aviez le malheur de vous abandonner au som- » meil, les forces vitales n'opposant plus qu'une faible >» réaction , l'équilibre s'établissait bientôt entre vous et » les corps environnans, et il fallait» bien peu de tems » pour que, d'après l'acception rigoureuse du langage )» physique , votre sang ne se glaçât dans vos veines.

» Quand, affaissés sous le poids des privations anté- » cédentes , on ne pouvait surmonter le besoin du som- » meil , alors la congellatton faisait de rapides progrès , » s'étendait à tous les liquides, et on passait, sans s'en » apercevoir, de cet engourdissement léthai'gique k la » mort. Heureux ceux dont le réveil était assez prompt » pour prévenir cette extinction totale de la vie ! »

^ Enfin M. René Bourgeois décrit les effets de ce même flélù'sur les soldats de la division Loison.

» Les jeunes soldats qui la composaient, la plupart » Allemands, frappés tout à coup par l'action subite » d'un froid auquel ik n'avaient point encore été expo- » ses, succombèrent bientôt à l'excès des soufiBrances » auxquelles ils étaient livrés.

» Ceux-ci ne périssaient ni d'épuisement ni d'inac- » tion , et le froid seul les frappait de mort. On les voyait

» d'abord chanceler pendant qndques imtans , et mar-r i» cher d^un pas mal affermi comme des hommes dans » rivresse. Il semblait que to«t leur saagiiit refoule vers » la tête, tant ils avaient la figure ronge et gonflée. Bien- » tôt ils finissaient par être entièremwt saisis et par » perdre tontes leurs forces; leurs membres étaient » comme paralysés. Ne pouvant plus soutenir leurs bras» » ils les abandonnaient k leur propre poids et les lais« » saient aller passivement; leurs fusils s'échappaienl; j> alors de leurs mains, leurs jambes fléchissaient sous » eux, et ils tombaient enfin , apr^s s'être épnisés en e^ i> forts impuissans.

» Au moment où ils se sentaient défaillir, des ianne» « mouillaient leurs paupières, et quand ils étaient abat- » tus ils se relevaient à diverses reprises pour regarder » fixement ce qui les environnait : ib paraissaient ayoir » perdu entièrenient le sens , et ils avaient un air étonné y> et hagard; mais l'ensemble de leur physionomie, la » contraction forcée des muscles de la face ofiBnatient des 1* traces non équivoques des cruelles douleurs qu'ils res- » sentaient.

» Les yeux étaient extrêmement rouges, et, ^ès^ou- • » vent , le sang transsudait à travers ks pores , et s'é- » coulait par gouttes au dehors de la membrane qui 1*e^ » couvre le dedans des paupières ( la conjonctive). Ainsi ») l'on peut dire, san^ rien emprunter au langage meta- » phorique , que ces infortimés répanâaîmt des iarmei » de sang. »

(11) Page 365.

« Pour ^d 4r^nsmeilre les mfijupefks iustruç^^fis 4e N^^- » léon. D Lorsque Murât ^rriv^» à Wiln^, ili^t^ki^ ali!A.y».el semblait avoir perdu la faculté de penser , de rai^jOniver et d^agir. Il prêta d^ abord fort peu d^ attention à Maret, qui lui transmettait les ordres de Napoléon , et s'écria pour toute réponse : « Non , je ne me ferai pas prendre dans M ce pot de chambre ! » Au bout d'une demi-heure , il sembla apporter plus d'attention à l'objet si important de la discussion : « Donnez-moi des ordres , lui disait Berthier, je vais les expédier! — Vous savez mieux que mpj, répondait Mur^t, ce qu'il faut.f)aare; dpxmç^ 4es pjrdres vou$-i||ême. — C'est vous qui çoxamâpdez l'arnaée, et ce 9' est pas moi, répliquait fterthi^ ; 4owe;f vos Q.r4re3 et je vai$ les c^é^ier. » Gç$ ^^l^^ts 4éjp]Lorablçis se prolongèrent lonjg-tems ; 'ilLxkv^X ne voulait rieft prdopner , Be^lhier ije Vo,ulait rien prexi^rje ^w* Jtpi- Mftrejt l.es .quitta. Ce ministre revit Mur^t Iç soir; gU€;lquci3 hew*e§ d? x^j^o& ^en^l^emt r;^voir re^i^u ,à Iw-xaên^iç, IJ ppny'mX dç tew* .à WUn;^ autant die tems qu'il seratit pps-r ^iJblç.

(12) Pa«« 366.

«Jgmais étonn^ment ne fut pareil h f.elm des \ahiiam de v^Ue vilie , yw croyaient encore , Zp 6 , à Vexislence (le la fronde qrixièe. >* L'erreur des habitans de Wilna relativement à l'arinée frs^nçaise, la^e fat p§i3 due uniquen?ent aux fausses nouv^les répapdugs j^^r Maret., mais aussi à ce que, jusqu'au 8 décefnbre., on ne fit partir aucun des dépôts de troupes qui y étaient en garnison , on n'évacua

44o NOTES DU LfVRE IV.

aucun des immenses magasins qn^on y avait réonis , ni

même six millions d'argent monnoyé, qui s^ tronvaient.

Ainsi , on sembla jusqu'à cette époque y être dans une

entière sécurité ; la lettre suivante vient à Fappui de ces

assertions.

Le prince de NeufchAtel et de fVagram au lieutenant général comte Hogendorp 9 gowemeur de la Lithuanîe. .

a Miedniki , le 17 décemhre i8ia , à sept heures » du soir.

» Monsieur le général Hogendorp , j e vous préviens que » la garde impériale arrivera demain à Wilna ; sa majesté » désirerait qu'elle pût prendre des cantonnemens dans le » fauboui^ d'Oszmiana ; la cavalerie de la garde arrivera » aussi demaÙQ et prendra des cantonnemens provisoires. » dans les emplacemens qu'elle a déjà occupés. Les corps » du vice-roi et celui du prince d'Eckmulh s'arrêteront » pour la journée de demain à Rukoni. Nous espérons » que vous avez pris des mesures pour qu'on prenne » aux traîneurs et isolés tous leurs cognats ; qu'ils soient » conduits directement dans les couvens ou emplace- » mens que vous aurez choisis , pour les réunir par » corps d'armée. Il faut beaucoup de patrouilles en » ville, afin de n'y souffrir aucun soldat isolé. Nous dé- » sirerions avoir un état des villages qui se trouvent à » deux lieues autour de Wilna, et qui offrent des res- » sources pour y mettre des troupes. Le roi pense que » vous ne perdez pas un instant pour éiîre évacuer nos « malades et tous les embarras de Tadministration. Il faut.

» faire partir les six millions qui sont à Wilna , en di-

» rîger deux sur Varsovie , et quatre sur Kœnigsberg.

» Quant aux hommes démontés des troupes à cheval , il

n faut les réunir dans un même local et les faire partir

» par troupes de cinq cents hommes pour Kowno et

» Varsovie. Le général Bourcier fera connaître le nom-

» bre d^hommes et de quelle arme il faut diriger sur cha-

» cun de ces points. Je vous ai déjà écrit de faire partir

» également toutes les remontes de Wilna pour Kœnigs-

» berg. Beaucoup de soldats vont demander à entrer

» dans les hôpitaux. Il faudrait tâcher de les diriger au

» fur et à mesure sur Kowno. La quantité de cognats et

» de petites charrettes que l'on enlèvera aux soldats en

» entrant en ville , fourniront plus de moyens qu'il n'en

» faut pour évacuer nos malades. Préparez-moi des états

» de situation exacts et détaillés de tout ce qui se trouve

» à Wilna*

« 5i^ ALEXANDRE. »

(i3) Page 3jo.

« Dans cette même soirée Von expédia des ordres aux généraux Schwartzenberg et Macdonald, » Les ordres adressés à ces généraux offrant de l'intérêt , je vais les citer.

Le prince de Neufchâtel et de Wagram au prince de Schofartzenberg.

«c Wilna, le 9 décembre 1813^

» Monsieur le prince de Schwartzenberg , l'armée » est en ce moment à Wilna, mais tout porte à penser

» que sa inajesté va se délerminer à lui faire repasser le >» Niémen pour prendre ses quartiers d^hiver sur ce » fleuve. Ce mouvement exige que yai;iâ manoeuvriez en » conséquence avec notre corps et celui die Bieynier , »* afin de vous mettre en harmonie avec nous dans la » nouvelle iigne que nous prendrons sur la rive gauche » du If Lémen ; ^intention de T empereur aywt été que » votre corps et celui du général Reynier couvrissent le » duché de Varsovie. Sa majesté me charge de vous » n>^der de ^nanoeuvrer sur Bialystock , mais<ia majesté n me charge en m^jpa^ tems d^e vous £pdre çanjOditr^ <pic » votre manivement doit se faire le plus lentement pos- » sible^ à moins d^ être forcé par ceux de Tenn^mi-

M L'armée va se porter sur Kpvt^no , jqu'.^ll^ cpnser- » viera K:omme tête de pont ; c'est sur ce point que voi|;s » devrez npus faire parvenir vos rapport^. l)pnnez-nou^ » de vos nouvelles le plus souvent qu'il vous sera pos-

» sible.

» %/îi? ALEXANDRE. »

Le prince de Neufchâiel et de TVagram au duc de Tarente.

cf Wilna, le 9 décembre i8iau

» Monsieur le duc de Tarente , l'armée est en ce moj> ment à Wilna et environs. L'intention de sa majesté » est donc que vous vous rapprochiez de notre nouvelle » ligne d'opération, «n vous approchant de Tilsit, afin » de couvrir Kœnigsberg et Dantzig. Mais sa majesté » me charge en même tems de vous faire connaître que » vptre mpnvement ,, etc. , etc.

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