LIVRE II
fit donc commenceiv*r évacuation des blessçs. La division Broiissiers.du corps d'Eugène, et la cavalerie légère de ce Corps furent envoyés h Fominskoé ( i5 octobre)* Junot reçut Pordre de brûler, sans qu'on s'en aperçût-, lés fusils qui étaient en dépôt à l'abbaye de Kolotskoi , et de se préparer à faire sauter les caissons de munitions qu'il ne pourrait faire atteler. Il devait aussi retenir toutes les troiypes qui arriveraient de Smcdensk, et se tenir prêt à évacuer Ruza , Mojaïsk et' l'abbaye de Kolotskoi, du 20 au 22 octobre. Baraguay-d'Hilliers reçut l'ordre de partir de Smolensk le^2i , pour se rendre à Jelnia, avec sa division, et y établir des magasins de vivres. Le 1 7 , on distribua , pour la première fois , du cuir, du linge » du pain et de l'eaude-vie (a). Tandis que Napoléon prenait ces dispositions 9 il passait en revue les corps stationnés dans Moskou, et leur distribuait de l'avancement çt des décorations. Ces faveiuis , après quelque repos , indiquaient ordin^^ment que les opérations militaires allaient jpj^rejadre toute leur activité. -Ce conque]4#pt^e:(citait ainsi l'émulation parmi sestrpupes au manant mênie
(a) Cette distribution -étuit tardive, celle du cuir fujrtottt, 4^ il fallait datems pourvu tirer pMFti.
où elles allaient avoir l^occasîon de se distinguer. Il passait une de ces revues, le i8 octobre, lorsqu'il reçut une dépêche de Murât, qui lui apprenait qu'au point du jour, au moment où il s'y attendait le moins, Kutusof venait de l'attaquer avec la totalité de ses forces. La revue cessa à l'instant, et Napoléon donna sur-lechamp l'ordre de départ. L'armée fut bivouaquer^ le soir même, sur la vieille route de Kaluga; elle y occupait plus d'une lieue. Les corps étaient rangés dans l'ordre suivant, qui «tait celui de la marche pour le lendemain : celui d'Eugène, désigné pour faire l'avantgarde, celui de Davout, la vieille garde et celui de Ney, qui marchait à l'arrière-garde. Mortier fut , comme précédemment , chargé de la défense de Moskou. Il ne lui fut laissé que la division Laborde , les cavaliers démontés , et cinq cents chevaux. Napoléon lui ordonna de s'établir dans le Kremlin , d'y réunir pour un mois de vivres , et de travailler avec la plus grande activité à en achever l'armement. Il devait réunir tous les malades à l'hôpital des En- ' fans-Trouvés, et les faire garder, ainsi que les magasins, par de forts détachemens. « De- » main, écrivait Napoléon à Berthier, quand i> l'armée sera partie, il (Mortier) fera faire,
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» par la municipalité (a), une proclamation » pour prévenir les habitans que les bruits d'é- » yacuation sont faux; que l'armée se porte » sur Kaluga , Tula et Bransk , pour s^emparer » de ces points importans et des manufactures » d'armes qui s'y trouvent, engager les habi- » tans à maintenir la police , et empêcher qu'on >y ne vienne achever la ruine de la ville. » Ce fut ainsi, et après être resté trente-quatre }Ours. dans Moskou, que Napoléon quitta cette capitale , cherchant à persuader que son absence ne serait que momentanée ; son départ fut hâté de quelques jours par l'attaque inopinée de Kutusof. *
' La principale cause d'une prolongation de séjour si extraordinaire, fut, ainsi que je l'ai fait connaître, la persuasion qu'Alexandre allait traiter de la paix ; mais sa confiance dans sa fortune et dans son armée , les idées inexactes qu'il s'était formées de la nation russe , un tems magnifique k une époque où il est ordinairement pluvieux, y contribuèrent aussi (ô). Il faut en outre remarquer que, quoique d'une activité
(a) La municipalité cessa d'exercer le jour du départ de rarmëe. Presque tous les membres qui la composaieut suivirent Farmée française.
(h) n n'y eut presque point de pluies à une époque oii il en
sans égale à la guerre, lonigu'il s'ëtait arrêté^ il aimait à attendre les érénemens, prêt à saisir la première occasion favorable. II Itii coûtait d^abandohner Moskou^ sans que la possession de cette capitale, sur laquelle il arait fondé de si grandes espérances , lui eut procuré le moindre avantage ; semblable , sous certains rapports, à ces joueurs qui finissent par se ruiner entièrement en cherchant à regagner ce qu'ils ont perdu {a).
tombe ordinairement assez pour rendre les chemins en quelque sorte impraticables. ^
{a) Je ne parle point de l'espoir que la Suède et Itf Turquie déclareraient la guerre à la Russie quand elles apprendraient rentrée de Tarmée française à Moskou, puisque Napoléon sut dans les premiers jours d'octobre que ces deux puissances s'en tenaient avec la Russie a Texëcution des derniers traites. Il s'était flatté aussi que les Tatars et le» Kosdqu«s se révolte-taraient; c'était peu. connaître Tëtat: auquel oes peuples se trouvent réduits.
L'on m'a assuré que Murât avait mandé à plusieurs reprises à Napoléon que ïes Kc^saqUés qui se trouvstî«nt <^ns Farmé« mtôtt âllaienf abandonner cette armée et se xangfBr sous mes drapeaux. H est difficile de devitier sur quels fondemens re:posait un pareil espoir, car assurément ils né ménageaient point la cavalerie de Murât.
Depuis son départ de Paris jusqu'à son départ de Smolensk^ Napoléon montra cette activité extraordinaire tfeint physique qi^e morale qui lui était habituelle. Mais depuiis son départ de Smolensk jusqu'à son départ de Moskou , îl sembla tout-A-faît changé sbus ce rapport,