‹ Histoire de l'expédition de RussieChapitre 6 sur 184 · LIVRE IL i · texte numérisé non relu

LIVRE IL i

sur leurs derrières. Si Murât ne parvenait point à arrêter le mouvement des deux corps de Bagawout et de Strogonof , sa situation devenait désespérée; il le sentit, et ce courage plus impétueux que réfléchi , qui ne Tabandonnait jamais, le servant mieux que n'aurait pu le faire tous les conseils de la prudence , il se précipite avec les carabiniers sur la tête de la colonne de Bagawout , et la renverse. Le général russe , surpris d'une attaque aussi vigoureuse qu'imprévue , s'arrêta , et engagea un feu d'artillerie. Dès lors Murât. devint maître de ses mouvemens , et put mettre de l'ordre dans sa retraite. Plàtof s'était emparé du défilé; Claparède et Latour-Maubourg l'en chassèrent , et rétablirent la communication. La retraite s'effectua, non sans éprouver de grandes pertes , mais plus heureusement que les commencemens du combat n'auraient pu le faire espérer. Murât perdit beaucoup de bagages, trente-six bouches à feu et une partie de sa cavalerie (a). Cinq des corps d^infanterie de l'armée russe n'avaient point passé la Tchemischna. Kutusof se

{a) On sent quel effet une joumëe aussi pénible, sans prendre de nourriture , dut produire sur des chevaux dé^à épuisés par les privations et les fatigues ; aussi eut-elle , pour ces animaux , des suites très-funestes.

i4 EXPÉDITION DE RUSSIE,

contenta de faire suivre Murât par Platof ; le reste de son armée se réunit sur la rive gauche de la Tchernischna , où elle bivouaqua. Le général russe , loin de mériter des louanges pour le succès qu'il venait d'obtenir, est blâmable d'avoir laissé échapper le corps de Murât. S'il eût dirigé sur Spas-Kuplia, à la suite de Platof, deux des cinq corps d'infanterie , qu'il ne put utiliser , et qui restèrent sur la rive gauche de la Tchernischna, c'en était fait du corps français. Que si seulement Strogonof eût exécuté ce mouvement au lieu de suivre Bagawout, Kutusof pouvait espérer ce même résultat, puisque la force dje chacun des corps d'infanterie de l'armée russe était à peu près égale à la totalité de l'infanterie de Murât.

Avant que de continuer, et pour ne plus interrompre le récit d'opérations qui s'annonçaient sous un aspect si imposant, Je vais faire quelques réflexions sur celles qui les. avaient .précédées (û^)^ J'ai fait voir que Kutusof, au li^u d'attendre Napoléon dans une position dé-

(û) Pour bien apprécier les réflexions que je vais faire, il ne faut point perdre de vue que la prolongation du séjour de Napoléon à Moskou , événement si heureux pour les Russes , ne pouvait même être soupçonnée par Kutusof ^ puisqu'elle était hors dç toutes les probabilités.

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