ÉMIS ES É
les fit tous deux charger de fers et les envoya à Leclere, qui se hâta de les faire condamner à mort par un tribunal de noirs, afin de nourrir de plus en plus la discorde entre eux, par la vue du sang d’un chef puissant. Ainsi mourut Charles Belair, trahi par les siens, et victime de son amitié pour Toussaint. Il aimait la parure, la pompe et les appareils de la guerre. Ses yeux se remplissaient de larmes, au récit des plus beaux exploits, qu'il brülait d'imiter et même de surpasser. Il sauva la vie à beaucoup de personnes, dans une guerre où il était difficile de garder quelque vertu d'humanité. Il était surtout un modèle dans l'amitié, si bien, qu'il dit un jour à Toussaint , qui le -comparait à Labiénus après une journée de combat, qu'il espérait lui garder plus de fidélité que Labiénus n’en avait eu pour César.
Pendant que Dessalines enlevait ainsi ce chef de révolte aux montagnes des Cahos , Leclerc chargea Rochambeau d'arrêter les affreuses dévastations de Lamour de Rance ; mais les
troupes qui coururent sur les pas de ce sau-
vage, ne virent qu’une vaste étendue de flammes qui couvraient sa fuite; et selon les occurrences de la guerre, il s’enfonçait dans des précipices, dont il se faisait des forteresses plus puissantes, que celles élevées par le génie des arts : il ne régna qu'avec plus de sûreté dans les pays qu'il avait changés en désert ; tout ce qu'on put faire, ce fut d’opposer quelque digue à ces ravages , tant du côté de l’ouest, que du côté du sud; il avait dévasté toutes les frontières de ces deux provinces. (1)
En même temps le capitaine de l'expédition, secondé par Christophe et Maurepas, employait tous ses efforts, autant pour apaiser les séditions de l’île de la Tortue, que pour arrêter les progrès de la révolte dans le nord. Mais Sans-Souci était un Africain d’une agilité non moins singulière que Lamour de Rance.
Il couvrait également sa fuite de déserts et de
(1) Mémoires de Lacroix, chap. 18, tom. 2. Précis de l’histoire de l'expédition. Laujon, pag. 119; première