‹ Histoire de l'expédition française en ÉgypteChapitre 18 sur 18 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Marche de Desaii. — ParU à Syène. —Ile d*Éléphaotiiie. — Visites de Denoo. — Prétendu royaume d'Éléphantine. — Antiquités de rile. — Tcmplet do aud et da nord. — Culte dea habitaas dn^épbanlûie. — Mur de <{uai. — Nilomètre.

Il était écrit que l'armée expéditionnaire du Saïd n'aurait pas dans sa longue campagne im seul jour d'inactivité. A peine rendu à Syène ^ le général Desaix donna le signal du départ, et le i4 pluviôse an VII (a février 1799), nos soldats prirent la route de Philœ pour rejeter les Mamlouks au-delà des cataractes. La prise de cent cinquante barques chargées que Mourad- Bey avait fait remonter jusqu'à Ghellàl avec des peines infinies , fut le seul résultat de cette marche sous le tropique ; au moment de s'emparer de Philœ , les moyens de transport manquèrent, et Desaix se vit obligé de remettre le soin de cette expédition au général Belliard

qu'il laissa à 8jèae avec la m* légère. Rassuré sur ce point , Desaix rebroussa chemin et partit pour Esnéh, le 16 pluviôse (4 février).

La marche sur Philœ ayant été ajournée à un court délai y la brave ai* en profita pour s'installer à Syène. Dès le second jour de son étabhssemeat il y avait déjà dans les rues de la ville des tailleurs , des cordonniers y des or* lèvres, des barbiers français avec leurs enseignes. Rien n'est plus propre que le stationnement d'une armée pour offiir le tableau subit d'im grand développement industriel ; là oà l'on ne comptait que des soldats se retrouvent à l'instant des citoyens avec leurs professions diverses : ce n'est plus un camp, c'est une cité où chacun travaille comme il le peut pour la plus grande utilité de tous et pour son bénéfice individuel. Mais un caractère spécial aux. soldats français, c'est qu'au nréme instant où ils s'ingénient pour satisfaire aux besoins vrais, ils n'oublient pas les exigences et les besoins facti* ces de notre ôvilisation. Ainsi l'on vit en peu de jours à 8yène des jardins , des cafés et des jeux publics oi^anisés vaille que vaille. Le soldat avait repris ses allures de vivacité et d'humeur caustique. Des restaurans à prix

fixe avaient été improvisés et leurs «iseignes étaient à la fois ironiques et pompeuses : A ht Renommée des bonnes matelotes. — Salon de deux couverts. --*^ Ici on fait nopces et festins. Dans d'autres on dînait à la carte et l'appétit devait y être excité par la longue litanie des mets succulens et des vins de toute espèce promis aux consommateurs ; les salmis, les blancs-mangers , les truites saumonées , lés bécasses trufiëes, etc., figuraient avec honneur sur l'affiche ; mais les prix manquaient^ ce qui, selon Fusage, voulait dire qu'il n'y en avait point pour le moment. Qmcun de leurs regrets passés était devenu pour eux le sujet d'une moquerie. Au sortir du village, une allée Marbres se dirigeait au nord; les soldats y poisërent une colonne milliaire avec l'inscription : Route de Paris, n"" 1,167,340. Et ces idées boufibnnes et philosophiques leur venaient quatre jours après leur agonie du Désert, après un régime forcé de dattes et de farine !

Le général Belliard et les officiers de la demibrigade logeaient dans la maison du Kachef , bâtie en pierre, avec un étage, des terrasses et des appartemens voûtés. Là , pour la première fois depuis le départ du Kaire, l'état-major eut des

lits, des tables et des bancs ; on put enfin s'asseoir, se déshabiller et se coucher. Denon qui n'avait pas voulu quitter Syène sans voir Philaé était enchanté de ce retour à nos jouissances européennes ; ces habitudes de notre vie ordinaire lui panu*ent alors de la mollesse et de la volupté.

Mais ce n'était pas tout , et des plaisirs d'artiste d'une autre portée attendaient le savant dessinateur. Déjà avant que la conquête eût forcé le rivage de Philœ , il aV^t pris droit d'examen sur l'île d'Éléphantine située au milieu du fleuve et vis-à-vis de Sjène. Cette île était devenue tout à la fois sa maison de campagne , son lieu de délices et d'observations ; il en retourna toutes les pierres et questionna tous les rodiers qui la composent. Quand il désirait s'y rendre, un signe , un appel de lui disaient accourir les barques des Barabrâs habitans actuels d'Éléphantine, et peu de minutes lui suffisaient pour s'installer dans son nouveau domaine. Alors autour du savant se groupaient tous les enfans de l'île qui venaient lui proposer l'achat de fragmens d'antiquités et de cornalines brutes ; et lui , bon et généreux, prenait tout , s'emplissait les poches, au moyen de quelques

menues pièces de monnaie qui faisaient bondir de joie les jeunes brocanteurs. Aussi bientôt Denon fiit-il connu et dboyéde toute l'île* Les Ba-rabràs étaient devenus ses amis ; ils l'inyitaient, lui préparaient à déjeuner dans les temples où il devait venir dessiner; il était là comme le propriétaire bénévole d'un jardin , d'un parc , où tout ce que nous cherchons à imiter dans nos contrées existait en réalité , îlots ^ rochers , désert , champs, prés, bocage, hameau j bois sombres > plantes extraordinaires et variées , fileuve , canaux , moulins , ruines sublimes ; lieu datant plus enchanté que, comme les jardins d'Armide, il était environné des horreurs de la nature , de là Thâ>sade eniSn dont le contraste relevait encore le prix de cette oasis fluviale , de cet Eden au sein des eaux. Biche de sa position et de sa fécondité , Ëléphantine a été surnommée Vile Fleurie ou le Jardin du Tropique. Des mûriers , des acacias, des napécas sont avec le doum et le dattier les arbres que l'on y rencontre le plus fréquemment; les uns servent de haies et de limites aux habitations ; les autres sont répandus en petits bois dans les champs , ou forment une avenue irréguUère du coté du nord^

En examinaiit la configuration de l'île, il est aisé de ypir qu'elle doit son existaiee à des bri-* sans granitiques, autour desquels lès attériseemens du Nil ont formé un sol d'aUuyion. A mesure que le fleuve laissait à découvert un exhausCsement de limon , les Barabrâs l'exploitaient en y semant des légumes jusqu'à ce que ce terrain eût pns assez de consistance pour recevoir la charrue. Ainsi Eléphantine s'est formée peu à peu, et pour entretenir sa fécoi^ dite par des arrosemens intérieurs, ses labo-* tieûx habitans avaient déjà , au temps dé Stra*bon^ établi de nombreuses roues a pots {sagiéh)^ qui puisaient l'eau dans le Nil pour la rejeter dans des rigoles d'irrigation.

Eléphantine était, dans l'antiquité , la clef de l'Egypte. Sous le règne de Psammétichus, dit Hérodote, il y avait garnison dans cette île contre les Éthiopiens , à Daphnœ de Péluse contre les S3rriens et les Arabes., à Marea contre la Libye. Du temps de cet historien, les Perses entretenaient garnison à Éléphanline : d'après Strabon il s'y trouvait une cohorte romaine , et même au temps du Bas-^Empire c'était encore une station miUtoire. En remontant plus haut^ ste importance d^^ent plus douteuse ; oar la

tradition parle d'un royaume d'Éléfrfiantine , qui aurait eu une existence en dehors de la monarclne égyptienne.

Au premier coup-d'œil jeté aujourd'hui sur cette île , il est facile de voir que ce royaume , s'il a existé, ne pouvait être drconscrit dans une aussi étroite enceinte. Comment admettre en effet qu'un État, si petit qu'il soit, n'ait que quatorze cents mètres de long sur quatre cents mètres de large? Serait-il resté indépendant durant neuf générations de rois, comme le dit Jules Africain , ou trente-une, d'après Eusèbe? La supposition est absurde; et, si ce royaume a existé , l'île d'Éléphantine aurait seulCTEient été sa capitale, et aurait donné son nom à tout le territoire qui en dép^idait , comme on a dit le royaume de Paris , le royaume de Soissons, le royaume d'Arles, etc.

Deux explications , mais purement conjecturales et sans aucun fondement , ont été présentées.

L'une , qui paraît plus simple et plus naturelle, est celle donnée par M. de Paw, qui prétend qu'une maison royale originaire d'Éléphantine a occupé pendant une série d'années le trône de l'JÉ^ypte , et que de

là est Tenu ce nom de Dynastie dPÉUphantine.

L'autre explication^appuyée en apparence sur la géographie du pays, découle des recherches de M. Jomard , qui a pensé que les noms de Philœ et d'Eléphantine avaient une racine comrmune. «Les Grecs, dit-il, n'ont fait qu'ajouter » une terminaison au nom antique Fil^ qui » veut dire éléphant dans les anciennes langues y> orientales, et qui se traduisait en grec par » è^aç ( elephas ). Si l'on considère qu'au- » dessus de Syène le Nil coule entre des mon- 3>tagnes escarpées; que son cours est semé D d'îles nombreuses; que le fleuve dépose dans y> ces îles plutôt que sur ses bords le limon » v^étal , ce qui donne à toutes ces îles une » existence semblable et commune; qu'enlSn y> le nom d^Eléphantine n'est autre chose que y> celui de Philœ traduit en grec , et que celui » de Philœ (<ptVal) est le nom antique d'Élé- » phantine avecune finale grecque ; on peut » conjecturer que jadis toutes ces îles, répan- » ducs dans le fleuve au-dessus et au-dessous y> de la dernière cataracte , portaient le nom » commun de FiL J'ajouterai une remarque y> décisive; c'est que la finale qu'on a jointe au

7> mot Fil est le signe de la pluralité, d Après avoir étayé son opinion sur des passages d'Hérodote, de Strabon^ d'Édeime deByzance et de Ptolémée , desquels il tire l'induction que les mots de Philœ et d'Ëléphantine sont des déri<vations du mot générique Fil^ puisqu'indistinctement les anciens prenaient Éléphantine poor Philae, Philae pour Éléphantine, M* Jomard conclut ainsi : « Maintenant, si l'on admet )) cette application du nom d'Ëléphantine à » toutes les îles qui occupaient le cours du D fleuve depuis Syène jusqu'aunt limites de Df 'l'Ethiopie, on concevra que ces îles ont pu n faire un petit gouvernement à part; les au- 3i> teurs l'auront décoré du nom pompeux de D royaume , et ce gouvernement étant herédi- » taire a pu donner lieu à ce qu'on a ndmmé, -» dans la suite , la Dynastie d^Eléphantine. xi

Nous avons rapporté sans commentaires l'une etl^autre de ces explications, hypothétiques toutes deux , mais nous ne pouvons nous disp^iser d'offiîr sur la seconde les observations suivantes.

1*". Sans contester que les andens auteurs aient pu con£3ndre ensetnble les Ues d'£lé^ phantine et de Philœ , toute l'hypothèse de la

dérvralion commune de leurs noms repose sur un fidt incontestablement erroné, c^est*à-dire sur Fassertion que le mot fil signifie éléphant dans toutes les langues orientales et par induction dans l'ancienne langue égyptienne.

Or le mot fil n'a cette sigpifioation qu'en arabe , idiome auquel il est étranger, y étant passé du mot pyl des Persans qui Font aussi donné aux Ghaldéens et aux Syriens leurs Toi^ sîns , sous la forme ffld et fflÂf mais ce mot d'origine indienne ne se retrouve ni dans l'hébreu , ni dans le samaritain , ni dans le copkte OB égyptien , ni dans l'éthiopien surtout , dont les anciennes relations ont dû être si immédiattés avec l'Egypte ; ainsi, pour que les anciens Égyptiens eussent donné à l'île de Philne son nom, d'après le mot fil (éléphant), il faudrait supposer que les anciens Egyptiens parlaient arabe , ce que personne n'oserait prétendre.

90* Le nom ancien de l'île de Pkilœ et son étymologie sont parfaitement connus. Tous les manuscrits cophtes et les auteurs arabes qui ont décrit l'Egypte , lui donnent le nom de iilaq ou bi-lakh , mal transcrit par les Grecs en phiiai : or, pij biouphi était l'article égyptien; lakh est un mot bien connu de la langue égyp-

tienne qui n'a jamais d'autre sens que celui de frontière^ extrémité. Ainsi le nom de l'île de Philœ indiquait seulement qu'elle était l'extrême frontière de l'Egypte, et le titre que lui donne Tacite, claustrum romani imperii , n'est que la traduction de son vrai nom égyptien.

Quoi qu'il en soit de ce prétendu royaume^ l'œil européisn aurait eu peine à le reconnaître dans le hameau qui a succédé àla ville andenne. Ce hameau occupe le pied d'une élévation formée par le rocher de granit et par les décc^nbres des anciennes habitations; il est peuplé de Barabrâs et de Nubiens. On trouve au nord un village plus considérable occupé également par les Barabrâs. Ces villages n'ont pomt de nom particulier , et l'île même n'est plus désignée que par celui de Syène qui est en fiice ; on l'appelle Geziret-jissouan ou Pile de Sjrène.

Une vaste butte de décombres marque la place de la ville primitive : située sur un plateau de roc, Eléphantine dominait les deux rives du fleuve , et de Syène on la voyait se détacher en brun sur le rideau de la chaîne libyque.

Ce qui frappe d'abord quand on parcourt cette butte , ce sont deux grands massif placés

sur la sommité de l'éminence, restes d'une porte dé granit couverte de sculptures égyptiennes* En allant au fleuve et vers la pointe sud de l'ile , on trouve un grand nombre de sarcophages taillés dans le roc, qui semblent attester que l'île d'Éléphantme a servi aux Égyptiens pour l'exploitation du granit.

En descendant du plateau , à mi-côte de la colline des débris, apparaît un temple peu élevé, composé d'une salle et'^d'une galerie qui sont dans un état parfait de conservation; on l'a appelé Temple du Sud. Au premier aspect on le croirait enfoui , tant il y a autour de lui de décombres ; mais peu à peu il se dégage de tout cet entourage qui obstrue sa perspective, et se dessine plus nettement avec ses proportions simples, mais élégantes et harmonieuses.

Le p^e Sicard, Norden et Pococke ont parlé tous les trois de ce temple qu'ils dédient à Gnuphis; ils citent même des inscriptions gravées, d'après eux, sur les parois des murailles; mais rien, dans les recherches plus modernes, n'a confirmé leur existence. Autour du temple on trouve des blocs de granit qui pa«« raissent appartenir à un édifice de pareille matière , et parmi ces blocs figure une statue mono->

lithe en granit, d^uh travail iiàfomsB, mais haute de huit pieds et deiùi : elle est assise, les bras opoisés , tenant une crosse à droite et un fléau à gauche.

La longueur du tmnple , sans Feseatier estérieur, est de douze mètres environ, sa laideur de neuf mètres, et sa hauteur de six mètres et denn. Ces dimensions font du temple d'Éléphantine un des moins grands qui soient en Egypte. Peu encombré à l'intérieur, cetédificeestpres^ queintaiCt dans toutes ses partiras : les angles des murs sont entiers, les sculptures peu endommagées ^ et cependant, au ton bruni de la pierre, à. la teÎDte sombre des parœs , on recomiait aicément que le temple eet d^ la plus haute antiquité. S^ date reculée semble ressortir encore d'un rapprochement arec une construction p^ moderne et qui a été yisibl^ent, ajoutée au temple. Quoi que l'architecte ait pu feire pour mettre cette portion du monum^it en harmonie avec sa portiop prânitive , il est saillant à l'œil que ce n'est pas là du style égyptien; et peu à peu, à l'absence des sculptures hiéroglyphiques, à la taille des pierres, à là petitesse des assises, à la couleur des murailles, on reamnaît, dans cette pièce adap-

tée au temple, l'ouvrage probable des Romains»

Pris dans son oeisemble, ee petit édifiœ est un chef-d'œuvre de pureté et de simplicité. C'est là le type qui a inspiré les premiers temples grecs. Quoique plusieurs monumens de PÉ^ gypte participent du même caractère, cehii d'Élépbantine a néanmoins une physionomie originale qui le tient en dehors des autres : sa disposition, composée delignes simplesetnettes, est à la fois pleine de goût et de logique architecturale ^ sa galerie a des piliers carrés sur les deux côtés longs, et des colonnes sur les deux autres; lès deux parties latérales ont sept piliers chacune; les deux âtoades anltérieure et postérieure comptent sept piliers aux angles et deux colonnes au miheu ; Pentreo-coloime* m«at des &çades est plus large que celui des cotés. Ainsi la distanœ dei piliers et cdle des colonnes sont égales à plus de trois fois leur largeur, ce qui donne plus d'air et de légèreté à la galerie, si basse d'ailleurs pour le diamètre de ses colonnes.

La décoration du temple a la même eimpU-* cité , la même unité que les lignes du plan et de l'élévation ; la corniche ordincâre en gorge et

le tore ou cordon régnent tout autour ; au-dessous l'architrave est ornée d'une fiise d'hiéroglyphes sur les deux &çades. Au centre de cette frise est un globe ailé entouré de serpens. Les hiéroglyphes se répètent symétriquement àr droite et à gauche du disque ailé et sont tournés vers lui; il en est de même des inscriptions hiéroglyphiques du stylobate : cette disposition, qui a été remsûrquée dans beaucoup de fiises, donne lieu de ccmclure que les caract^es hiéroglyphiques pouvaient s'écrire et se lire indistinctraa^it de gauche à droite et de droite à gauche.

Deux figures debout et plusieurs colonnes d'hiéix>glyphes décorent les piliers : leur sommet est orné d'un vautour avec les ailes déployées. Les colonnes qui ornent le monument sont coniques à partir de leur tiers inférieur, et enveloppées de huit tiges demi-<drculaires, liées au sommet par cinq bandes étroites. Le bas de la colonne , engagé à moitié dans le stylobate qui vient profiler dans l'axe, est orné de feuilles aiguës et alongées, semblables aux folioles du calice du lotus azuré. La base est trèssimple de profil , peu élevée , fort large et incUnée en dessus. Enfin le chapiteau, renflé par

le bas et divisé en huit côtes commëe i^t , représente assez bien pour le galbe uibouton de lotus qui serait tronqué.

Quant aux sculptures hiérogly^ques qui couvrent les parois extérieures elintérieures du temple d'Élépfaantine , elles soc en général d'un ciseau soigné et d'un relieltrès-doux. Dans toutes ces allégories incrustes , on remarque principalement une figure dète de bélier, qui rappelle Jupiter-Ammon, elsis coilOTée de plumes , apposant Ipurs mains sr un jeune homme qui semble représenter Hois ou Harpocrate. Ce personnage à tête de Uier se reproduit dans tous les coins du temle , et parait être le dieu auquel il était casacré. Le tableau dans lequel il ressort h mieux est celui qui ofire une espèce de bame symbo* lique y tableau de vingt pieds de Ing , et qui occupe tout entière une des faces ujérieures du temple. Cette barque symbolique posée sur un autel , est montée par un honu3 richement vêtu qui fait au dieu une of&ande le fi^uits , de coquillages, de fleurs, de gâteau!, etc. Derrière lui parait une figure de feime revêtue d'une robe longue et transparent, et portant un voile qui descend sur sesépauls. Cette der-

nière figiire, rare dans les édifices sacrés, a dwiièreelle une légende sacramcffitelle qui semble été Fapanage exclusif des prêtres ^[jptiens fX que l'on a surnommée , à cause de cela , légïïkie sacerdotale. On pourrait en conclure qie les temples de ^ancienne Egypte avaient ausi leurs prétresses; ee qui d'ailleurs se trouve cmstaté par l'inscription relevée sur la pierre A Rosette.

A Faute extrémité de l'île d'ÉIéphaittine , se montre in second édifice qu^on a appelé le Teniple duNorcL Bâti de grès, comme celui que nous venois de décrire , semblable à lui pour le style da colonnes et des décorations intérieures , ilae trouve néanmoins plus ndné , et Comme enerré sous des fabriques plus modernes au ailieu desquelles il se dessinq pittoresquemen.

Ce n'est ^as un fait sans gravité que de voir dans la niéne ile deux monumens semblables et de proportions exiguë^, tandis qu'on trouve constamment ailleurs un petit temple à côté d'un grand L'inspection des lieux pourrait faire croire^que d'autres temples ont existé sur l'îlç d'Éléphantine , et ces pylônes , ces débris de granit qu'on y retrouve , le ténôignage

d' Aristide lé rhéteur, qui parle des olélisques d'Eléphantîne , obélisques dont om ne v^oit plus les traods, tout ferait croire que cette île a été autrefois semée d'édifices plus grandioses. Où trouver maintenant le grand temple de Cneph ou Cnuphisy si célèbre dah» l'antiquité? Lequel des deux existant aujourd'hui auÉ*ait été voué à oe dieu? C'est ce qu'on ne saurait préciser.

D'aprèsEusèbe, qui rapporte la version la plus cif con^taAdée %nt le culte des hafaitaBs d'Élé^ phantâiië , ce on y révérait ime figure de forme » humaitie ; elle était assise , peinte d'une cou^ » leur bleue ; sa tète était celle d'un béKer, «t "b pour signe distinct elle portait des oorne^ )D> de bouc surmontées d'un cercle en forme de » diâque. d

C'est bien là en effet la figure que tiou» Venons de voir dans les temples d'Éléphantitie \ c^est le Jupiter^Ammon que l'on adorait ausâ à Thëbes ; le Cneph , qui selon les étymologi£stes^ signifie bqn Génie , et qui désignait chez le^ Égyptîeiks l'esprit étemel et infini qui remplit et anime IHmivei? , c'était un surnom d'Osirift à tète de bélier, ou autr^ùoent d'Ammon. Bien pluSySUJLvaiit Efusèbe:, la figini»du serpent ou

bon Génie que l'on adorait à la fois à TIràbes et à Éléf hantine , était elle-même le symbole de Cneph; de telle sorte que Jupiter-Aimnon , Osiris , homme à tête de bélier, serpent , bon génie, étaieni une seule divinité revêtant tour à tour des emblèmes divers.

Avant de quitter Éléphantine , il nous reste à parler d'un travail moins brillant mais plus utile, auquel l'île a sans doute été redevable, en des siècles antiques, de sa conservation et de son agrandissement. Partout où le roc ne la défendait pas contre les remous du fleuve et la farce du courant , un quai avait été bâti, espèce de mur de revêtement en grès qui s'appuyait sur tous les quartiers de granit semés le long des abords de l'île. Cet ouvrage paraît dater des temps les plus reculés , et sa destination elle-même le prouve, car sans cette arme défensive , Éléphantine aurait subi le sort de tous les îlots que le Nil forme et renverse. Mais il est à croire que le mur de revêtement primitif a été réparé à diverses époques , et le quai tel qu'on le retrouve aujourd'hui doit être le résultat collectif de travaux, égyptiens, grecs , romains et arabes.

. Toutefois parmi ces portions de ^ai ap-

puyées de part et d'autre sur le roc , et dans la partie où le Nil est le plus profond j il en est qui , par une combinaison assez curieuse , présentent une forme concave du côté du fleuve , et convexe du côté de l'île. Il en résulterait qu'on les a exécutées ainsi comme des espèces de voûtes destinées à résister à la poussée horizontale des terres. Ce prindpe de construction , usité dans la seule Egypte , se trouve justifié par une durée de plusieurs siècles, circonstance d'autant plus inouie que la crue et la baisse périodiques du fleuve faisaientpasser ces murailles sous-fluviales par une alternative de sécheresse et d'humidité.

Dans une portion de ce quai, existe derrière le mur un escalier adossé , composé de cinquante marches environ , qui descend vers le Nil; et à son extrémité inférieure se trouve une porte, visible seulement dans les basses eaux. Au sommet , l'escalier tournant à angle droit vioit aboutir dans l'intérieur de la ville ancienne. Sur la paroi de l'escalier qui regarde le Nil, sont tracées des échelles graduées en coudées et en subdivisions qui servaient à mesurer les crues du fleuve. Ces échelles, jus^ qu'à la vingt-quatrième coudée, sont accompa-

gnées de caractères numériques grecs et de chifires égyptiens mal conservés. Deux inscriptions grecques , l'une du temps de Septime Sévère , l'autre d'un Antonin , sont tracées audessus de la deitiière division et constatent des inondations extraordinaires de ces époques. Cette construction, dont cfti doit la découverte à M. Girard ^ , ingénieur en chef, a été reconnue par lui pour le célèbre nilomètre de Sy^ie dont nous parlent Strabon, Héliodore et d'autres géographes anciens; monument qui, au lieu de se trouver sur le continent, a sa place dans l'île d'Éléphantine , ainsi que le dit expressément Strabon.

Plus loin se trouve un autre mur moins élevé sur lequel, dans un bas-relief encastré, est figuré un vieillard couché , appuyé sur le coude, à peu près dans la même attitude que la statue antique connue sous le nom de Nil^ et doQt on voit une copie au jardin des Tuilerie$ à V&i\%^ C'est là visiblement une sculptture romiân^e^ piais on ne saurait rien conclure cb

* Maintenant membre de Tlnstilut, Académie des Sciences. C'est dèi échelles dé ce niïoiïièfre que M. Girard a déduit Téfalou eiact de r^iipieiiDe coudée ég3rptieiuie.

là sur Fancienneté de la muraille , car il serait fort possible que l'on eût après coup enleyé quelques pierres du parement pour y placer cette figure dans un but de décoration.

Toutefois cet ornement romain, laissé sur un îlot aux limites de l'empire , indique qu'Éléphantine était , à cette époque , non pas seulement un station militaire peuplée de quelques cohortes, mais une colonie florissante trouvant danâ ses richesses industrielles de quoi subvenir aux jouissances d'art. Des bains , des lampes antiques, des ustensiles précieux en bronze, que l'on y trouve journellement , constatent mieux encore cette ère de luxe et d'opulence. Avant que le cap méridional de l'Afrique fut doublé , la position d'Éléphantine sur la frontière éthiopique faisait de cette île le comptoir le plus avancé des peuples occidentaux. De là ils touchaient au cœur de l'Afrique par le Sennâr, à l'Asie par le détroit de fiab-el-Mandel, et sur ce point comme en un centre unique venait aboutii' le rayon commercial des trois mondes connus.

FIN DU SECOND VOLUME DE l'expédition.

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