CHAPITRE XII
Bivouac à Erment. — Antiquités d'Hermonthis. -— 'Ancien 7*«phium, — Arrivée à EsBek. «-« Marche sur Syène. •— Souffrances de Fannée; — Aimée è^jéoe. — Ville (f E^h. — ABtiqiiil6k — Position de Sjène. — Ei]ivircui& — Roches .granitiques. ^- Monnioens de Syène. — Cataractes. — Barabrâs.
La mafrdie de l'amée aa travers de la vallée tkâMÔiie avait été si rapide qu'elle put le soir même du 7 pkmdse (a6 janvier) ëtabKr son bivouac à deux Kettes plus loin sur les ruines d^Hermcmtliis.
A cette ville avait succédé le village d'Er^ ment , ^tué dans une grande plaine à six cents mètres de la rive orientale du Nil. Un minaret élevé en forme de tour signalait de loin ce bourg arabe.
Phis au nord gisaient les décombres d^un temple égyptien , seul édifice debout qui mar^ que la place de la ville ancienne. L'armée campa autour de son enceinte, à Kafr-Erment^ et le quartier -général s'installa pour la nuit dans l'intérieur du monument. Qu'on juge des
transports de Denon quand il se vit logé dans l'édifice séculaire ! Il ne lui restait qu'un instant de jour pour le reproduire : néanmoins le génie suppléa au temps et l'œuvre de. l'artiste fut accomplie.
La population d'Erment était encore à l'époque de l'expédition composée en partie de chrétiens, et l'on y faisait voir le prétendu tombeau de Mdry-Gergis ou saint George ; mais la partie mahométane des habitans nourrissait contre les Cophtes et leur culte U2ie haine de tradition que ceux-ci leuir rendaient avec usure. Quand les Français arrivèrent , les Cophtes s'imaginèrent que cette armée de co-religionnaires ne pouvait faire moins que de les délivrer des Musulmans, ce Quand donc tuèrez-vous ces » misérables? )> disaient-ils aux officiers. Le seul point sur lequel les deux partis se montraient d'accord, c'était sur la vente des antiques et des médailles qu'ils tiraient des décombres, et l'esprit de secte était en cela vaincu par l'amour de l'argent.
La ville d'Hermonthis dans l'ancienne Egypte était le chef-lieu d'un nome distinct de celui de Thèbes, malgré la proximité de la capitale* Pline et Ptolémée font mention de ce noDOke.
Strabon place la ville immédiatement après Thèbes, et dit qu'on y adorait Apollon et Jupiter. Soûs les Empereurs on y a frappé des médailles comme dans les autres métropoles , té* moin une médaille de l'an 1 526 de J .-C. , portant le nom de cette préfecture avec la marque de l'an XI du règne d'Adrien : long- temps une légion romaine stationna dans ce lieu. Plus tard Hermonthis conserva assez d'importance pour être ville épiscopale aux. temps du Christianisme. Une église ornée de colonnes granitiques et dont nous parlerons tout à l'heure vient à l'appui de ce fait.
Le temple d'Hermonthis a quelque chose qui le distingue de ceux de ta Thébaïde. Isolé sur un monticule, il ne dissimule rien à l'œil de sa hauteur et rappelle au voyageur européen des proportions d'architecture qui lui sont familières. Ce temple se compose d'un massif en grès et d'une colonnade extérieure ; le massif est très-bien conservé, mais il ne reste dans tous les péristyles extérieurs que quelques mts intacts; les autres sont rasés ; leurs architraves, leurs corniches et le plafond même qui surplombait la galerie gisent pêle-mêle sur le sol.
Toutefois il ne faut pas attaibuer aux rava-
gf» du temps , si à un ordre architecUiral -viàioaKj l'état de ruine dans le^piel se troure aujourdIuH le temple d'Hermontliis. La destruction a été fisûie de mamd^ommes ; tout ce qn'tb ùot respecté est encore d'une solidité parâôte.
La disposition de ce mmiument méiîte d'être étudiée parce qu'elle offi^ un exemple éomplet de ce }pn était propre aux petits temples. Gduici est yisiblement un Typhonium consistant en deut ou trois salles; ses ccdiNUies antérieures sont sumKmtées d'un dé élevé qui devait recevoir sur chaque fice l'image de Typhon en re* lief. Un détail remarquable de cette ordonnance y c'est le triple ordre de coloimes que l'on ne retrouve dans aucun autre édifice. Celui de la galerie est le plus peitit, celui du dehors est le plus grand ^ Celui de l'encrinlie intermédiaire moyen entre les deux aufoies. La galerie était composée de lËx-buit eolonses ; l^^nc^tie moye&ne en avait quatorse; la par^ tie topérieure six«
Trois salles finment Tinténeur du tem^ y leur hauteur est de Sept mètres environ. Dans l'une d'elles est 'im escalier étroit qui sert' a lAonter sur bt terrasse ; «t au fimd de la étoîsièBM qui peut passer pour le ^cenctampe se
trouve la seule fiméCre iqui dmme 'du jour à riidbérieùr de l'édifice.
Sur toutes les pÀrots de oes selles sont scu^ tés des tableaux allégoriques , emblèmes du culte qu'on célébrait dans le temple* G'étaieuit Isis allaitant sou fils Harpocrate , et reoeyaut des sistres ou autres offirandes ; Osuîs à tète d'éperyier ; Isis à tête de lion , et Horus avec des cornes de bélier. D'atitres tableaux meC^ teul ces diriiiités en action; ici quatre femmes allaitent chacune Un nourrisson : à côté d'elles est une génidse ayant un enfent placé entre ses comm ; et plus loin Harpocrate, qui ri^arde le groupe , se trouTe assis lui*mème sur une âeur de lotus; là ce méoie Dieu est porté comme en triomphe par douze perednnages : Fcsirade est recouverte d'une draperie richement brodée de feuilles de la plante sacrée* Plus ixÀn est une figore de gûrafiBb , animal dont le seul temple d'Hermotidais, dans toute l'E^ gypte, reproduit Fâmage ; et près de là un bon à Uâ,e d'^eririer assis sur un autel et ooifié des aittributs de la puissance , tandis que Typhon se tient derrière lui dans une attitude lascive* Mais le tableau le plus précieux de tout le temple est celui qui occupe le plafond du sanc*
tuaire et dans lequel figurent un taureau et un scorpion qui semblent résumer la pensée emblématique de cette sculpture. Le savant M. Fourrier lui a consacré un profond m^oire dans lequel il démontre que c'est là le prototype du Zodiaque céleste, emprunté par nous aux Egyptiens. Ces deux signes, le taureau et le scorpion, placés en évidence, sont précisément des constellations diamétralement opposées ; c'està-dire que si le taureau répond à un des équinoxes, le scorpion répond nécessairement à l'autre. Cette concordance si précieuse est d'une grande importance pour la science et pour l'histoire astronomique.
L'allaitement et la naissance d'Horus se retrouvent encore sur les murs du sanctuaire.
On pense qu'Isis était chez les £g3rptie]is l'emblème de la terre féconde, Qsiris celui du Nil , et Horus ou Harpocrate celui des productions terrestres , fruits de l'union d'Isis avec Osiris. L'accouchement d'Isis figuré sur le fond du sanctuaire serait donc le symbole de l'appariticm des plantes sortant de la terre que le Nil a fer^ tilisée , phénomène qui a lieu vers le solstice d'hiver.
Ainsi tous ces tableaux formeraient une allé -^
gorie constante aux sciences astronomiques et agriculturales ; les quatre époques qui sont devenues nos solstices et nos équinoxes, y étaient figurées par des sculptures emblématiques dont le sens vrai échappaitauxintelligences vulgaires.
Au midi du temple se trouve un bassin antique revêtu en pierres, dans lequel on descend par des escaliers situés aux quatre angles. Ge bassin long de quatre-vingt-treize pieds sur quatre-vingts de large a été pris par quelques savans pour im nilomètre qu'on dit avoir existé jadis à Hermontbis. L'état actuel des lieux a semblé à d'autres rendre cette destination peu croyable. S'il faut en croire le rapport d' Aristide-le-Rhéteur, le Nil croissait de trente coudées à Hermontbis, et on objecte qu'aujourd'hui le bassin n'ayant guère plus de dix pieds de profondeur calculée de toute la hauteur de ses bords, il se serait donc encombré d'au moins vingt-trois, ce qui d'ailleurs ne présente aucune impossibilité. Quoi qu'il en soit, le bassin est presqu'à sec de nos jours : seulement au milieu séjourne une flaque d'eau assez pro- .. fonde qui sert de lavoir aux femmes d'£rment et d'abreuvoir à leurs bestiaux.
C'est à droite de la route qui conduit du
JS.
viUa^e au temple, que $e trouve i'^tise cophte àaat nous avons déjà eu FoccasioD de parler. A ses distributions ciràilaires et à ses voûtes on reconnaît aisément qu'elle n'est psts de maiit égyptienne. On a pourtant employé pour la bâtir des matériaux antiques. Des jpierre$ couvertes de figures liiérogljphiques ont été taillées de toutes les &çons , et ces figures s'y retrouvent coupées en tous sens.
he plan de l'édifice est simple et beau; il est fimné d'une cour avec deux longues galeries dé chaque oâté, à deux rangs de oolcmnes, et à diaque extrémité de plusieurs pièces représentant complètemietit des chapelles chnétien- »e8. Les colonnes sont en pur granit de Syène, «t kur coupe qui semble dénoter un travail moderne esi un fait digne d'attention. Doit-oii crcnre que les dsrétiens cophtes ou même les Grecs du Bas-Empire aient eu la volonié et le pouvoir de &ire tailler cinquante fiuits d'une si heiie exécution? ou bi^h n'est41 pas pku pro«baUe que ces colonnes et ces pilastres ont été empruntés à quelque monument ^^ec db l'ère des Ptolémées ? En Fabsence de certitude, l'appréciation savante dok adopter la plus ration- Belle des profaabiHÉlés.
En faoe d^Enaexki et sur la riy« ariJùque se trouve situé le village de Toud quto Daaviile |>résume être l'ancienne Tuphium dePtolémélB. Les ruines de la ville égyptienne sont tellement enfouies que les huttes de terre des nouveaux habitans en masquent la vue. Il reste cependant des vestiges d'un t^oiple orné de bas-*r6liefs et de caractères hiéroglyj^iques.
JLe 8 pluviôse (27 janvier) au matin ^ l'armée quitta son bivouac de Kafr-Érment , et côtoya le Nil en se dirigeant vers le Sud. Sa première lialte eut lieu au pied du mont nommé Gebe-leyn ou les deuxmontagpies. Le fleuve se trouve là encaissé entre les deux chaînes libyque ^t arabique ; pressé entre ces deux obstacles \ il s'est fait jour au travers de celui qui lui ofïrait le moins de résistance , iBt a miné le plateau occidental. Cette limite naturelle servait a marquer une subdivisicm de l'Egypte. Les beys rebdles réfugiés .d^ns le haut Saïd y trouvaient une barrière contre les dominateurs du £.aire. Par ufie concession tacite , ils pouvaient gou* vemer , lever des tributs dans cette portion «du royaume égyptien 9 mais Gebeleyn était pour eux une ligne qu'ils ne pouvaient franchir sans être mis hors la loi.
La politique française ne touIuI pas même laisser ce dernier asile aux bandes fiigitives de Mourad. Le 9 pluTiôse (a8 janvier), elle entra à Esnéh que le bey avait quitté la veille après avoir brûlé ses tentes et ses gros bagages. L'intention visible du chef mamlouk était de quitter l'Egypte et de s'enfoncer dans la Nubie, Sur de pareils indices , Desaix aurait bien pu accorder quelque repps à ses troupes dans une ville abondamment pourvue ; mais plein de son idée fixe , il fit à peine une halte de quelques heures , et ne laissant à Esnéh que la brigade Friant pour contenir le pays , il se remit en route le 10 (29) avec le reste de la division.
Dans cette course rapide vers la frontière nubienne, le temps manqua pour les recherches scientifiques. Dès la première journée, il fallut traverser, comme au pas de course, Hiéraconpolis étalant ses débris de fôts et de chapiteaux sur une butte de décombres maintenant nommée Koum-él-ahmar (le monticule rouge), Edfouou Apoïlinopolis magna (la grande ville d'Apollon ) , si riche de merveilles architecturales ; et aller le soir camper sur les rives du Nil dans un village abandonné appelé Karm, où l'on bivouaqua du 11 au iapluviose(3o au 3i janvier.)
Les étapes suivantes soumirent le corps dir risionnaire à de rudes épreuves. Au-delà d'Ed^ fou le pays se resserre et il y a à peine un quart de lieue entre le Désert et le fleuve ; mais plu^ loin les sables libyques se prolongent jusqu'à la rive. Dans ce rayon point de village, partant point de ressources. Four prendre au plus court, on marqua la i^oute au travers d'une montagne composée d'ardoise pourrie, degrés,. de quartz blanc et rose, de cailloux bruns avec quelques cornalines blanches. Après cinq heu-^ res de marche sur ce terrain , les souliers des soldats étaient déchirés, et pour se g[arantir les pieds ils les entouraient de morceaux de linge pris dans leurs havresacs. Far surcroît d'aur, goisses.une soif ardente dévorait l'armée ^ on ne pouvait trouver de l'eau que dans le Nil et l'on s'en était éloigné d'une lieue. Le besoin, fut plus fort que la fatigue ; on arriva sur Ijçs bords du fleuve, où les soldats eurent au moios de Peau pour leurs gosiers enflanunés. Ce n'était pas tout pourtant ; un autre besoin se faisait sentir non moins impérieux, et.l'on.n'ayait riçn pour le satis&ire. Le peu de provisions qui. esr cortaient l'armée était resté en. arrière ; car les chevaux, les chameaux, mouraient aussi de
faim. A cette nouvelle qui circula dans les rangs , on n'entendit pas un seul murmure r un silence morne, un désespoir concentré parlèrent plus exjMressirement. Toute£3is cet abattement dura peu ; quelques chameaux arrîrè^ rent avec une petite charge de beurre et quelques sacs de hrme. On dressa l'inventaire de ces i*essources et l'on trouva de quoi faire une distribution à chaque soldat d'une poignée de &rine. A la vue de ce mets singuKer , un laus^ tic de régiment proposa d'en faire des beignets. L^dée Ait accueillie par acclamation; on courut au beurre y on abattit un arbre qui donna du fen y et cette distraction rasséréna les visages de l'armée. Il fallut pourtant se remettre ai route avec quelques onces d'aHmens dans le corps, et non-seulement marcher , mais soutenir , en les conduisant par la bride , les dhevaux qui n^avaient pas pris part à ce maigre repas. Enfin la nécessité donnant des fi>roes, on Irandiit ce prenuer désert.
Les approches du village de FdreSy presrqu'en feee de GebelSelséleh (la montagne de la chaîne), qui domine la rive mentale du Nil, offiirent quelques langues de terre cuUnnie; EttaislHenléft S lalluts'engagerdereehef dans une
région montueuse et nue. He l'un de ces plateaux les plus élevés nos soldats découvrirent sur l'autre rive du Nil les ruines d'un phare et le village d'Ombou (l'antique Ombos) , qui déployait au loin ses beaux monumens sur le monticule de riûnes appelé maintenant Koum^ Ombou^ A ses pieds une île verte et fleurie, peuplée de six beaux villages, semblait placée là coBime pour infliger à nos trovqpes le siqiplioe de Tantale , et cet état d'angoisse et de &im dura pour eiles jusqu'au grand village de JBf^ ban ou l'cm ramassa quelques cbétives provi*sions^ dans le bivouac nocturne du 12 {duviôaa (Si janvier.)
Enfin les mauvais jours allaient passer. Il y eut encore le i3 pluviôse (i*"' février) à parcourir une longue vaUée sablonneuse, et peu-^ plée de gazelles y mais le i4 (2) 7 l'avant-^arde de la division traversant le Nil entra à Aêsùuén^ l'ancienne Syène , comme dans une terre pree mise. Elle avait atteint la fixntière égyptienne, ta limite du grand Empire romain.
GetD^ fois la rapidité de la mardMs ne fut pas s»is résultât ; on s'empara des barques des M amkMii^s qin n'avaient pu firandîr k» cada^ l'acte», et l'abondance reparut toulhà-coup au
sem de l'armée. Le bivouac générai du 14 (a) eut lieu k^ssoudn^Garbjr (Sjène occidentale), qui répond à l'ancienne position que l'itinéraire d'Antonin nomme Contrà-Sfenemf et le lendemain seulement la division traversa le fleuve pour venir prendre ses quartiers sur la rive orientale où la moderne Syène est assise.
Ainsi Desaix chassant devant lui son rapide aonemi n'avait pas réussi àl'atteindre. Mourad, Hassan , Soleyman et huit autre be js se voyant poursuivis avec un acharnement pareil , affai^ blis par la désertion, exténués de fatigue, découragés, sans espoir de vaincre ni volonté de capituler , se jetèrent dans l'afireux pays des Barabrds , sur la rive llbyque , au-dessus des cataractes et à quatre grandes journées de Syène. Le seul Elfy-Bey, favori de Mourad, blessé à l'affaire de Semhoud, se maintint sur la rive orientale du Nil qu'il avait traversé à la hauteur d'Esnéh.
Nous avons, pour suivre nos soldats dans leur tache militaire, négligé sur cette route notre revue scientifique. Aujourd'hui que plus tranquilles à Syène , ils font une halte sérieuse, des villes , des monumens de haute importance nousrappellentsur nospas.RetoumQnsa £snéh.
Emâi, autrefois LcUopolis, ville prindiMile dé la proYÎiice la phisrméricItoiMle de l'Egypte, est située sur la rive gauche du Nil, eiitre Thèbes et la première cataracte. Suivant les observatioBs de M. Nouet, elle est sous le 30"* i4' 4i" de longitude et le aô** 17' 38" de latitude septentrionale.
A la hauteur d'Esnéb ^ la vallée du Nil est large de huit mille mètres environ. Du côté de la rive libyque, la plaine cultivable' s'élève, en pente douce jusqu'aux montagnes calcaires qui boimeni l'horizon; du côté de la chaibie arabique on aperçoit l'ouverture d^une vallée qui conduit à la Mdr-Rotige. La campagned'Es^ néb n'est {dus suffisamment arrosée parlesinon^ dations ordinaires du Nil ; son sol trop exhaussé reste, souvent en fncke» ToutefiHs, quelques morceaux* dh terre plus favorisés par leur niveau d9Brefit<uiie belle cultute, et attestent la bonté du soJ. Nul doute qu'aux temps âncienis toute cette vallée, fécondée par le fleuve, ne fiHit riche et productive, et suïjoui^d'hui même , avec un bon système d'irrigation , on aurait bientôt recouvert cette plaine nue d'une végé^ tation vigoureuse.
Esnéh, bâtie sur les bo#ds diu Nil, offî*e un
)&Sé
«o«|Hâl'0eîl assez pittoresèpec, -avee sestaûsons de brique ^mn rivage bordé de basses. lie €cnirant du fleuve y est tel ^ qu'il mine 4a becge €ft là 'fiât ^uyent ébouler ; ayec «lie creldent des itiaiA(His bâdes sur oè teiraân moumnt, et leurs kabitans se retirent dbns l'în4érlei!û* de la Tille, qu'ils encombrent jusqu'à oe que'lapeÈte^ eiidëiâiqne et vioiedte dansie Sead^ yieBÉie'dédmer ia pbpidation.
Lors ée l'ttirivëe >des français, ia Tilie d^Ës* ciâiétUtlaié8Îdta«t>rdiBaîre^sbeysHaâ5asi^ Oâtttian et Salëh , ennemis médonafieMès <de Mourad. Dans lès ^goerreis conlâsiuelles que se lîvl'aient les gouVemeuit de l'Egypte^ fissâi «ocordiiit i)oti}Oûrs dfOÎt^Wte «u "Vaincs* C?étak poar 4m tà>ie e^oe d'&^axiage^ tan deroiîdr fief dttiB la dii^âce. La dîâtsiïcè qui ^sépÉrak cette ^llle 'de •la capitale Yxe rendUt pas cette cbncessiob'bien dttngereuye^our le voûfequeifl^. Mais il n'en était pas de néme du ïnalUeureogc: Mlsiï fàotit les'suettrs ^eVai^dt fiociihVoîr ^mbjl \(ms&mcës 'des he^ exiléis. 'Accolé «d'exslctMfls^, il ^vait, en '«>oyant Hip» d^uitres recuefl- \m&itfp&àt lui, fini >par iieooifioer à^siemer, »et la stérilisation des campagnes 'eimTonnant^i était ^ki^itfs 4e Aiit «de da 'ilég%enoe dés ■ cidti-
vutcurs^ qua 4e la cupide tyremûe 4e aes vwr tFe$* La yiUe d'^auéh ^oi «ccmto^iîl'e ayait acquis une certaôxie ii^portanoe par }e 6^our des IVfl^amlouks. Obligée de fournir au luxe de ses nçuyremmhôi^j licliies pour la plupart, elle s'élait créé div^erses industries af^ropriées à Leurs besoins. .I>A^ copbAes y aTtûent lofudé des comp*toirs de commerce* On y fabri<)uait d^s toiles de coton <et des cbâks di|t M^yeh^ dont on Êdt un ^and i^aige en llgypt^. Des fabriqiAe^ d'huile de kdss^ (laitue) et d^s .poteries dojirnaient àia ville UA .aspect ^amifactUjrier* Ëiiifin la caravane de S^eniaâr veuait «chaque i^Pué^ échanger, à £snéh contre 4es produits d'^ypte et d'Europe sa goiumie arabique , ses pkuAes d'autruche et ses den^s d'éléphant*
Se dessinant en avarie , ;la vUle a dans 3a plu^ grande los^enr neuf cents mètue^ du ^ud AU nord et en Jaiigeur quatre ceAts* Toute ^ partie méridionale est mal hatie et peuplée de ^milles indigentes ;,mais dans l'intiérieur se trpuvent des maisons assez belles., et^ep^tre autres celle qu'habitait fiaafsan-fiey. Xa grande plape est décorée d'habitations régulières, dont quejr quesnuues sont surmontées de oolombiei?^ A Vfli^tr;émMié ^epteiati^c^ale .de la .viUe/setiroji^e
aS'
un jardin qui avait appartenu à Hassan-Bey et qui depuis, adopté par nos offiders comme lieu de réunion , se nomma le Jardin Français.
Le lieu de débarquement , ou ce que l'on appelle le port d'Esnéh, est à peu de distance de la maison d'Hassan : il est bordé d'une longue suite d'habitations que protège un ancien quai , dont l'étendue paraît avoir été considérable. En regardant de près ces matériaux, on reconnaît tour à tour la main des Égyptiens, des Romains et des Arabes. Mais depuis longtemps il n'y a été feit aucune réparation , et les habitans d'Esnéh aiment mieux livrer au fleuve leurs habitations une à une, que d'essayer de le combattre par des pilotis.
De toutes les villes d'Egypte il en est peu dont la population ait vécu en meilleur accord avec nos soldats que celle d^Esnéh. Lians et doux, les habitans de cette ville cherchèrent à profiter du séjour de nos brigades pour apprendre les arts européens. Si l'occupation eût duré plus long-temps , sans nul doute la fusion eût été complète ^ et Esnéh serait devenue une petite ville française.
«' Le mônumient antique lé plus remarquable que Fon y trouve est le portique d'un temple ,
morceau admiral^le entre tous les éidifices égyptieiis. Ce portique est situé sur la grande place, près du bazar. Masqué par de méchantes masures, il n'offire d'abord ria» de frappant ; mais, quand on examine avec un œil d'artiste ses proportions imposantes, on est forcé de con<dure que l'architecture ancienne n'a rien laissé de comparable à cette fraction de monument.
Vingt-quatre colonnes, de 5 mètres 4o centimètres de circonférence sur IX mètr^s 3o centimètres de hauteur, en y comprenant le chapi^ teau, forment le portique d'Esnéh. Ces vingtquatre colonnes, disposées sur quatre rangs, sont surmontées de dés et réunies par des architraves qui portent les pierres du plafond. Les entre - colonnemens sont d'une fois et demie le diamètre de la colonne : celui du milieu est double des autres^ il conduit de la porte principale à ceUe du temple dont la façade se dessine en saillie dans le fond du portique.
Le portique a 16 mètres 5o centimètres de profondeur, sur une largeur double; il est fermé latéralement par des murs verticaux qui s'élèvent jusqu'au plafond, et n'est éclairé que
pat* tes etitfe-cakiiinemensf dé Is ftçadcr. l/é jour, qm pourt^âif pénétrer patr ces éiitre<x>lcmnemensi, ^t encdre dimintié par dtd murs^^ dàttâ lescpic^U les eolmiiie^ êôAt engagées jusqu'au tiers de leur hauteur. Tout, dam ôef étkséttiblé, parait disposé pour Ère r^cé^roir ^'un Jour mystérieux et uniforuie , en harmonie a^ee les eéi*émonies religieuses qu'on y célébrait.
Ce portique était sans doute le vestibule d'un tétnple égyptmi ; mais quelques recherches que noÈ ^Tans aient pu fidré, aucctn autre vestige et Cet édifice n*a été retrouvé. Les maisons qui se sont groupées sur son emplacement ont peu à peu absorbé tout ce qui pouvait attester son eitisténce, et des fouilles immenses pourraient seules aujôurdTiui faire sortir de terre ce temple que les décombres et le limon du Nil paraissent avoir englouti.
Mais si, procédant par comparaison , oh reconstruit ce vaste monument avec la pensée et d'après Péchantillon qu'il a laissé debout, rien ne sera plus beau, plus grandiose que son ensemble architectural. Un second portique, décoré de colonnes semblables aux premières , quel*qties Salles successives et enfin le Sanctuaire i^Mé au milieu d'elles, tel peut être le temple
pmcédMit aimî 9 Û y aurait 4atis m$ prQpw-»
tcdlct^ cbcisf») q«fi 1q sceptiGi$miB^fit'fi$t gu^ci 49 pwm dupa ê» taUes iqppvécîMÎQiis, #1 d-tiUJttiiM il y 9^ dMa les objets d'art dvs déduoticms si logir ^as> fgM riaaagîiiiUioQ poul miiTWt sapflié#9 au £Eiit saïui amwlQ d'âtre démcuaUe.
ÏMBi sculptures du portiqu» d'Ssoéh n» sonf guère dMaetoblables de GeUeftfpin nous aiMMis dléeiitM à Thèlsfis et à Hermonûtts. loi tputs^ fiM là Ugare dominante est oaUa d'uA dîim k tète de béljier ^ qui est deTonu le Jiqttti|r Ajpdr mon des Grecs, oe quiftirail erQbaquacFédifiqa lui ^tak consacré. Toute la fi^çado estériewe el înlénaïute du momuanl; é^it d^i^éa df tableaux et de àgnes hiéroglyphiques; ou Wr Mttnquait daualeiMnibre une^ foule d'auîmaiiX) 4ab que Vépevmf^, le lîon , le béfesir , le w^^Wrdîfe, etc. /"
Mais le morceau le plua iivi^cirtaiit #si uo Bodiaque parÊdtraMut conservé, et ^ semé blerafti indiquer par Ifi position de s^s ^guw ^fifi U date du teinpb d'ËsnébMi: d» j^\mm(9^ sît^
dès afitérîeure à celle des édifices de TfafMbésr. Ce zodiâifue , dcmt l'ordre est parfidtement ol^ serré , porté ses signes disposés sur deux bandés daiis toute la longueur du soffite.' Les figut^s d'une méknè bande ont le visage tourné du même côté et se dirigeant ver^ le milieu du portique : te taureau et le béfier sont en travers du plafond, le scorpion et le cancer sont représentés maréhan,t.sur le plafond en suivaiit le reste de la procession; les poissons sont attachés ensemble par une bandelette , et dressés sur la queue ; enfin le sagittaire est renversé, les' pieds en haut, mMs suivant toiqo<u*s dans sa marche la direction des autres signes. Les six premiers signes paraissent entrer dans le templep^idant que les six autres en sortent; et ils sont séparés les uns des autres par une bande de hiérogly*phes qui partage le tableau dans toute sa longueur.
< La surface intérieure et extérieure des parois du portique est d'environ cinq mille mètre^. Elle est entièrement couverte d'hiéroglyphes; ainsi ^1 supposant qu'un sculjpte^r ait pu exécuter par jotr un c dixième de mètre car|»é de dette décoration^, il a fallu cinquante mille journées d^homtnes pour l'aduever.tl ent|*e dans la cons-
trudkm del'édifioe ibrois miUe csbiq cents mètrw cubes de pierre. Ce portique est* coiistruiÉ en grès. Les pierres du plafond ont de sept à àuit mèlres de largeur sur deux de IcMigueur. Un des détails les plus admirables du monument, c'est l'exécution et la variété des chapiteaux : les omemens qui les composent prouvent que les Egyptiens n'ont rien emprunté des autres na* tions y puisqu'on n'y remarque que des feiâUés de productkms indigènes , telles que le lotxis, le ptdttiier , la vigne et le joiïc.
. A trois. quarts de lieuà au nord et à mie lieue du fleuve, gisent les ruines d'un second teiiq>le égyptien , beaucotip* plus petit !que ce^ lui d'Ësnéh, et qui semble avoir été sa succursale. La dégradation de ce temple est'complète, et il faut moins l'attribuer nux ravages du temps qu'aux fouilles qu'Ismayl*Bey'a &itftxécuter jusque dans les fondations.
Le portique de ce second temple est soutenu pdr huit petitcts colonnes disposées sur deux nmgs parallèles à la £içade. Les sculptures exStérieures , moins parfaites qu'au temple d'Esînéh, offrent à peu près les mêmes tableaux,, ce qui confirme l'opinion que c'était là une diapelte votive placéo exprès sur la lisière du Dé-
MTt^ •! MM^ant les doss de» irilkgeûîs poup k coDifpto de la métropole urbaine.
A Fest de la ^le , sur la lÎTe droite du Nil^ appanîsaw* les mines if vu tFciflièoM temple ëgjptîen. Situé sur tmk moBlieule de dée<n»^ hres, il élère an loin son portique de lunt ea-^ kmnes. En le rojant deprès cm s'aperoeit que oel édifice n'a jamais élé achevé; les sculptures du moins ne sont exécutées qu'à ^boù^
Des déoQsdMres. d'un autre gamre sent feux d'un couyent cophtQ situé ai» sud-oueafe d^Esnéà , et qui est désigné par les hahitans sous le seul nom de l>f^(le QmTent); sonéf[lîse est célèbre dans l'kistoire par le mwsaere des Chrétiens qui y fut liût sous Diœléti^. Ce conTfmt fiit ja^ très-cenoidérable comme on peut ^i juger d'après Fétendue de ses ruines. Au}ourdlMii une fiiible portion seul^qent des bâtimens anciens se trouve habitée et «ntretenue.
^ Toilâ tout ce qu'offirent de repianfuable Esnâi et ses environs» Allcms maintemnt veps le tropique demander a Syène s(m toikut d'antiquités. ^
Syèiie, maintenant ^sscuAèy est, de toutes les villes de la Haute^Égypte , celle dont nûs-
tcrinre ronuàrie a «enserré le plus d» sourenârs. Sa poÂtioD aux derniers confin» de Pempîre en avait fiât un Keu d'exil, et Juvénal, entre autres, alb expier sous la aône brûknie quelques vers satiriques contre lliistrion Paris dier à Domi^ tien. Toutefois ce n'était là qu'un des moindres motife de la célébrité de Syëae. La mesure de la terre attribuée à Eratosthène ' ayait fixé dans cette Tille la limite trc^icale ; et il n'était bruit dans les temps anciens que du puits de Sjène qui, le }Our du solstice d^été, à midi, était éclairé en entier par un soleil perpendiculaire *. On ne pouvait en eSbt à cette époque citer aucun nom de ville âtuée par la même latitude, et tour à tour Eratosthène , Hipparque , Straboa et Pto- Mmée Tout prise pour point de départ de leurs calculs astronomiques. De nos jours même Ghandemagor et Canton en Asie, et la Havane aux Antilles, sont seuls aussi près de cette lîr mite que Syène l'est encore aujourd'hui.
Ainsi deptds long-temps ce point du globe avait servi à des observations d'astronomie ;
' BiMÎQlbftcured'AleuiiiMe8oiiB'PtoUnieÉv«i9Bte»l«U<N^^ des rois I«gides.
' Le poète Lucain a dit dans son livre 1 1** : « Timbras nunqtuim JUctéAfe Sjrene, »
maÎ6 oomme'sa lëtitude était mcertaone^ la plupart des calculs établis sur les données anciennes péchaient par leur base. Il était réservé à notre expéditicm dé rectifier ces erreurs par des relevés irrécusables. M. Nouet a déterminé la latitude de Syène d'une manière tellement précise que lu sciebce perut désormais procéder de ce point de départ.
Cette ville est située par 24' 5' 23" de latitude Nord^ et 3o® 34' 49" longitude £)st dû méridien de Paris. La cause première de toutes les erreurs commises jusqu'à ce jour était dans la vieille tradition de ce puits de Syène qui la plaçait à la limite du tropique. Les uns ne faisaieait pas attention que le phénomène de l'absorpltiôn de l'ombre n'est point borné à une ligne mathématique } mais qu'il a lieu pour toute une zone terrestre correspondante au dia* mètre du soleil ^ c'est-à-dire à un demi-degré; les autres ne prenaient pas garde aux variations d'obliquité de l'écliptique , et basaient leurs pri>pres évalâaticps sur des calculs £m,lérieurs. En effet au deuxième siècle de notre ère , le bord septentrional du soleil atteignait encore au zénith de Syène, le jour du solstice d'été, ce qui suffisait pour que l'ombre y fut nulle , ainsi
que le rapporte Arrien qui écrivait vers Van laode J.-G. Mais plus tard Ptolémée, Pausanias et Ammien Marcellin , en rapportant le même fait , se sont trompés de plusieurs minutes. L'obliquité de l'écliptique motivait cette difl^^ence, et aujourdliui ce rapprochaient du tropique nord Vers l'équateur est devenu tel que sa distance à Syène est de 87' a3" Sad^ ou de plus de quinze lieues et demie, le Kmbe du soleil n'arrivant qu'à ai' 3" du zénith de cette ville. Ainsi, en supposant que r€Mxpût de nos jours observer le soleil à son jour de sols^ tice dans le puits de Syène , on n'en verrait plus que la moitié d'éclairée.
L'antique Syène était au sud -ouest de la ville moderne, bordée par le Nil d'une part et de Pautre par des rodiers de granit. Déjà ruinée à l'époque de la conquête des Arabes , eUd perdit beaucoup de son étendue dans l'enceinte de fortifications dont ses vainqueurs l'eatourèrent. Cette encemte fondée sur le- roc nU suit dans ses contours tous les acddens de la montagne sur laquelle Syène est assise; tous les remparts, toutes les tours carrées. qui la oomn posent on t. été construits avec des plerr/^s gran nitiques dcmt le grain brillant au soleil #|.i9$
cmileurs ^hres, Mse, noire^ ouita^tgeâtre^, saî-
L'atseiable de Syène offi*e ub acpect assez rai% en ^^^rpte. Édifiée sur les versanfi iJjul dx^ cher 9 oelte ville se présente Avec sies bahitelÎMB étalées , a'V'ac ses pabûers en paras^i p qm msoctmÊi dki i»îlîeu4es bloGs de granit» Ce gramt est.partoiA, sur terr&etau gailîett.du Nil; sous toutes les {formes I en aiguilles , eia masses rondes, len angles brisés ; tantôt pleip d'aria*tés , tantètilisse ert poli à tel (point qne les Égjiptictts l'ttrtioouirortfde sculptiiires et'dlâévq^ypbes.
L'intérieur de la mile htbIm ^ost renqpli rde décombres accumn^s sur les Uocs fde j^anit ; sa Icnguemr ypiàncipale es/t de sept à huit icents mètres. Au sud'^est se trousie une butte trèshMote OfMiverte de «imnfareux fx>mbeau3: « ot sur factuelle les firantcais élevèrent un fort; audessous un temple égyptî^i presque enseveli sous 4a poussière ^et les ruines , et plus bas des colon»esdegramt isolées, ouvrageplus^récant ; enïiB*rerslenord une oonstructîûii que Poncroit romaine ^iteraÛDéepar lun hâtimeat carné mmlogœ à^oellti'qm marque ila^fin^de l^aquednc^^du Kàire. iDu^eôlé dumord-oueat , £}iènie*éUiit ter-
liiftiiéèsiilar ie flea:v;e<et faatîe sur imepetite douce qiu)9stariifom*d%iiâteiile<remplîe dé'datftiers.La plage ccmf ertè de ssSble eC de limon que le INtl dépèse pendant ses tlébordemÉsns^ ^SÊre phi- Aemts afbifestes remarqoablesr; lëlft «ontl'ii^ oh^pias Homodainié gigantsa 'dont les >fr«ît8 spliériqtDefc el vénoalenK 'OBt quatre ipouoes -de )gra68eilp, arbnslte ^conusint "idan^ les sables ^'Qmbos ; leit «me e^ète d'ocaoîa dbattt rde tônq m -diK pîafls, P^fena^quable par ^s bdles ¥einll65^'«é)cdettes^^arrses^a|ipes'de finiilSiiAeliiis -etid^fÉi jaune rdoré^ mais surtout ^pâr la pvi»^ piîété selisitive quHl possède à un ï*are àf/ff^é. AnnasoinAne contaM, les|niilLulesde)sei5)fe«llei6 .searapproohewt à l'instant^ les fismlles is'abaô»- «MTt peuiàtpeU), reteiifin le ramesn s'inclîiie^; «1 ^finrt qndqties inslmiis ^poiir que la 'brandie n»- ^pttentf^ s«iiiptii6tâiH»*iétat^ idile 9eirelèt<e Imte^ «fi^ift^ft^di^esae'S^^ ifbuâltes etirou^re ^es ftdio^ ie^. ^Lès bteibitanis «alltrïbuent 4 la magie cette |>itdpf iélé sitigttlièpe , et ils tie toucheiit jamais ra&pbù^e^n^M ad^siM^ mieforâtule ^a;<3(itK
jCfrttflOll.
^I)èiÉhteiÈûfe>q«tè^Syène , k ville de l'feËicicMae iÉg;)rp^'ëviâltiK^^u^MtlS'k vâle ë^ahie^'A»^ nMaiàh, 4a ^tte 'Ard^ s'étstit'ttfl) dkdée pttt*'k
ville moderne que l'on croit avoir été bàlîe du temps de Sélim I^. Son emplacement est un peu plus au levant , dans la vallée. Des jardins et un bois de dattiers la ceignent.au noi^d-est-; «u midi est la montagne escarpée et remplie de carrières ; au levant un grand espace occupé par des maisons rasées jusqu'au sol. Les habitations de la ville, généralement bâties en terre, occupent un espace de huit cents mètres environ.
Le port qui sert à abriter les barques venant du Kaire , assez vaste, a un de ses cotés fermé par uiie barre d'écueils. Le commerce des habitans est bien dédm de ce qu'il était sous les Grècset soiis lés Arabes , et le^peu de caravanes nubiennes qui arrivent encore en Egypte, pour portiM' la gomme , les plumes d'autrudie , laipo0dre d'er , les dents d'éléphant , ne coasi- ^rent plUs Syène que comme un marché de.second ordre, et font route directe pour Girgéh ou pour le Kaâre: Syène est donc réduite à quel- 4uei$ échanges de ^né et à un commerce de dattes qui a oepenidapt une extension assez C(Hisidérable. Cette branche d'industrie fiât seule subsister lafiopalatipn , et piéanmoins lu misère d^ JbabM;ws,0[Sl, g^aj:^de; n^ cettiç misère Bfd Imsi^ jnoMvs.apercfiyoit* duQs.mi pays.où 1^ so-
briété est la vertu générale et où la toiletté entraîne à si peu de frais, que Ton rencontre à chaque pas des enfans des deux sexes, presque pubères j totalement nus. Cette nudité favorisant l'action immédiate du soleil et de la chaleur, lui fait bronzer le corps des indigènes autant que leur visage, et cela à un tel point qu'avec un type de physionomie tout distinct , ils se rapprochent des Nègres par la couleur de la peau.
Le seul monument antique de Syène dont le gisement soit reconnaissable est le temple égyptien situé dans la ville primitive, sur le penchant de la hauteur. Il n'y reste plus qu'un amas confus de décombres où se groupent pêle-mêle des pans de murailles ornées de sculptures, des fûts, des couronnemens et des chapiteaux.
Quand on songe à la vieille réputation de Syène , il est pei^s de douter qu'elle ne renfermât qu'un seul édifice assez peu significatif. La tradition du puits solsticial , celle si bien accréditée du nilomètre et des gnomons horaires dont parle Héliodore dans ses Ethiopique^ , portent à .croire que , sous les décombres amoncelés de trois villes, se sont enfouis d'autres vestiges de leur existence.
En sortant de Syène pour aller à Philae , on trouve parmi les rochers, à gauche de la route, une grande quantité de tombeaux, dont la date remonte aux jours de la conquête sarrasine. Des caractères koufiques qui y sont gravés rappellent les premières années de Phégu-e , et l'examen du style architectural des mausolées vient à F^PP^^ de cette indication. Non loin de là sont les ruines de plusieurs mosquées fort anciennes ; mais les principales se trouvent sur des hauteurs placées entre le Nil et la route de Philœ : la forme ronde de leurs minarets leur donne de loin l'aspect de tourelles.
C'est de ce même côté , à partir des bords du fleuve, que commencent les carrières de granit où les Égyptiens ont puisé leurs colosses, leurs obélisques et tous leurs monolithes. L'imagination est saisie d'une sorte de respect à la vue de ces immenses laboratoires. ILest aisé de reconnaître à des indices parlans les divers degrés de l'exploitation ancienne. Ifci des rocs immenses ont été arrachés et leur place reste vide ; là le travail n'est qu'ébauché , et l'on cherche dans les premiers coups de ciseau la pensée finale de l'artiste; ailleurs les masses sont presque détachées de la montagne j et à
les voir ainsi pendantes , on dirait qu'elles attendent une destination.
Ces carrières occupent un développement de quatre mille mètres. A l'ouest, au midi , au levant de Syène , presque partout le granit est coupé à pic; chaque bloc un peu grand est dressé sur quelqu'une de ses faces ; partout les traces des outils , les trous destinés à placer les coins s'y font voir ; le sol est jonché d'éclats de granit rose, noir, violet, et de mille nuances diverses. En apercevant sur ces faces taillées depuis tant de siècles des couleurs vives et des cassures encore fraîches , tandis que les parties voisines sont d'un ton noirâtre , on juge du laps de temps qu'il a fallu pour que le rocher prît cette coulem^ foncée.
Parmi les pièces inachevées que recèlent les carrières de Syène , on remarque une colonne de cinq à six mètres de long , et un dessus de porte ; mais ce qui frappe le plus vivement la vue , c'est un obélisque dont l'extrémité est cachée sous le sable. La partie visible >a tiinquante-cinq pieds de long sans compter la pointe ou pjrramidion qui la termine. Cet obélisque devait, d'après ces données, se rapprocher pour les dimensions de ceux de Louqsor.
Une autre découverte non moins importante a été faite dans les carrières de Syène par le sayant et infatigable M. Jomai^d. Au sud-est de la ville nouvelle il a trouvé un grand rocher taillé et semblable à une muraille ; ce rocher est de granit rose d'un ton mêlé. Il porte des traces saillantes de l'instrument qui a servi à en détacher un bloc ; et ce bloc doit être jugé considérable ; car la partie seulement hors de terre a plus de cinq mètres de hauteur et de onze mètres de base. Cette surface de cinq cents pieds carrés est entièrement couverte de traits de ciseau obliques et tous parallèles. A cette première vue de l'état des lieux, M. Jomard reconnut que le rocher n'avait pu prendre cette configuration que par l'extraction d'un monolithe ; les dimensions comparées de l'excavation , la conformité de la couleur et de la matière , lui donnèrent la certitude que de ce massif était sorti le fameux colosse d'Osymandyas, d'un si beau granit rose, colosse que décrit Biodore de Sicile , et dont nous avons vu les débris gisant au milieu du Memnonium. Non loin de cette carrière, serpente à travers la montagne granitique une longue bande ou filon semblable à un magnifique ruban de deux
couleurs bien tranchées , c'est-à-dire rose sur les deux bords et blanc au milieu , et partout d'une largeur égale. Ce large filon qui se dirige vers le bassin du Nil par une pente rapide est un accident curieux digne de l'attention des naturalistes.
C'est dans cette région de granit , entre Syène et Philœ , que l'on rencontre la dernière cataracte du Nil. Ces cataractes, si célèbres dans l'antiquité , seraient bien peu de chose, si on les mesurait toutes sur l'échelle de la cataracte la plus connue. Aujourd'hui que ce fleuve a usé, rongé, renversé sa barrière, on se trouve loin de ces traditions exagérées, qui le faisaient se précipiter d'une hauteur prodigieuse , avec un bruit tel que les habitans du voisinage en restaient fi*appés de surdité.
La cataracte de Syène, appelée en arabt Chelldl * a communiqué son nom à une île du fleuve et à mi hameau bâti en face où habitent une centaine de Barabrâs , peuplade nubienne. Elle gît au tiers de l'intervalle de Philœ à Syène,
' Le mot Chelldl siguiiie en arabe : « Irruption , altaque guerrière u effusion violente, effort impétueux. » Il désigne encore la portion du lit d'un fleuve où le courant est le plus fort.
mesuré sur le Nil , c'est-à-dire à environ trois mille mètres au-dessous de Philœ. La largeur du fleuve en ce point est de plus de mille mètres.
Le bruit de la cataracte est sensible à plus d'un quart de lieue. Plusfortpendant l'hiver, il peut se comparer au battement des vagues sur une côte de récifs. Quand on arrive près de Chelldly et vis-à-vis de la barre, le chemin pénible jusque-là devient tout-à-coup impraticable. Le rocher se dresse à pic et semble descendre dans le Nil perpendiculair^tnent pour saitlir ensuite hors de l'eau sous la forme d'écueils. Ces écueils dont le cours du fleuve est hérissé sont de grandeurs diverses, et il en est qui peuvent compter pour des lies assez considérables. C'est à ces indices que l'on reconnaît le gisement du haut-fond qui forme la cataracte. Il y a là. étranglement dans le lit du fleuve qui s'y trouve plus étroit de moitié qu'à Syène et à Philœ , et en même temps action turbulente, tourbillons et remous dans les eaux secouées par le jeu de ces roches saillantes ou souterraines^
C'est principalement vers la rive droite que les îles sont plus rapprochées, plus escarpées, et qu'elles apportent le plus d'en-
traves au cours naturel du fleuve. Dix barres principales s'y croisent d'une île à l'autre, dans tous les sens , de telle sorte que le Nil s'échappant à travers ces masses immobiles , d'abord refoulé, les franchit en se relevant, et forme ainsi une suite de petites cascades hautes de plus d'un pied. Tout cet espace est rempli de gouffres et d'abîmes ; chaque canal est un torrent dont les eaux ont toutes sortes de mouvemens et de directions contraires , suivant le choc qu'elles éprouvent et l'impulsion qu'elles reçoivent.
Sur la rive gauche le cours est plus égal quoique très-rapide ; pendant les hautes eaux les écueils sont tous recouverts, et il s'y trouve un canal navigable. Dans cette saison l'on voit des barques renionter le Nil même à la voile ; mais pendant les basses eaux elles sont obligées de se faire remorquer à. la cordelle et en serrant la côte. C'est à cette dernière époque que le Nil, tombant d'une hauteur de sept pieds, rend moins dérisoire le nom de cataracte donné à cette bçu're. Toutes les roches submergées pendant l'inondation se montrent alors à découvert , et les inégalités qu'offre le Ut du fleuve deviennent plus saillantes à l'œil.
£n tout temps néanmoins la cataracte de S jène ne répond à aucmie dès idées que Ton a pu s'en faire. C'est comme un banc de récifs dans la mer, comme le bruit d'un large torrent dans un cours semé de rocs ; mais qu'il y a loin de là aux pompeuses descriptions de l'antiquité ! qu'il y a loiti de cette chute haute de quelques pieds aux réalités de notre géographie moderne , aux effrayantes cataractes de l'Orénoqiie, de la rivière Bogota et duNiagara, avec leurs bonds gigantesques de cent à cent cinquante pieds !
Mais si la dernière cataracte du Nil est insignifiante par elle-même aujourd'hui, rien de plus pittoresque que te paysage dans lequel elle se trouve encadrée : soit qu'on jiBtte les yeux sur la montagne à pic où pyramident des blocs de granit noirâtre tantôt ronds , tantôt anguleux; soit qu'en se retournant vers la contrée égyptienne, on admire ce brusque contraste de plaine fertile et de rocs pelés, de végétation et de nature morte ; soit qu'enfin on plonge l'œil dans le fleuve, déchiré par des pointes de granit , luttant contre elles avec le bouillonnement de ses eaux; de toutes parts ce sont des scènes d'un effet sauvage qui absor-
bent le regard et remuent virement l'imagination. A cette barre fluviale , limite écumeuse entre UEgypte et la Nubie , viennent expirer toutes les merveilles de la longue vallée du Nil i aux jardins d'Élépbantine succèdent des groupes de montagnes aux pics rudes et bnms ; et, comme pour mieux caractériser cette transition, le Nil est là bondissant, furieux, inégal, tandis qu'en entrant dans sa terre de promission , il redevient calme , uni comme la plaine qu'il baigne , et marche dans cette alliu*e nouvelle jusqu'au rivage de la Méditerranée.
Un problème reste toujou^'S à résoudre , celui de savoir pourquoi la cataracte de Syène est de nos jours tant au-dessous de sa célébrité traditionnelle. L'état des lieux aurait-il changé au point de faire d'une cataracte assourdissante , prodigieuse , une simple chute d'eau , un choc du fleuve contre des brisans ? ou bien les récits des anciens qui s'accordent pour placer à Syène une des principales CatadoupeSj sont-ils le résultat d'une erreur de lieu , d'une méprise qui confond la dernière cataracte du Nil avec les cataractes supérieures? C'est probablement dans Fune ou l'autre de ces explications que se trouve le mot de l'énigme géographique.
Quand on regarde de près la configuration de PÉgypte , il est impossible , à l'aspect d'une géologie toute parlante , de ne pas voir que la contrée entière est un bienfait du Nil. Cette vérité était un dogme historique dont les prêtres de Memphis avaient conservé religieusement la tradition et qu'ils révélèrent à Hérodote. Sans ajouter une foi entière à ces croyances sacerdotales , nos savans eurent lieu d'en apprécier l'exactitude , et M. Geof&oy-Saint- Hilaire se livra là-dessus à de profondes recherches qui se rattachent à la question que nous traitons.
Avant que de dernières catastrophes eussent donné à la surface de la terre sa forme actuelle, ce qui est aujourd'hui une vallée féconde était un golfe maritime , un sinus de la Méditerranée dans lequel le Nil n'avait pas son embouchure.
Les vents étésiens, qui soufflent du nord ou du nord-ouest pendant dix mois sur douze , tendaient à pousser vers le midi les eaux de la mer, et à prolonger ce long sinus d'une manière indéfinie; mais plusieurs sortes de résistances contrarièrent cette tendance continue. La chaîne qui sépare l'Egypte de la Mer-Rouge est formée de
granit à son milieu, de grès dans les parties adjacentes et de calcaire par-delà. Cette chaîne se répand à Pouest et coupe la moderne rallée du Nil, la partie granitiq[ue à Syène , et le banc de grès dans le voisinage d'Edfou. Cette dou^ ble chaîne arrêtait les eaux du Nil et repoussait le fleuve à Pouest, à travers les plaines où l'abaissement du niveau et la nature du sol lui permettaient de s'étendre. Le premier bar* rage, au lieu dit Gebel-elSelseUh^ tint longtemps contre le fleuve ; on le juge aux deux éperons de la montagne qpii , s'abaissant pour livrer passage à ses eaux , le resserrent en cet endroit et l'encaissent visiblement.
Le milieu de la grande chaîne est à quelques lieues plus loin que Syène. La montagne n'y est excavée et entr'ouverte qu'autant qu'il le faut pour que le fleuve la traverse. Préciser maintenant qui a fait ces deux trouées successives dans le grès et dans le granit, des eaux du Nil qui s'y précipitaient du midi , ou des flots maritimes qui battaient le roc , poussés par les vents r^[nants , c'est ce qu'il est impossible de faire*.
' Cette action des eaux oootre k roc granitique a dû être lente, mais
Cependant avant que ces grandes barrières fussent ouvertes, le fleuve avait trouvé à se détourner à l'ouest pour aller porter ses eaux à la Méditerranée ; ce fut évidenunent en traversant l'ancienne Libye qu'il arrosa et dont il fit long-temps un florissant empire. Les Oasis et le Bahrbela-mày celles-là toujours fécondes et peuplées , et celui-ci fleuve vide et désert , sont visiblement les derniers vestiges de cette riche contrée.
continue. Les obstacles ont été surmontés peu à peu , et le fond de rencaissement du fleuve s'est montré, dans un moment quelconque, tellement élevé, qu'il a fallu que le Nil passât par-dessus un haut barrage pour tomber en cascades magnifiques.
Depuis lors , sa tendance k miner le rocher a obtenu des résultats successifs. Pour les rendre plus saisissables à l'imagination , il &ut se figurer trois époques et trois niveaux.
La première époque, correspondant à l'Age d'Hérodote, trouve le lit du fleuve déjà surbaissé, et ses eaux tombent d'une hauteur moindre dans le sinus maritime.
Mille ans après Hérodote , seconde époque, et nouvelle dépression de niveau.
Après mille autres années ou dans TAge actuel, l'action destructive du choc des eaux n'a plus laissé que des pics très-surbaissés entre les flancs desquels le Nil s^épanche. C'est là son troisième niveau. Encore quatre à cinq siècles , je ne doute pas que les pics du milieu du fleuve, qui ne sont plus aujourd'hui que de forts éperons, ne soient tout-à-fait usés ; et la cascade se réduirait à n'être plus qu'une nappe d'eau dont nos cascades de Yersailles peuvent au >)esoin donner une idée.
Gkopfrot-Sa.ifiwHxx.airk.
Après les barrages ouverts à Syène et à Gebel-el-Selseléh, le Nil dut renoncer à se répandre par un coude s'élendant de l'est à l'ouest , pour prpfiter d'une pente en ligne droite offerte dès-lors à son écoulement. A dater de cette époque, le. limon qu'il apporta avec ses hautes eaux éleva par un ensablement annuel le fond du sinus maritime. Ainsi apparut la terre égyptienne , véritable produit du Nil , créée et fécondée par le Fleuife- Dieu.
Ces aperçus géologiques expliqueraient jusqu'à un certain point comment la cataracte de Syène , dont la hauteur était si étonnante au dire des anciens , n'est plus qu'une mesquine cascade. Le même afflux de limon qui a produit la vallée du Nil a bien pu combler ce gouf&e de trente à quarante pieds où se précipitait le fleuve , et les historiens grecs pouvaient avoir raison dans leurs récits comme nous dans les nôtres.
Mais quelque fondée que soit cette induction , nous ne prétendons pas l'admettre d'une manière absolue pour ce qui concerne l'identité de la cataracte de Syène avec celles dont paillent Hérodote , Diodore de Sicile et Sénèque.
ce Le bruit de la chute est tel, dit le voyageur )) anglais, qu'il plonge dans un état de stupeur » et de vertige, et qae le spectateur n'a plus ses )) facultés pour observer le phénomène avec y> attention. La nappe d'eau qui se précipite a » im pied d'épaisseur et plus d'un demi-mille )) de large; elle s'élance d'environ quarante )> pieds dans un vaste bassin , d'où le fleuve re- » jaillit avec fureur et répand en diverses direcï) tions des flots tout bouillonnans et pleins d'é- )) cume. )) Fhilostrate, qui nous a transmis de curieux détails sm' l'Ethiopie dans sa Vie du fameux Apollonius de Thyane, fait une description de cataracte qui concorde parfaitement avec celle d'Alata. a Apollonius et ses compa- )) gnons, dit cet écrivain, entendirent à quinze )) stades de là le bruit d'une autre catai^acte » insupportable à l'ouie , tellement que la y> plupart d'entre eux refiisèreut d'avancer plus y> loin; mais Apollonius se rendit à la cataracte, » accompagné d'un Gymnosophiste et de Ti- )) masion. De retour , il raconta aux siens que » c'étaient les sources du Nil paraissant sus- » pendues à une hauteur prodigieuse ; que la » rive était une carrière immense , où l'eau se » précipitait toute blanche d'écume avec un
» fracas épouyantable y et qu'enfin le chemin D de ces sources était raide et pénible au-delà )> de ce cpi'on peut imaginer. »
En dessous de la cataracte d'Alata se trouve , s^il faut en croire Bruce et divers écrivains, cdUie de Fazuclo, dont la hauteur n'est pas éva*luée à moins de deux cents quatre* vingt pieds ; puis deux autres, considérables toutes deux si on ne les compare pas avec la précédente; puis celle de Gen-Adel , et enfin une dernière moins importante , située immédiatement audessus du barrage de Syène, et que l'on a souvent confondue avec lui.
. Voilà, d'après toutes les données anciennes et modernes, ce qu'on peut présenter de plus précis sur la marche dé ce fleuve mystérieux comme les régions qu'il traverse. Retranché dans les monts Abyssins, il a su, depuis de longs ^cles, tromper notre curiosité européenne et laisser dans le vague , jusqu'à nos jours , le gisement de ses sources fabuleuses. Si la domi* nation des Français en Egypte avait pris une assiette durable, la Nubie et l'Abyssinie auraient été conquises à leur tour à la science et à la civilisation. C'était même peu que d'aller y chercher le terme inconnu d'un problème géo-
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graphique ; un autre but s'ofirait encore plus riche en avantages matériels. L'Abyssinie était une possession commerciale de la plus haute importance ; ses montagnes abondaient en mines d'argent , d'étain , de fer , de cuivre ; on y recueillait la poudre d'or, les plumes d'autruche , les dents d'éléphant. Ces élémens d'échanges productifs avaient frappé les meilleures tètes administratives de l'armée. M. Foussielgue entre autres, profondément versé dans l'économie industrielle , avait abordé cette grande question dans sa correspondance avec le Général en chef^ alors en Syrie. Les forces numériques de l'armée , le brusque départ de Bonaparte , et l'état précaire de l'Egypte , ne permirent pas à ce projet de devenir une brillante réalité ^
' Ce projet a été sur le poiut d'être réalisé à l'époque de Téfacuationde l'Egypte. Quelques Francis, tant de l'armée que de l'administration , parmi lesquels je citerai M. Lascaris, ancien chevalier ' de Malte, chef de la direction des domaines, et le brave Dupas , chef de brigade , commandant de la citadelle , mécontens de quitter ce pays sur l'occupation duquel ils avaient Ibndé les plus belles espérances , formèrent le projet grandiose et vraiment romanesque de se séparer de rarmce d'évacuation , de remonter le Nil jusqu'en Abyssinie avec des forces suffisantes pour s'en emparer, et d'y porter les arts et la dvilisation européenne, en y fondant un empire firançais.
 Fendroit où la cataracte de Syène marque la limite entre PÉgypte et la Nubie, s'opère également la scission des peuplades. Sur toute cette côte granitique, aride et morne , partout où lesattérissemens du Nil ont créé une langue de terre cultivable, à l'instant on a vu s'y établir des Barabràs , tribus agricoles et pailles*
Ces Barabràs sont la nation nubienne la plus Toisine des Égyptiens; Hmitroj^es des Nègres au midi, et des Arabes à l'est et à l'ouest , ils n'ont aucune affinité avec ces races diverses; physionomie, couleur, langage, tout en £aît une population à part, ne ressemblant qu'à elle-m^e*
D'un caractère doux, ils vivent autant qu'ils le peuvent en paix avec leurs voisins; attaqués, ils se i^éfugient dans lem*s rochers et s'y mettent en défense. Depuis long-temps les Ai^abes se sont dégoûtés de les poursuivre dans un pays coupé de rochers et impraticable à leurs chevaux.
Divenet ciroMutances forcèrent les lutiin oonquénms de reaoncer à leur entreprise dont Texécution élait déjà commencée. Cette ûn^- Uére conjuration, dont peu de personnes ont connu le secret, est pour nous un fidt incontestable» Celui qui trace cette note était même au nombre des conjurés et devait coopérer à cette aventureuse expédition abyssinienne. J.-J. M.
Les Barabras sont mahomëtans et paraissent très^Eélés pour leur religion. Malgré leur dour« oeur ils ont beaucoup d'aversion pour les étrangers, et c'est toujours arec peine qu'ils les Toîent arriver dans leur pays. L'un d'eux disait à ce sujet au savant M. Gostaz : a Si ce -» sont ces monumens qui vous attirent ici, nous ]» les démolirons. »
La couleur des Barabras tient le milieu entre le noir d'ébène des peuples du Sennâr et le teint basané des Egyptiens du Saïd; c'est de l'acajou foncé. A leurs yeux pourtant cette teinte cuivrée les range parmi les blancs. L'un d'eux, interrogé si une peuplade qu'il venait de dter était noire : ce Non , non , répondit41 , » ils sont aussi blancs que nous. » En effet les traits des Barabras se rapprochent plutôt de ceux des Européens que de ceux des N^res : leur peau est d'un tissu extrêmement iSn; sa couleur , mêlée d'une nuance rouge , leur donne un air de santé et de vie. Ils diffèrent aussi des Nègres par leur cheveux qui sont longs et légèrement crépus sans être laineux.
Les hommes feits sont vêtus d'une chemise bleue ou rouge , comme les paysans égyptiens. Les femmes se drapent avec un ample vête-
ment; leur visage, contrairement à la coutume mahométane, est découvert. Leur chevelure , distribuée en une multitude de petites boudes frisées en tire -bouchon, flotte sur le front et sur tout le contour de la tète. Leurs occupations se bornent à des travaux intérieurs , car la ja-> lousie de leurs époux est telle, qu'ils faisaient rentrer à coups de bâton celles que la curiosité amenait sur leur porte au passage des Français.
La langue des Barabr&s est douce; elle n'a aucun des sons gutturaux de l'arabe, et sa prononciation office tant d'analogie avec la nôtre, qu'un honune de Philae disait à l'un de nos savans : a La première fois que j'ai entendu » le français, j'ai cru que c'étaient des gens qui » parlaient ma langue sans que je pusse les » comprendre. »
Les Barabrâs ont des embarcations avec les^ quelles ils naviguent entre la grande et la petite cataracte. Leur commerce consiste en dattes sèches qu'ils échangent à Esnéh contre des toiles du pays.
La police des villages est exercée par des magistrats qu'ils appellent Séméliésj et qui ont à peu près la même autorité que les cheyks des villages égyptiens.
Jusqu'à la grande cataracte , le pays reconnaît la suzeraineté du Sultan ottoman et lui paie un tribut en dattes sèches et en esclaves noirs. Ces esclaves sont achetés aux caravanes du Sennâr ; car les Barabrâs ne font point le commerce des hommes de leur nation*
Habitans d'un pays pauvre, ces naturels sont parfois obligés de quitter leurs rochers pour aller cherdier de l'occupation dans les villes. Ce sont les Auvergnats de l'Egypte, fidèles et acti& comme eux, comme eox rêvant sans cesse leur retour aux cataractes avec le petit pécule amassé à la sueur de leur front. Les Barabrâs sont très-nombreux au Kaire , où les négocîans européens les connaissent sous le nom de Barharins ^ On a dans eux la confiance la plus entière, et presque tous sont gar-^ diens des portes des maisons et des bazars, emploi fort important dans un pays sujet à tant de révolutions et où presque toujours l'émeute Commence par le pillage. Les habitudes de probité , d'ordre et de propriété, sont généra-
' Le mot Barabrâs est le pluriel du nom de ees peuples; ce nom au singulier est Berbery^ appellation qui les a fait confondre par quelques auteurs avec les Bereberês du mont Atlas ; mais ces deux peu^ pies sont également différens de race et de langage.
les chez ces peuples nubiens , parce qu'elles existent dans leurs mœurs et dans la tendance de leur yie pastorale.
L'étendue de la contrée habitée par les Barabras est difficile à établir faute de documens précis. Elle occupe environ cinq degrés en latitude du nord au sud , sur les deux rives du Nil; mais flanquée de droite et de gauche par des tribus arabes vagabondes, elle a peu de développement en largeur. Quant aux noms de ses bourgs et de ses villages , la plus grande incertitude règne encore à leur égard. Feu de voyageurs ont eu le courage et l'occasion de s'aventurer dans une reconnaissance au-delà de Syène. Les jésuites portugais, ainsi que Bruce, Norden, Foncet, Brown, qui paraissent avoir tenté ce périlleux pèlerinage , n'ont eux-mêmes recueilli que des renseignemens vagues et hypothétiques. Les détails les plus circonstanciés obtenus jusqu'à nos jours sont ceux que fournit à M. G>staz le barbarin Haggy-Mohanuned, qui avait fait plusieurs fois le voyage de la grande cataracte.
A part le village de Kanâq , situé au nord de Syène sur la rive droite du Nil , qui semble être une enclave du pays des Barabràs , isolée
dans la vallée égyptienne, tout le reste du pays habité par cette peuplade, s'étend sur les deux rives du Nil pendant dix jours de marche. A cette distance, se trouve une tribu d'Arabes qui porte le nom de Legasses^ puis l'on rentre de nouveau parmi les Barabràs, qui s'étendent jusqu'à la grande cataracte de Gen^Jldel ou Gidn- AdeL Enfin au-dessus d'elle habite, au dire de Mohammed, un peuple cultivateur fort doux^ appelé ilfa^^e« Tributairesdes arabes Charguiéh ou Charqiéhy c'est-à-dire Arabes orientaux^ les Masses paraissent être de la même famille que les Barabrâs, race qui s'étend jusqu'à Don-* gola vers le 19' degré de latitude.
Quant à la nomenclature des villages, Haggj*<Mohammed a pu en citer à M. Costaz quarante-quatre sur la rive arabique et trenteneuf sur le littoral libyque de Syène àGen-Adel. Les deux derniers , situés au pied de la cataracte, sont à rOrient Siouartî, à l'Occident Allouenali. Au milieu de cette série de hameaux , il faut distinguer Derry et Ybrim , que leur importance met hors de ligne. Ybrim est comme la capitale du pays des Barabrâs et l'on pourrait même, sans impropriété, lui donner le nom de ville.
Mohammed^ d'accord en cela avec le voya* geur Norden, ajouta. à ces détails, que dans plusieurs de ces bourgades nubiennes y on trouvait aussi des ruines de monumens ëgyp^ tiens. Ainsi, d'ajurès lui, Déboudéh, Abisco, Gartaace, Hindâou, él-Kelâbchy, AUâguéet Soubou (cette dernière située à cinq journées de Syène ), possédaient des édifices tout-«-&it semblables aux temples de Fhilse j Hindàou en* tre autres avait un grand portique à colonnes, et AUâgué trois grands obélisques* A la hauteur d'Hindaou, les ruines occupent un développe*ment d'un quart de lieue , où l'on retrouve des murs et des fondemens d'édifices. Sans doute une ville considérable a jadis existé sur cet en^lacement.
Ainsi, la domination égyptienne a laissé des traces de son existence dans la Nubie , et sans doute on en découvrirait jusqu'au sein de la région éthiopique , si des reconnaissances faites avec calme mettaient à même de jeter quelque jour sur cette mystérieuse contrée. Maintenant ces édifices appartiennent-ils à une ère primi*-tive , antérieure à la création des monumens de Thèbes, ou bien sont-ils d'une date plus récente, et placés sur un sol envahi par les rois
d'Egypte comme trophées de leur conquête? Cette dernière hypothèse est la plus admissible, car à cette époque sans date , où les Égyptiens se répandirent dans la vallée du Nil à peine sortie des eaux, il est à croire que ces peuples pasteurs n'avaient encore qu'une idée impar- &ite des arts , et que leurs progrès , en ce genre, ont été le fruit d'une civilisation graduelle, née sur le sol de Thèbes. Ce qui semble en être la preuve , c'est que les monumens de Philae , point le plus avancé des explorations de nos savans, ont paru évidemment postérieurs de plusieurs siècles aux édifices thébains. Quand ce ne serait pas la couleur de la pierre , encore blandie et polie comme au jour où elle fiit taillée, il suffirait de jeter un coup-d'œil sur les hiéroglyphes qui couvrent les parois , sur les tableaux astronomiques qui décorent les plafonds , pour se convaincre que les temples de cette île sont d'une érection plus moderne que le Memnoniumj les Colosses et le palais de Karnaq. Or , quoique les antiquités de la haute Nubie n'aient pu être jusqu'ici relevées avec le même soin, n'est-on pas amené à conclure, par analogie, qu'elles doivent se reproduire sous le même caractère? Des rois
égyptiens ont été conquérans à diverses époques , comme le témoignent une foule de tableaux hiéroglyphiques j ils ont dû à plusieurs reprises porter leurs armes victorieuses au cœur de la Nubie et de l'Ethiopie ; et, possédés comme ils l'étaient de leur grande manie monumentale, visant, comme ils le faisaient, à la propagande religieuse , le premier résultat de leur victoire a été de bâtir des temples , pour enseigner aux peuples soumis le goût des beaux-arts et l'amour de la divinité.