Histoire de l'habitation humaine
Sur un sommet abrupt, deux personnages sont assis et, pensifs, ils contemplent l’immense paysage qui se déroule devant eux.
Des lacs aux contours irréguliers, réunis par des flaques d’eaux dormantes, laissent émerger des terres plates couvertes d’une végétation touffue, et parfois des roches peu élevées qui montrent leurs flancs comme de longues failles verticales. A l’horizon s’élève une chaîne de montagnes aux profils bizarres.
Le disque du soleil, large et cuivré, sans rayons, répand, sur les innombrables bandes liquides à travers les vapeurs
qui sont suspendues au-dessus d’elles, des lueurs incertaines.
Les terres émergées sous cette lumière voilée sont noires et découpent leurs silhouettes sur les brumes.
Des bruits confus percent l’air chaud et humide. Ce sont des croassements de -batraciens^ des sifflements de reptiles, des beuglements de ruminants, les cris stridents des mammouths, les plaintes de grands oiseaux.
« Tout est bien, dit lun des deux personnages. — Rien n’est achevé, reprend l’autre; vois au bas de cet escarpement ces êtres qui se rassemblent, puis se séparent, qui cherchent et s’abritent. ... — Eh bien ? — Ce ne sont pas des êtres semblables aux autres.... Ils sont agités, inquiets, regardent de tous côtés; seuls entre tous, ils s’avancent droits sur leurs pieds. — Regarde : ils se battent entre eux, se jettent des pierres, s’avancent par troupes, armés de branches d’arbres. — Tous les animaux s’entre-battent. — Regarde encore! Voici un ours gigantesque qui sort des fourrés; ces êtres cessent de se battre entre eux; ils se réunissent.... ils forment un cercle autour de l’animal terrible, l’accablent de cailloux. La bête ne sait de quel côté attaquer, elle grogne et tourne sur elle-même, le poil hérissé.... Vois! le cercle se resserre; plusieurs, parmi ces êtres, portent de longs bâtons armés à leur extrémité de pierres tranchantes.... Ils frappent à la fois sur l’ours furieux.... Il se défend.... Deux des assaillants sont tombés déchirés par les griffes de l’ours. L’animal succombe cependant, le voilà à terre couvert de liens de jonc. — Tous les animaux se défendent et attaquent. — Regarde encore; on s’empresse autour des deux blessés; on les emporte au bord du lac; on les couche sur des feuilles; on lave leurs blessures. Vois comme on se penche vers eux ; écoute ces cris. — Qu’importe! Chaque être créé possède ses aptitudes, ses instincts; les uns se construisent des nids, d’autres se creusent des
HISTOIRE DE Cil ABITATI O N .
tanières ou élèvent des demeures. On en voit qui se réunissent en troupes, quelques-uns vivent isolés et défiants ^ tous s’entre-dévorent et cherchent à se prémunir contre les attaques de leurs ennemis. C’est la loi. — Descendons au milieu de ces êtres, viens. — A quoi bon? — Peut-être trouveronsnous ? — Quoi ? — Ce qu’il faut chercher. — Esprit vain et inquiet!.... Soit, allons. »