VUE DU PALAIS DU NOMARQUE ÉGYPTIEN (P
HISTOIRE DE l’h ADiTATION.
chambres. Le constructeur avait soumis les axes du bâtiment aux divisions données par la base et l’hypoténuse du
triangle parfait (fig. 36). Si, sur cette ligure, nous considérons seulement le triangle P R D, dont la base occupe la moitié de la largeur entre axes du corps principal, nous pouvons diviser ce triangle P R D ainsi que nous avons divisé le grand triangle AGD.
de l
habitation.
Alors la base PR aura quarante coudas, le cote RD coudées et l’hypoténuse cinquante coudees.
"O St par la figure 39, comment en plan ces divisions , H base et de l’hypoténuse ont donné tous les axes soit SX .ci. pcrpendictes à ce,,, base. L'h^Cenue.
partielle ab, ayant dix coudées, le côté cb en aura six. Prenant pour le diamètre des colonnes trois coudées, il restera entre elles trois coudées au-dessus de la base. Les murs seront aussi tracés à l’aide de ces fractions, si bien que le mur A aura une épaisseur de quatre coudées à la base -, ceux B et C, trois coudées chacun; les murs D, deux coudées, et 1 ouverture des portes E, deux coudées.
En coupe (voir en X), ayant de même tracé le triangle
HISTOIRE DE l/ Il A B I T ATION.
OR P parfait, le sommet de ce triangle donnera la hauteur des pylônes ; le point diviseur G, la hauteur de la corniche des ailes*, le point diviseur H, la hauteur de la porte. La corniche du grand portique intérieur aura deux coudées*, l’architrave, deux coudées, et le chapiteau avec son tailloir, quatre coudées. Ainsi donc ce triangle parfait et se$ divisions donneront le tracé de toutes les parties de l’édifice.
Il avait été pratiqué un étage de chambres au-dessus de celles du rez-de-chaussée et les escaliers réservés dans les pylônes montaient à ces chambres et à la terrasse couverte de voiles au besoin.
Epergos et Doxi eurent l’occasion de visiter la demeure du riche nomarque, et furent admis par l’intendant de ses domaines avec l’urbanité habituelle aux classes supérieures de la vallée du Nil. Ce fonctionnaire les reçut à l’entrée de l’est réservée au public et leur fit voir d’abord la première cour1 pourvue de portiques sur trois côtés.
A chaque extrémité, des piles quadrangulaires soutenaient les terrasses de ce portique, tandis que des colonnes cylindro-coniques s’alignaient le long du pylône extérieur qui faisait le milieu de la clôture.
Devant la grande salle, s'élevait une clôture sur laquelle était tendu un voile d’azur et qui formait une sorte de porche. Deux autres pylônes laissant entre eux un intervalle fermé par des vantaux, formaient l’entrée de la grande salle.
Epergos ne se lassait pas d’admirer ce vaisseau, bordé par deux portiques soutenus par de hautes colonnes. Toute la partie centrale, à çiel ouvert, pouvait être couverte par des voiles tendues à l'extrémité des mâts plantés sur la terrasse. A ces mêmes mâts on attachait d'autres voiles qui formaient deux tentes continues sur ces deux terrasses disposées pour jouir de la fraîcheur du soir.
i. Voir la figure 37 en A,
histoire de l’habitation.
Les colonnes de pierre, avec chapiteaux, rappelant par leur forme le bouton du lotus, étaient couvertes de peintures-, elles portaient des architraves de bois également peintes de vives couleurs et une corniche façonnée avec des roseaux, ainsi que nous l’avons vu précédemment.
Les plafonds des deux portiques étaient également faits de bois peint portant l’aire de la terrasse. A. travers 1 intervalle laissé entre les deux pylônes, à chaque bout de la salle, brillait l’azur du ciel, tandis que l’intérieur n’était éclairé que par la lumière douce et colorée que tamisaient les voiles tissées de diverses nuances (fig. 40).
Au milieu de la net centrale s’élevait une crédence sur laquelle étaient déposées des offrandes. Le silence qui régnait dans ce lieu n’était interrompu que par le bruissement de la brise qui s’engouffrait dans les voiles et caressait les angles des pylônes.
Peu rêveur de sa nature, Épergos s’assit un instant sur le degré qui servait de soubassement à la crédence et paraissait plongé dans ses réflexions, pendant que Doxi entretenait l’intendant du nomarque :
« Quel singulier peuple ! se disait Épergos. Est-ce grandeur, est-ce faiblesse? Est-ce là le séjour des vivants? Il y a dans ce palais quelque chose d’immuable, de serein comme le ciel sans nuages qui s’étend sur ses terrasses. Les hommes seraient-ils changeants ou invariables comme le climat sous lequel ils vivent? »
Tiré de sa rêverie, Épergos demanda à l’intendant pourquoi les entrées étaient ainsi ouvertes jusqu’au faîte des pylônes, et pourquoi les linteaux des portes étaient coupés.
« Parce que, répondit l’intendant, il est d’usage, à l’occasion de certaines solennités, de laisser entrer ici des processions composées de personnes qui apportent les redevances dues au nomarque. Or, chaque corps d’état fait porter devant lui des enseignes très-hautes. C’est à qui aura les plus
INTÉRIEUR DU PALAIS DU NOMARQUE ÉGYPTIEN t(P. ioo).
hautes et les plus riches. Ainsi, les porteurs d’enseignes peuvent-ils entrer ici sans les abaisser. Chacun dépose ies objets sur la crédence ou même aux pieds du nomarque et la procession sort dans le plus grand ordre par l’autre issue. Quant aux animaux vivants, offerts au nomarque, il n’est pas d’usage de les faire entrer dans le palais *, mais vous verrez que du côté de l’ouest, en face du fleuve, est élevée une large plate-forme. C’est là que le nomarque se rend sous une tente et qu’il reçoit les impôts payés sous forme d’animaux vivants, de fruits et de grains. »
En dehors de la porte donnant sur la longue cour privée, à l’ouest de la salle, Épergos examina curieusement, aux côtés de cette porte, deux statues colossales de pierre, assises, qui lui parurent fort belles.
L’intendant lui dit qu’elles représentaient, l’une le roi régnant Cerphérès , et l’autre sa femme , que ces statues avaient été élevées par le nomarque en leur honneur et pour leur marquer sa reconnaissance.
Et, en effet, de longues inscriptions hiéroglyphiques gravées sur le socle donnaient les noms et qualités innombrables des deux personnages et relataient les sentiments de gratitude du nomarque envers ses souverains.
Cette seconde cour parut encore plus belle que la première aux visiteurs, et l’attention d’Epergosfut surtout attirée par les deux belles salles situées aux deux extrémités, avec leurs piliers d’entrée et les colonnes qui portaient les plafonds richement peints.
Pénétrant à la suite de leur guide dans l’un des couloirs latéraux, les deux compagnons purent visiter quelques chambres alors inhabitées.
Elles contenaient chacune un lit de repos de bois peint garni de coussins et couvert de tissus de lin de couleurs variées ; une sorte de grand coffre également de bois peint, destiné à serrer les vêtements, un siège, une petite table et
une lampe. Ces chambres n’étaient éclairées le jour que par les portes qu’on laissait ouvertes sur le couloir. Mais la lumière du soleil est si vive dans ces contrées, que ces pièces recevaient un jour de reflet très- doux et agréable, en même temps qu’elles conservaient une température fraîche. Leurs parois étaient décorées de peintures représentant des personnages entremêlés d’inscriptions explicatives.
Les chambres du premier étage, donnant sur les terrasses recouvrant les couloirs1, étaient décorées de la même manière et, devant les portes, étaient tendus des voiles qui empêchaient les rayons du soleil de pénétrer à l’intérieur.
De ces petites terrasses, on avait vue sur les deux jardins longitudinaux dans lesquels étaient plantés des sycomores, des palmiers, des mimosas, des orangers et quelques arbres rares ; deux petits canaux les arrosaient. De chaque côté, en face des chambres, on voyait un petit portique de bois bordant des cellules dans lesquelles étaient rangées, avec un ordre parfait, les denrées de toutes natures, fruits, grains, miel, légumes, boissons, vin et bière.
Mais ces parties de l’habitation n’étaient pas accessibles aux personnes étrangères au palais, et les serviteurs qui avaient la garde de ces magasins étaient responsables de leur contenu • ils logeaient dans les deux bâtiments d’extrémité de la grande cour de l’ouest. Autour de cette belle habitation étaient plantés de vastes jardins, régulièrement tracés, avec canaux, viviers, magasins et tout ce qui était nécessaire à la culture.
Ce qui plaisait dans cette résidence, c’était surtout l’ordre, la régularité, la propreté.
Des esclaves, continuellement occupés à maintenir les choses en bon état, étaient surveillés par des préposés à
i. Voir la coupe, figure 39.
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chaque service, et le fouet rappelait les négligents ou les paresseux à leurs devoirs.
L’intendant réglait chacun de ces services et se faisait rendre compte de tout ce qui entrait ou sortait, de la consommation, des provisions, des redevances et achats.
Des animaux en grand nombre, bœufs, chevaux, ânes, occupaient des étables à l’extrémité des jardins, et on voyait, dans une vaste basse-cour, des poules, des oies, des canards nourris avec soin pour la table du maître.
« Eh bien ! dit Épergos à son compagnon quand ils eurent pris congé de l’intendant, il me paraît que les choses se sont quelque peu modifiées sur ce riche territoire depuis que nous l’avons visité pour la première fois, il y a quelques siècles. Voilà les grands qui commencent à élever des demeures autrement riches et solides que n’étaient celles du temps passé; qu’en dis-tu, Doxi? — Je dis qu’en effet, ces demeures sont merveilleuses, si on les compare à celles que nous vîmes jadis; mais, du moins, ces Égyptiens ont-ils le bon esprit de conserver les formes anciennes. Ils n’ont rien changé à leur religion ; leurs lois n’ont fait que se développer dans le sens primitif; et, si des palais pour les grands remplacent les maisons de limon ou les cavernes de leurs ancêtres, je constate que ces constructions se conforment à des traditions conservées intactes. — D’accord; mais voilà nos habitants des bords du Nil qui emploient déjà de grandes pierres dans ces constructions, et s’ils font encore des murs de brique crue, des terrasses de limon sur des solives de bois, m’est avis que les riches personnages de ce pays-ci se dégoûteront un jour de ces procédés trop grossiers, pour se bâtir des demeures faites entièrement de matériaux durables. Qui sait même s’ils ne trouveront pas trop fragiles ces pierres calcaires que déjà ils savent si bien tailler, et s’ils n’iront pas chercher des matériaux plus durs encore?— C’est là un désir que j’approuve, car ils perpétue-
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ront ainsi dans les siècles à venir les formes premières qu’ils ont adoptées. — Soit, reprit Épergos *, mais il semble que s’ils prennent des matériaux differents de ceux employés primitivement, ils feraient aussi sagement de modifier les formes données à leurs bâtisses. Puisqu’ils ne se servent plus seulement de terre détrempée, de roseaux pour bâtir, il est assez étrange de conserver les formes propres à ces premières constructions. — Pourquoi changeraient-ils ces apparences? — Parce qu’ils emploient d’autres procédés. — Toujours la manie de raisonner! » dit Doxi à demi-voix.
Épergos, sans prendre garde à l’observation de son compagnon, continua : « Ces Égyptiens faisaient jadis des supports composés de bois et de faisceaux de roseaux ; les voilà qui élèvent des colonnes de pierre, et ils cherchent à reproduire, sur ces matériaux durs élevés les uns sur les autres par assises, l’apparence qu’affectaient ces objets composés de végétaux. Je gage que s’il leur prend fantaisie de couronner leurs édifices de même, par des assises de pierre, ils donneront à ces couronnements la forme qu’affectaient ces saillies de roseaux et de limon qui nous semblent si ingénieuses, et qui le sont en effet. — Eh bien! où serait le mal? On saura ainsi, dans les temps futurs, que les premiers Égyptiens ne construisaient leurs demeures qu’à l’aide de limon et de roseaux*, on saura qu’ils ont voulu conserver le souvenir de leurs premiers efforts, qu’ils ont adopté une forme d’architecture considérée comme bonne par eux, et qu’ils ont été assez sages pour ne la plus modifier. Trouvestu quelque chose à reprendre dans le palais que nous venons de visiter? — Non point; je le trouve parfait; tout cela est sage, bien conçu, bien ordonné; mais ma raison ne me dit pas moins qu’il est étrange de simuler avec de la pierre une bâtisse de boue et de cannes. Il me paraîtrait tout aussi étrange de voir nos Aryas reproduire en pierre les maisons composées de troncs d’arbres que nous vîmes autrefois sur
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le haut Indus. — Si ces Aryas sont des gens sensés, ce que je ne crois guère, puisqu’ils t’écoutaient si bien, en agissant de cette façon ils prouveront leur sagesse. — Ou plutôt, qu’ils ne raisonnent guère! répliqua Épergos. — Prétendras-tu, continua Doxi, que les Égyptiens ne raisonnent point, eux qui nous montrent cette entente parfaite dans leurs bâtisses, qui possèdent et appliquent ces règles des nombres que toi-même trouves admirables? — Je ne sais-, mais il y a là quelque chose qui m’embarrasse ou plutôt qui ne me satisfait pas absolument. — Parce que tu es un esprit inquiet et que tu cherches au delà de ce qui est et doit être. — Écoute, continua Épergos, et fais-moi grâce de tes sentences. Ces habitants de la vallée du Nil vivent sous un climat exceptionnel : ils n’ont à lutter ni contre les frimas ni contre la tempête. Ils sont entourés de déserts, et possèdent toutes choses nécessaires à la vie sans prendre beaucoup de peine. L’activité, le travail, auxquels d’autres moins bien partagés sont obligés de se livrer pour combattre les éléments ou des voisins nombreux et cupides, ils les appliquent à augmenter leur bien-être. Déjà ils construisent des demeures comme on n’en trouve nulle part ailleurs sur la terre. Ils iront plus loin encore; ils pourront étonner les générations futures par la grandeur et la force de leurs constructions ; car toute leur activité, toute leur puissance de production s’appliquent à la satisfaction d’une pensée égoïste. Ils veulent bien vivre, et prétendent perpétuer leur existence heureuse au delà des limites imposées par le Créateur, puisqu’ils conservent soigneusement les dépouilles de leurs morts et qu’ils les placent dans des demeures somptueuses, comme si les morts pouvaient être sensibles aux honneurs et aux biens terrestres. Cela est très-beau, si tu veux; mais si jamais ces populations se trouvent en contact avec des hommes rudes et habitués aux privations, comme quelques-uns de ceux que nous avons vus, je crains fort qu’ils ne puissent
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leur opposer une résistance sérieuse , et leur admirable industrie ne pourra les préserver de la ruine, car ils ne sauront se conformer aux nécessites des temps ou des circonstances, puisqu’ils entendent ne rien modifier de ce qui fut. — Esprit dangereux, répliqua Doxi, prétendrais-tu excuser les impies qui oseraient imposer leurs volontés mobiles à ces sages populations? — Je n’excuse rien-, je cherche et je raisonne. —Les Égyptiens doivent, au contraire, servir d’exemples aux peuples, et les barbares qui s’approcheront de leurs frontières, pour peu qu’ils aient la moindre lueur de bon sens, ne pourront manquer de les imiter. Le Créateur les a institués comme les régulateurs des nations ; s’ils doivent périr, c’est que la terre est livrée aux insensés, à l’esprit de vertige et de malheur. — Eh bien ! reprit Épergos, /euxtu que je te dise toute ma pensée?... Ce pays m’accable; ces gens-là, avec leurs règles, leurs lois établies sur tout, leur sagesse et leur respect pour les traditions; ce ciel toujours pur, ce fleuve fertilisant à jour fixe, ces demeures et ces jardins où tout est méthodique et calculé, cette hiérarchie sociale immuable, tout cela me plonge dans un ennui profond. Il me semble que mon sang se fige et que mon cerveau se vide. Je m’en vais. — Moi je reste. — Adieu donc. »