LES GRANDES ÉTAPES
Au sud d’une chaîne de montagnes pelées s’étend une immense plaine caillouteuse. De temps à autre, des prairies dans le voisinage de cours d’eau et des arbres rabougris. En été, ces cours d’eau, encaissés entre des berges coupées à pic, sont presque à sec. En hiver, au contraire, ils débordent et inondent partie des terrains, entraînant avec eux du limon et des. cailloux. Des vents venant de l’est balayent incessamment ces plaines, et tous les végétaux sont inclinés vers l’ouest.
Dans ces déserts, l'homme n’apparaît que rarement, se dirigeant vers le sud en hiver, du côté des montagnes en été. Nomades, ces hommes poussent devant eux des troupeaux, mais ne séjournent pas dans la plaine aride.
Cependant voici une longue file de chariots qui se dirigent vers l’ouest. Ils sont remplis de femmes, d’enfants, d’ustensiles, de perches et de planches*, traînés par des bœufs et des ânes, ils sont conduits par des hommes montés, la plupart, sur des chevaux. Un nuage de poussière les accompagne et les devance. Le soleil est ardent, et la caravane marche pé-
histoire de l’habitation.
niblement. Derrière elle, à distance, suivent des troupes de carnassiers, le cou tendu, flairant, s’arrêtant, tournoyant. Si quelque bête de somme épuisée a été abandonnée sur le trajet, aussitôt ces carnassiers se précipitent sur son cadavre, se livrent des combats furieux, et en arrachent des lambeaux qu’ils vont dévorer à l’écart. Des nuées d’oiseaux de proie accompagnent la colonne sur ses flancs en jetant des cris sinistres.
Les cavaliers qui dirigent la caravane sont grands, secs, brunis par le soleil; leurs traits sont beaux, et leurs yeux clairs inspirent le respect. Ils sont vêtus de tuniques blanches à courtes manches, et leurs jambes nues sont chaussées de sandales retenues par des lanières. Leur coiffure consiste en une sorte de sphère recouverte d’une étoffe blanche et parfois terminée par un voile étroit qui tombe jusqu’au milieu du dos et préserve la nuque.
Les femmes, assises et couchées dans les chariots, sont entièrement enveloppées de voiles d’étoffe claire bordée de riches broderies de couleurs variées. Leur peau, préservée des rayons du soleil, est blanche, et leurs membres sont délicats. Elles sont de taille moyenne, et une abondante chevelure châtain clair tombe sur leurs épaules en nattes épaisses.
Parmi les jeunes, on en distingue qui sont d’une beauté surprenante. Elles devisent et rient entre elles.
Entre les chariots sont dirigés des troupeaux de moutons et de chèvres à longues cornes, de génisses que de grands chiens noirs aux oreilles pointues, au museau fin, surveil- Lnt haletants.
Le soir, la caravane s’arrête sur le bord d’un ruisseau en partie desséché; le tourbillon de poussière suit sa course vers l’ouest, et on remarque bientôt une grande animation dans la longue troupe. Les moutons bêlent, les chiens aboient, les genisses et les bœufs jettent leurs graves notes