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LES ROMAINS

Au lendemain des guerres civiles, Rome, sous la main d'Auguste , se transformait. L’amour du luxe, des habitations somptueuses, inconnu à la République, se répandait dans toutes les classes de citoyens, et il n’était pas d’avocat ou de négociant qui ne possédât un logis plus élégant et plus vaste que n’étaient les demeures des patriciens du temps des Scipions.

Rome, composée d’éléments très-divers, subissait l’influence des arts appartenant aux peuples d’où elle sortait, et que, successivement, elle avait conquis ou choisis comme alliés. Son architecture, étrusque à l’origine, s’était peu à peu enrichie des emprunts faits â la grande Grèce, à la Sicile, à l’Attique et à l’Asie Mineure*, aussi composait-elle, au commencement de l'ère impériale, un mélange de ces arts différents dans leurs principes et leur forme. Auguste, esprit modéré, pensait que Rome devait se contenter des conquêtes faites sous la République, en gouvernant les provinces par une sage administration • et, de tous ces matériaux réunis, fonder un empire inattaquable sans plus songer à

dépasser les limites qu'il considérait comme définitives.

Pendant la période républicaine, Rome n’avait eu guère le loisir de songer aux arts et à ce qu’ils procurent de jouissances et de bien-être. Cependant, après la guerre sociale, le goût des arts se répandit parmi les citoyens de la cité triomphante. Les villes samnites, étrusques, lucaniennes qui renfermaient tant de monuments précieux, détruites par Sylla, fournirent un butin immense, dont la valeur et l’importance exercèrent une notable influence sur les mœurs romaines.

Les richesses de la Grèce vinrent encore donner aux dernières années de la République romaine le goût des arts, et il n’était pas de notable citoyen à Rome, après les guerres de Sylla, qui ne fût versé dans la langue grecque et qui ne voulût posséder des œuvres d’artistes athéniens dans sa maison.

La politique profondément raisonnée d’Auguste lui conseillait de provoquer le goût naissant pour les choses d’art, qui se manifestait au sein de l’aristocratie romaine, sachant bien que l’habitude du luxe est un des moyens les plus favorables à l’asservissement des classes supérieures. Aussi, bien qu’il vécût simplement et qu’il ne cessât d’habiter une demeure modeste, voyait-il d’un œil favorable ceux d’entre les patriciens qui affectaient dans leurs habitations un luxe jusqu’alors inconnu, qui s’entouraient d’artistes, de poètes et de tous les raffinements empruntés aux peuples étrangers. Celui qui se fait bâtir un palais et qui l’enrichit d’objets d'art d’une haute valeur n'est pas un conspirateur. Afin de provoquer le mouvement, l’empereur faisait rebâtir les temples, les édifices publics, sur des plans plus vastes et à l’aide de matériaux précieux. Cet exemple était suivi par tous ceux qui tenaient à jouir des faveurs du prince, car ils savaient que c’était le meilleur moyen de lui faire sa cour.

Non-seulement la ville de Rome changeait d’aspect et se couvrait d’édifices somptueux qui charmaient la multitude

et l’occupaient, mais les campagnes voyaient élever des villce qui contrastaient par leur étendue et leur richesse avec les maisons de campagne des Romains de la Republique, habituellement d’une excessive simplicité, centres agricoles où rien n’était donné au superflu.

Toutefois, dans ce déploiement de luxe, il faut dire qu’il entrait plus de vanité que d’amour de l’art.

Non loin de Rome, sur le penchant des montagnes qui séparent l’ancien Latium du pays des Volsques, près d’un petit bourg qui a nom Lanuvium, on voit une villa d’une étendue médiocre, mais construite récemment pour un certain Mummius, riche patricien. Ce Mummius, après avoir joué un rôle actif dans la guerre civile, a, comme bien d’autres, pris son parti des derniers événements qui ont remis le pouvoir suprême aux mains d’Auguste, et, se faisant oublier, ne songe plus qu’à jouir paisiblement des biens qui lui sont dévolus.

Sa villa comprend un vaste terrain couvert de vignes, de bois et quelques champs dans la plaine, soignés par des colons. C’est par la voie Appienne qu'on arrive à cette charmante propriété arrosée par le Lanuvius.

La figure 68 présente le plan général de la villa. Le terrain s’élève assez abrupt vers le nord-ouest, de telle sorte que le bâtiment principal A est garanti des vents violents qui viennent de la mer et de la bise du nord.

Le Lanuvius qui prend sa source à peu de distance de la propriété, coule en B, se dirigeant vers les marais Pontins au sud. Le chemin qui s’embranche sur la voie Appienne décrit une courbe tendue en C, afin d’éviter les brusques changements de niveau, et aboutit en D aux jardins enclos. Les bois s’étendent du côté du nord-est en E jusqu’à la voie Appienne, tandis que des vignes sont plantées en F. En G sont les vergers et potagers, puis, les jardins de plaisance en H. Du bâtiment principal A, une longue galerie avec

HISTOIRE DE LHABITATION.

xiste se dirige en I, jusqu’à un bâtiment plus petit K qui

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sert de retrait lorsque le maître veut être seul. En L, sont les logis des esclaves attachés au service de la maison. Quant

à ceux qui ont la charge d entretenir le jardin, ils habitent le bâtiment M, voisin de la porte de l’enclos. Un petit bois d’oliviers s’étend sur les rampes du coteau en N, et en O s’élève une construction renfermant les pressoirs a huile et à vin.

Examinons maintenant le logis du maître, figure 69.

En A est un vestibule, long, voûté en berceau, et permettant, par sa disposition, aux visiteurs, d’attendre le moment de l’audience, tout en se promenant ou en se reposant sur les bancs placés dans les deux exèdres des extrémités. Ce vestibule est très-simplement décoré de quelques peintures. L’entrée B est gardée par le portier qui demeure en C.

En D est un parloir où l’on fait attendre ceux qui ne sont pas introduits dans Y atrium E avec impluvium au centre. C’est là où les clients se réunissent lorsqu’ils attendent le maître pour l’accompagner ou l’entretenir de leurs affaires. Le grand impluvium est en F, entouré de portiques supportés par des colonnes de pierre. Au centre est un bassin avec fontaine surmontée d’une statue de bronze, puis vers l'extrémité nord, un exèdre de marbre blanc exposé en plein midi, et où, lorsque l’air est froid, on peut venir se reposer et discourir au soleil.

En g , un vestibule intérieur précède le grand triclinium G, dans lequel on peut facilement réunir de quinze à dix-huit convives. Le petit triclinium privé est en H. En l et 1 deux pièces servent l’une de vestiaire, l’autre d’office. Une bibliothèque voûtée est placée en I, et la salle U également voûtée, recevant du jour par un œil ménagé au centre de la demi-sphère, sert de lieu de réunion pendant la chaleur du jour; car elle est fraîche et haute.

En T est une pièce consacrée à la garde de la vaisselle précieuse. Les chambres à coucher sont en K.

Les bains se composent d’une première pièce L ou frigi-

bres M et m qui servent d’étuve, et de ia pièce N destinée aux bains tempérés.

C’est au-dessus du frigidarium qu est place le réservoir recevant les eaux de l’aqueduc AV . En S, sont des latrines.

La cuisine est installée en V. Elle est voûtée et sa voûte octogonale est terminée par un tuyau qui enlève la buée et la fumée. Les dortoirs des esclaves , spécialement attachés au service du maître, sont places en XX. IVIais, toutes les nuits, plusieurs d’entre eux sont de garde dans les différentes parties de l’habitation et se tiennent alors dans le triclinium ou sous les portiques.

En R, un escalier à double rampe descend aux caves et monte à l’étage supérieur qui s’élève sur tout le corps du logis du nord-ouest. Ce premier étage est occupé par des chambres.

Un fossé isole du jardin toute la partie de l’habitation de l’est où s’ouvrent le grand triclinium et le petit. Des treilles garnies de vignes couvrent les allées le long du xiste et devant la face de l’entrée 1 .

Du bâtiment K qui sert de retrait, la vue est ravissante. Par-dessus les bois qui s’abaissent vers le sud, on découvre presque tout le cours du Lanuvius qui serpente entre les roches éboulées* au-delà, les marais Pontins, comme un immense tapis vert qui baigne dans la mer. Au fond, les montagnes des Volsques et le sommet abrupt du cap Circée. C’est pendant les saturnales que le maître aime surtout à se retirer dans ce petit logis *, car alors, la maison est remplie de bruit et de mouvement. Ce bâtiment contient un petit triclinium. Une salle ouverte vers le sud, une petite bibliothèque et quelques chambres. La longue galerie et le musée servent de promenade couverte, si le temps est mauvais, d’autant que ce musée est entièrement fermé du côté de l’ouest d’où vient la pluie et le vent de la mer.

Même pendant les dernières chaleurs de l’été, oa n’a pas

i. Voy. le plan général, figure 63.

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