LES SCANDINAVES
Les deux compagnons remontèrent le long de la côte occidentale, puis, traversant des contrées couvertes de hautes montagnes, ils se dirigèrent vers l’Orient, dans des pays sauvages habités seulement par des tribus vivant au milieu des forêts et se nourrissant des produits de la chasse et de la pêche. Ces hommes, grands, à la peau rouge cuivrée, ne pratiquaient pas les arts, et habitaient des huttes faites de branchages, recouvertes de feuilles. Inclinant toujours le long des côtes de l’Océan, qu’ils retrouvèrent après avoir passé un large fleuve, ils atteignirent des contrées froides, traversèrent un bras de mer et mirent le pied sur une terre habitée par des hommes petits de taille, au teint olive, aux cheveux plats et noirs, aux traits repoussants. Ces populations, clair-semées sur les côtes, vivaient sous des huttes coniques, construites avec des cailloux, de la terre et couvertes de peaux de phoques ou de rennes. Elles se nourrissaient exclusivement de graisse et de chair de poisson, car le pays ne produit pendant trois ou quatre mois de l’été, que de l’herbe et des lichens qui servent à la nourri-
tare des troupeaux de rennes. Épergos et Doxi ne s’attardèrent pas dans ces contrées et, ayant de nouveau traversé la mer, ils atteignirent les terres Scandinaves. Ainsi, après une longue absence, ils se retrouvaient au septième siècle de notre ère en Europe.
Bien des changements s’étaient produits sur cette partie du globe depuis leur séjour à Rome. L’empire, réduit à quelques territoires autour de Constantinople, était tombé, à l’Occident, aux mains des barbares venus du nord-est, et, en Orient, sous le fer de l’Islam sorti de l’Arabie.
Mais ce n’était pas en Scandinavie, sur la terre des Danois et des Normands que ces deux compagnons pouvaient rien savoir de ces événements. Là ils trouvèrent une population singulièrement active et entreprenante, vivant sur un sol ingrat et froid ; ces hommes tentaient sans cesse des expéditions sur les côtes voisines plus favorisées par le climat. La vie des jeunes gens se passait à la mer, car ils savaient façonner de longues barques solides, sur lesquelles ils ne craignaient pas d’affronter les tempêtes. C’était même pendant les mauvais temps de l'automne et du printemps qu’on les voyait préparer leurs expéditions. Prenant la mer alors, ils cinglaient vers les côtes de la Bretagne ou du pays des Francs, entraient dans les fleuves, débarquaient inopinément dans le voisinage des villages, abbayes ou bourgades, emportaient tout ce qui leur tombait sous la main et se rembarquaient aussitôt pour mettre à l’abri leur butin.
Souvent même ils restaient sur les côtes dans quelque baie écartée et, protégés par des falaises, ils fortifiaient les hauteurs et se jetaient comme des oiseaux de proie sur les lieux habités.
Intrépides, grands, robustes, ne redoutant pas la mort, ils étaient un sujet d’effroi pour les populations côtières, qui n’osaient les attaquer dans leurs repaires.
Leurs barques leur servaient alors d’habitation (fig. 8q).
Mises à sec, à marée haute, sur la plage, à l’aide des mâts et des avirons, les marins formaient une sorte de toit sur lequel on étendait deux voiles triangulaires, car ils en avaient une de rechange et ne naviguaient qu’avec une seule.
Quand ils avaient amassé le butin qui les pouvait satisfaire, ils reprenaient la mer et retournaient chez eux.
. Dans leur pays étaient bâties quelques villes dont les maisons étaient entièrement faites de bois de sapin, trèsabondant sur les montagnes.
Epergos ne fut pas peu surpris en retrouvant, dans ces
habitations, les éléments de structure observés par lui et perfectionnés même sous ses yeux sur le haut Indus, bien des siècles auparavant. Mais l’habitude prise par les populations de construire des embarcations avait apporté dans l’exécution de ces maisons de bois des améliorations notables. Les charpentes étaient soigneusement et solidement assemblées; quelques-unes même étaient décorées de sculptures rappelant grossièrement celles qui ornaient les édifices de TOrient nord-indien. Il en était de même, chez ce peuple, des étoffes tissées; leur coloration, leurs dessins avaient des ressemblances incontestables avec les dessins et la coloration des étoffes fabriquées sur les rampes de l’Himalaya.
Les croyances religieuses des Scandinaves ne rappellent pas moins les premières croyances des Aryas. Gomme ces derniers, ils pensent que les hommes les plus braves et qui se sont distingués par leurs grandes actions sur la terre s’élèvent, au delà de la tombe, au rang des dieux; c'est pourquoi ils ne redoutent pas la mort, mais la cherchent même dans quelque action d’éclat.
Les sacrifices humains sont en honneur chez eux pour fléchir les dieux, aussi bien que les sacrifices d’animaux mâles. On suspend les corps des victimes dans le bois sacré voisin du temple d’Upsal, non loin de la ville de Birka,et les arbres composant ce bois sont considérés comme divins.
Ils reconnaissent l’autorité de chefs militaires ou rois et ont, parmi eux, des familles nobles qui descendent des néros.
Ces rois n’exercent pas une autorité despotique, mais sont obligés de réunir et de consulter les plus illustres parmi les nobles avant de rien entreprendre.
Les hommes de la Scandinavie joignent à ces qualités de bravoure, à une intrépidité que rien ne saurait faire fléchir, l’amour du gain et une astuce peu commune. Tous trouvent les moyens propres à éluder les serments les plus so-
lennels, si leur accomplissement est préjudiable à leurs intérêts. Pour cela, il n’est pas de subterfuges et de finesses qu’ils n’emploient.
Tous ceux qui comptent sur leur simplicité, sur la rudesse de leurs mœurs pour les attirer dans quelque piège, y tombent eux-mêmes infailliblement, car leur perspicacité égale leur ambition, leur rapacité et leur prudence.
Comme leurs ancêtres, les Aryas, ils ont pour habitude, dans leurs demeures, de faire bâtir une grande salle dans laquelle ils réunissent leurs pairs et leurs subordonnés.
Là, on délibère, là, on juge les différents, là, on donne des banquets qui se prolongent pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, et qui se terminent souvent par des rixes.
S’ils croient nécessaire de tenter une expédition très-fructueuse sur un territoire voisin, iis choisissent, comme il vient d’être dit, quelque plage écartée, dominée par un promontoire ou presqu’île à l’embouchure d’un fleuve et s’y fortifient, afin de pouvoir s’y réfugier et s’y défendre en cas de revers, jusqu’à ce qu’une autre expédition leur apporte des secours*, aussi ont-ils grand soin de se mettre en communication constante avec la mer qui les dérobe eux et leur butin à toute poursuite, car aucun peuple ne sait tenir la mer et la franchir avec rapidité, comme le savent faire ces hommes du Nord.
Les habitations des personnages importants parmi eux présentent une agglomération de bâtiments de dimensions et destinations variées, disposés sans symétrie , mais en raison de la convenance de chacun. Les plus vastes, parmi ces demeures, ressemblent à des villages, car chaque pièce, où à peu près, est une maison, petite ou graiïde, suivant le besoin. Ces maisons sont ou juxtaposées, se joignant par un point ou séparées, et mises en communications alors les unes avec les autres par des galeries de bois fort basses.
Couvertes de bardeaux de pin ou de lames de schiste, elles
n’ont qu’un rez-de-chaussée, et souvent même sont en partie creusées dans le sel, afin de mieux garantir les habitants contre le froi'd. Des palissades, des haies, des fossés entourent l’habitation, car les hommes de cette contrée tiennent fort à leur indépendance, et les villes mêmes semblent une agglo-
mération d’établissements possédant chacun son enclos, plutôt qu’un assemblage de maisons juxtaposées donnant sur la voie publique. Pour éviter l’accumulation des neiges sur les toits, ceux-ci sont à pentes très-raides.
Les Scandinaves élèvent des chevaux et sont bons cavaliers. Les grandes prairies de leur pays fournissent le four-