OL. CXV, 1] MESURES DE POLYSPERCUON
arrivée ou non à Pella, on y savait certainement qû'Eumènc était toujours retranché dans sa forteresse ; on était sûr que jamais il ne ferait cause commune avec Antigone : c'était bien l'homme capable de tenir tête aux ennemis de la royauté. Si Polysperchon réussissait à le gagner, on pouvait dire que la victoire en Asie était décidée. On lui fit dire, au nom des rois, que son heure était venue; qu'il ne devait engager aucune négociation avec Antigone, mais persévérer dans sa fidélité envers les rois. Polysperchon attendait une décision de sa part, soit qu'il lui plût de venir en Macédoine exercer conjointement avec lui le gouvernement général, soit qu'il préférât rester en Asie comme stratège, avec de pleins pouvoirs et armé des ressources nécessaires en hommes et en argent pour faire la guerre à Antigone, qui ne faisait plus mystère de sa défection. La satrapie qu'Antigone lui avait aiTachée lui fut confirmée au nom des rois, ainsi que toutes les possessions, donations et biens qu'il avait eus en Asie : comme dédommagement pour les pertes qu'il avait subies jusqu'à présent, il devait prélever 500 talents sur le Trésor qui récejmment avait été transporté à Cyinda par les argyraspides. Les 3,000 argyraspides eux-mêmes reçurent Tordre de lui prêter serment s'il avait besoin de troupes plus nombreuses; le gouverneur général en personne, avec les rois et toute l'armée de la Macédoine, accourrait en Asie pour châtier avec lui les traîtres qui profanaient la mémoire d'Alexandre. C'eût été certainement la plus efficace des mesures décidées à ce moment, si l'ordre des rois et du gouverneur général avait suffi à procurer à Eumène assez de forces et d*argent pour qu'il pût rendre tous les services qu'on attendait de lui.
Durant plusieurs mois*, en effet, du haut de son nid
•) Diodore(XVlll, 53) emploie des termes inexacts quand il dit : eviaixxtov o<J<nîç TTjç «oXiopxtaç. Cornélius Népos (Eumen, 5) précise : tenuU se unoloco (fuamdiu fuit hiemSj — ver adpropinquabatf simulata deditione^ etc. Le siège ne peut pas avoir duré beaucoup plus de six mois. La sortie de Nora el ce qui s'ensuit sont des faits qui appartiennent certainement à l'année 319 : Diodoreles raconte à sa manière, c'est-à-dire que, pour suivre le fil de son récit, il transpose le? événenienls et relaie les premiers plus tard, à l'année 318.
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J78 EUMÈNE A iNORA [H, 1
d'aigle, il avait bravé les assiégeants et leur avait intligé des pertes sensibles, de différentes manières, sans qu'ils eussent pu eux-mêmes l'atteindre : exerçant ses chevaux dans ce réduit exigu, plaisantant au milieu des maigres repas qu'il partageait avec ses fidèles, et coupé de toute communication avec le monde extérieur, il attendait tranquillement ce que le temps lui apporterait. C'est ainsi que l'hiver s'était passé; le printemps arriva sur ces entrefaites; Antipater mourut en Europe ; Cassandre se réfugia chez Âniigone ; les armements commencèrent pour une grande lutte contre le gouverneur général et les rois. Eumène ne savait rien encore de tout cela; il croyait que son ami Hiéronyme négociait toujours avec Antipater, et qu'il pourrait bientôt rentrer furtivement dans le fort avec une bonne nouvelle*. Un beau jour, Hiéronyme revint en effet devant les portes du fort, mais ouvertement et accompagné par 'les assiégeants, qui lui faisaient honneur. Dans l'état actuel de nos sources, on ne peut savoir s'il était arrivé à temps en Macédoine pour négocier encore avec Antipater. Cette fois-ci, il venait de la part d'Antigone, avec les propositions suivantes' : Antigène lui réitérait ses premièrest propositions, le priant d'oublier les anciens dissentiments et de conclure avec lui alliance et amitié, d'être le premier entre ses lieutenants, le compagnon de tous ses succès. Il recouvrerait sur-le-champ tout le territoire qu'il avait possédé autrefois, avec espoir de pouvoir y ajouter bientôt de plus grands do-
*) A quo cum (ntxilia Eumeni missaAntigonus didicisset,ab obsidione vecessit (Justin., XIV, 2), D'après le contexte, a quo désigne Antipater; Justin, dans son abrégé sommaire, a probablement passé les phrases où. il était question de Polysperchon, auquel il feiut rapporter a quo.
S) ToOxov ds {uyolXaic ficopeal; icpo9xa).e<Ta|ievo; iloLTiiaxtikt icpE96euTr,v x. t. >. (DiODOR., XVIII, 50). On a prétendu trouver là la preuve certaine que Diodore n'a pas puisé ses renseignements dans Hiéronyme, attendu qu'évidemment Hiéronyme n'a pas pu se donner lui-môme pour un individu acheté. Que Ton ne tienne pas compte de la mention que fait Diodore dans ce même passage des écrits d'Hiéronyme (xbv Totp t(rcop(a; ypi<|/avTfl{), soit : mais le fait que, deux lignes plus loin, Antigone fait offrir à Ëumône, par l'intermédiaire d'Hiéronyme : YcvioOat ^{Xov r.cà au(i.(iaxov aÙTb> xa\ >aSclv $a>peà; icoXXaicXY)(r{ouc wv icpixepov v)v èaxv)xâ>c xa\ ^STpàiceiocv fuî^ova x. t. X. aurait dû interdire une pareille argumentation, sans compter les expressions analogues qu'on rencontre ailleurs (Diodor., XX, 28) et sur lesquelles nous reviendrons plus loin.