‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 134 sur 457 · OL cxv, 2] olympias et les athéniens · texte numérisé non relu

OL cxv, 2] olympias et les athéniens

qui, chaque jour de marché, apportaient des vivres du Péloponnèse; il pouvait encore à bref délai réduire aux plus terribles privations cette population si mal pourvue d'approvisionnements. On désespérait de s'emparer de vive force du port, bien fortifié par lui-même, suffisamment défendu par les troupes de Nicanor. D ne restait plus qu'à tenter la voie des négociations. On envoya donc comme ambassadeurs à Nicanor, en compagnie de Phocion, Conon et Cléarchos ' ; tous deux étaient des hommes riches, très considérés, le premier, fils de l'illustre Timothéo, l'autre, du stratège Nausiclès. Ils avaient pour mission de protester au nom du peuple contre l'occupation irrégulière du Pirée et de demander qu'on accordât aux citoyens l'autonomie et rindépendance qui leur avaient été assurées par le décret royal; qu'en attendant, à tout le moins, le port ne fût pas barré. Nicanor répondit qu'il fallait s'adresser pour cela à Cassandro, qui l'avait nommé commandant de la garnison ; lui ne pouvait agir de son propre chef.

Vers le même temps, Nicanor reçut aussi de la reine Olympias une lettre lui enjoignant de rendre aux Athéniens Munychie et le Pirée; il apprit du même coup qu' Olympias, étant dans les meilleurs termes avec le gouverneur général, retour-* nerait prochainement en Macédoine pour se charger de l'éducation du jeune roi et exercerait une grande influence sur les affaires de l'empire. Celte union dans les sphères du pouvoir, ce mouvement prononcé en Grèce en faveur de Polysperchon et de son parti, enfin, le fait qu'il ne se sentait pas lui-même en mesure de résister à une attaque sérieuse et que l'arrivée de Cassandre, qu'on attendait avec de grandes forces, paraissait bien reculée, le décidèrent à faire en attendant les promesses les plus gracieuses, pour gagner du temps tout au moins et ne pas pousser les choses à la dernière extrémité.

*) Conon est plus connu par ses liturgies que par ses actes (Voy. Seeurkunden, X, 39 et les remarques de Bôckh sur ce texte). Ce Cléarchos, que mentionnent les Seeurkunden (XÏII, a 70. 120. 160. XIV, c. 238) est le fils de... évouç Atyioe^:, si toutefois... ivouç est la leçon exacte. Comme on trouve plus loin {XIV, 238) napà NavoixXiouç 'OyjOev xXr)pov6|iov KXeâpxov AtYiXiû;, on peut supposer que le testateur de dème différent était son parent du cdté maternel.

«) DiODOR., XVIII, 66.

204 ALEXANDRE EN ATTIOUE jH, i

Les Athéniens étaient remplis de joie par la lettre de la reine : ils croyaient déjà avoir recouvré leurs ports, et s'imaginaient que la liberté et l'indépendance du bon vieux temps étaient revenues. Ils se réjouissaient de cette entente cordiale avec la royauté macédonienne, qui, suivant la promesse de Nicanor, devait leur rapporter à eux aussi, et tout de suite, une foule d'avantages. Mais les jours succédaient aux jours, et Nicanor ne s'en allait pas. Alors arriva la bonne nouvelle qu'une armée macédonienne allait entrer en Grèce, et que Polysperchon envoyait en avant un corps de troupes sous les ordres de son fils Alexandre, qui allait venir en Attique pour délivrer les ports. Alexandre arriva en effet avec ses troupes, accompagné d'un grand nombre d'Athéniens qui étaient les uns des bannis, les autres des émigrés de l'an 322. Des étrangers s'étaient joints à eux, des gens sans aveu, des esclaves fugitifs et des vagabonds de toute sorte, qui entrèrent dans la ville sous le nom de bons citoyens athéniens et remplirent désormais rassemblée populaire, pour tenir, au milieu des clameurs et du vacarme, des séances vraiment démocratiques.

Cependant plusieurs de ceux qui avaient dirigé jusque-là la cité, et parmi eux Phocion, s'étaient rendus auprèsd' Alexandre. Ils pouvaient se dire que Nicanor, s'étant conduit comme un ennemi de la ville en occupant le Pirée, comme un antagoniste déclaré de l'empire en renvoyant l'affaire à Cassandre, avait rompu lui-même de cette façon les liens qui les attachaient jusque-là, eux et la ville, au commandant macédonien; ils pensaient faire une démarche correcte en s'adressaQl à Alexandre, qui venait au nom des rois et qui présentement pouvait plus nuire à la ville et au pays que Nicanor ne pouvait lui faire de bien. Ils lui firent entendre combien il serait à désirer que l'Attique ne fût pas dégarnie de force armée, maintenant que la lie de la population était revenue et qu'il fallait s'attendre à toutes sortes de dissensions intérieures et de désordres. Seule la force armée pouvait intimider jusqu'à un certain point la populace. C'est pourquoi ils conseillèrent au général d'occuper les ports avec ses troupes, et de ne les rendre aux Athéniens qu'après la défaite de Cassandre. Alexandre, qui campait déjà aux environs du Pirée, préféra poursuivre

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