‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 150 sur 457 · OL. cxv^ 4J eurydicë contre olympus · texte numérisé non relu

OL. cxv^ 4J eurydicë contre olympus

plus actifs et les plus énergiques des Macédoniens; à la tète de Tannée, elle marcha à la frontière, au-devant de Tennemi, pour lui barrer l'entrée du pays; son camp était à Evia*. Olympias désirait voir terminer la guerre d'un seul coup. Les deux armées campaient Tune en présence de Tautre ^ Mais les Macédoniens, dans Tarmée d'Eurydice, déclarèrentque jamais ils ne combattraient contre la mère de leur grand roi ; ils passèrent du côté d'OIympias. Aussitôt après, Philippe Airhidée fut fait prisonnier avec toute sa cour. Eurydice réussit à s'enfuir àAmphipolis avec un de ses intimes, Polyclès; mais elle y fut rejointe et mise sous bonne garde. Partout la Macédoine accueillit avec allégresse la mère du grand Alexandre. Elle avait maintenant le pouvoir de venger toutes les insultes qu'elle avait subies; les sombres passions de cette âme sauvage, qui avaient couvé durant de si longues années, éclatèrent avec une énergie d'autant plus redoutable. N'était-ce pas Antipater qui l'avait outragée, elle, la mère du conquérant du monde, et l'avait forcée à s'enfuir en Lpire ? N'était-ce pas lui qui avait traduit sa fille Cléopàtre devant un tribunal macédonien pour demander sa mort? N'était-ce pas son fils à cet Antipater, lollas, qui, au dire de tout le monde, avait donné à Alexandre la coupe empoisonnée? N'était-ce pas encore un fils d' Antipater qui, allié avec les potentats rebelles de l'Asie, luttait contre le gouverneur général, comme champion de cette odieuse Eurydice ? Elle se rappelait aussi le passé. Souvent le roi Philippe l'avait délaissée pour des femmes thraces ou thessaliennes. Elle détestait les bâtards, comme jadis elle avait brùlé de ja-

*) En ce qui concerne la situation géographique d'Ëvia, je ne sais rien de plus que ce que Wesselino (ad Diodor. XJX, H) cite de Cl. Ptolémée, c'està-dire, que la ville se trouve sur la frontière des Dassaréliens. L'endroit en question serait donc aux alentours du lac Lychnitis, par conséquent, au nord de rÉpire, dans la région que possédait jadis Tlllyrien Clilos (Cf. Hist, iCAlexandre, p. 115. i32, 3), et où plus tard son fils Fleuron et son pelit-fils Agron s'étaient constitué une principauté. Probablement, les voies plus proches de la frontière thessalienne étaient barrées par les alliés de Cassandre en Thessalie, et Tlllyrie était alliée avec i£acide.

') Douris (fr. 24, ap. Athen. XIII, p. 560) raconte à sa manière comment Olympias et Eurydice menèrent leurs armées au combat, la première à la façon des bacchantes, au bruit des tympanons, l'autœ en Amazone, armée à la macédonienne.

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lousie contre leurs mères; elle haïssait cet Arrhidée idiot, fils d'une danseuse thessalienne ; elle haïssait doublement cette Eurydice, la fille de la sauvage Cynane, elle qui, dans sa présomption, avait songé à s'emparer deTempire par un coup de main. Ce coupleodieux, leurs partisans, les amis de Cassandre, tous ceux qui l'avaient outragée jadis pour faire leur cour à Antipater, toute la Macédoine enfin était maintenant dans sa main. On eût dit que, dans son âme, il n y avait plus qu'une seule et unique pensée, la pensée de la vengeance. Elle ordonna d'emmurer Arrhidée et Eurydice dans un étroit espace, et de leur faire passer par une petite ouverture des aliments, juste assez pour que la mort par la faim ne finît pas trop vite leurs tortures. L'effroyable supplice de ces malheureux la comblait de joie; elle prenait plaisir à y ajouter de nouvelles tortures. Les cœurs endurcis des soldats en furent eux-mêmes touchés; bientôt le mécontentement fut général. Pour prévenir un éclat, la reine ordonna à quelques Thraces de percer de leurs flèches le roi dans sa tour. Eurydice, hautaine jusque dans la mort, criait tout haut, de façon à être entendue des* passants, qu'elle seule avait des droits à la royauté; que son père Amyntas avait été frustré du trône, son héritage paternel, par le roi Philippe et mis à mort par le roi Alexandre ; elle était rhéritière de la royauté et Tépouse du roi de Macédoine. Bientôt après, Olympias lui envoya une épée, une corde, et une coupe de poison, en lui disant de choisir ; sans laisser échapper une plainte, mais suppliant les dieux de faire qu'un jour Olympias fût heureuse de recevoir les mêmes présents, elle pansa les blessures de son époux frappé à mort, le couvrit de son manteau, et, attachant sa propre ceinture au chambranle delà porte, elle se pendit*. Ainsi débarrassée du roi et de la

*) DiODOR., XIX, 11. JEliak., Var. Uisl, Xlll, 36. Palsan., VIII, 7,7. I, H, 3. Justin., XIV, 5, 3. Le texte de Dexippos (ap. Syncell., p. 504 éd. Bonn.) est fortement corrompu. Le Canon des Rois, document parfaitement authentique, qui fait commencer la première année de Philippe au i**' Thoth 324, lui accorde sept anni^es, autrement dit, fait finir sa dernière année ennovembre 317. On trouve une indication plus exacte dans Diodore (XIX, 11) : paaiXéa yeyevTiiiévov eÇ ïxri xol\ i^Çiva; TétTapa;. Si l'élévation d'Arrhidée au irône a eu lieu vers le commencement de juillet 323, sa mort tombe à la fin d'octobre ou au commencement de novembre 317, sous rarcbontat de

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