‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 187 sur 457 · OL. cxv, 4] mort d'eumène · texte numérisé non relu

OL. cxv, 4] mort d'eumène

prendre une résolution, avait à plusieurs reprises mis en discussion dans le conseil le sort ultérieur d*Eumëne. Néarque et le jeune Démétrios furent les plus ardents à plaider la cause du prisonnier, disant que leur propre intérêt exigeait qu'on le sauvât. Ce serait d'un mauvais exemple que de couronner par cette mort terrible la trahison des vétérans. Néarque aussi était Grec de naissance : il croyait pouvoir promettre qu'Eumène désormais s'attacherait fidèlement à la cause d'Antigone. Hais la plupart des autres se prononcèrent résolument contre lui; ce n'était pas probablement dans l'intérêt de la cause commune, mais qui n'aurait craint de perdre de son importance, à c6té d'un tel homme, dans l'entourage d'Antigone? Antigone lui-même hésitait entre sa haine contre le seul homme dont il reconnût la supériorité et le désir non moins vif d'utiliser immédiatement à son profit son nom et ses talents. En attendant, des mouvements qui donnaient à réfléchir se manifestaient dans l'armée. Les Macédoniens, et surtout, paratt-il, les arg}n*aspides, étaient irrités et inquiets de ce que cet homme si redouté était encore en vie. Il était à craindre qu'une révolte ouverte n'éclatât si on hésitait plus longtemps. Le stratège ordonna de priver le prisonnier de nourriture. Le troisième jour, quand l'armée se mit en marche, un homme entra dans la prison et l'acheva. On prétend que ce fut à l'insu d'Antigone, par ordre des autres chefs.

Antigone remit le corps d'Eumène à ses amis, avec permission de le brûler et d'envoyer ses cendres dans une urne d'argent à sa famille ^

C'est ainsi qu'Eumène le Cardien finit sa vie si agitée et si remplie, à l'âge de quarante-cinq ans. Il était depuis Fâge de dix-huit ans au service des Macédoniens*. Le roi Phi-

*) Voy. Plutarque, Cornélius Népos et Diodore.

•) Ce qu'on dit de la pauvreté de sa famille, du vil métier de son père, vient certainement de Douris, à qui Plutarque emprunte le fond des deux premiers chapitres de sa Vie d'Eumène. Cependant Plutarque lui-môme fait remarquer que, suivant une autre version, Philippe a attiré auprès de lui le jeune Ëumène 8ià ^evtav xàV çtXfav icaxpâiav, et il trouve môme cette version plus vraisemblable. Le compte des années est fait par Cornélius Népos (Eumen.y 13), probablement d'après Clitarque ; les chiffres ne sont pas tout à fait exacts.

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lippe, de passage à Cardia, l'avait remarqué, emmené avec lui, et, prompt à distinguer de son regard perçant la valeur des hommes de son entourage, avait fait de lui son secrétaire. Il avait exercé les mêmes fonctions, en qualité de premier secrétaire, auprès d* Alexandre, tant que celui-ci vécut* ; puis la faveur des deux rois et ses talents supérieurs l'avaient rendu pour les autres grands de Macédoine un objet d'envie et de jalousie. La prudence qu'il était obligé de montrer dans ses rapports avec eux, pour se maintenir entre les uns et les autres, pouvait, par l'apparence de duplicité qu'elle lui donnait, justifier les soupçons continuels qu'on faisait planer sur cet homme tranquille et intelligent. A la mort du roi commença pour lui une série de conjonctures difficiles : ce n'est pas ce qu'il avait été jusque-là et les services rendus qui assurèrent sa position; il dut chercher à se rendre indispensable. Aussi prit-il la plus grande part à la réconciliation de l'infanterie et de la cavalerie dans l'été de 323 ; cet accord, qui fonda le nouveau régime, fut en grande partie son œuvre. Les circonstances l'obligeaient à se dévouer complètement à la cause de la royauté : il lui resta fidèle jusqu*au dernier moment. Ce qui le perdit, c'est qu'il ne voulut ou ne put lutter que pour elle, sans songer jamais à gagner, à acquérir et posséder pour son propre compte. Il servait une cause perdue. Il a aussi une tache qui le suit partout ; toutes ses victoires, toute la renommée, toutes les qualités éminentes qui le distinguent, ne peuvent faire oublier aux Macédoniens, grands ou petits, qu'en définitive il n'est qu'un Grec. Quoi qu'il pût faire, qu'il trouvât un moyen de salut dans les moments les plus critiques, qu'il forçât la victoire par les plans les plus audacieux, tout cela ne comptait que sur le moment. Cet homme infatigable recommence incessamment le travail de Sisyphe. C'est avec une habileté et une vigueur incroyable qull soumet les circonstances à sa volonté et se fait le pivot des événements. Il domine la foule, tantôt par des flatteries, tantôt par un prestige qui lui impose ;

') D'après Arrien (VII, 14, iO), Cornélius Népos se trompe en disant qu'à la mort d'HéphesLion, Alexandre a nommé Perdiccas pour le remplacer comme chiliarque (*/iXiapx*« 6ic\ tri iiriro) xîj èTaipixîj) et transféré Tbipparchie de Perdiccas à Eumène.

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