‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 188 sur 457 · OL. CXV, l] ANTIGONE EX MÉDIE · texte numérisé non relu

OL. CXV, l] ANTIGONE EX MÉDIE

il force les hommes les plus distingués à suivre la voie où il veut les mener; les partis le recherchent; il est comblé d'honneurs et de témoignages de confiance ; il devient le chef dirigeant et unique; il est à la fin le vainqueur; et toujours c'est ce vice originel, de n'être qu'un Grec, qui entrave ses projets, arrête le cours de ses victoires et le fait succomber. Ainsi, toujours dans la situation d'un proscrit, détesté par tous bien qu'indispensable, on le méprise quoiqu'il soit le sauveur; il n'est qu'un instrument. Enfin, aigri au fond de l'âme, incertain, ne sachant quel parti prendre, il est livré à son mortel ennemi par la trahison la plus perfide, que l'armée et les chefs trament à Tenvi contre lui.

Antigone, après la bataille précitée, s'était mis en marche et avait regagné en Médie ses quartiers d'hiver*, avec son armée considérablement renforcée. Il établit son quartier général dans une des localités voisines d'Ecbatane. Ses troupes campaient réparties dans toute la satrapie, notamment dans le pays de Ragae, le long des montagnes Caspîennes; Pithon était dans les conti'ées les plus reculées de la Médie. Antigone, si complète que fût sa victoire, voyait son armée trop éprouvée, et les nouvelles troupes comptaient des éléments trop difficiles, trop peu disciplinés, pour qu'il pût pousser jusqu'au bout ses avantages et en tirer toutes les conséquences. Peut-être aussi voulait-il d'abord laisser agir le bruit de la révolution complète qui venait de se produire, et son nom s'entourer d'une auréole dont il pourrait tirer grand parti pour ses plans ultérieurs.

En effet, il était maintenant maître de toute l'Asie ; non seulement il avait dans sa main le salut ou la perte des grands qui avaient lutlé contre lui, mais encore sa situation avait complètement changé vis-à-vis de ses auxiliaires et alliés. Pithon regrettait certainement d'avoir attiré dans ces contrées, dont il avait espéré devenir lui-même maître absolu, l'homme devant lequel le monde entier, et lui comme les autres, semblait devoir bientôt se courber.

') wap£X2'-!Aa<is (Diodor., XIX, 4i, 4) ; plus loin (46, i), •/^^I*»^*^'^ t'^ xTt Mvjôtaa trait encore aux mômes quartiers d'hiver, qui prennent fin ave^ àvfltXa^v TTjv ôuvapiiv (46, 6), avec le départ pour Persépolis.

286 liNTRIGUES û£ PITHON [II, 2

Fut-ce particulièrement la crainte des empiétements ultérieurs d*Antigone qui poussa Pithon, fut-ce sa nature remuante et son aveuglement, toujours est-il qu'il résolut de prévenir le danger. Il lui sembla qu'il était encore temps : la nouvelle puissance d'Anligone n'était pas encore assez solidement établie ; tout le monde était encore dans la surexcitation et dans la crainte. Le parti dispersé d'Ëumène ne paraissait avoir besoin que d'un nouveau centre pour engager de nouveau l'action. On pouvait attendre d'un grand nombre de satrapes qu'une fois l'impulsion donnée, ils prendraient facilement parti contre le trop puissant stratège. Pithon commença ses intrigues. U réussit, par des présents et des promesses, à gagner des troupes dans les cantonnements les plus voisins, à enrôler de nouveaux corps de mercenaires à son service, à se procurer de l'argent et à tout préparer pour une nouvelle levée de boucliers.

Antigone fut mis au courant de toutes ces machinations. Il fallait obvier sans tarder au péril. Une lutte ouverte paraissait sinon incertaine quant au succès, du moins une perte de temps; c'était aussi une concession faite à une rébellion qui ua méritait que le châtiment. U essaya d'arriver à son but plus sûrement et sans éclat. Il traita ces révélations de calomnies, affectant de supposer qu'on voulait relâcher les liens d'amitié qui l'imissaient à Pithon : il ne pouvait croire que Pithon eût de tels projets en tête alors qu'il était sur le point de lui remettre S, 000 Macédoniens et 1 ,000 Thraces. U fit savoir qu'il songeait à retourner prochainement du côté de la mer ; il laisserait Pithon comme stratège des satrapies supérieures avec des forces suffisantes, et il savait sa cause parfaitement en sûreté entre de telles mains. U écrivit à Pithon en personne pour lui dire qu'il désirait l'entretenir avant son départ, afin d'arrêter, de concert avec lui, les mesures nécessaires et de lui remettre les troupes qui lui étaient destinées. Ces lettres d'Antigone arrivèrent chez Pithon avec d'autres de ses amis du quartier général, qui lui certifiaient qu'en efl*et Antigone se préparait à partir ; on avait déjà désigné les troupes qui devaient rester avec lui, le futur stratège des satrapies supérieures. Pithon conclut de tout cela que' son plan était com-

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