LA ROYAUTÉ D ANTIGONE
Tel est le récit de Plutarque * ; il ne faudrait pas trop croire d'après lui que ce discours si fécond en conséquences d'Arîstodémos n'a été rien autre chose qu'une flatterie de son invention. Aristodémos était un des plus haut placés parmi les généraux d'Antigone, et non, comme Plutarque et certains modernes* Tout dit d'après lui, un de ces nombreux et misérables flatteurs qui s'empressaient autour des potentats ; il était initié aux plans et à la politique de son maître, qui non seulement Tavait employé à plusieurs reprises à des négociations importantes, mais qui lui avait confié souvent le commandement en chef de grandes expéditions. Si l'on considère de plus que l'objet de la guerre de Cypre était le diadème, la royauté ; que seule la rivalité de Ptolémée, aujourd*hui vaincu, avait empêché qu'on ne disposât du trône vacant ; que l'opinion publique n'agitait plus que la question de savoir si Antigone deviendrait roi ou non ; si l'on pense à l'impression que dut produire sur elle, sur l'armée macédonienne à Cypre, sur tous ceux qui appartenaient au parti d'Antigone, cette glorieuse victoire de Salamine, on comprendra que la manière dont Aristodémos prononça pour la première fois le nom de roi n'était qu'une façon plus solennelle de saluer son stratège et son maître : il est vraisemblable qu'il le fit par Tordre de Démétrios ; peut-être Antigone était-il dans la confidence ; il s'agissait de produire sur |le peuple une impression imposante ; en résumé, ce fut une de ces mises en scène officielles destinées à donner une expression à un fait auquel il ne manquait plus que cela pour être reconnu de tous. Elle atteignit complètement son but ; l'universelle acclamation des spectateurs était la sanction de cette royauté nouvelle, qui ne dédaignait pas de chercher une apparente légitimité dans la volonté
tant au droit la proue d'une trirème en mer, sur laquelle se tient debout la Victoire (Niké) avec un trophée, sonnant de la trompette et lancée en avant. On a reconnu depuis le modèle de cette victoire dans Ist statue de Niké trouvée à Samothrace.
*) Plut., Bemelr, 17. Le reste dans Appian , Syr. 54. Diodor., XX, 53. Justin., XV, 2 etc.
*) GiLLiES, par exemple, qui s'exprime ainsi (p. 419) : « The flattering buffoon Aristodemus, who conveyed the news in a manner suitable to the vile servility of bis cbaracter ».