CHAPITRE QUATRIExME
L'année des rois. — Situation d'Anligone. — Armements contre TÉgypte.
— Expédition de Farmée et de la Hotte. — Tentatives de débarquement.
— Retraite d'Antigone. — L*État rhodien. — Brouille entre Antigone et les Rhodiens. — Armements à Rhodes. — Débarquement de Démé- Irios. — Siège de Rhodes. — Paix avec les Rhodiens. — Pyrrhos roi d*Épire. — La démocratie restaurée à Athènes. — Démocharès. — La loi de Sophocle. — Attaque de Cassandre conti-e Athènes. — Débarquement de Démétrios à Aulis — Son séjour durant Thiver à Athènes.
— Son expédition dans le Péloponnèse et à Corcyre. — Démétrios à Athènes.
Antigone portait donc la couronne royale, mais il s'en fallait de beaucoup qu'il eût réuni tout Fempire sous sa main. Il avait espéré que Ptolémée, après la destruction complète de sa puissance maritime, renoncerait à toute résistance ultérieure, qu'il le reconnaîtrait, lui et la royauté restaurée, et se soumettrait à sa puissance. Mais Ptolémée, maître d'un pays riche, admirablement gouverné, dévoué à sa personne, ne se sentait pas le moins du monde anéanti. Il n'avait jamais eu pour but de devenir le maître de l'ensemble, mais il était prêt à combattre à outrance pour être et rester maître de la portion qui lui était échue, maître dans le sens et l'étendue de la puissance qu'Alexandre avait pu avoir sur le tout. Lorsque la nouvelle parvint en Egypte qu'Antigone avait été proclamé roi par son armée, les troupes du Lagide, dit-on, n'hésitèrent pas à user du même droit et à saluer roi leur maître* ; elles témoignaient ainsi que, malgré la défaite de Cypre, elles n'a-
^) DiODOR., XX, 53. Plut., Demetr., 18. Justin., XV, 2. Appian., Syr. 54, Ces auteurs sont unanimes à affirmer que Ptolémée, malgré sa défaite à Cypre, a pris le titre de roi (àvéypa^l'sv âauxbv pomiXtoL ) ; il a dû certainement le
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valent pas perdu courage, mais que, attachées fermement et fidèlement à leur maître, elles étaient prêles à défendre sa souveraineté contre celle d^Antigone, qui n'était pas plus fondée en droit. Depuis ce moment, Ptolémée fut roi et porta ce titre * .
Ce qu'Antigone et Ptolémée avaient fait, pourquoi les autres chefs renonceraient-ils à le faire ? Antérieurement déjà Séleucos avait été appelé roi par les Barbares et salué à la mode orientale ; à partir de ce moment, il porta le diadème *, même quand il donnait audience à des Hellènes ou à des Macédoniens ; il compta les années de sa royauté à partir du temps où, revenant de TÉgypte, il avait reconquis Babylone. Lysimaque de Thrace prit aussi le diadème et le titre de roi ; Cassandre de Macédoine aussi se fit appeler roi, oralement et par écrit, quoiqu'il évitât de prendre lui-même ce titre en signant'.
faire, par conséquent, avant l'automne de 306, car à ce moment-là, après la malheureuse expédition d'Antigone en Egypte, expédition dont on. trouvera plus loin le récit, la chose n'eût plus eu rien d'étonnant. D'après l'usage suivi dans le Canon des Rois, le règne de Ptolémée aurait dû y être daté du commencement de l'année égyptienne qui tombe immédiatement avant, c'est-à-dire du !«' Thoth de la 18® année de Philippe (8 novembre 307). Au lieu de cela, le Canon le fait dater de deux ans plus tard, du 7 novembre 305. Et c'était bien là le comput officiel ; on en a la preuve par l'inscription du prêtre An-em-hi, qui est mort le 8 juin 217, à l'âge de 72 ans 1 mois et 23 jours, étant né le 4 mai 289, « en la 16® année du règne de Soter ». Par conséquent, le règne de Ptolémée Soter date officiellement du 1'^'' Thoth (7 nov.) 305. (Voy. Pinder et Friedlvender, Beitràge zur àlteren Mûnzkunde, p. 11). L'écart entre le calendrier et les auteurs est difficile à combler, si Ton ne veut pas admettre que la prise de possession du titre de roi a eu lieu à Alexandrie après le 7 novembre 306, et que la nouvelle année une fois commencée a compté jusqu'à la fin, d'après l'ancien système, comme l'an 19 a après Alexandre ».
*) Ce qui soulève ici des complications inextricables, ce sont les dates des monnaies attribuées à Ptolémée. Les opinions des numismatistes sont sur ce point tellement divergentes, que l'histoire ne peut encore en tirer aucun résultat certain. 11 suffit de renvoyer à Pinder, Die Aéra des Philippos auf ilfànsen(dans les BeitràgeàQ Pinder et Friedlœnder, 1851)età Fr. Lenormant, Essai sur la classifkation des LagideSy 1855. Même la substitution par les Lagides de l'étalon monétaire phénicien au système attique introduit partout par Alexandre ne semble pas fournir encore de point de repère fixe pour la chronologie.
*) Plut., Demetr.y 18.
^J ûxTicep iip6Tspov e'icoOei xàç êm<TToXàç (Plut., Demelr,, 18). On rencontre beaucoup de monnaies avec le nom de Cassandre roi.