‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 292 sur 457 · OL. cvxni, 3] l'année des rots · texte numérisé non relu

OL. cvxni, 3] l'année des rots

Il est digne de remarque que, sauf ces cinq potentats, les autres satrapes et stratèges de l'empire d'Alexandre ne s'attribuèrent pas la dignité suprême ; c'est un signe certain qu'ils n'étaient déjà plus les égaux des premiers et ne pouvaient se considérer, à leur exemple, comme les possesseurs souverains des différentes fractions de l'empire, mais qu'ils se subordonnaient aux nouveaux maîtres , dont ils devenaient les hauts fonctionnaires. Même en dehors du territoire immédiat de l'empire, le titre de roi semble s'être rapidement répandu. Mithridate III du Pont, Atropatès de Médie, peut-être aussi les détenteurs du pouvoir en Arménie, en Cappadoce, ont dû s'attribuer le diadème en ce moment ; de même Agathocle de Syracuse*, Denys d'Héraclée, que l'on surnommait le Doux, prirent le titre de roi '. La royauté, ou, pour mieux dire, le pouvoir souverain, est l'idée motrice du temps, la forme qui sert à faire sortir des ruines de l'ancien ordre de choses de nouveaux organismes politiques ; dans toutes les autres formes sociales, le besoin de la conservation personnelle pousse à une concentration semblable, et les modèles sur lesquels elles croient devoir se transformer sont ces puissances politico-militaires de l'empire démembré d'Alexandre dont le titre légal est la conquête, dont le type est l'armée, pour qui la vie politique consiste à se maintenir en face de leurs voisins, à se fortifier par des luttes perpétuelles avec eux, et qui, dans les traités internationaux et les questions de droit des gens, ont pour idéal un système d'États cherchant leurs garanties dans l'équilibre des forces. Aucun de ces empires n'a d*autre légitimité que celle qui résulte de son existence, et la seule consécration supérieure que les princes puissent donner à leur puissance, c'est qu'ils se font rendre un culte et se placent sur la même ligne que les dieux. C'est une situation dont l'époque qui va suivre se réserve de développer les conséquences.

Au point de vue historique, cette année des rois est la catas-

*) DioDOR., XX, 54. Diodore dit expressément qu'Agathocle *y fut déterminé par Texemple d*Antigone, de Cassandre, de Lysimaque. «) Memnon ap. Phot., p. 224 b. 25 [IV, 7], sans date précise, il est vrai.

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Irophe décisive qui mil fin à l'empire fondé par Alexandre. Il est vrai que, depuis sa mort, le temps a travaillé sans relâche à la ruine de cet édifice gigantesque et à l'émancipation des différents peuples pétris ensemble pour un moment sous l'action de la puissance nouvelle qui implantait en tous lieux la vie hellénistique. Ce qui est remarquable, c'est que le moment même où il n'y a plus qu'un pas à faire pour restaurer complètement la primitive unité, et où une main puissante s'apprête à réunir de nouveau les éléments épars et à les maintenir ensemble avec une énergie nouvelle, soit celui où ce grand jcorps s'effondre pour toujours et où le titre de roi va être, pour les régions géographiques dorénavant séparées, Je germe vivant qui les transformera en nouvelles « individualités politiques ». C'est maintenant, en effet, que prend fin l'empire unique fondé par Alexandre. Si c'était un effet de la nature même de l'hellénisme sur lequel il avait voulu fonder sa création, de cet hellénisme associé à l'élément barbare en vue d'une assimilation et d'une fermentation réciproques, que de se différencier en lui-même d'après la prop«»rtion des éléments associés et leur caractère plus ou moins asiatique, il est évident que cet hellénisme, en se développant, ne pouvait subsister comme corps politique unifié ; il ne pouvait que se dissoudre en différents types ethnographiques nouveaux, dont les différences devaient être caractérisées par les éléments barbares du mélange. L'établissement de royaumes séparés était le premier pas décisif dans la voie de cette évolution, et la récente restauration de la liberté des États helléniques prouve que l'évolution s'opérait même en sens rétrograde.

Il est évident que le titre de roi ne fut pas seulement nominal et qu'il ne contribua pas seulement à entourer les chefs d'une pompe plus brillante ; nous apprenons « que leur attitude à l'égard de leurs sujets devint plus superbe, plus despotique, plus conforme à cette majesté enfin conquise par leur audace ; c'est ainsi que les comédiens, en changeant de costume, apparaissent sur le théâtre avec une autre démarche, une autre voix, d'autres allures' ». Dans tous les cas, les

^) Plut., Demetr», 19. Pour faire apprécier l'étendue et TefOcacité énergî-

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