OL. cxxTii, l] fuite de démétrios
visite à leurs amis et parents : Pyrrhos, disaient-ils, était aussi doux et humain que brave; ils ne pouvaient assez louer sa conduite envers les citoyens et les prisonniers. Des gens envoyés par Pyrrhos vinrent aussi se mêler à eux : le temps était arrivé, disaient-ils, de secouer le joug pesant de Démétrios ; Pyrrhos était digne de régner sur le peuple le plus noble du monde; c'était un vrai soldat, plein de condescendance et de bonté, le seul qui fût encore parent de la glorieuse maison d'Alexandre. Ils trouvèrent des oreilles bien disposées, et le nombre devint grand de ceux qui désiraient voir Pyrrhos. Celui-ci mit son casque, qui était reconnaissable à son grand panache et à ses cornes, pour se montrer aux Macédoniens. Lorsqu'ils aperçurent le royal héros, entouré de Macédoniens et d'Épirotes dont le casque était couronné de feuilles de chêne, ils mirent aussi des feuilles de chêne sur leurs casques et passèrent en foule du côté de Pyrrhos, le saluèrent comme leur roi, et lui demandèrent le mot d'ordi'e. C'est en vain que Démétrios se montra dans les allées du camp ; on lui cria qu'il ferait bien de penser à son salut, que les Macédoniens étaient las de coucher en plein air pour son plaisir. Au milieu des cris ironiques de l'armée, Démétrios courut à sa tente, changea de vêtements, et s'enfuit presque sans escorte jusqu'à Cassandria. L'insurrection grondait dans le camp avec une fureur croissante : on cherchait le roi qu'on ne trouvait pas ; on se mit à piller sa tente, à s'arracher les objets précieux qu'elle renfermait, à se frapper les uns les autres; une véritable bataille s'engagea, et la tente était déjà en pièces lorsqu'arriva Pyrrhos, qui s'empara du camp et rétablit l'ordre en peu de temps * .
Cette crise eut lieu la septième année après que Démétrios était devenu roi de Macédoine * ; l'opinion était tellement révoltée partout contre lui qu'il ne s'éleva pas une voix en sa
') Plut., Demetr, i5. Pyrrh, 11.
«) iicToexiav (Plut., Demetr. 44). Eusèbe (Thetal. Reg. I, p. ^2 et 246 éd. Schœne) attribue à Démétrios 6 ans et 6 mois. On voit par les feuilles de chêne que le fait eut lieu après le printemps et avant la fin de l'automne ; on peut considérer l'année 288 comme tout à fait certaine.
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faveur, sur aucun point du territoire. Il s^était réfugié à Cassandrîa sur le golfe Thermaïque, d'où il s'embarqua en toute hâte pour gagner la Grèce. Phila, Tépouse si souvent outragée du roi fugitif, désespéra de tout salut ; ne voulant pas survivre à la honte de son époux, elle s'empoisonna *.
Cependant, en Macédoine, Pyrrhos avait été proclamé roi du pays. En ce moment, Lysimaque arriva à son tour*, et, se fondant sur ce que la chute de Démétrios avait été leur œuvre commune, il réclama le partage du pays ; on se disputa, et on fut sur le point de décider la querelle par les armes. Pyrrhos aima mieux proposer un arrangement, car il n'était encore nullement sur des Macédoniens; il connaissait leurs sympathies pourle vieux général d'Alexandre. Il abandonna à Lysimaque les pays arrosés par le Nestos, et, à ce qu'il paraît, les contrées que l'on désignait sous le nom de Macédoine nouvellement conquise*. Comme Antipater, le gendre de Lysimaque, qui avait espéré être enfin ramené dans son royaume paternel, se plaignit amèrement avec son épouse Eurydice que Lysimaque lui eût arraché lui-même la Macédoine*, celui-ci le fit mettre à mort : quant à sa fille, il la condamna à un emprisonnement perpétuel *.
La chute de Démétrios excita chez les Grecs les mouvements les plus divers : ils eussent été dès le commencement plus décidés si la flotte égyptienne ne s'était pas contentée, comme il paraît qu'elle le fit, d'occuper quelques ports de l'Archipel. En d'autres endroits, les garnisons macédoniennes et le voisinage du jeune Antigone empêchèrent des scènes plus fâcheuses : le poste important que ce dernier semble avoir laissé à Corinthe maintint sans doute l'ordre dans le Péloponnèse; du moins, on ne nous parle d'aucun mouvement dans la péninsule. Antigone lui-même, à ce qu'il paraît,
') Plut., Demetr, 44.
') D'après Polyœnos (IV, 12, 2), il avait pris Amphipolis par la trahison d*Andragathos.
3) enTjpEe Ne<rrîa)v xa\ MaxcSôvwv (Pausan., I, iO, 2). L'épithète indiquée cidessus dans le texte (veoxrtiToç) doit avoir été omise dans le récit inexact de Ps-Usanias
*) Justin., XVI, 2. D'après Diodore (XXI. Ed. VII, 490) et Eusèbe, AnUpaler aurait déjà été mis à mort par Démétrios.