OL. cxxiii, 1] coalition contre démétrios
la sécurité de chacun des trois rois. Lysimaque était le premier et le plus exposé, car ses possessions d'Europe étaient les plus voisines de la Macédoine et les plus faciles à aborder de ce côté ; le conquérant macédonien devait se tourner d'abord contre elles pour gagner THellespont, et l'Asie-Mineure aurait vite succombé devant une attaque. Sëleucos avait à craindre pour la possession de la Cilicie, et, lors même que le téméraire et infatigable Démétrios ne s'emparerait d'abord que de T Asie-Mineure, c'en était fait de la tranquillité de rOrient si péniblement rétablie. Enfin Ptolémée ne possédait Cypre que depuis peu de temps : si Démétrios venait dans ses eaux avec ses immenses forces navales, cette possession si difficilement conquise était perdue pour lui et l'importance maritime de l'Egypte renaiee en question.
Les trois royaumes, en face d'un danger égal à celui de la dernière lutte contre le père de Démétrios, conclurent ou renouvelèrent la même coalition, afin de pouvoir faire face à l'agression de celui dont le despotisme. menaçait les petits rois, les dynastes, la liberté des villes helléniqueSi la liberté commerciale de Rhodes, de Cyzique, de Byzance, le monde entier ; ils pouvaient espérer que tout le monde se joindrait à eux pour défendre la liberté des États contre celui qui, avec une brutale violence, songeait à rétablir l'empire et la monarchie universelle. On peut rattacher à ces combinaisons politiques le fait que la veuve du jeune roi Alexandre assassiné par Démétrios, Lysandra, fille de Ptolémée, fut mariée à Agathoclès, le fils de Lysimaque ; depuis que Lysimaque avait renoncé formellement aux droits de son gendre Antipater dans le traité de paix de 292, on pouvait prendre parti contre l'usurpateur Démétrios pour la veuve du prince assassiné, comme la seule héritière légitime de la couronne de Macédoine. En effet, Phila, l'épouse de Démétrios, n'était pas la fille d'un roi de Macédoine ; c'est son frère Cassandre qui le premier avait obtenu le diadème. Les alliés invitèrent Pytrhos à se joindre à leur coalition, en lui faisant observer que Démétrios n'avait pas encore terminé ses armements et que son royaume était en proie au désordre ; ils ne comprendraient pas que Pyrrhos ne profitât pas de cette occasion
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de s'emparer de la Macédoine * ; s'il la manquait, le roi de Macédoine le forcerait bientôt de combattre dans le pays même des Molosses pour les temples des dieux et les tombeaux de ses pères. Ne lui avait-il pas enlevé son épouse, et avec elle Tile de Corcyre? N'était-ce pas une raison suffisante pour se tourner contre lui? Pyrrhos promit d'entrer dans la coalition.
Démétrios était encore occupé de ses préparatifs d'invasion en Asie, lorsqu'arriva la nouvelle qu'une grande flotte égyptienne avait fait son apparition dans les eaux helléniques et provoquait partout les Grecs à la défection ; on lui rapporta en même temps que Lysimaque s'avançait de la Thrace contre les provinces du nord de la Macédoine. Démétrios courut sans tarder au devant de l'armée thrace, chargeant son fils Antigone de la défense de la Grèce. Déjà se montraient de fâcheuses dispositions dans son armée ; à peine fut-il parti qu'arriva la nouvelle que P)rrrhos avait aussi pris les armes contre lui, qu'il avait envahi la Macédoine, que, s'étant avancé jusqu'à Bérœa, il avait pris la ville et campait avec son armée sous ses murs, pendant que ses] stratèges parcouraient le pays jusqu'à la mer et menaçaient Pella. Le désordre ne faisait que croître dans l'armée, irritée d'avoir à combattre Lysimaque, un héros, l'un des fidèles d'Alexandre; plus d'un rappelait qu'il avait avec lui le fils de Cassandre, le maître légitime du royaume.
Les dispositions des troupes et le danger que courait la capitale décidèrent Démétrios à se retourner contre Pyrrhos *. Il laissa à Amphipolis Andragathos pour cou\Tir la frontière *, revint en toute hâte avec l'armée, franchit l'Axios et vint camper près de Bérœa en face de Pyrrhos. Un grand norhbre d'habitants de la ville occupée par les Épirotes vinrent rendre
*) Plut., Demetr, 44. Pyrrh. 10 : OayjiaCetv çàaxovTc; si tov oOtoO irpo£(«voç xottpbv... xot\ 6vvdl(&svoc Maxc8ov{ac êx6atXelv avT6v. . ; par conséquent, la coalition lui attribue la Macédoine pour sa part de butin.
*) Pausanias (1, 11, 2) présente les choses autrement; il dit que Démétrios battit Lysimaque à Amphipolis et qu'il lui aurait enlevé la Thrace, si Pyrrhos n'était venu à la rescousse.'