CHAPITRE PREMIER
les villes fondées par ALEXANDRE
a Alexandre, » dit le Pseudo-Plutarque dans la première dissertation sur le bonheur de ce prince*, « fonda plus de soixante-dix villes au milieu des peuples barbares et sema l'Asie de villes helléniques ». On a voulu considérer cette assertion comme fort exagérée; le dénombrement qui va suivre la justifiera suffisamment. Lorsque le bruit se répandit qu'Alexandre avait péri dans l'Inde devant la ville des Malliens, 3,000 colons helléniques partirent de la Bactriane et de la Sogdiane pour retourner dans leur pays ' ; à la mort d'Alexandre, « les Hellènes installés dans les susdites satrapies ■ se réunirent aux lieux de rendez-vous indiqués, au nombre de 20,000 hommes de pied et de 3,000 cavaliers, pour prendre le chemin du pays^; ils furent, paraît-il, défaits en Médie. On ne dit pas jusqu'où s'étendit cette effervescence : il est possible qu'elle ait embrassé les régions de l' Ariane et de rOxus, et pourtant, c^est précisément dans ces contrées que nous trouvons plus tard l'élément hellénistique assez fortement représenté.
Il se peut que toutes les villes qui portent le nom d'Alexandre n'aient pas été fondées par lui. Appien * rapporte que Séleucos donna à quelques-
1) Plut., De fortun. Alex., II, 5.-2) Diodor. XVII, 99. Curt., IX, 17. Les motifs allégués par Q.-Curce sonttoxit différents. — 3) Diouor., XVIII, 7. — 4) AppiAN., B, Syr., 57.
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Stamboul. On a dit que la ville avait porté un moment le nom d'Antigonia et que la population de Cébrène y avait été transportée, mais uniquement sur la foi de quelques écrivains, car la médaille portant la tète de bélier de Cébrène et la légende ANTi*<* que Borrell* prenait pour 'AvTtyovéwv, se trouve être d'après quelques exemplaires du cabinet de La Haye publiés par
Imhoof-Blumer, une monnaie ANTIOXEflN* On peut donc admettre avec ïmhoof-Blumer * que, vers l'époque de la mort de Lysimaque, les Cébréniens sont revenus dans leur ancienne ville et Tout appelée par reconnaissance Antiochia-Cebren. En effet, sur cette pièce marquée ANTI-*«f la face présente la tête laurée d'Apollon avec KE. J'ai parlé ici par anticipation de cette Alexandrie de Troade, parce que, dans les catalogues postérieurs ', elle est toujours inscrite parmi les douze villes bâties par Alexandre, et qu'elle occupe le deuxième rang dans la liste d'Etienne .de Byzance. Du reste, d'après le témoignage irrécusable de Timosthène *, il y avait depuis longtemps dans cette région une Alexandrie ; c'était le lieu (t6icoc) de Tlda où Paris- Alexandre avait, dit- on, prononcé sa sentence.
On verra plus loin que Nicée se trouve, jusqu'à un certain point, mêlée à ces événements.
Après la bataille du Granique, Alexandre passa par Sardes et Éphèse. Est-ce sur cette route que se trouvait tô toO 'AXeÇovôpoy «avSoxetov dont parle Appien ^, c'est une question qu'il faut laisser pendante. Je ne mentionne le temple de Zeus Olympien sur l'acropole de Sardes qu'à cause de certaines analogies qui se rencontreront plus loin. A Priène aussi, Alexandre dédia un temple * ; il voulut en faire autant à Éphèse, si l'on en croit le récit de l'Éphésien Artémidore''. A Magnésie du Sipyle, Alexandre doit avoir installé des soldats ; c'est du moins ce qui paraît résulter d'un passage du traité entre Magnésie et Smyrne*.
Ce qui est plus important, c'est que la construction de la nouvelle Smyrne est également attribuée à Alexandre, Les textes de Pline * et d'Aristide ^® suffisent à confirmer cette assertion. Pausanias** raconte là légende d'après laquelle Alexandre, dormant près du temple de Némésis (irpbç N£|j.£<xeciïv Upbv) aurait vu en songe la déesse qui lui enjoignait de bâtir la ville au pied du mont Pagos; et des monnaies de la ville, datant du règne de Marc- Aurèle, etc., représentent cette légende. Les raisonnements par lesquels Raoul- RocKETTE s'imagine afTaiblir Tautorité de la tradition sont assez étranges. Il dit entre autres choses : « sa marche fut trop rapide pour qu'il ait pu en interrompre le cours par des travaux de ce genre*' ». Mais Alexandre n'est pas davantage allé à Cyzique, à Clazomènes, et pourtant il a fait élever dans ces deux localités de grandes constructions *3. On en pourrait
1) BoïwELi., jVi/m. Chron., Vï, p. (90. — 2) in von Sxllets Num. Zeilschr,t III, p. 306. — 3) Chronicon Pasckale — Alexander de prœliiSj etc. — 4) ap. Stbph. Byz., 8. V. AXe$àv5p£iat. — 5) Appian., B. Mithrid,, 20. — 6) C. L Gilec, II, n* 2904. — 7) Strab., XIV, p. 641.— 8) C. L GftKC, II, n© 3137. — 9) Plw., V, 20.— 10) Ahistid., Palinod.y I, p. 431 éd. Dind. — 11) Pausan., Vil, 5, 2. — 12) Raoul- RocHKTTB, op. cit.f p. 121. — 13) Pausax., VII, 3, 5. Strab., XIV, p. 644.
APPEND. IIÎ, 1] COLONIES d' ASIE-MINEURE 661
dire autant d'Haliarte en Béotie, si l'on pouvait se fier à la notice de VElymologicum Magnum * ; elle paraît digne de confiance, à cause de la régularité qui caractérise les constructions de l'époque d'Alexandre et de l'ûge suivant et que l'on remarque encore dans les ruines. Contre la légende de Smyrne, la première raison à alléguer, c'est l'affirmation expresse de Strabon *, qui attribue la réédification à Lysimaque et Antigone; du reste, ce rêve d'Alexandre est aussi problématique que sa station au temple de Némésis sur le chemin de Sardes à Éphèse.
Après la prise d'Halicarnasse, Alexandre se dirigea sur Gordiéon en passant par la Lycie, la Pamphylie, la Pisidie et la Phrygie. Nous trouvons sur sa route deux villes qui se rattachent à lui. Une troisième, Sagalassos, qui compte aussi parmi ses types monétaires l'Alexandre debout et le nom de ce prince, paraît n'avoir d'autre titre à se parer de cette affinité que le fait d'avoir été prise par Alexandre ; du moins je ne lui en trouve pas d'autre dans les traditions historiques. Il en est autrement d'ApoUonia en Phrygie (aujourd'hui Oloubourlou). La ville est située à quatre milles environ à l'est de CélœnsB, par où passa Alexandre ; on peut donc douter qu'il ait vu de ses yeux replacement, très intéressant au point de vue militaire, de cette ville. Mais, en tout cas, elle porte un nom qui n'est pas un ancien nom indigène; sur ses monnaies, on trouve en toutes lettres AAEHANAPOC. KTICT. ATTOAAflNIAT., et la preuve qu'il ne s'agit pas ici d'ApoUonia en Carie, par exemple, comme Font cru Raoul- Roc hette et Mionnet^, c'est d'abord l'OMONOIA avec les Pergiens, inscrite précisément sur cette monnaie autonome , ainsi qu'avec les Lysiadiens de Lycie* ; ensuite l'existence de deux inscriptions d'Oloubourlou, publiées par Arundell^, dans lesquelles on lit ^ pou>^ 6 Sriixoç AnOAAflNIATnN AYKinN OPAIKHN KOAUNIIN^, sans compter les monnaies avec la légende ATTOAAflNIATnN AYK. 0PA'. On ne saurait décider encore si les monnaies d'ApoUonia avec une divinité fluviale et le mot inTTO<|>OPAC à côté appartiennent à l'ApoIIonia en question*. Mais, étant donnée l'indication si précise qui désigne Alexandre comme u fondateur », associée avec la mention de colons thraces et lyciens, on est en droit d'adjuger ApoUonia à Alexandre, soit qu'il ait, étant à CélœnsB, où il resta dix jours, visité les environs, — ce dont ne parlent pas, il est vrai, les auteurs anciens, — soit qu'Antigone le Borgne, qu'il laissa comme satrape dans le pays, ait proposé la fondation de la viUe®.
Je veux tout au moins faire remarquer que la vUle d'Amorion, à peu près
1) Etym. m. 8. V. — 2) Strab., XIV, p. 646.— 3) Mionnbt, SuppL, VI, p. 469. — 4) EcKHRL, II, p. 578. — 5) Arundbll, DiscoverieSf I, p. 243. — 6) C. 1. Gr^c, III, n» 3696. 8970. II, n» 1114. — 7) Arundell, t6td.,p. 246, d'après Borrell. — 8) MiONRST, III, p. 332. SeSTim, Class., gen. éd. II, p. 95.— 9) Etienne de Byzance dit : u ApoUonia en Phrygie, précédemment appelée Margion. — ApoUonia en Pisidie, appelée auparavant Mordiœon ». L'une des deux est pour nous disparue; celle dont il est question ci-dessus est dans la Phrygie pisidienne, et on ne saurait dire si eUe s'appelait auparavant Margion ou Mordiœon.
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à moitié chemin entre C^^laenae et Ancyre en Galatie, a mis sur une monnaie
d'Auguste la légende AAEEANAPOC AMOPIANflN *.
Etienne de Byzance, sur sa liste de dix-huit Alexandries, place au dixième rang Alexandrie «pb; xtà Adéxjiw tt|; Kotp^ac, «v tj 'Adwviov yiv ^yov llpoLitxiWjz *A9po5tTrjv. Personne, sauf lui, ne dit mot de cette colonie de Carie. Raoîîl-Ro- CHETTB lui applique la mention ttjv irpbç 'Apitav', qui se trouve dans les catalogues postérieurs des douze Alexandries : il est possible, en effet, que cet 'Apiiàv soit là pour le fleuve Harpasos, lequel se jette, il est vrai, dans le Méandre à près de dix milles à Test du Latmos. Peut-être faut-il s'arrêter à la combinaison suivante. Parmi les monnaies d*Alinda en Carie, il en est une de Caracalla et Plautilla, dont le revers présente, à côté d'un ApoUon rencontré sur d'autres monnaies de la ville, une Venus pudica : avec une main, elle tegenda tegit^; avec la gauche, elle tient son vêtement au-dessus d'un bassin. La médaille, que Mionnet a décrite d'après Sestini, provient de la collection de Knobelsdorf et se trouve aujourd'hui au cabinet de Berlin; c'est, autant que je sache, un, exemplaire unique. On déchiffre encore dans la légende du revers les lettres.». |N-«* EUN* Alinda était précisément cette localité où la reine Ada, une fois dépouillée de la principauté de Carie par son frère, s'était retirée jusqu'à la venue d'Alexandre: à ce moment, elle alla au-devant de lui, lui remit sa ville, qui était très forte, et l'adopta; après la prise d'Halicarnasse, elle reçut le gouvernement de la Carie*. Conmie il y a toutes raisons de se fier au catalogue d'Etienne de Byzance'^, on pourrait, pour ne pas sacrifier le renseignement qu'il donne, essayer de la conjecture suivante. Dans cette Aphrodite de la médaille, qui ressemble exactement à celle des monnaies de Cnide, on reconnaît celle de Praxitèle: c'est bien elle qu'Etienne de Byzance dit appartenir à Alexandrie du Latmos. Or, Alinda est près du Latmos^; Alinda possède cette Aphrodite: c'est donc qu'Ada, en l'honneur d'Alexandre, a agrandi sa ville et en a changé le nom, et que, là comme en maint autre endroit, le nom nouveau est vite tombé en désuétude. L'explication , il faut le dire , est moins probante qu'elle ne le paraît: J. Friedlander, à qui je dois l'indication numismatique utilisée cidessus et tirée de la collection de Berlin, pense que cette monnaie d'Alinda pourrait bien être une OMONOIA avec Cnide. Il est vrai qu'il ne reste du fait aucune autre trace; mais il n'est pas davantage question d'Aphrodite dans les autres monnaies de la ville.
Alexandre, dans l'été et l'automne de 333, s'achemina vers la Cilicie en franchissant le Taurus, pour remporter sa première victoire sur les forces réunies de la Perse aux environs d'Issos, une région où les défilés abondent. Cette fois encore, Arrien ne parle aucunement de la fondation d'une ville ; Q.-Curce*' non plus ne parle que de l'érection de trois autels, mentionnée
1) Mionnet, SuppL, VU, p. 501. — 2) Voy. ci-dessous. — 3) Ce sont les expressions de Sbstini. Mionnet (Suppl. VL p. 445) les traduit par: « touchant de la main droite'son vêtement I » — 4) Arrian., I, 23. Cf. ci-dessus, vol. I, p. 2ii. — 5) Voy. ci-dessous. — 6) L'emplacement d'Alinda est décrit par Fellows, Lyctûy p. 62. — 7) Curt., III, 12.
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Alexandre est allé deux fois en Syrie : il y séjourna près d'un an entier la première fois, après la bataille dlssos, lorsqu'il traversa en personne la Phénicie, prit Tyr et Gaza et visita, à ce qu'il semble, Jérusalem ; pendant ce temps, Parménion avadt remonté l'Oronte et conduit une partie de Tarraée à Damas. Le second séjour d'Alexandre fut lorsqu'au printemps de 331 il marcha de l'Egypte sur l'Euphrate; il passa par Tyr*, suivit probablement la route ordinaire jusqu'à l'Oronte, passa le fleuve, qu'il descendit ensuite jusque vers l'endroit où s'éleva plus tard Apamée, et de là tourna à l'est vers Thapsaque.
Nous n'avons que des renseignements extrêmement clair-semés sur ce qu'a fait Alexandre pour occuper d'une façon durable cette importante région ; tout cela a été relégué dans l'ombre par les grandes fondations des Séleucides.
En tout cas, Alexandre éleva au pied du Silpion, qui se trouva plus tard compris dans l'enceinte d'Antioche, l'autel de Zeus Bottiéen, et bâtit, à ce qu'il semble, le bourg d'Émathia. Libanios* dit; ap*/a\ toO x(XTotxca(j.oO Zeù; BoTTtatoc ldpuOe\c unb 'AXe^àv^pou t) te àxpa ttj; èxeîvov nocxpido; XaSoOva roîîvojta xa\ ll(j.aOîa xXy)OeT<Ta. Ces fondations, Malalas les attribue à Séleucos, tout en rapportant, comme Libanios, à Alexandre lui-même le nom de la source Olympias : ty); *OXv|Miià6o; wrjy^; ttiç XTi<x8ei<TYjç v«*o 'AXEÇavfipow
Tyr aussi et Gaza peuvent, en un certain sens, être citées comme des fondations d'Alexandre. Alexandre les avait prises de force l'une et l'autre ; il avait péri à Tyr 8,000 hommes ; près de 30,000 Tyriens et étrangers furent vendus comme esclaves. Alexandre repeupla la ville en y amenant, autant que le récit obscur de Justin* permet de le conjecturer, des Phéniciens des autres villes et des Tyriens précédemment expulsés (innoociis et ingenuis incolis insulœ adtributiSf ut genus urbis ex integro conderetiir). Dans les vingt années qui suivent, Tyr apparaît constamment comme la grande place d'armes des Macédoniens sur cette côte : c'est là que Perdiccas dépose ses caisses ; c!est un phrourarque macédonien qui commande dans la nouvelle ville **. Il en est de même de Gaza: une fois la ville prise, la population massacrée en partie, en partfe vendue pour l'esclavage, le roi y installa de nouveaux habitants: Trjv «iXiv (njvoixi<Ta; ex tôv icepioixcov êxpr^to offa çpovpiw h Tov it6Xe|j.ov8. Josèphe l'appelle ic6Xi; *EXXyjvîc'; on reconnaît dans ce qu'en dit cet auteur* la constitution des cités grecques, notamment le Conseil de 500 bouleutes ou même davantage .
Il y a sur Gérasa, au delà du Jourdain, des détails curieux que Gesknius a négligés dans son résumé de l'histoire de cette ville*. Berrbl, dans ses notes sur Etienne de Byzance *°, cite le passage suivant du commentaire de
1) AnniAN., m, 6, 1. — 2) Liban., Anl. p. 297 éd. Reiske. — 3) Malalas, p. 200, 234. Pour plus amples détails, voy. C. 0. MOllbr, De Antiq, Ant, p. 22. — 4) Justin., XVllI, 3. — 5) Diodor., XVIII, 37. — 6) ArrUn., II, 27. — 7) Josbph., Bell. Jud., II, 6, 3. — 8) Joseph., Antiq,, XIII, 13, 3. — 9; Gesrn. trad. de BuRCKHARD, Travcls in Syriaand Ihe lloly Land^ I, p. 535). — 10) II, p. 269.
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immédiatement après celle (TÂlexandrie en Egypte, car c'est précisément à son retour d'Egypte qu'Alexandre eut à punir la révolte des Samaritains. Vivum Andromachum cremaverant..., advenienti sunt traditi tanti $celeris auclores; Andromacho deinde Memnona subsiUuit, affeclis suppHcio qui })r,vtorem interemeranty dit Q.-Curce* ; il ne parle pas, suivant son habitude, de la nouvelle ville. Sichem ne paraît avoir subsisté, comme localité ayant une existence propre (3e(xwTai i t6icoc ev icpoaori&oi; Néotç ic6Xe(i>c ■) que jusqu'à sa destruction par Hyrcan. U paraît certain que la S^^ap de l'évangile de St-Jean' n'est pas identique à Sichem ou est simplement, comme le croyait Henostenbbrg ^, un jeu de mots de l'évangéliste, si Ton songe que ^a localité en question disparaît de l'histoire depuis Hyrcan'. On trouve dans le Canon de l'Eusèbe arménien une assertion singulière : Demetrius,.., Samaritanorum urbem a Ferdicca constructam (ou incolis frequentatam) iotam cepil *. C'est ou une erreur, ou l'indice de quelques nouvelles violences de la part des Samaritains, qui auront obligé.à recommencer la fondation de la ville.
Il y a encore dans la Syrie palestinienne deux villes dont l'existence doit remonter à Alexandre, bien que l'article qui les concerne dans Etienne de Byzance soit assez étrange. Cet article est ainsi conçu : Atov, xoi'Xiqc Supia;, xxi<j\kOL 'AXtÇav$pou, v) xa\ IléXXa''. Il est certain qu'il y a là une inexactitude, car la distinction entre Dion et Pella dans la Pérée est chose parfaitement établie. Le Cod. Palat porte : xTî<j(ia 'AXsÇàv6pov, et on lit à la marge, comme note ajoutée par quelque connaisseur en matière de géographie de la Terre- Sainte: xa\ T| IléXXa. Etienne de Byzance dit pour Pella : IliXXa... xoIXi;; Supifli;, tjBoOti; Xcyoïiivti. Ceci ne peut s*appliquer, ce semble, qu'à celte Pella d au-delà du Jourdain, et ncfn pas à celle des bords de TOronte. Elle était, comme celle de Macédoine, aquis dives* : Eckhbl *,dit qu'elle a adopté les mêmes types pour ses monnaies. On discute encore sur remplacement qu'elle occupait : on pourrait se servir pour le déterminer d'un passage de Polybe'^ : peut-être est-ce l'El-Budje actuelle **.
Je n'hésite pas à mentionner ici l'Alexandroschene de Vltûier. EierosoL^ sans avoir, il est vrai, d'autres renseignements que ceux de Mannert. Je tiens, en tout cas, à rappeler que le nom de Scanderouna et la tradition d'après laquelle Alexandre aurait bâti là une place forte durant le siège de Tyr sont restés attachés à la source qui se trouve au bas du défilé de Rasel-Abiad, à deux milles au sud de Tyr : dans l'histoire des Croisades, cette localité est mentionnée plus d'une fois sous le nom de Scandalion, soidisant le nom du seigneur qui était le propriétaire du château**.
1) EuRT., IV, 8, 9—11. — 2) EusEB., Onom.^d, s. v. AouCa, Tepé6iv6o;.— 3) Johann. Ev, IV, 5. — 4) Henostenbero, Authentie des Pentateuchs, I, 25.
— 5) H . KiBPERT fait ici une objection ; il remarque que u Sichar existe même encore de nos jours, sous le nom d'AIn-Askar, à l'est et tout près de Nabonlous ». — 6) EusBB. Arm., II, p. 118 éd. Schœne. ~ 7) Steph. Byz., s. v. Alov.
— 8) Plin., V, 18. — 9) EcEHKL, Doctr, Numm,, I, 1, p. 74. — 10) Polyb., V, 70. — U) Cf. KoRB in Jahns Jahrbb,, IX, 1, p. 100 sqq. — 12) C;f. Prutz, Atu Phônicien, p. 230.
APPEND. m, 1] COLONIES D*ÉGYPTE 667
Je suis frappé de l'indication fournie par Lampride, dans la vie d* Alexandre Sévère : in templo dicato apud Areenam urbem Alexandre Magno natus K La situation de Tendroit, sur la hauteur au sud d'Éieuthéros, est assez remarquable, et la route suivie par Alexandre en allant de Maratbos à Byblos devait passer tout près de cette importante position, connue à la Cm de Tempire sous le nom de Cxsarcaad Lif*anum, Le temple d'Alexandre, qu'on y rencontre à une époque si tardive, peut bien être invoqué comme preuve que la cité avait des obligations particulières au roi. Josèphe parle plus d'une fois de la ville d*Arké, mais sans fournir d'éclaircissements pour la question qui nous préoccupe. J'en dirai autant de Pline* et de Ptolémée.
Nous avons des renseignements plus précis sur Apamée, dans le voisinage de rOronte. Libanios^ rapporte qu'Alexandre éleva aussi dans cet endroit un autel àZeus Bottiéen. Strabon dit qu' Apamée avait été appelée Fella û-nb Tcî»v icpcoTcdv MaxsS6v(i)v, 6ià toù; icXetaxou; tûv MaxeSévwv êvraOOa otxrjaat Tôv <rcpaTeuo|i£va)v ♦ . Nous reviendrons plus tard sur ce point; mais il est hors de doute que c'est bien Alexandre qui, lors de sa marche sur l'Euphrate, a jeté ici les fondements d'une colonie, et, d'autre part, le choix de l'emplacement est remarquable, car aujourd'hui encore, comme sur la Table de Peutinger, c'est là que se croisent les grandes routes ; c'est de là aussi que part le chemin le plus court pour aller de la Syrie méridionale à l'Euphrate. Alexandre a dû prendre lui-même, pour aller à Thapsaque, cette voie tracée d'avance par la nature.
Avant de le suivre de ce côté, nous devons revenir sur son expédition d'Egypte, en 332/1, Je laisse de côté les castra Alexandri, que Q.-Curce appelle une regio^. Alexandre trouva à Naucratis, et peut-être en d'autres endroits encore^, des colonies grecques déjà installées. L'importance du littoral ne pouvait lui échapper. C'est là qu'il a assis le plus brillant de ses établissements. A l'endroit où se trouvait déjà un ancien bourg égyptien, Racotîs, entre le <» lac de la Garde (Mareotis) » et la mer, en face de « l'île de la Garde (Pharos)», il marqua la place delà ville nouvelle, Alexandrie. On m'a reproché d'avoir soutenu qu'Alexandre, en fondant Alexandrie, avait autre chose en vue que des motifs d'ordre militaire'; qu'il avait songé notamment à créer un centre commercial pour son nouvel empire. Mais est-ce qu'il n'a pas choisi précisément le seul endroit du littoral égyptien qui pût devenir un port passable ? S'il ne tenait qu'à dominer l'Egypte, il eût mieux fait d'établir sa ville à Memphis ou à la bifurcation du Delta, au lieu qu'Alexandrie est, pour ainsi dire, plutôt à côté de l'Egypte qu'en Egypte, Mais il a choisi justement cet endroit èv <tuvô£<tjici> Ttv\ tîjc oXYiçyîjç, comme le dit en termes si caractéristiques Dion Chrysostome''. En outre, nous trouvons expressément affirmé par un auteur qu'Alexandre ordonna à son satrape d'Egypte, Cléomène, olxfcrat ic6Xtv icpbc tû ^«pco xoi e(i7c6piov th icp6Tepov ôv
1) Lamprid. Al, Sever., 5. —2) Pi in., V, 18. —3) Liban., Aniioch. p. 297. — 4) Strab., XVI, p. 732. — 5) Ccrt., ÏV, 7, 2. — 6) Cf. Hbcat., fr. 286. — 7) Dio Chrts., XXXU, p. 670 éd. Reiske. — 8) (Aristot.) ÛBcon. Il, 33.
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Je n'ai pas à m'étendre ici sur la topographie de la vilJe : de sa constitution, nous savons peu de chose. Il est souvent question des cinq régions de la ville». La population, au temps où Polybe visita Alexandrie, se composait (le trois éléments; ^ote Aty\3icTiov xa\ èicixc^ptov çOXov, to |ii(T9oçopix6v, to tûv 'AXsÇavSpéwvylvoç- xat yôtp ec jAiyaos;, "EXXyjvs; o(wcc ivIxaOev r,(Tav xoti £|i.l(ivr,v:o ToO xoivoO Tûv *EXXT^vci)v lOou;*. C'est à ces derniers seulement que s'appliquait la division en phylœ et en dèmes. Je passe exprès sous silence la partie juive de la population.
Nous trouvons encore dans ces contrées deux localités que l'on dit avoir été fondées par Alexandre. A propos de Paraetonion (que d'autres appellent aussi Ammonia*), S. Jérôme dit dans sa traduction d'Eusèbe : Alexander Hyrcanos et Mardos capU revertensque in Ammone condidii Parœtonium^. Dans TEusèbe arménien, on trouve la même chose sous une leçon corrompue : adscendensque in Samonum Ponion condidit (var. sammonem ponionem^). On ne ferait pas attention à l'erreur de chronologie, si l'on trouvait ailleurs que dans le roman d'Alexandre® une preuve de plus qu'Alexandre a bien fondé cette ville. Ce qui a donné lieu à cette légende, c'est une interprétation improvisée du nom : on prétendait qu'Alexandre avait dit à un tireur qui venait de manquer un cerf: irapdtTovivaoïYéY^^î^- Ce passage d'Eusèbe est intéressant, parce qu'il permet de constater que le romian d'Alexandre, lui aussi, a fourni des matériaux à la tradition chronographique; on s'en apercevait, du reste, au Bepva6oàc tcoTaiioç de Georges Syncelle% qui reproduit le Tt6ipo6oaii (var. Ti6£pva6ov ou toO Bepoajji) du Pseudo-Callisthène* . On court moins risque de se tromper, ce semble, avec Ptolémée, qui appelle un endroit dans l'oasis d'Ammon tj *AXe|av8pou irapejiSoXi^ •. Il y a, à propos de Cyrène, une assertion tout à fait isolée d'Eustathe ; 5ti xa\ aux/) xaOaipeeEÎffn; TT}; T&v Ilepdôv paoïXeia; unb 'AXeÇàvîpou oLntxxia^ •**. La chose pourrait bien être exacte» quoiqu'AIexandre ne soit jamais allé à Cyrène ; seulement, il ne faudrait pas prendre ivcxTiaÔYj trop à la lettre.
Après l'occupation de l'Egypte, Alexandre marcha sur l'Euphrate en traversant la Syrie; il franchit le fleuve à Thapsaque et s'avança vers le Tigre, en passant, à ce qu'il semble, par Nisibe; dans la plaine de Gaugamèle, il battit pour la deuxième fois le roi de Perse.
Nous verrons plus tard combien cette région a été richement pourvue de colonies hellénistiques. Alexandre inaugura le système. On trouve dans les Stations parthiques d'Isidore mention expresse de Nixtj96'piov, ic6Xi; *EXXt)viç, xTiajMt 'AXeÇav^pov potailitùç . Pline en dit autant: in vicinia Euphralis... quod Alexander jussit condipropter lod opportunitatem^K Naturellement, Appien**, qui attribue la fondation à Séleucos I®', ne peut prévaloir contre
1) Voy. Zeitschrift fur AUerthumswissenschaft, 1839, p. 873. — 2) Polyb., XXXIV, 14. — 3)Strab.,XVII, p. 779. Steph.Byz., s. v. —4) Euseb., p. 115 éd. Schœne. — 5) Euseb. Arm., Il, p. 114 éd. Schœne. — 6) Ps.-Callisth., I, 31.
— 7) Sync, p. 497, 3. — 8) Pseudo-Callisth., 111, 13, 12. — 9) Ptolem., IV, 5.
— 10) EusTATH. ad Dion. Perieg. 213. — 11) Plin., VI, 26 § 119. — 12) Appiaî«., Syr,, 57.
APPETO. m, 1] COLONIES DK UÉSOPOTAHIE 669
ces deux autoriléB. Strabon' aussi et Dion Cassius' mantionnent cette TÎlle. Etienne de Byzance, sur la foi d'Ouranios, qu'il appelle quelque part
670 LES COLONIES d' ALEXANDRE [aPPEND. m, 1
inexacte et confuse que soit la description des marches de Tempereur Maurice dans Théophane, on reconnaît cependant avec une certitude sufQsante que cette Alexandriana était Arbèles elle-même ou tout près d*Arbèles, car on sait que cette ville se trouvait précisément sur une éminence étalée et plate par le haut, au milieu d'une grande plaine. On a découvert que la colline d'Arbèles se compose de masses de terres cuites ; il en est de même de la colline de Kerkouk, et il s'en trouve, du reste, plusieurs autres de même espèce dans cette région, jusqu'à Mardin^. Rawlinson, dans son article On the site ofthe AtropcUenian Ecbatanaj rapporte, d'après la relation manuscrite d'un ami, que la colline sur laquelle est bâti le fort d'Arbèles passe dans le pays pour avoir été amoncelée par Alexandre le Grand; suivant d'autres récits indigènes, cités par Rich (II, p. 18^, Arbèles aurait été bâtie par Darius. Strabon* sait, il est vrai, que le fondateur d'Arbèles fut "ApôYiXo; 6 'AOpioveu;', sans doute un de ces Athéniens qui s'en allèrent en Médie avec Médée *. On peut rappeler ici une remarque faite ailleurs^, à savoir que ces assimilations mythologiques paraissent s'être étendues peu à peu à toute l'Asie hellénisée; nous rencontrons encore dans cette région, outre cet Athénien, le fils de Triptolème, Gordys, dont la province voisine, la Gordyène, est censée avoir pris le nom", et Sénèque dit: Atheniensium in Asia turba est\
Continuons à si^ivre la marche d'Alexandre. D'Arbèles, il a pris, en franchissant la chaîne qu'il appela Nicatorion en souvenir de sa victoire récente*, la grande route de Babylone ; de là, il est ailé, en passant par Suse, à Persépolis. Nous trouverons plus tard dans ces contrées plusieurs colonies grecques, dont quelques-unes pourraient bien avoir droit de figurer ici. Ce n'est que plus loin, sur la route suivie durant la poursuite en Médie (car l'assertion de Hamdoullah Kasvini, à savoir qu'Ispahan a été bâtie par Iskander, n'est confirmée par aucune autre preuve), que nous retrouvons des fondations d'Alexandre. Polybe dit de la Médie : icepioixeîxai Sa ii6Xe<icv 'EXXtjvîtn xaxà rnv (jçi^ytîoiv TTiv 'AXeÇàvôpou çuXaxTi; evcxcv twv (rjyxupovvTa>v aurfj pap6ap(i>v, wXv 'KxSaTdcvcDv ". On doit attacher d'autant plus d'importance à cette assertion que nous ne connaissons qu'une ou deux localités helléniques dans le voisinage des défilés Caspiens, tandis que, d'après Polybe, la Médie tout entière aurait été colonisée à nouveau de cette façon.
Il n'y a ici qu'une ville dont l'origine soit expressément rapportée à Alexandre. PUne dit, dans un catalogue d'ailleurs assez confus des peuples voisins de la mer Caspienne : Gœli, quos Grœci Cadusios adpellavae, Matiani» Oppidum Heraclea ab Alexandro condiium, quod deinde subversum ac reslitutum Antiochus Achaida adpellavit^^, Solin la mentionne aussi, sur la foi
672 LES COLONIES D*ALEX ANDRE [aPPENO. III, 1
et, tout de suite après, que l'Ochos traverse Nesœa pour aller de là se jeter dans la mer Caspienne * . Ceci s'accorde assez mai avec les Staf fîmes d'Isidore de Charax : il cite, en partant des défilés Caspiens, la Choarèn'e avec 19 stathmes; la Comisène avec 58; THyrcanie avec 60: cvTeOOtv napOuYivr, (T^oîvoi xe', cv ^ SauXtuyj IlapOauviffa tj ic6Xtc àiio<j-/oivoi Ç'- ^v6a ^oadixat taçoi • "EXXYjveç Ôà N i <t a i a v Xéyouai • eîta F a $ a p ic6Xi; àicôo^oivoi ^ ' • eÎTa S t p w x n6Xt; otnio'/oivot i'* x&|iac ôà oùx&*/ei nXV |i4&c, yJtic xaXeltai Saçpi. Oa a transformé, avec raison sans doute, SauXiotj en aOXcov, attendu quisidore dit à propos des défilés Caspiens : Oufipgàvtwv ta; Kaoïcia; icvXo; ê<rctv otjXùv xa\ ti XoaptjvT^ ; peut-être devrait-on écrire ici aussi ax^l^^^ xe' • coriv avXà>v xai IlapOauv^da ti ic6Xi;, ce qui signifierait quelque chose comme « Nisa de Parthie », par opposition à. une autre Nisa. Celle-ci, on pourrait peut-être la retrouver dans lantique Niçâ, située entre Moûra et Bâkhdhl, la cinquième \âlle bénie que nous connaissons parle Vendidad*. Il est vrai que la suite, dans Isidore de Charax, donne lieu à des difficultés que je suis incapable de résoudre : s*il s'est avancé avec la Parthyèue aussi loin dans la direction S.-E. que le fait supposer le nom de Siptox (aujourd'hui Serachs); s'il est ainsi à 35 milles — comptés à vol d'oiseau — c'est-à-dire à 50 ou 60 schœnes environ d'Alexandrie- Hérat, on ne comprend plus le chemin qu'il fait ensuite par la Margiane et l'Ântiochia de cette contrée pour atteindre Hérat. On ne ,tire jqu'un médiocre secours de la Table de Peutinger, en constatant qu'elle marque à peu près la même distance de Rhaga) à « Antiochia » ; pourtantla Table peut servir, ce semble, à confirmer ce que dit Pline d'Alexandropolis, car la route qui va à «Antiochia» passe par « Asbana » (l'Astabène d'Isidore) et « Alexandrie ».
De quelque façon qu'on explique le trajet d'Isidore par la Margiane, il est hors de doute que son 'Avrii^o ^ xaXoui&lw) âvudpoç dans la Margiane n'est autre que la ville bien connue de Merv-Shahidshan. Il résulte d'un passage de Pline qu'elle passait aussi dans l'antiquité pour une fondation d'Alexandre. Pline dit : sequitur regio Margiane apricitatis inclutXy sola in eo traciu vilifera^ tmdique inclusa montibus amœnis amhitu stadiorum MB, difficUi adilu propter harenosas solitudines per CXX p, et ipsa contra Farthiœ tractum sita ; in qua Alexander Alexandriam condiderat, qua diruta a ôoj'ôom Antiochns Seleuci filius eodem loco restituit Syrianam inter/tuente Margo, qui corrivatur in ZothcUe (?). Is maluerat illam Antiochiam adpellari,*.. I» hanc Orodes Romanos Crassiana clade captos deduxit^, U existe encore aujourd'hui sur le Mourgh-ab (Margus) deux villes du nom de Merv; rune» Merv-roud, sur le cours supérieur du fleuve, à l'endroit où il sort des montagnes, l'autre, à 30 milles environ plus au nord, avant que le fleuve ne se perde dans le sable et les marécages. Celle-ci est Merv-Shahidshan, une oasis dans l'immense plaine. Guthe, dans sa dissertation sur l'histoire et la géographie de la Margiane*, s'est particulièrement occupé de cette ville: il»
1) Strab., XI, p. 509. — 2) Vendidad, fi'ag7n. 1, 26. — 3) Plin., VI, lô, § 46' — 4) Zur Geschichie und Géographie des Landes Margiana, 1856, p. 28.
674 LES COLONIES d' ALEXANDRE [aPPEîSD. III, 1
heureusement, les mesures il'méraires, chez Strabon et chez Pline, ne sont pas assez exactes pour qu'on puisse préciser avec ces chiffres remplacemeol d'Alexandrie. La raison pour laquelle j'ai IdentiQé Hérat avec celle ville hellénique ' était moins encore la tradition des Orientaux que l'importante position de la ville ; c'est ici, en eflTet, que Ton franchit le plus directement et le plus aisément la bordure qui enserre les régions intérieures de rAriane. J'avais de plus en vue l'indication de Strabon*, d'après lequel Alexandrie est le point de départ de deux voies, dont Tune conduit directement à travers la montagne à Ortospana (dans le Caboulistan) et l'autre tourne au sud vers le pays des Drangiens : or Hérat est précisément l'endroit où bifurquent les deux grandes roules.
Celle deuxième voie est celle que prit Alexandre. C'est dans le pays des Drangiens qu'il prévint la conspiration que Philotas paraît avoir tramée contre sa vie. Etienne de Byzance définit *pâôa, ic^Xtçlv ApayYaiÇjÇjv 'AXlÇtxv^o; npoçOav^av pLSTaiv^tiaaev, (o; Xapoc^ev SxTa> xpovix&v. Alexandre donna donc à la ville en question le nom que les Clazoméniens avaient donné à la fête par laquelle ils avaient prévenu les Kyméens '. Le Pseudo-Plutarque connaît aussi la localité en question comme une fondation d'Alexandre (et non p€is comme un simple changement de nom) : oùx îv eTxev 'AXsÇavôpeiav Aryunro^... oijôànpo96a<j(av Soyôiavoî * . Peut-être cette ville de *paSat pourrait-elle être identifiée avec la néikiç [uylarr^ *pà qu'Isidore signale dans 1' 'Avàfiwv xwpa xr^ç *Ap£Îa; et avec la *apaCava de Ptolémée: on a fait remarquer plus haut^ que ce ne doit pas être la Farrah ou Fourrah actuelle avec le fleuve Pharnacotis de Pline*, le Farrah-roud actuel, qui se jette dans le lac de Zarek. Pline évalue la distance d'Alexandria Arion à Prophthasia, d'après les bêmalistcs d'Alexandre, à CXCIX milL; Strabon'' à 1600 stades d'après Ératosthène, à 1500 stades d'après d'autres auteurs, c'est-à-dire à 40 ou 37 1/2 milles géographiques. Or la distance de Farrah à Hérat est, suivant Kinneir, de 117 milles anglais^; cependant, il y a une station dont la distance n'est pas comprise dans ce chiffre, de sorte que la distance réelle pourrait bien être de 140à 150 milles anglais. On trouve une évaluation plus précise dans la carte qui a été dressée, sans grand soin d'ailleurs, à Calcutta pour le voyage du capitaine Edw. Conolly dans le Seistan*. La distance en ligne droite y est estimée à 30 ou 32 milles géographiques; par conséquent,, en tenant compte lU'.s sinuosités de la route, on arrive à peu près à 36 ou 37 milles.
Pour les régions qui s'étendent de là jusqu'au Paropamisos, nous nous trouvons dans un embarras non médiocre. Nous rencontrons en effet dans Etienne de Byzance, au mot 'AXeÇavSpeia, les indications suivantes: SuoxatôsxcKTY] êv 'ApaxctfTOtç. . • ictvTexaiSsxdtTv] Tcapà xolç 'ApoLXfi^'fOiç, ^tiopoOva t^ IvStxy L'extrait d'Isidore met à la suite du pays d'Anabon, où se trouve Prophthasia, la Drangiane, puis Saxa<rcr,viq, ^àxcov SxuBûiv, ^ xa\ ITapatiTfltxïjviQ ; dans
1) Cf. Hist. (PAlexandre,^. 408. — 2) Strab. XV, p. 723. - 3) Diodor., XV, 18. — 4) [Plut.] De fort, Alex. 5. — 5) Hist. d'Alexandre, p. 409,1. — 6) Pu?(., VI, 24, § 93. — 7) Strab., XI, p. 514. —8) KîmEî», Routes, p. 434. — 9) Celte carte a été reproduite dans les Annales de Berohaus, 1842, janvier.
APPEND. m, 1] COLONIES d' ARIANE 675
cette cODtrée, il signale xa\ ^lyàik ic^Xtc * Mot. paotXeia Sotxcov • xoi icXY]<nov 'AXe- ^dtvSpeia ic6Xi; xai icXT}<jfov 'AXs(avdp6icoXi; ic6Xic. Puis il continue: evteOOev 'Apa*/(i>aJa.. xavri^v Sa ot IlàpOoi Iv$(xrtv XeuxY^v xaXoOm... cita 'AXe^avâp6icoXi« t<.Y}Tpoii6Xic 'Apa^coata; * Yaxi fik *EXXv}vtc xot Tcapotppel auTr^v icoTa|ib; *Apax<oT6;. C*est jusqu'à cet endroit, dit-il, que s'avance la frontière de Parthie. La façon la plus commode de sortir d'embarras, c'est de dire que les deux abréviateurs ont fait des confusions. Manxbht, Raoul-Rocrette et autres sont de cet avis; mais, si écourté que soit notre Isidore, on le trouve, chaque fois que nous pouvons le contrôler, absolument ili l'épreuve 'de la critique, et les obscurités qu'on rencontre souvent chez lui ne tiennent qu'à la brièveté de l'expression. Il est possible qu'il y ait dans ce passage une faute, et le double xa\ icXt)<j{ov tendrait à le faire croire; mais il n'en reste pas moins deux Alexandries, comme dans Etienne de Byzance; car, si le pays des Sakes a été détaché de l'Arachosie, peut-être depuis le premier siècle avant l'ère chrétienne, les anciens auteurs et ceux qui puisent dans leurs ouvrages (comme Pline, Strabon et autres^ comprennent la Sacastène dans l'Arachosie '. Je crois donc nécessaire d'insérer ici tout au long une étude — difficile, s'il en fut — sur les colonies fondées dans cette région et sur leur position géographique.
Il faut partir du texte d'Isidore. De l'endroit où l'on sort de l'Ariane proprement dite à la frontière de l'empire parthe du côté de l'Inde, il compte en tout 175 schœnes, c'est-à-dire à peu près 133 milles géographiques. C'est une distance qui, défalcation faite des détours ordinaires, s'accorde assez bien avec la distance de Hérat à Ghisni parFarrah et Kandahar (120 milles géogr. d'après les cartes les plus récentes) pour montrer que la série des provinces cataloguées par Isidore suit bien, en somme, la grande route de l'Inde, et notamment que la Sacastène, par exemple, n'est pas à un bout et l'Arachosie à l'autre bout de son chemin. Si ceci est exact» il en résulte que r*Avà6wv ^«ipa tt,; 'ApEÎa;, avec ses 55 schœnes (42 milles géogr.), dépasse Farrah d'environ 6 milles ; comme, à partir de là, la route tournait à l'est, cette région nous mène à peu près jusqu'à Siabe; ensuite, la route de Drangiane parcourt une distance de 21 schœnes (16 milles) jusqu'à Jorab environ. Là commence la province de Sacastène, qui, avec ses 63 schœnes (environ 48 milles), dépasse un peu Kelat-i-Gildji ; ensuite la route suivait certainement la vallée du Tarnak, qui est la plus fertile, de préférence à celle d'Ourghoundab, située plus à l'ouest. C'est donc dans cette Sacastène que se trouvaient Alexandrie et Alexandropolis. Mais quel est le fleuve appelé ici Aracbotos? Est-ce, comme le pense Jacquet', l'Arghandab, qui se réunit
1) Je n'oserais soutenir, avec Lassen (art. Paryelx dans VEncycL de Ersch et Gruber), que les Parœtacéniens et les Paryètes sont identiques ; du moins Gbozoa (Ghisni) n'est certainement pas la Granzaca que Ptolémée place plus au nord et a Test que Caboul, et la Parsetacène ou Sacastène d'Isidore ne s'étendait pas jusqu'aux montagnes deGhozna (le pays des Paryètes justement), attendu que Kandahar, comme on le verra ci-dessous, est la dernière ville qu'il inscrive sur sa liste dons la plus orientale des provinces parthiques. ^ 2) /oui nal. Asiatique, 1837, octobre, p. 373.
676 LES COLONIES d'alexandre [append. m, 1
au-dessous de Kandahar avec le Tarnak, celui-ci coulant plus à Test ? Cette opinion a contre elle non seulement les distances données par Isidore, mais surtout la description de TArachotos par Plolémée: cet auteur le fait déboucher dans un lac, qu*il distingue avec une netteté parfaite du lac d'Ane. Le lac Arachotos n'est autre que TAbistadehy dans lequel se jette, entre autres cours d'eau, le Ghisni*. Avant d'aller plus loin, je dois discuter les distances que donnent les bômatistes d* Alexandre ', et Eratostbène après eux '.
D'Alexandria Arion, on compté dans Pline : dans Strabon :
à Prophthasia 199 m. p. 1,500 (1600) stades
à Arachoti 565 4,120 —
à Ortospana (Caboul) 175 2,000 —
De deux choses l'une : ou bien cette route de Prophthasia à l'Arachol^'S faisait un très grand déto^ au sud (en suivant le cours de l'Étymandros), de sorte que l'emplacement d' Arachoti tombe à Kelat-i-Gildji, à 50 milles de Caboul ; ou bien Arachoti était beaucoup plus à l'est, à peu près à lendroit où, sur la route suivie par la colonne de Bombay dans la guerre de l'Afghanistan, alors qu'elle marchait de Caboul sur Kélat*, se trouve indiquée une localité du nom de Speenwarree, avec la note : « Ruines d'une ville (mound) sur un cours d'eau dans une vallée cultivée » (ce cours d'eau s'appelle Argesân et va se jeter à l'ouest dans le Tarnak). Pour trancher la question, nous pouvons bien nous servir de Ptoiémée, qui place Arachotos (c'est ainsi qu'il appelle la ville) plus |iu sud et à l'est — beaucoup trop à l'est, il est vrai — qu'Alexandrie (Alexandropolis). U me semble que peu à peu la lumière se fait. Kandahar est bâtie — Court l'affirme — sur des ruines antiques; la tradition orientale certifie, elle aussi, que la ville a été bû.tie par Alexandre; mais elle ne peut pas être l'Alexandropolis en Arachosie d'Isidore; il faut que ce soit ou l'Alexandrie ou l'Alexandropolis de Sacastène. Ces deux villes étaient à peu de distance l'une de l'autre, et il se pourrait que la seconde eût été à Girishk sur l'Hindmend, où est allé A. Conolly, ^ du moins, la position de cette ville est assez importante — ou mieux encore, c'est là, à Girishk, qu'il faudrait chercher la résidence royale des Sakes, dont parle Isidore. Comme cet auteur nomme les villes à mesure qu'elles se rencontrent sur la route et qu'après la résidence il nomme d'abord Alexandrie (Kandahar), puis Alexandropolis, celle-ci devait être verà Kelat-i-Gildji *. Plus loin, en Arachosie, après trois ii6Xïi; à noms barbares, vient Démétriade, et enfin, sur l'Arachotos (le Ghisni), Alexandropolis. On reconnaît l'identité de cette Alexandropolis avec l'Alexandrie en Arachosie de Ptoiémée (tout à
1) Voy. Baber, Mémoires, p. i58 sqq. — 2) Les chiffres se trouvent dans Pline (VI, n, § 61) qui met, il est vrai, en note : in quibusdam exemplaribus diversi numeti reperiuntur, — 3) ap. Sthab., XI, p. 514. — 4) Voy. Zimme»- MANN, p. 35. —5) H. KiKPEHT objecte ici que <« la Sacastaua (^'e/5/on) ne s'étend certainement pas aussi loin du côté de Touest » .
678 LES COLONIES d'aLEX ANDRE [aPPEND. HI, l
15 jours, me paraît comme à Menn identique à Anderab ; seulement, vu la configuration de ces régions, il est impossible qu'Alexandre ait marché de Bamiyan sur Anderab. Une troisième raison à alléguer contre Bamiyan, c'est que, suivant Pline*, les bématistes d'Alexandre comptaient entre Ortospana (Caboul) et Alexandrie 50 milles ; de là au Cophène et à la yille de Peucolaïtis 227 milles, etc. ; par conséquent, Alexandrie devut se trouver sur la grande route de Tlnde, Masson a cherché remplacement d'Alexandrie dans les environs de Beghram, si riche en antiquités'; c*est précisément l'endroit « où le Pandjir et le Gharband, s*ouvrant un passage à travers les dernières hauteurs, se réunissent».
De cet endroit, le col de Toul mène à Anderab : « c'est, dit le sultan Baber, le meilleur, mais aussi le plus long ; d'où vient son nom de Toul (c'est-àdire le Long)' ». Alexandre dut mettre i5 jours pour faire environ 20 milles en ligne droite ; au retour, « franchissant les mêmes montagnes par d'autres chemins plus courts * », il fît le trajet en dix jours (v»7rep6aXwv tov Kauxaaov èv 6éxa f|(&ipai;<^) à partir non pas de Bactres, mais du commencement de la région des montagnes. La route qu'il suivit est, je crois, la route de Yangiyouli dont parle Baber au même endroit de ses Mémoires.
Il y a un renseignement extrêmement curieux dans Diodore : é 81 'AXI- ÇavÔpoc xa\ fltXXac «iXeiç 2xTiaev, TKiépac ôÔov àice^oOcra; ttj; *AXsÇavSpsîaç, xat»' xtae 8à etc auTOt; Tfi>v (tev pap6ap(i>v £7CTaxt(T^iX(ou;, xa\ t&v iiKT^oç^pcov toi»; ^ov- Xo(i£vouc<>. On a pris aussi cette indication de plusieurs colonies fondées dans la même région pour une corruption du texte de Diodore. et préféré pour cette raison la leçon «XXtiv ii6Xiv, que donne un manuscrit de Paris. Mais il y a un passage de Pline qui ne laisse aucun doute : Cartana oppidum sub CatHioso, quod postea Tetragonis dictum ; hœc regio est ex adverso Baclrianorunif^deinde cujus oppidum Alexandria a conditore dictum. .. ad Caucasum Cadrusif oppidum ab Alexandro conditum"^, Enfîn, c'est au même ordre d'idées que se rapporte probablement le passage où Etienne de Byzance dit qu'Asterousia est une montagne au sud de la Crète et qu'elle a donné soo nom à une ville indienne, Asterousia, bâtie au pied du Caucase, parce qi^'on a envoyé là une colonie Cretoise. Cette assertion, quelle qu'en soit l'origine, se trouve reproduite textuellement dans le commentaire d'Eustatbe*. Comme
1) Plin., VI, 17. — 2) Asiat. Joum, 1836. p. 6. On trouve maintenant des détails plus précis sur cette question dans Cunninohax, The ancient Geography of India (1871), I, p. 21 sqq. — 3) Baser, Mém., p. 153. — 4) Stkab., XV p.697. — 5) Arrian., IV, 22, 4. — 6) Diodob., XVII, 83. — 7) Plin., VI, 23, § 91 — 8) EusTATH., ad îliad. II, p . 332. Naturellement, ce nom fait songer tout de suite a Evhémère, tov TcàXai noy^^îo^ ^ icXavoc; Z&va, yêpcov àXaCcov et à ses adixa pi6X(a A'Histoii^e sacrée^ comme les appelle Callimaque (/>. 86 Bentl.) : dans son lie de Pancbœa, habitée aussi par une population Cretoise, il y avait une Asterousia (Diodor., V, 44). Cependant je n'ose pas soutenir que le passage d'Etienne de Byzance est simplement de rEvhémère défiguré : on ne trouve nulle part aîlleur» chez lui d'indications empruntées & la géographie de l'Ile sainte, et il serait difficile de comprendre comment il a pu confondre le Caucase avec Tile et son Olympe. On pourrait supposer, au contraire, qu'Evhè-
fa.
680 LES COLONIES d' ALEXANDRE [aPPEND. ID, i
Oxiaiuif mais il ne parle plus de Naulacaf c'est-à-dire ou bien la Kesch (Scfieri Sebz) actuelle, ou, ce qui est plus probable, Karschi (Nakschab).
Enfin, il nous reste encore au nord du Caucase une Alexandrie xatà Bdtxtpa, comme l'appelle Etienne de Byzance. L'ancienne leçon de Pline : Baclrianorum deinde regio, cujtis oppidum Alexandrin a conditore dictum *, semblait confirmer l'assertion d'Etienne de Byzance: actuellement, dans l'édition de Detlefsen, ce passage, qui parie de Tétragonide au sud du Caucase, est rectifié comme il suit : hœc regio est ex adverso Bactrianorum, deinde (c'est-à-dire après Tétragonide, vers l'est) cujus oppidum Alexandria a eondilorc dictum. Je laisse à d'autres le soin de décider s'il faut néanmoins maintenir l'indication d'Etienne de Byzance, et si l'on peut conjecturer que cette Alexandrie était Aornos (Rain-Gat, au sud de Koundouz).
A ces textes de la bonne époque je joindrai un passage d'un auteur bien postérieur, passage que je n'ai pas réussi jusqu'ici à éclaircir. Théophylacte', à propos des Scythes (tôv Sxi;6fi>v tôv npo; tû Kauxà<jb> xôv Teicpo; pop^âv TtTpaiijilvtdv), parle de deux villes, Taugast et Choubdan, qu'Alexandre aurait fondées à l'époque où il soumit les Bactriens et Sogdiens et fil brûler (xaTaçXé^ac' ) douze myriades de Barbares. Il est dit de Taugast que la ville est à 1500 <ni(ieta des Turcs, voisine de l'Inde, habitée par une population nombreuse et très brave: non loin de là est un autre peuple, les Mou~ kri, vaillant aussi et endurci par des exercices gymnastiques quotidiens: un autre peuple encore, pas très éloigné, s'appelle Ogor sur le Til, cours d'eau que les Turcs appellent le Noir (MéXava). Le prince de Taugast s'appelle Taisan, c'est-à-dire fils de Dieu; si riche que soit son peuple, grâce à un commerce des plus variés, les hommes ne portent point d'or sur eux. La ville est bâtie sur un fleuve qui sépare deux peuples, lesquels peuples s'appellent, d'après la couleur de leurs vêtements, les Rouges et les Noirs. A peu de distance de cette ville («ko <rr)(ut{i>v ôX^ywv) se trouve Choubdan, aussi fondée par Alexandre, entourée de deux rivières ombragées par des cyprès: les habitants de cette ville possèdent beaucoup d'éléphants, trafiquent avec les Indiens, et ces Indiens du Nord sont de couleur blanche: la culture des vers à soie y est florissante. Tels sont les points principaux de la curieuse description de Théophylacte; elle nous fait songer à ces régions du Turkestan qui, d'après les relations des voyageurs du xni<> siècle et des touristes actuels, sont remplies de légendes concernant Alexandre^. Je me permets d'insérer ici le commentaire instructif que M . Schott a eu la bonté de me communiquer en 1842.
{o — ^^ i^Q Cbaghan qui joue un rôle dans le passage en question de Théophylacte est mentionné dans le Hoan-ju-ki ^ ; mais on n'y parle que de ses
1) Plin., VI, 23 [§ 92 Detlefsen). — 2)TheopByl., VII, 9, p. 287 éd. Bonn. --
3) Cf. DiODOR. epit. XVII : xat xati^^aUv auTûv TcXeCou; Tâ>v ScoSexa {lupia&ov. —
4) Cf. RiTTBR, Asien^ V, p. 821 sqq. — 5) « C'est un ancien ouvrage de géographie, et môme d*bi6toire par .'rapport aux peuples asiatiques en dehors de la Chine, dont l'auteur vivait au x« siècle de notre ère. Voy. mon Catalogua des livres chinois, etc., de la Bibliothèque de Berlin, p. 9 sqq. ».
682 LES COLONIES d'alexàndre [appkkd. in, 1
envoya en Chine la première ambassade. Il n^esl pas queslion d*uQ contact quelconque de ce peuple probablement mongol avec le Chaghan des Toukin ».
« Au sujet de Ta-hia (la Bactriane), le Hoan-ju-ki ' dit que ce pays n*avait pas eu d'abord de grand prince et de ville importante. Les habitants, faibles et lâches, mais expérimentés en matière de commerce» furent pour la première fois subjugués par des envahisseurs, les Joue-tschi { Jotie'ii)^ qui se bâtirent une capitale sur la rive nord de TOxus »•
« Le général Tschang-Kîan fut envoyé en 126 avant J.-C. vers les Joueischi *. A Tépoque, ce peuple était déjà acclimaté en Bactriane. Comme ce général fut le premier qui fit connaître aux Chinois les pays lointains de rOccident, il n*est pas probable qu'ils aient entendu parler d*une invasion de la Bactriane antérieure à celle des Joue»tschL Avant la grande émigration de ce dernier peuple, il n'est fait mention non plus d'aucun déplacement des peuples de la Haute-Asie vers TOccident, et, jusqu'à l'invasion des Han inclusivement, tous les mouvements venant du Nord qui ont ébranlé la Chine ont été des entreprises directes des Hioun-nm (Hiong-nou) ».
P. S. « Les Chinois n'ont pas entendu dire, il est vrai, que les premiers princes des Oycop se soient appelés Ouap(?) et Xeouvt ou Xouwi; mais ils affirment positivement que la langue des Ougor est apparentée de très près à celle des Hiong-nou^ et ceci donne beaucoup de vraisemblance à l'opinion qui les fait descendre des Hiong-nou. Le renseignement est, en tout cas, intéressant et suffirait à lui seul pour permettre d^dentiûer les Oyoïpavec les Ouigours. Cheotitmi (Xeouwt) se rapproche aussi extrêmement de l'orthographe chinoise Chioun-noux or, ce dernier mot est la forme la plus exacte du nom des Hiong-nou^ le nom usuel n'étant qu'un calembour, qui signifie méprisables esclaves ».
Ici s'arrête la communication de M. Schott. Il est digne de remarque que déjà Théophylacte, un contemporain de l'empereur Héraclius, cite ces Alexandries dans des régions si éloignées, où jamais Alexandre n'est allé de sa personne : cela montre que ce n'est pas l'Islam qui le premier y a transporté les légendes concernant Alexandre; ce sont des rapports plus anciens qui se révèlent. Il est possible que, les Hellènes ayant été subjugués au bout de deux siècles dans la Bactriane et dans l'Inde, un certain nombre d'entre eux aient cherché un refuge dans ces contrées.
Nous devons maintenant accompagner Alexandre dans sa campagne de rinde. Les nombreuses études publiées sur le sujet dans ces derniers temps par Rittbr', Court*, Thirlwall*, Benfey*, jusqu'au grand ouvrage de Lassen^ et aux travaux du général Cunningham, facilitent notablement la détermination des anciennes localités dont il s'agit.
1) Hoan-ju-ki, liv. 184. « 2) Il devait les engager à faire alliance avec la Chine contre les Hiong-nou, — 3) RmEM, Anen^ IV, 1, p. 449 sqq. — 4) Couht, Joum, of the Asiat. Soc, ofBengal, 1826. July, p. 390. — î») Trirlwall, History of Greece, VU. ~ 6) Binfst, art. Indien dans l'Encycl. de Ersch et Gruber. — 7) Lasskn, Indinche Alterthumskunde, 2< édit.
APPEND. III, i] COiOSlES DE L'isDE
684 LES COLONIES d'aLE}( ANDRE [aPPEND. IÎI, l
Plolémée que Bucéphala devait être au confluent de l'Hyarotès et de l'Acésine, À Tendroit où est aujourd'hui Moult^ : il ajoute que c'est précisément le lieu où Pline et le prétendu Arrien du Périple placent la ville en question. Mais ces deux derniers auteurs ne disent rien de semblable, et dans Ptolémée, le chiffre de la latitude est peut-être corrompu. D'après Arrien, Slrabon, Etienne de Byzance, Q.-Curce et Diodore, Nicœa et Bucéphala so trouvaient en face l'une de l'autre, sur les deux rives du fleuve* : en ce cas, Nicœa doit avoir été fondée sur le champ de bataille. Les recherches plus exactes de CuNNiNGHAM n'ont pas non plus découvert à l'endroit en question do ruines qui permettent de reconnaître l'emplacement des deux villes.
Une deuxième Alexandrie fut bâtie sur l'Acésine, et peuplée d'indigènes et de mercenaires invalides. Vouzirabad doit occuper à peu près le même emplacement.
Des fondations particulièrement intéressantes, ce sont celles qu'Alexandre fit en descendant le cours du fleuve jusqu'à la mer. D'abord, à l'endroit où toute la masse des eaux du Pandjnad se réunit à l'Indus, au point le plus méridional de sa satrapie de l'Inde, il fît bâtir une ville avec des chantiers pour navires, êXTcéaa; (nsYaXr^v te ^acoOai xa\ êictçavTj I; âvOptoicou; '• Cest dans cette Alexandrie sur l'Indus qu'il remit la satrapie à Philippe, lui laissant tous les Thraces de son armée et autant de fantassins qu'il jugea nécessaire pour la garde du pays.
Plus loin en aval fut fondée Alexandrie Sogdienne, pourvue également de chantiers =*. La ville paraît avoir été assise.à peu près à moitié chemin entre le confluent du Pandjnad et la ville de Bakkar, à l'endroit où commence la route qui mène aux défllés de Bholan. C'est la quinzième Alexandrie du catalogue d'Etienne de Byzance, bien qu'il y ait dans le texte xaxà napoica|jL«rà6atc. Comme Etienne de Byzance ne mentionne pas l'Alexandrie du Caucase, il est possible que le nom de celle-ci ait été supprimé dans le passage et que la qualiflcation xarà napo7ca(Ai<ra6a(; se soit trouvée ainsi hors
de sa place.
Plus en aval encore se trouvait le pays de Mousicanos. Dans sa capitale, que Ton peut reconnaître aux ruines d'Alor (Arore), Alexandre bâtit une acropole et y mit une garnison, « parce que la place lui parut propre à tenir dans l'obéissance les peuples d'alentour », et, lorsque le prince se fut révolté, on édifia aussi des acropoles dans les autres villes de son domaine et on y laissa des garnisons *.
Quant au roi Mœris, dont parle Q.«Curce b, Lassen a échafaudé sur son nom une combinaison qui expliquerait la quatorzième Alexandrie d'Etienne de Byzance, icapà SwptavoTç, 'IvScxû ^6ni ^ : 'cette ville serait alors identique à l'établissement de Pattala, dont nous allons parier.
1) Ahrian., ibid. Strab., XV, p. 698. Steph. Byz., s. v. Bob; xeçaXorf. Ccrt., IX, 1, 6. DiODOR., XVII, 89. — 2) Arrian., VI, 15, 2. — 3) 'Arrian., VI, 16, 4. CuRT., IX, 8, 8. — 4) Arrian.,VI, 15, 7: 17, 1. - 5) Curt., IX, 8, 28. —6) Voy. Histoire d' Alexandre ^ p. 593, 2.
APPEND. m, 1] COLONIES DE L INDE 685
D'après le plan d'Alexandre, plan qui se révèle avec une netteté parfaite cl qui consistait à ouvrir Tlndus au commerce cosmopolite, la région des bouches du fleuve devait avoir à ses yeux une importance spéciale. L'expression de Q. Curce est assez large, il est vrai : et urbes plerasque (et non porlusque^ comme on a prétendu corriger) condidii^\ mais on n'a sur ce sujet que des renseignements extrêmement sommaires. Arrien* rapporte que le roi fit construire une acropole à Pattala, à l'endroit où commence le delta de l'Indus, établir des chantiers pour les navires, creuser des puits à la ronde dans la région déserte; qu'ensuite il navigua sur les deux grandes bouches et aménagea sur celle de l'est (la bouche de Kori, très large, mais presque à sec aujourd'hui), au bord d'un lac qu'elle traverse, un port et des chantiers, y laissant aussi une garnison. C'est la ville que Pline appelle Xylénopolis, ah Alexandro conditiim, unde œperunl exordium (Nearchus et Onesicritus)^,
Sur toute cette région, nous avons dans le Périple dit d'Arrien, qui appartient au premier siècle de l'ère chrétienne, un renseignement aussi sûr qu'instructif : « derrière le port de Barbarike (une des bouches de l'indus) est un riche pays, habité par des Scythes, avec Minnagara pour capitale* ; aujourd'hui encore le souvenir des campagnes d'Alexandre reste attaché à de vieux temples, des restes de camps fortifiés et de grands puits creusés de main d'homme ». Les établissements d'Alexandre dans ce pays ne laissèrent pas que d'avoir une influence durable ; on le voit par Agatharchide, qui, parlant des Iles Heureuses, sur la côte des Sabéens d'Arabie, dit qu'il y avait là des stations (siticop»ca\ <rxiâiat) installées par les peuples voisins, la majeure partie par les trafiquants du pays oi xaTe<m^<raTo icapà Tov IvSov icoTapibv à 'AX£^av8po; vaudraOnov, d'autres par les Carmaniens, les^ Perses et autres peuples des environs". On trouve encore un troisième nom appartenant à cette région dans Justin : Oceano Hbamenta dédit {Alexander),,, ostio fluminis Indi invehitur; ibi in monumenla rerum a segestarum urbem Barcen condidit arasque statuitj etc. *. C'est certainement une erreur que de rattacher ce nom de Barce à celui du golfe Bapàxt), qui se trouve beaucoup trop loin à l'est. Les nouvelles éditions donnent et arcem, ce qui tranche la question.
Nous en avons fini avec celles des colonies de l'Inde que nous pouvons énumérer dans l'ordre des événements historiques. La ville de Péritas, ainsi appelée du chien d'Alexandre, était-elle dans l'Inde? a-t-elle môme existé? C'est un point qui parait bien douteux. Plutarque n'a pas là-dessus de meilleure autorité que celle de Sotion, lequel prétendait avoir pris ce
1) CuRT., IX, 10, 2. — 2) Arrian.. Vï, 18, 1 : 20, 1. — 3) Plin., VI, 23 [Xy linepoiis,Dei\etsen, § 96 J. — 4) C'est-à-dire la Tatta actuelle : voy. RrrrER, Asien, IV, p. 475. —5) Agatharcu., De mar» Rubr, p. 66 éd. Hudson. Diodore (III, 47, 9) a puisé naturellement dans Agatharchide; il dit: e; xavraç (vr,<rou; E'joaijiiova;) ^(xicopot TcavtaxôOev xataTcXéouoi, |jiâX«rTa ô' ex IIoTocvaç, îjv *AXéiv*$poQ mxtae wapà xbv Ivôbv woxajiibv, vavaTa6|Jiov e^eiv poviX6{Uvoc xrj; icapà tov 'Uxeavbv icapaXi'ou. La ville ne peut être que Patlala. — 6) Just., XH, 10, 6.
686 LES COLONIES d'aLEX ANDRE [apPEND. III, 1
renseignement dans Polamon de Lesbos, et cette citation semble suspecte, à cause d*un passage de Poiiux : xa\ «icoOavivti atZxù tc^aiv 9Y)(x\ Beonojino; *AXi|avôpov eiroixiaoti*.
Il y a plus d'intérêt à passer en revue la série des Alexandries qu'Etienne de Byzance place dans l'Inde. Il en cite trois : la cinquième, cv xr^ 'OmavTj xaTa xr\y 'Ivôixiqv ; la sixième, icaXiv 'Ivôtxîiç ; la quatorzième, icapa Seoptavoî;, 'Iv6ixb> ifOvei. Pour ce qui est de TAlexandrie Opianienne, il y a quelque chose à tirer d'un autre passage du même auteur : 'ûm'at ï^oç 'IvStx6v. *ExaTalo< 'A cria* ev S* aÙTotc oixéouvtv cfv6pa>7cot icapà tov *Iv5bv icoTafiov 'Ûtccott, ev $k Te^/o; paaiXi^Vov* [Uxpi tovtou 'Ûntat, ocicb Sa Tovrcov êprii&iT] (U/ptC 'IvSâ>v. Ainsi, les Opiens habitent la partie du bassin de Tlndus qui fait face au grand désert, c'est-à-dire probablement au sud duPandjab; peut-être est-ce là la ville bâtie sur l'Indus qui devait marquer au sud la limite de la satrapie de Philippe. C'est pour expliquer le nom Tcapoc Scoptavoi; que Lassen a imaginé la combinaison mentionnée ci-dessus. Quant à la sixième Alexandrie d'Éticnne de Byzance» le peu qu'il en dit ne permet pas de risquer la moindre conjecture.
Vers Tautomne de 325, Alexandre quitta l'Inde; à quelque temps de là, Néarque le suivit avec la flotte. Dans le voisinage immédiat de l'Inde, nous trouvons mentionnées une ou deux colonies. Après avoir franchi TArbis ou Arabis (Pourally) et dispersé les Arbites et Orites qui avaient essayé de lui opposer quelque résistance, le roi fit bâtir par Héphestion une Alexandrie à Tetidroit où était Rambacia, le plus grand village des Orites ; e66xet Sv «ut» wôXt; <ruvoixt(y6£i<Ta ti-YaXtj xa\ eufix^ptcov yevéciOoti'. Alexandre s'avança ensuite b>; iv\ xk 6pia Tfi>v te TaSpcd^tav xa\ 'ÛpetTûv. Les Orites et Gédrosiens réunis, ffuvTCxayitévot icpb t&v arevwv, l'attendirent wç etp^ovre; t^; icap6dou *AXiÇav8pov, mais prirent la fuite à son approche : Alexandre, dit Arrien, laissa là Léonnatos à la tète des troupes èv ^'Ûpot;, avec tous les Agrianes, quelques archers et cavaliers, plus un appoint d'infanterie et de cavalerie emprunté aux mercenaires, le chargeant de peupler la ville avec les habitants d'alentour (ttiv it6Xiv (ïvvoixîÇeiv). On se demande si la Wlle fondée par Héphestion est bien la même que celle dont Léonnatos doit s'occuper. En ce cas, ev ''Ûpot; ne désignerait par une ville, xà '^Ûpa (un nom hindou qui reparaît dans la région du Cophène), mais le pays (ttiv "ûpcov xt xot\ TaôpciXTicov ytjv'); tandis que pourtant on rencontre tv^Ûpot; et XlpiXxan côte à côte*, comme expressions corrélatives. Un passage des Indica'd' Arrien vaéclaircir la difficulté. Néarque arrive, à 830 stades à l'ouest de l'embouchure du fleuve Arbis ou Arabis, à un endroit appelé Cocala, où il fait débarquer ses marins et fortifier lecamp« Il y avait là du blé, préparé par ordre d'Alexandre : les vaisseaux endommagés furent réparés, les hommes nonchalants remis à Léonnatos, qui en fournit d'autres pour embarquer à bord des navires, Léonnatos avait remporté une victoire sur jes Barbares dans les environs de
i) PoLLux, V, § 41. TiiEoroMi»., /•»•. 331 ap. C. Mûller. - 2) Ahrun., VI,21,5. Stepu. Byz., 8.V, 'QptTai. — 3) âhhian., VI, 28, 5. — 4) Arrian., VU, 5, 5,
688 LES COLONIES d'aLEXANDRE [aPPEND. III, 1
aurions même une quatrième colonie à constater dans ce petit espace.
On connaît la marche d'Alexandre à travers l'affreux désert de Gédrosie : il arriva ensuite en Carmanie. Pline rapporte (probablement aussi d après Néarque, qu'il a cité quelques lignes plus haut) : oppida Carmaniœ Zetis [var. Zethis] et Alexandrin K Alexandrie tout au moins est bien à. sa place ici, car elle est mentionnée également parPtolémée et Ammien Marcellin^. Quant à. l'emplacement de la ville, il n'y a pas moyen de le déterminer. Je n'ose décider si le nom de Zétis est hellénique et s'il fait allusion aux recherches à la suite desquelles, comme on sait, Alexandre et Néarque se retrouvèrent. Cette rencontre eut lieu dans le voisinage de l'entrée du golfe Persique, comme l'indique le nom d'Harmozia, par lequel Arrien désigne cette région', région dont, à coup sur, l'importance au point de vue du commerce maritime n a pas dû échapper à Alexandre.
Nous approchons de la fin d'Alexandre. C'est précisément dans la dernière année de sa vie qu'il élabora ses projets les plus grandioses, et, comme toujours, les colonies nouvelles à fonder y figurent en première ligne.
Arrien* raconte qu'Alexandre fit venir de Phénicie (et de Cypre, ajoute Strabon *) à Thapsaque, par voie de terre, et de là à Babylone par l'Euphrate, 50 vaisseaux de diverses grandeur; qu'il en fit construire d^aulres à Babylone même en bois de cyprès ; qu'il fit creuser aussi à Babylone un port pour mille gros navires, et construire des chantiers attenant au port ; qu'il était venu de Phénicie des matelots et tout ce qui est nécessaire pour l'équipement des navires, voire même des pêcheurs de pourpre, et que le roi avait envoyé le Clazoménien Miccalos en Phénicie et en Syrie pour en recruter un plus grand nombre encore : « Il avait l'intention, dit l'historien, de peupler les côtes du golfe Persique et les îles qui s'y trouvent, parce qu'il était convaincu que ce pays deviendrait aussi florissant que la Phénicie ellemême ». Un peu plus tard, « la flotte que l'on équipait était destinée aux Arabes.... le roi avait appris qu'il y avait sur leurs côtes quantité d'îles et de ports qui offraient non seulement des ancrages pour les navires, mais aussi des villes à coloniser (£votxi<j0îjvat)«. On envoya à la découverte, avec mission de faire le tour de l'Arabie, plusieurs vaisseaux, dont un au moins, celui d'Hiéron, franchit l'issue du golfe.
De ces plans, combien ont été réalisés? A part trois colonies, nous ne trouvons ici qu'un ou deux noms grecs. Mais ces colonies elles-mêmes témoignent du large coup d'œil d'Alexandre. Certainement Babylone, la grande Babylone, devait rester le centre des relations qu'il était question
lodore, et non pas d'un ouvrage ic£p\ 'A)E^av$peîa; dont on ne trouve pas trace ailleurs; il en est de même de l'article 'QpîTa; où Etienne de Byzauce cite deux ïambes sur les Orites, en ajoutant : xa\ 'AicoXXfSScopo; ÔEutépco. Etienue appelle sa quatrième Alexandrie «6Xi« Neaptwv: Wester.mann modifie le taxteet lit 'UpiTôv; c'est une correction qu'on peut, ce semble, accepter sans scrupule. 1) Plin.» VI, 23 [§ 107J, ~ 2) Amh. Marc, XXllI, 6, \9. ~ 3) Arrian., Ind. 33. — 4)ARRiA?i.,VlI,19, 5. — 5)Strab.,XVI, p. "îH. — 6)Cf. ARisTOBtx.ap. Sthab., XVI, p. 741.
APPE?iD. 111, 1] COLONIES DE l'eUPHBATE ET DU TIGRE 689
d'établir. A quelques milles au sud de Babylone, sur le lac Roumyah, qui communique avec TEuphrate par le canal Pallacopas continué jusqu'à la mer, Alexandre fonda une ville où il installa des mercenaires grecs, d'abord ceux qui s'offrirent volontairement, puis ceux que leur âge ou leurs blessures rendaient impropres au service*. D'après les catalogues de villes datant des basses époques et dont le témoignage n'a pas grande valeur, il y avait une Alexandrie en Babylonie ; il se peut, par conséquent, que la ville en question ait porté le nom d'Alexandrie. Les deux autres établissements sont signalés par Pline : Charax oppidum Persici sinus inlimum,., habitatur in mite manu fada inter confiuentes dextra Tigrim^ laeva Eulmum^ Il mill, pass, laxilate; conditum est pnmitm ab Alexandre Magno, colonis ex urbe regia Bunne, qux tum interiit, deductiSf militum inulilibus ibi relictiSy Alexandriam appellari jusserat pagumque PelUeum a patna sua, quem propiie Macedonum fecerat *. L'emplacement d'Alexandrie est désigné avec assez de précision pour qu'on puisse reconnaître la Mahammerah actuelle ; au temps d'Alexandre, la mer venait jusque-là, tandis qu'aujourd'hui la plage se trouve à cinq milles plus au sud. Il faut oublier le lamentable état où sont aujourd'hui ces contrées jadis opulentes; elles pouvaient alors rivaliser, pour la fertilité et l'avantage de la position au point de vue commercial, avec le delta du Nil : même sur le cours du Tigre, Alexandre avait faitr rompre les barrages qui empêchaient jusque-là le mouvement de la navigation. Y a-t-il eu d'autres établissements sur les côtes du golfe Persique? Nous savons qu'Alexandre fit donner le nom d'Icare à uuq des îles récemment découvertes, qui était remplie de bois de toutes essences et avait un sanctuaire d'Artémis '. Etienne de Byzance cite aussi dans ces parages une ile d'Ithaque. Nous rencontrons encore une troisième île : Pline signale, précisément dans cette mer, contra Persidem insulœ Philos [Psilos Detlbfs. §111], CasandrUy Aratia [Arachia Detlefsen] cum monte prxalto Neptuno sacro^; Ptolémée appelle cette môme île "AXeEavôpov y; xa\ 'Apaxfa^, et Ammien MarceUin** lui emprunte probablement, à son ordinaire, ce renseignement. Marcien d'Héraclée appelle aussi cette île *AXeÇdv5poy vriao;'. Il n'est pas possible de deviner, d'après les distances que donne cet auteur, quelle est, parmi les îles actuellement connues, celle dont il veut parler, mais certainement ce n'est pas la petite île de Karrak, à laquelle songe C. Muller. Nous sommes en droit de mentionner également ici les *Hçat(rcou vTj<rot ttiC 'ASiaêTjvTj; citées par Etienne de Byzance: naturellement, elles ne sont pas dans le golfe; ce sont des îles flumles.
Il ne faut pas oublier qu'Alexandre, au moment même où il faisait de si vastes plans pour le Sud, pour le golfe Persique et l'Arabie, envoyait en Hyrcanie Héraclide accompagné de charpentiers, avec ordre de faire des
1) AiiRiAS., VII, 21, 1. — 2) Plijc., 27 § 138. — 3) Aiirian., VII, 20, 6. Stuab., XVI, p. 766. Pline (Vï, 28) donne insulam Icharam que Detlefsen (§ 147) remplace par insulam Barum: on trouve aussi Ichara dans Ptolémée (VI, 7). — 4) Plin., VI, 25. — 5) Ptolem., VI, 4. — 6) Amm. AIamc , XXIII, 6, 42. — 7) Mahcian. Heracl., p. 19 éd. Hudson [§ 2i éd. Mùller].*
690 LES COLOiMES D ALEXANDRE [aPPEND. lll, I
coupes dans les forêts d'Hyrcanie et de construire des navires à la mode grecque; « car il avait envie d'explorer aussi cette mer et de savoir avec quelles autres elle pouvait être en communication » .
Depuis son retour à Suse, au commencement de 324, jusqu'à sa mort, nous Yovons Alexandre activer et accélérer dans toutes les directions la fusion déjà préparée partout de l'élément hellénique et du fonds oriental. D'abord a lieu cette curieuse fête nuptiale de Suse, puis l'incorporation des 30,000 jeunes Asiatiques armés et exercés à la mode de Macédoine qui venaient des villes nouvellement bâties et des autres provinces conquises \ l'admission des magnats orientaux dans la garde-noble, etc. Il est même très vraisemblable qu'après la mort du roi, on donna à l'armée communication des papiers dans lesquels Alexandre avait consigné son projet de TièXswv (n)votxi(i|jLOu; xa\ (twiacctcov jjLSTaYwyà; ex ttj; *A<y(aç tç ttiv Eupfa>irT)v xat xaxà TO'jvavT^ov ex t^ç EOpwTrr,; eç xtjv *A<nav, oicco; Ta; pLeyiaTa; r,7tetpou; xaXç tTziy ol[lIoliz xai Taî; olxsicoaeaiv eî; xoivtjv â(i6voeav xa\ ayjyye^ixr^'^ çiXîov xa-ca-
ffTr,<Tyi<. Du reste, ce qu'il avait fait jusqu'alors avait inauguré cette colossale transformation.
Il y a dans Arrien une assertion extrêmement curieuse. Il dit, à propos des Mardiens (dans les montagnes de la Perse), des Uxiens, des Cosséens, qu'Alexandre soumit tous ces peuples en les surprenant au cœur de l'hiver, saison où ils croyaient leur pays inaccessible ; qu'il bâtit chez eux des villes, afin qu'ils renonçassent à la vie nomade, devinssent des laboureurs et des paysans, et que, possédant en propre un a\'X)ir qu'ils eussent peur de perdre, ils ne songeassent plus à se piller entre eux. Le caractère des Barbares est précisément, comme le dit Dion Chrysoslome', d'habiter xarà xcoiiac. Aux Ichthyophages de la côte de Gédrosie, Alexandre défendit également de vivre de poisson* ; si singulière que paraisse cette assertion, elle est néanmoins exacte. Parmi ces colonies, celle du pays des Cosséens est attestée aussi par Diodore : l'historien dit qu'Alexandre fonda Tc6Xeiç aÇto- >6yoy; ev xaî; Su^xcoptai; ^. Les savants, il est vrai, ont révoqué en doute ces allégations ; mais quiconque réfléchit à Tétat des traditions qui nous sont parvenues ne saurait s'étonner de ne pas trouver dans ces contrées de ville mentionnée par son nom. Qui s'attendrait, par exemple, à ce que Pline écrit à propos de Siltace (non pas celle de Xénophon ^, mais une autre plus à l'est), lorsqu'il dit : Grœcorum ah ortu''. Et ce n'est pas la seule ville grecque à nom barbare qu'il y eût dans la régions Isidore, dans ses Stathmes ParthiqueSj donne le titre de «6Xi; *EXXy)vt; non seulement à Artémita, mais encore à Chala, deux villes que Tacite appelle, à un autre point de vue, Parlhica opjnVia* : dans cette môme contrée encore, le nom d'Apollonia se reconnaît à première vue pour un vocable grec. Le seul point douteux, c'est de savoir si nous devons attribuer ces fondations à Alexandre ou aux Séleucides, question dont la solution, du reste, importe peu au dessein géné-
\) AimiAX., Vil, 6, 1. —2) DiODOB., XVIU, 4. — 3) Dio:< Cmrys.,XLVII, p. 525 i'd. Ueiiuar. — 4) Plin., VI, 23, § 93. — 5) Diodoh., XVH, 111. — 6) Xhnoph., Anab., 11, 4. — 1)J>lln., VI, 27. — 8) Tacit., .Irm., VI, 41.
692 LES COLONIES d'alexandre [append. m, 1
d'Albania. Alexandre trouva là des Béotiens qui y étaienl installés depuis le temps de Xerxès, et qui conservaient encore la langue et les usages des Hellènes. Je puis encore faire remarquer que Rawlinson a vu à deux milles au sud de Chala, à Deira, les ruines d une grande cité, dont Farchiteclure, infiniment plus soignée que celle des constructions grossières de l'époque des Sassanides, lui suggéra Tidée que ce pourrait bien être une Alexandrie bâtie par les Macédoniens pour couvrir la granda route qui mène chez les Cosséens. Ha vu également des ruines tout à fait semblables dans une position tout aussi importante, à Ohilan, à cinq milles plus au sud.
Enfin, il reste encore à citer Apollonia. La routî que décrit Isidore passait au sud de la Diala, et il ne parle pas d'Apollonia, parce qu'elle ne se trouvait pas sur celte route; mais il appelle la contrée Apolloniatide, etPlolémée, Ammien Marcellin* encore après lui nomment la ville. On peut déterminer approximativement sa position d'après un passage de Polybe*. Antiochos veut couper à l'insurgé Molon le chemin qui va de Séleucie en Médie. et notamment occuper par avance tr,v Tpa/sîav t?,; 'AicoXXwviaxtîo; : pour cela, il part de Doura (rinmm-Dour actuelle, à près de deux milles au sud de ïekrit), située sur le Tigre'; en huit jours, il traverse la région appelée Oricon et fait halte à Apollonia. Par conséquent, cette localité se trouvait sur le chemin le plus direct pour aller à Chala : il m'est impossible d'arriver à une <létermi nation plus précise avec les ressources dont je dispose.
Il est encore un point que je dois signaler dans cette contrée. Alexandre» partant d'Opis, se rendit à Ecbatane en passant par Kélon© et en traversant les champs Nyséens. Or, c'est justement pendant le séjour qu'il Qt dans ces champs qu'éclata une vieille querelle entre Eumène et Hépheslion, le favori d'Alexandre : un riche cadeau reçu par celui-ci avait irrité celui-là, et c'est avec peine que le roi parvint à les réconcilier dans certaine mesure*. Or, nous trouvons dans Ptolémée^, après le tracé des degrés sur cette même route, mais à l'ouest des portes du Zagros, une localité appelée 'Oaovotj (Ei<T6vr< dans le Cod. Palat.) : le nom véritable doit avoir été *0|xov6tjou 'I(Tov<Sy). De même qu'Alexandre, après avoir prévenu la conjuration de Philotas, donna à une localité le nom de Prophthasia, il a bien pu attacher assez d'importance à la réconciliation de deux personnages considérables pour en fixer le souvenir dans le nom d'une ville.
A la suite de toutes les fondations mentionnées jusqu'ici, il nous en reste encore quelques-unes à citer qu'il n'est guère possible de localiser. Le catalogue des dix-huit Alexandries dans Etienne de Byzance a été souvent tenu pour suspect. Nous avons trouvé déjà confirmées la plupart de ses indications : seulement, nous avons été obligé, à propos de la ville carienne du Latmos (n*» 10), de risquer une conjecture aventureuse ; nous ne sommes pas parvenu à combiner exactement les trois Alexandries de l'Inde (n°* 5,
1) Ajim. Mahp.., XXIII, 6, 23. — 2) Polyb., V, 52. -3) Amm. Mabc, XXV, 6,9. — 4) Put.. Eumen.^ 2. Akhia.n., VU, 12, 6. — îi) Ptolem., VI, 2.
APPEND. m, 1] LE CATALOGUE d'ÉTIENNE DE BYZANCE 693
6, 14) avec les colonies qui nous étaient connues par ailleurs, et, au n^ 17 (tvTTi SoYÔiàvr) uapà Ilapoiiajjiiejcxôxi;), nous avons cru devoir admettre une faute dans le texte. Il reste encore une confusion et deux villes inconnues. La confusion est au n^ 13 (èv S ax a <n^vTi [correction de Saumaise pour la vulg. MaxapTjVTp], îjv itapap^Eî uoTapLoç 'laÇdtpTr,;), comparé avec le n^ 18 {lia Toîi TavàVôo; avxoO xT(<r|xot, w; ev T6> xpiTco IlToXeiiaîo; àiroçaîvETai) . Du moins, une deuxième colonie fondée sur le Tanaïs-Iaxarte, outre V Alexandrin eschata, est inconnue et improbable.
Les deux villes inconnues sont le n° 9 (ev Kviipw) et le n^ 16 (xaxà tôv MIXotva x6Xiiov). Mais précisément cette Alexandrie de Cypre montre combien les sources que l'abréviateur avait sous les yeux étaient de bon aloi ; en effet, Thistoire du moyen âge, ainsi que les anciennes cartes italiennes, connaissent parfaitement cette Alexandrie à la pointe ouest de l'île, et elle a régulièrement sa place dans les catalogues dont nous parlerons plus loin, encore qu'elle ne soit mentionnée par aucun autre auteur ancien. Naturellement, ce n*est pas Alexandre lui-même qui a fondé cette ville, et Etienne de Byzance ne le prétend pas non plus ; mais nous trouvons le prince Pasicrate de Soles, sur les terres duquel était située cette Alexandrie, en relations avec Alexandre ^ et son fils Nicoclès accompagna le roi dans son expédition : le nom de ce Nicoclès figure sur la liste des triérarques de la grande flotte*. En tout cas, nous pouvons, à propos de cette Alexandrie de Cypre, invoquer l'exemple d'Alexandrie de Carie, qui fut fondée dans des circonstances analogues par la reine Ada. L'exactitude du catalogue d'Etienne de Byzance se trouvant ainsi confirmée, — sauf cette faute, si toutefois c'en est une, — je crois qu'on peut s'y fier également pour l'Alexandrie du golfe Mêlas, bien que nous ne soyons pas en état d'en déterminer l'emplacement. Peut-être la ville se trouvait-elle sur ce golfe Mêlas qui baigne au nord la Chersonèse de Thrace .
Il nous reste encore à considérer deux séries de traditions, incertaines h tous égards, et dont, pour cette raison, je parlerai tout à fait brièvement.
D'abord, nous trouvons chez les Orientaux un nombre assez considérable de traditions qui ont trait à Alexandre^. Ainsi, par exemple, la légende orientale veut qu'Alexandre ait bâti Bitlis sur le lac de Van, en Arménie, et lui ait donné le nom d'un de ses esclaves; on prétend que ce que Ton appelle encore la « tente d'Iskander » était l'emplacement de son camp*. Dans VAlmosarck — c'est un renseignement que je dois au D^Lebrecht, de Berlin — il est dit que le nom d'Alexandrie a été donné à seize villes. Il y a encore aujourd'hui un certain nombre de localités qui portent le nom
1) Plut., Alex., 29. — 2) AhRiAN., Ind , 18. — 3) H. Kiepebt dit ici, avec raison : « En définitive, j'aime mieux regarder ces traditiuus comme des fables, attendu qu'a côté dIskander-Dhoul-Kamein on trouve tout aussi souvent Soi<leimdn ou BalkyZy la soi-disant reine de Saba, absolument comme dans Tantiquité le nom de Sémiramis ». — 4) Hammer in Wien. Jahrbûchem, XIV [1821], p. 23, cité par Ritter, Asien, VI, 2, p. 1004.
694 LES coLOMES d'alexandbe [append. m, i
d'Iskandriah ou îles noms analogues. Sans doute, plusieurs de ces noms paraissent reposer sur des traditions exactes : tel est, par exemple, l'iskandriah dont Mignan, Rich et autres ont visité les ruines sur le chemin de Bagdad à Babylone; mais la majeure partie de ces noms et de ces légendes datent de l'époque mahométane, comme le nom d'iskander-Keui, que porte le lac alpestre découvert par Fedtschenk'o dans les hautes montagnes à Tesl de Samarcande, comme le nom de Sekounderiah, près de Tabris du côté du sud, à côté d'un défilé important que forme le Sied-Abad, dans le voisinage d'une grotte célèbre, pleine d'exhalaisons méphitiques, où, suivant la légende locale, Iskander a déposé ses trésors ^ On trouve des légendes do cette nature disséminées dans toute l'Asie antérieure ; mais ce qui est curieux, c'est qu'elles se multiplient en remontant du côté de l'Himalaya, vers le Paropamisos, dans la direction de Badakschan. Je ferai remarquer que MooRCROFT, en montant du côté de Leh, a trouvé dans le voisinage de Moundi un lieu que les habitants appellent Skander-Ghal, le « défilé d'Alexandre» ; il a vu dans les environs des traces d'un camp, mais rien qui lui semblât indiquer une origine grecque*. Si Moorcroft avait entendu ce récit dans le voisinage de celte antre Moundi qui se trouve sur le Parali, affluent de droite de THydaspe, dans un des nombreux passages qui montent du côté de Kaschmir, il serait possible qu'Alexandre, au cours de son expédition contre les Clauses, fût arrivé jusqu'à cet endroit; mais, surl'Hyphase, il n'est jamais allé si loin du côté des montagnes.
Il a été souvent question dans ces derniers temps d'Iskardo, sur le cours supérieur de l'Indus, au nord-est de Kaschmir, surtout depuis que Vigne^ a raconté comme quoi il avait vu là une arène dont la disposition ressemblait tout à fait à celle du cirque dit de Caracalla à Rome, et comme quoi la légende assurait qu'Alexandre, dans une expédition contre Khata (Calhsei). était venu là, avait fait ouvrir une route à travers la montagne et laissé dans une forteresse, bâtie par lui et portant son nom, les mala<les, les vieillards et les convalescents de son armée, avec tous les bagages dont il pouvait se passer. Seulement, les informations que Moorcroft s'est procurées par lettres * n'ont absolument rien confirmé de toutes ces belles choses". Une chose qui néanmoins demeure intéressante, c'est que des traditions analogues se retrouvent en maint endroit dans toute la région montagneuse qui va de Caboul à ïskardo, et que plusieurs dynasties princières se disent expressément descendues d'Alexandre*^. Du reste, le passage cité plus haut de Théophylacte sur Taugast et Choubdan, montre bien que le souvenir d'Alexandre n'a pas été apporté dans ces régions seulement par l'Islam, mais qu'il y est plus ancien et s'est peut-être continué sans in-
1) Voy. MoNTEiTii, Geogr. Journal, 1833, p. 3, et avant lui déjà Ousfly, Travelsyiom. m, p. 459. — 2) Moorcroft^ Traveh in the Hhnalayan provinreSf h 62. — 3) Dans le Journ, of the Asiat, Society, 1835. Nov. — 4) Moorcroft, op. cit, II, p. 262. — 5} tt D'après Strachey. Skardo est un nom purement tibélaio et n'a rien à faire avec Alexandre ». (H Kiepert). — 6) Voy. les notes de RirrKRf Afiien. V, p. 821-825.
APPEND. in, i] LES CATALOGUES DU ROMAN d'aLEXANDRE 69S
terruption depuis l'antiquité. Je n*ose m*étendre davantage sur les traditions orientales, car je ne me sens pas en état de les donner assez complètes et de les étudier d'assez près pour que le travail ne soit pas sans fruit.
La seconde série de traditions, à peu près sans valeur quant au fond, est celle qui se continue à travers presque tous les romans d'Alexandre, mais a déjà son point de départ dans les Chronographes byzantins. J'ai réuni autrefois, dans la première édition de VHistoire de rHellénûme\ quelques renseignements sur cette littérature fabuleuse; depuis lors, Berger de XivREY a publié sur ce sujet une dissertation accompagnée de quelques extraits du prétendu Callisthène', et ce Callisthène lui-môme a paru dans l'édition des Scriptores Alexandri Magni de C. MCller. On trouve, en remontant jusqu'au VI* siècle, des traces d'emprunts faits au roman (bien que ce ne soit pas nécessairement le roman sous sa forme actuelle), et la contexture intime de cette production semble la reporter à la fin de l'époque des Lagides ou au commencement de celle des Césars.
Les catalogues d'Alexandries qui proviennent de ce roman sont dans un désordre extrême; c'est à peine si çà et là perce dans ce fatras un renseignement exact. J'ai déjà essayé, dans le travail dont je parlais tout à l'heure', de faire une collection de ces catalogues. Il nous importe peu ici de savoir sous quelle forme cette liste se trouve reproduite dans Ekkehard, Vincent de Beauvais, dans VAlexander de prœliis et les autres contrefaçons du dit roman en Occident: mais les plus anciennes rédactions du catalogue, celles qu'on trouve dans les extraits de Callisthène*, dans Julius Valerius^ et dans le Chronicon Paschale^, offrent entre elles des divergences assez curieuses. D'après C. Miller, le cod. A, celui où on lit ïxtkxs ic6Xei; ty' a?Tive; {JiêxP^ ^^^ ^^^ xxxoixoOvxat xa\ etpTjvsuovTai, ne donne que 9 noms. Je renvoie au tableau dressé par Muller au passage indiqué, et je vais essayer ici de ramener les deux autres listes à celle de Callisthène.
Callisthène ' Julius Valerius
Chronicon Paschale