MORT DE CRATÈRE ET DE NÉOPTOLÈME [I
épée dans le ventre de son ennemi. Mais le coup porté par sa main mourante reste inoffensif, et il assiste de son dernier regard au triomphe de son ennemi mortel.
Cependant Tépouvantable mêlée où est engagée la cavalerie ondoie dans la plaine. Eumène, quoiqu^il se sente couvert de blessures et ruisselant de sang encore chaud, se jette de nouveau sm* un cheval. Les ennemis commencent à céder et à se replier sur leurs phalanges. Eumène, à travers des escadrons en fuite et ceux qui les poursuivent, vole sur le champ de bataille vers Tautre aile, où il suppose qu'on est encore au fort du combat. Les ennemis ont déjà vidé le terrain, et il apprend que Cratère est tombé. Il s'élance vers lui, et, le voyant qui respirait encore et qui gardait sa connaissance, il saute à bas de son cheval et l'embrasse tout en larmes. Il maudit la mémoire de Néoptolème ; il déplore le sort de Cratère et Iç sien propre, qui Ta mis dans la nécessité de combattre contre un ancien ami, un vieux compagnon d'armes, et de causer sa mort ou de succomber lui-même. C'est dans ses bras qu'expire Cratère, le plus mçignanime et le plus illustre des capitaines d'Alexandre, celui que le grand roi estimait entre tous'.
La cavalerie macédonienne, battue sur tous lespoints, s'était repliée vers les phalanges. Épuisé par ses blessures, Eumène^ qui ne voulait pas risquer le gain de la journée en attaquant l'infanterie macédonienne encore intacte, fit donner le signal de la retraite. Il dressa les trophées et enterra ses morts. Ses envoyés allèrent annoncer aux troupes ennemies que, toutes battues, qu'elles étaient, sans chefs et entre les mains de leur adversaire, ce dernier leur offrait cependant une capi^ tulation honorable. Ceux qui ne voulaient pas embrasser sa cause et celle du gouverneur général étaient libres de rentrer en paix dans leurs foyers. Les Macédoniens acceptèrent ses offres, jurèrent d'obsei^ver le traité et se retirèrent, suivant ses instructions, dans les localités du voisinage qui leur furent assignées. Mais leur soumission n'était qu'apparente. Dès qu'ils se furent un peu reposés des marches forcées et du combat, etquils eurent rassemblé des vivres en quantité suffisante,
'} Plut., Emwch. 7. Diodou., XVIIf, 30,32.